CHAPITRE XXXIÏ
» toine «oit garde 4e vos bœufs, asnes, pourceaux, dt 9 brebis : et outre ce, vous avez accoustumé de payer » (et ceux notamment qui sont cscrits en nostre con- » frairie) ce peu de devoir qu'on paye une seule fois » Tan. Pour lesquelles choses recueillir, je suis envoyé » par ûostre supérieur, monsieur l'abbé. Et pourtant, » regardez bien que ne failliez de venir après midi » (quand vous orrez sonner les clochettes) ici hors de » Féglise : là où à la mode accoustumée je vous £eray » le sermon, et vous donneray la croix à baiser : et d'a- » boudant (pourceque jje vous congnoy très-dévots ser- » viteurs du baron monsieur sainct Antoine ), je vous » monstreray de grâce spéciale une très-saincte et belle » relique, laquelle moy-mesme j'ay jadis apportée de » la terre saincte d'outre mer, sçavoir est une des » plumes de l'ange Gabriel, laquelle demoura en la » chambre de la vierge Marie quand il luy vint faire » Tannonciation en Nazareth. » Et ceci dict, il s'en retourna ouïr la messe. Or entre ceux qui avoyent ouy ceste harangue se trouvèrent deux bons compagnons qui délibérèrent de donner la trousse à ce beau p^e touchant ceste plume de Tange Gabriel. Ayans donc espié l'occasion, ils allèrent visiter ses bardes, entre lesquelles ils trouvèrent un coffret enveloppé dedans du tafetas, où estoit une plume de la queue d'un perroquet, laquelle il vouloit faire croire estre celle de l'ange Gabriel. Ce qu'il pouvoit persuader aiseement à ses auditeurs, qui non seulement n'en avoyent point veu, mais (quant à la pluspart) n'en avoyent point ouy parler. Ceux-ci . ayans pris ceste plume, pour ne laisser le coffret vuide, remplirent de charbons. Frère Oignon après disner, estant venu l'heure qu'il devoit monstrer ceste relique, fit venir son valet avec les besongnes qu'il luy avoit baillées en garde, et luy ayant fait sonner les clochettes sur la porte du temple pour
faire assembler le peuple, quand il le vit assemblé, commança son sermon, où il dict ce qui luy sembloit servir à son propos touchant sa relique : en la fin quand il vint à la vouloir monstrer , il fit premièrement la confession en grande dévotion : puis estant esclairé de deux torches, osta doucement le tafetas dedans lequel estoit enveloppé le coffret : et ayant dict quelques paroles à la louange et recommendation de range Gabriel et de sa relique, finalement il Touvrit. Or voyant le tour qu'on luy avoit joué, sans rougir, et sans faire l'estonné, haussa la face et les mains au ciel, et dict : « O Dieu, louée soit toujours ta puissance.» Et après, ayant refermé le coffre, se retourna vers le peuple, et dict : « Messieurs et mesdames, vous devez » sçavoir qu'en ma jeunesse je fu envoyé par mon su- » périeur en ces pays où le soleil apparoit : et me fut » donnée charge, etc. » Et en faisant un assez long discours de sa pérégrination, il dict entr'autres choses que le patriarche de Hiérusalem luy monstra outre plusieurs autres reliques, celles-ci : Un peu du doit du S. Esprit, aussi sain et aussi entier qu'il avoit jamais esté, et le museau du Séraphin qui apparut à S. François, et une des ongles (i) du Chérubin, et une des costes du Verbum caro , et des habillemens de la saincte Foy catholique , et quelques rayons de Testoile qui apparut aux trois Rois en orient , et une phiole de la sueur de sainct Michel, quand il combatit le diable. Voilà quant aux reliques que ledict patriarche luy monstra. Mais voici celles qui ne luy furent seulement monstrées par luy, mais aussi doublées : Une des dens de saincte croix, et un peu du son des cloches du temple de Salomon : et la plume de Tange Gabriel, avec une des galoches de S. Guérard de gran-ville : et
(i) Ongle est encore féminin dans Monet.