CHAPITRE XXI
a mois, que n^est à un preslre d'estre privé trois mois j) du temple, duquel il se soucie si peu que pour légère ïï occasion il s'en voudroit passer toute sa vie? » Je n'a y voulu omettre ceste histoire, venant très-bien à propos de la légère punition qu'ordonna ccst autre évesque contre ce vilain prestre, qui avoit osé paiîlarder, non simplement au temple, mais tout auprès le grand autel : non pas un pur de quaresmeprenant, mais un jour du grand vendredi, un jour du vendredi auré, un jour du vendredi sainct, un jour que chacun est si empesché à plorer le povre Dieu qu^on tient en prison, un jour auquel rire seulement, c'est un demi pèche : et puis â la veue de tous les saincts et sainctes dudict temple, qui ayans le visage tourné de l'autre cosid, ne laissoyent pourtant de voir aussi bien par derrière que par devant : bref, qui avoit commis un crime pour lequel îl devoit perdre cinquante vies s'il les cust eues, je di mesme selon leurs canons. Mais encore que ceste peine fust si légère, si est-ce que le légat d'Avignon la trouva si griève^ qu'il la luy remic. De sorte que monsieur le curé paillarda depuis mieux que jamais avec la mesme et au lieu mesrae, en despit de tous ceux qui en avoyent parlé : et ne laissa de chanter ses messes ordinaires, qui furent trouvées d'aussi bonne saveur et d'aussi bon goust, voire d'aussi bonne digestion, par ceux qui en mangent volontiers, que celles du plus puceau prestre qui fut jamais. Or qui voudroit faire la rccerche des maux de toute sorte commis par les gens d'égiise, îl en trouveroit grand nombre, voîre presque infini : mais quant aux punitions, il les trouveroit ou fort rares, ou pour la pluspart si légères que ce n'estoit que pure moquerie, Dequoy entr'autres tesmoignageii nous en avons un fort bon es Cordeliers d'Orléans, après avoir usé de Ihorrifak et exécrable imposture qui depuis par tous les coins du monde fut divulguée.
Mais laissant ce propos, et retournant aux paillardises de ces bons compagnons, pour monstrer qu'en icelles ils n'ont aucuneinent voulu estre inférieurs à leurs prélats, je feray ici le récit d'un inceste superlatif, commis par un prestre, ainsi qu'il est autentiquement enregistré es escrits de la roine de Navarre dernière défuncte (i) : sinon que j'useray de plus grande briefveté. En un village près de Coignac, nommé Cherves, une vierge (c'est à dire une qui se disoit vierge et aussi estoit tenue pour telle), sœur du curé de la paroice, fut trouvée grosse : et d'autant qu'elle menoit une fort saincte vie en apparence, faisoit aiseement croire au peuple que le ventre luy estoit ainsi enflé par œuvre du sainct Esprit, et qu'elle estoit une seconde vierge Marie. Le bruit estant venu jusques aux oreilles du comte Charles d'Angoulesme, père du roy François premier de ce nom, il envoya de ses gens sur le lieu pour informer diligemment de ce cas, d'autant qu'il se doutoit qu'il y avoitde l'abus. En la présence desquels la fille (qui estoit aagée d'environ treize ans) ayant esté jà par son frère le curé adjurée sur la damnation de son ame de dire la vérité, ayant eu pour la seconde fois ceste mesme adjuration, respondit : — « Je pren le corps de nostre » Seigneur ici présent à ma damnation devant vous, » messieurs, et vous, mon frère, si jamais homme » m'attoucha non plus que vous, » et en disant ce, receut le corps de nostre Seigneur (car je retien les termes qu^nt à ceci tels qu'ils sont là). Ayans ouy un tel serment s'en retournèrent vers le Comte : lequel ayant ouy leur rapport, s'avisa de ce qu'eux ne s'estoyent avisez, à-sçavoir que ce n'estoit sans cause qu'elle juroit en ceste forme, que jamais homme ne luy avoit touché non plus que son frère : et qu'il tenoit pour
(I) Quatr. journée, trente-tnMsième nouvelle.