CHAPITRE JULIV
meurdres ensemble, il y a environ unz'ans. Un gentilhomme Limosin, monsieur de S. Jean de Ligoures, parent du mareschal S. André (i), ayant paillarde avec la mère de sa femme, et mesmes en ayant eu des enfans, se descouvrit à un prestre comme en confession. Ce prestre, qui estoit foux-monnoyeur, prit ceste occasion de luy persuader (comme le tenant en sa cordelle à cause de la dicte déclaration) de s'addonner avec luy à (aire de la fausse monnoye. Après avoir pratiqué ensemble par quelque espace de temps ce mestier, voyant le prestre que ledict gentilhomme avoit toujours cest inceste sur sa conscience, quelque absolution qu'il luy en donnast ordinairement, et qu'il prenoit plus de plaisir à la mère qu'à la fille, luy persuada que la mère estoit plustost sa femme que la fille, et que pourtant son mariage et tout ce qui en estoit sorti, seroit maudict. Suyv-ant lesquels propos entreprit ledict prestre d'exterminer tout cela. Ce qu'il exécuta ainsi, en l'absence du gentilhomme, mais de son consentement toutesfois. Estant entré une nuict au chasteau à la manière accoustumée ( mais menant avec soy quelques autres meurdriers), vint droit en la chambre des damoiselles, où il les tua en leur lict : et de là s'en alla à deux petits enfans, et leur en fit autant : l'un desquels rappelant par son nom luy tendoit les bras : comme ledict prestre depuis exécuté en France, et ledict gentilhomme depuis exécuté à Lausanne, ont notamment confessé. Dequoy ce prestre ne se contentant, mais
cordelîers de Paris, uoe garce fort belle desguiséc et habillce en homme, qui bc faisoit appeler Antoine. Elle servoit, entre les autres, Frère Jacquc» Berson... et par déTotion| avoit servy bien dix uns les beaux Pères, sans avoir jamais esté int<ircssée en son honneur, a L'auteur ajoute qu'elle fut mise eu prison et condamnée au fouet.
ij Jacques d'Alboo, marquis de Fronsatt, tué à la bataille de Dreux en i3r>3 ; Toy. Brantôme, de Thou, liv. XXXVl, Vieilleville, liv. VIII, ch. >7.
ayant aussi massacré, avec l'aide des meurdriers qu'il menoit, tous les domestiques, il mit tous les corps ensemble en une chambre, et puis le feu au chasteau, KXur couvrir son malétice. Mais Dieu voulut que la -hambre et les corps ne brûlèrent point ; lellctncni u'ils y furent trouvez, et le forfaiet avéré. Et pourtant •^ gentilhorame ne sçachanl de quel cosié se tourner, int en Savoye : mais passant par Genève, il y fut ccongnu, puis poui ' i Lausanne ; où il fut
exécute par justice, ot sa faute, avec un
merveilleux exempl corde de Dieu. Voilà
le faict comme je l'ay ou .r à quelques notables
personnages qui l'ont vcu condamner et ciiécuter. Or combienque j'aye abbrcgé ccsie histoire le plus que j'ay peu (comme aussi je fay volontiers les autres), si est-ce que je n'ay voulu omettre le point touchant le petit enfant, qui, pendant qu'if appeloii cc presire par son nom et luy tendoii les bras (ce que n'ont accousiumé de faire les enfans sans un petit soubris), fut par luy massacré. Et n'est pas sans cause que Dieu permit que ceste circonstance fut confessée volontairement tant par le prestre que par le gentilhomme, de laquelle on ne se fust pas douté. Car à dire la vérité, la cruauté est beaucoup augmentée, voire quasi redoublée par ceci : et principalement si on oppose le faict de quelques payens ii cestuy-ci : comme de ceux dont fait mention Hérodote en son livre v (i), qui estans cnvoyci pour tuer un enfant nouveau-né, eurent tous dix le cueur rompu par un pL-tit soubris qu'il leur lit. Toutesfois il y a tant d'autres points à considérer en ce t'orfaicl, qu'il est diflicile de dire sur lequel on se doit plusiost arrtstcr.
El ce pendant que le nom de Lausanne, oii tut f.iicte