‹ Apologie pour HérodoteChapitre 212 sur 223 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

compagnie^ sans faire aucun semblant de trouver rien mauvais. Il est vrày que nous appercevions bien qu'il mangeoit comme un homme qui ha grand'haste. Ce qu'aussi il nous monslra depuis par effect : car il acjieva beaucoup plustost que nous, et sortit de table, nous y laissant. Plustost ne fut-il en la rue que nous oyQOs crier à gorge desployée, Allo'nferno tutti quelH çhi mangiano carne la quaresima. Laquelle voix nous disions estre fort semblable à celle dudict moine, nç poûvans penser que ce fust elle-mesme, veu qu'en criant contre ceux qui avoyent mangé de la chair en quaresme, il eust crié contre soy-mesme qui en venoit de manger avec nous, sans nous en rien dire. Mai9 quand on eut regardé par la fenestre, on trouva que c'estoit luy, et non autre. Et qui est d'avantage, tant plus on le priôit de se taire, tant plus haut il crioit : et n'y eut autre moyen de luy imposer silence, que de luy approcher le poin à deux doits près de son nez. » Ce comte achevé par ce capitaine, furent feicts quelques autres de ce mesme moine, se rapportans très-bien à cestuy-là : par lesquels on pouvoit cognoistre qucll'avoit esté son humeur qui luy avoit procuré la susdicte canonization.

Il me souvient aussi d'avoir ouy parler de plusieurs feux miracles à l'endroit des enfans mors-nez, pour les faire retourner en vie, ou pour le moins reprendre quelque sentiment, jusques k ce qu'ils fussent baptizeg . Mais pour conclusion, nous ne devons douter qu'il ne fust aisé aux gens d'église de faire acroire au povre peuple tout ce que bon leur sembloit : car (comme dit le proverbe) hien^aisé est à tromper qui à nul mal ne pense. Ot comment il faisoit grande conscience de penser aucun mal de chose aucune dicte cm faicte par eux, voire de juger que la tromperie des gens d'église ( quand il s'en appercevoit) fust tromperie, cela peut estre ass«

congnu par plusieurs passages de ce livre, et nomméement de ce chapitre. Il y a toutesfois un autre point à noter quant aux miracles que ces imposteurs mettoyent en avant, c'est qu'en aucuns aussi ils s'aidoyent de charmes, en aucuns ils esblouissoyent les yeux du simple peuple par illusions diaboliques. Et qui voudra avoir des exemples de tels miracles, aussi bien que des autres (outre les exemples que je vien d'alle'guer),il en trouvera bon nombre au livre intitulé La conformité ou Les conformité^ de S. François avec Jésus Christ : duquel livre nous avons souvent ci-dessus faict mention. Là nous trouvons tant de personnes guaries par S. François ou ses disciples, tant de personnes ressuscitées, que si cela estoit vray, nous pourrions dire qu'ils avoyent toutes sortes de miracles à leur commandement, voire que faire un miracle (et notamment quant à ressusciter les morts) leur estoit aussi aisé que boire un verre de vin. Car que pouvoit estre impossible à celuy duquel le froc estoit si miraclifique qu'il donna la veue à trois aveugles, à un homme et deux femmes, comme nous lisons au 72 fueillet? Quant aux brayes, comment miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles, il n'est pas jusques aux petis enfants qui n'en puissent avoir ouy parler. Mais en ce mesme livre il y a aussi des actes racontez pour miracles, où il semble bien que le diable ait employé ses charmes et sorceleries ou illusions.

A ceste sorte de tromperie nous pouvons bien ajouster l'autre dont nous avons parlé ci-dessus , de ceux qui des os du premier pendu qu'ils trouvoyent (à faute d'autres), faisoyent acroire que c'estoyent quelques miraclifîques ossemens de tel sainct ou telle saincte, qu'on appeloit reliques. De laquelle tromperie pourcequ'il y a un exemple fort notable qui est tesmoigné

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