CHAPITRE XXI
de Cicestre, Jan Hylle n'avoit que treze paillardes. C'est beaucoup, dira quelcun : mais qu'est-ce tbutesfois au pris de Jan Blanke, prieur de Bermondsey (i), qui en avoit vint? Or tient-on qu'il y avoit en Angleterre plus de quatre cents convents de diverses sortes de moines et moinesses, outre ceux des frères Mendians, qui approchoyent de deux cents. Je laisseray maintenant au lecteur calculer combien pour le moins devoyent ëstre de fils de putains en Angleterre, je di seulement fils de moines et de putains. Je luy laisse aussi à penser, qui eust faict la Visitation par toute la France^ Italie, Espagne, en ce mesme temps, quels mesnages on eust trouvez. Je di en ce temps-là, pource qu'il n'avoit pa& encores tant plu sur leur mercerie (2), comme il a plu depuis : et pourtant avoyent beaucoup meilleurs moyens de fournir à tels appointemens qu'ils n'ont eu depuis. Je n'ay rien dit de l'Allemagne : pourceque, combien qu'elle soit plus grande que les autres régions que j'ay nommées, on estime qu'elPestoit moins fertile de telle vermine. Mais il ne faut point douter que ceux de là n'ayent suyvi le train des autres. Pour le moins on lit au procès des Jacopins xle Berne qu'ils furent trouvez faisans grand' chère au milieu de belles dames dedans leur couvent, non point accoustrez en moitiés, mais en gentilshommes.
On fait aussi plusieurs contes de Cordeliers et de Jacopins surpris en menant avec eux leurs putains habillées en novices : et de faict c'a esté une subtile invention de se faire permettre de mener des novices, pour sous ce titre avoir tousjours ou un bardache, ou
(i) V. Dugdale, V, 85.
(2) « On dit qu'i7 a plu sur la mercerie de quelqu'un, pour dire que son trafic va mal. » Dict. de Trévoux] Deux passages de Des Périers (nouv. X et XCl) donnent au proverbe un sens plus matériel.
3o APOLOGIE POUR HÉRODOTE
une garse. Mais je croy que depuis qu'il avint à un novice que menoit un Cordelier, de faire Tenfant au milieu du basteau dedans lequel ils passoyent la Garonne (chose quasi aussi admirable que Tenfantementdu Pape Jan), ils ont depuis mieux observé la règle qui leur commande, Si non caste, tamen caute (i). . Or n'est-ce pas ni de nostre temps , ni du temps de Menot, que ces galans ont monstre par effect que le simple peuple s'abusoit, pensant qu'il y avoit telle différence entr'eux et les séculiers, quant à sentir les aiguillons de la chair, qu'il y a entre les chappons et les coqs. Car en un livre nommé Sagette de feu, escript contre les Carmes environ Tan 1 270, il leur est reproché entr'autres choses : « La cause principale de tous vos tracassemens que vous faites par les villes, ce n'est pas à fin que vous visitiez les pupilles, mais les pucelles : non pas les veufves qui sont en peine et tribulation, mais les jeunes filles et mal avisées, les béguines, nonnains et dames. » Or celuy qui parloit ainsi à eux estoit général de leur ordre, lequel depuis renonça à cest office, et (selon aucuns) à son ordre aussi. Aussi Guillaume de S. Amour (2), qui estoit environ l'an i256 : « Les frères ifnendians » (disoit-il) « mènent par tout des béguines, se fondans sur ce passage de S. Paul : N'avonsnous pas puissance de mener une femme sœur? » Voilà que disoyent dès lors ces povres gens : et qu'eussent-ils
(i) « Ayant toujours devant les yeux le proverbe des moines : 5/ non caste, tamen caute. » Conformité, préface.
(2) Guillaume, né à S. Amour en Franche- Comté, mort en 1272, auteur du De periculis novissimorum temporum, 12 56, dirigé contre les frères mendiants. A la suite de la publication de cet ouvrage, le peuple, selon Matthieu Paris, tourna les religieux mendians en ridicule : on leur refusa les aumônes qu'on leur avait données jusque-là. on les appelait hypocrites, successeurs de l'Antéchrist, faux prédicateurs, conseillers dés rois, contempteurs des ordinaires, prévaricateurs des confessions, et qui, voyageant en des pays où ils sont inconnuSj excitent à pécher avec plus d'audace. Cf. ch. XXXIX.