CHAPITRE XXX II l6g
sCenir les grands coups qu'on voudroit ruer contre les images. Car au concile Nicene (non pas le grand qui fut assemblé sous Constantin l'empereur, mais un autre qiii fut assemblé du temps de Charlemagne ( i ), il y a un peu plus de huict cens ans, par un'impératrice si bonne Chrestienne qu'elle creva les deux yeux à son fils et puis le fit mourir misérablement en prison), il fiit déterminé que non seulement il estoit bon d'avoir des images, mais aussi qu'il les faloit adorer. Or les plus forts arguments dont ils s'armoyent, estoyent ceux-ci. Premièrement, un certain évesque nommé Jan, ambassadeur des églises orientales, allégua le pas* sa^e de Moyse au commancement de Genèse, Dieu a créé l'homme à son image : dont il conclut, Il faut donc avoir des images (2). Item allégua ce passage du 3. diap. des Cantiques, Monstre-moy ta facCy pourceqv^elVest belle. Un autre évesque, voulant prouver que les images doivent estre mises sur les autels, allégua ot propos de Jésus-Christ, au 5. chap. de S. Matthieu, Om n'allume point une lampe pour la mettre sous un boisseau, mais sur le chandelier^ et elle esclaire à tous ceux qui sont en la maison. Un autre évesque, voulant prouver que le regard des images estoit proulitable, allégua ce passage du 4. Pseaume, Signatum est super lumen vultus tui, Domine, ainsi que traduit Taninterprète, c'est à dire, La clarté de ta face est marquée sur nous. Un autre s'aida du verset 8 du Pseaume 26, Domine, dilexi decorem domus tuœ, c'est
it dirimaot; ta barreaa on t donné le même nom au moyen procès.
(I) Eo 787, sous Irène, qui fit crever les yeux à ion fils Constantii VI. V07. Manti. Concil. coll., XII et XIII.
(3) Jean dit que Dieu était apparu à Jacob sous la forme humaine : Vidi Domtumm fade ad faciem et salva facta est anima me a, Gei.. XXXII. Voy. Héfelé, Conciliengeschichte, III, 466; a. Mansi.
lyO APOLOGIE POUP HERODOTE
à dire, Seigneur, fay aimé la beauté de la maison. Aussi voulurent faire leur proufii de ce passage, qui est au 48. Pseaume, vers, g. Comme nous l'avons ouy, ainsi l'ayons veii : dîsans qu'on ne congnoisi pas Dieu pour ouyr sa parole seulement, mais aussi par le regard des images. Un autre évesque nommé Théodore s'avisa de cestc subtilité : 0 11 est cscrit, " dii-il, n Dieu est merveilleux en ses saincts : et en ud autre passage il est dict. Aux saincts gui sont en la terre. Ergo il faut contempler la gloire de Dieu es images. » Un autre allégua ccste similitude : ■ Comme les patriarches ont use des sacritii:es des payens, aussi les Chrcstiens doivent avoir des images au lieu des idoles des payens. » Voilà les belles allégations qui pour cstre ainsi aulorizées par ce concile, ont este proumenées par les sermons de maints caphards de nostre temps, avec plusieurs autres d'aussi bonne grâce et partans d'aussi bon esprit et bon jugement.
Que si quelcun s'csmerveilk comment il est piossibic qu'en nostre temps mesmement se soyent trouvez des prescheurs si sois que d'appliquer ainsi les passages de l'E^criture, je luyconieray (sur ce mesnie propos) une sottise de fraische mémoire beaucoup plus esmerveitlable. Au colloque de Poissi [duquel le bruit a este cspandu par tous les coins du monde) un certain magister nosier nommé Demochares, plaidant la cause des images contre un ministre (1) de la parole de Dieu, quand il vit qu'elle s'alloit perdre, la voulut soustenir par l'allégation des verriÈres du temple de
(I) Biit. voy. ton Hisl. eccl., 1. IV. annit ii6i. DcmochtrM wi re pteudonjnic d'Anioïnc de Mouchy. M. Fisquci, dam la Biographie Hafer. dit que t'at à tort que M^icray a pnJtandQ qui du uom de
de ce dernier mol mi tmtmgrrt Moiitlinrd vienl de mouche; toi Cil. Nisard, Curiosités de fil/mologic franfiiiit, p. 334.