‹ Apologie pour HérodoteChapitre 160 sur 223 · CHAPITRE XXXVIII ioj · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII ioj

noms des saincts et sainctes je n'accompli le rôle de la Kyrielle. Car il n'est pas question de les nommer seulement, mais faut dire quell' office ou mestier on a donné à chacun et à chacune, pour déclarer par quels moyens ils ont faict venir Peau aux moulins des gens d*église. Lesquels premièrement je prieray de me confesser, sans se faire tirer l'oreille, qu'il y a grande conformité en plusieurs choses entre les dieux des payens et leurs benoists saincts, entre les déesses et leurs sainctes : non pas conformité de la part des vrais saincts et sainctes ( à-fin que mon dire ne soit point calomnié), mais de la part de leurs adorateurs. Car si on considère bien l'adoration des dieux et déesses par les payens, et l'adoration des saincts et sainctes par ceux de la religion Rommaine, on les trouvera fort semblables^ hormis quant à la façon de sacrifier. Et qu'ainsi soit, comme les payens s'addressoyent à Apollo et à Esculape comme à dieux faisans profession de médecine et de chirurgie, les autres ne s'adressent-ils pas à S. Cosme et S. Damian (i)? Et S. Eloy, le sainct des mareschaux, quand il forge les fers ne tient-il-pas la

(i) « A Isernia, ville de la comté de Molise, il se tieilt tous les ans, le 17 septembre, une foire dans le genre de celles qu'on nomme en Italie Perdonan\e (Indulgences). Le lieu de la foire est sur une petite colline située entre deux rivières, à un petit quart de lieue de la ville. Dans la partie la plus élevée de cette colline est une ancienne église, avec un vestibule, qu'on dit avoir appartenu à l'ordre de Saint- Benoît. Elle est dédiée à S. Cosme et à S. Damien. Pendant la foire, qui dure trois jours, on fait une procession à laquelle on porte les reliques dé ces saints. Les habitans des environs, attirés par la dévotion et le plaisir, s'y rendent en foule. Ceux de chaque village ont un costume particulier : en outre, les jeunes filles, les femmes mariées et les femmes de joie [donne di piacere) portent chacune un habit qui distingue leurs divers états. Ce concours offre un spectacle très-varié. On voit dans la ville d'Isernia, ainsi que dans le lieu où se tient la foire, des hommes qui vendent des figures en cire, dont les Chrétiens font des offrandes à leurs saints comme les Payens en faisaient à leurs dieux... » Voy. la suite dans Dulaure, D«^ Divinités génératrices^ Paris, i8o5, in-8«.

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place du Dieu Vulcain ? A S. George (i) ne donnent-ils pas les titres qu'on donnoit anciennement à Mars? A S. Nicolas ne font-ils pas le pareil honneur que les payens faisoyent au Dieu Neptune? S. Pierre, entant qu'on le fait portier, ne représente-il pas le dieu Janus^ Aussi feroyent-ils volontiers à-croire à Fange Gabriel qu'il est le dieu Mercure. Pallas entant qu'ell'est la déesse des sciences, n'est-elle pas représentée par saincte Katherine ? Et au lieu de Diane n'ont-ils pas sainct Hubert, le sainct des chasseurs? Lequel mestier est aussi assigné à sainct Eustace par aucuns. Et quand on fait vestir une peau de lion à sainct Jean Baptiste, n'est-ce-pas pour nous remettre devant les yeux Hercules? Voit-on pas aussi en plusieurs lieux saincte Katherine peinte avec une roue, comme on souloit peindre Fortune? Il y a bien d'avantage, c'est que si on vient aux fables escrites des dieux, on trouvera les cousines germaines de quelques-unes es légendes des saincts. Sinon qu'on vueille dire que ce qui est fable estant escrit des dieux, soit histoire estant escrit des saincts : comme ( pour exemple ) que le dragon tué par S. George ne soit pas fabuleux comme la Méduse tuée par Perseus. Une chose y a qu'ils ne peuvent nier, c'est que Boniface iiii du temple de Romme dict Panthéon, c'est à dire Tous dieux, il en fit un Toussaincts, c'est à dire un temple pour tous les saincts, et d'avantage ordonna que la vierge Marie mère de Jésus Christ tiendroit la place de Cybèle, mère des dieux. Je passeray encore plus outre, c'est que combienque j'aye ci-dessus excepté les sacrifices quant à la conformité de l'adoration des saincts et l'adoration payenne des dieux, toutesfois on y trouvera quelques sacrifices

(i) V. de Ring, Quelques notes sur la légende de S. George, Strasbourg, i85o, in-S».

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