‹ Apologie pour HérodoteChapitre 105 sur 223 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Mais après soupper S. Germain fit apporter tous les os dessus la peau, et ayant faict son oraison dessus, le veau se leva sur ses pieds au mesme instant; Le lendemain il vint trouver le roy, et luy demanda, usant de grosses paroles, pourquoy il luy avoit refusé sa maison. A quoy le roy ne luy ayant sçeu rcspondre, S. Germain luy dict, « Va hors, et laisse le royaume à » un meilleur. » Et lors S. Germain fit venir ce bouvier avec sa femme par commandement, et Testablit roy devant tous: qui s'en esbahirent. Et après ledict bouvier et ses successeurs aussi eurent ce royaume.

Item en la légende de S. Cosme et S. Damien (i) nous lisons ceste histoire fabuleuse, mot pour mot : Félix, pape huictième, après S. Grégoire, fit une noble église à Romme à l'honneur de S. Cosme et S. Damien : et un homme servoit les saincts martyrs en celle église, auquel le chancre vint, et avoit toute la cuisse gastée. Et celuy dormant, les saincts Cosme et Damien s'apparurent à luy, et portoyent avec eux ferremens et eignemens (2). Et Tun dict à Tautre, « Où prendrons- » nous chair pour remplir le lieu dont nous osterons » la chair pourrie? » Et l'autre dict, — « Un Éthiopien » est aujourdhuy tout frais enseveli au cimetière sainct » Pierre aux liens : apporte-nous de sa chair pour met- » tre ici. » Et lors il alla au cimetière, et porta la cuisse de ce mort : et coupèrent la cuisse du malade, et boutèrent au lieu la cuisse du mort : et oignirent la playe diligemment, et portèrent au mort la cuisse de celuy.

(1) Cf. Dehn, Syntagmatis historici seu veterum Grceciœ Anargy' rorum Cosma et Damiani partes 2. Viennœ, 1660, in-40; Bœrner, De Cosma et Damiano artis medicinœ diis commentatio, Helmenttdj, lySi, m-4»; Acta Sanctorum, 27 sept., VII, p. 469; au second concile de Nicée, trois miracles de ces saints furent rappelés à l'appui du culte des images, voy. Mansi, t. XIII.

|2)Voy. ch. XXXI.

Et quand il s'esveilla il se sentit sans douleur, et mit là mtin à la cuisse, et ne trouva rien de sa blessure : et print la chandelle, et quand il ne vit rien de mal e|i sa cuisse, il se pensa que ce n'estoit-il mie, mais estoit un autre. Et quand il fut retourné à soy, il saillit du lict de )oye. Et après il raconta aux autres ce qui luy estoit avenu en dormant, et comment il avdit esté guéri : et ils envoyèrent hastivement voir au tombeau du mort, et trouvèrent la cuisse du mort coupée, et la cuisse de l'autre au tombeau en lieu d'icelle.

Qui voudra voir d'avantage de tels contes, lise ledict livre des légendes, lise Nicéphore (qui raconte entr'autres choses que long temps après que S. Jan Chrysostome fut mort et enterré, son corps parla, auquel corps l'empereur Théodose avoit escrit des lettres), lise les sermons d'Olivier Maillard, et de Michel Menot: et pour en trouver encore plus, lise fructuosissimos atque amcenissimos sermones F. Gahrielis Barelete a toto yerbisatorum cœtu diu desideratos: lise sermones Dormi secure ( i ) : car ils sont là entassez fort drus. Mais le livre mentionné ci-dessus, intitulé Des confor^ mite!f de S. Français avec Jésus Christ^ en contient plus, tant pour tant, que ces autres. Là il verra que resusciter les morts estoit une chose quasi aussi commune aux disciples de S. François comme boire un verre de vin. Et mesme S. François tua un homme de gayeté de cueur, pour puis après avoir le plaisir de le resusciter. Voici les propres mots au fueillet 1 20, Loeus est dictus de Nuceria, in quo heatus Franciscus fecit illud insigne miraculum, quod cujusdam medici

(i) Sermones dominicales intitulati Dormi seeure, Lugd., 1494, in-4) Paris, iSao, in-4, par Richard de Maidstone, mort en 1396. Ce théologien était carme et non cordelier, comme le prétend M. A. Méray (Les libres prêcheurs devanciers de Luther et de Rabelais}.

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