CHAPITRE XXV
mesmement de ces messieurs, ausquels jamais les séculiers n'ont pensé?
Pour parler donc premièrement des blasphèmes que les uns ont communs avec les autres (c'est à dire des paroles qui sont proférées contre Thonneur de Dieu par ceux qui jurent, ou sans intention de jurer, sont fort despitez et choierez), je ne pense point que les séculiers en ayent jamais dict de pires que les ecclésiastiques, ains croirois plustost le contraire. Pour le moins je puis asseurer que combien que j'aye demouré long temps en Italie (qui est le pays le plus fertile de blasphèmes) (i) et contre ipon gré me sois trouvé souventes fois en des compagnies où j'oyois dire des outrages merveilleux à nostre seigneur Jésus Christ et à la vierge Marie pareillement (à laquelle aussi ils s'attachent bien d'autre façon qu'on ne fait en France), je n'en ay jamais ouy un tel que cestuy-ci, qui fut proféré à Romme par un prestre, Al dispetto di quel can che pendeva nella croce (2). Or en avoit-il dict plusieurs autres avant que venir à cestuy-ci, lequel il garda pour le dernier comme le plus horrible. Et d'où venoit son despit? D'une putain, qui luy avoit joué quelque mauvais tour, ainsi qu'il disoit. Comme si c'estoit bien raison que comme elle luy avoit faict despit, aussi luy despitast Dieu de telle façon qu'il n'y a Turc ni Juif qui en sçeust dire d'avantage. Car encores ajoustoit-il quelque chose plus exécrable, que je suis délibéré de taire. Quant aux blasphèmes qui se disent hors de cholère, je croy que tant s'en feut que les ecclésiastiques en doivent rien aux autres, qu'au
(1) Cf. Du Bellay, Dejence, 1. I, ch. II : « siècles fertiles de bons pofites et orateurs. » Malherbe, 1. IV, Stances pour une mascarade : On tient que ce plaisir est fertile de peines. (3} c En dépit de ce chien qui pendait à la croix. >
contraire les autres leur en doivent beaucoup de retour. Et qu'ainsi soit, comme j'ay ci-dessus allégué exemples de ccojL des uns, j'allégueray aussi maintenant exemples de ceux des autres. Et commenceray par ce mot qui se dit par manière de proyeifce. N'en pleure^ pas : peut-^stre n'est il pas vray. Car on dît t^« ceci est venu d'un qui preschoit la passion, lequel après a^cnr faict pleurer le povre peuple à chaudes larmes, par ses piteuses exclamations qu'il faisoit sur la cruelle mort que nostre Seigneur avoit endurée, en la fin voyant qu'il avoit le passetemps qu'il demandoit, leur dict qu'ils n'en pleurassent point, et que paraventure il n'estoit pas vray. Et que dirons-nous du beau père qui preschant à Tours depuis trois ou quatre ans, tenoit ce language : a Ces meschans huguenots rejettent totalement le Pape, et disent que nous nous devons tenir à cela seulement que Jésus Christ a dict : et moy je vous di que quand Jésus Christ et le Pape seroyent là assis chacun en une chaire, et que l'un me commanderoit une chose, l'autre m'en commanderoit un'autre, j'obéyrois plustost au Pape. » Ce qui se rapporte fort bien à ce qu'a escrit un certain Italien de ce qui fut dict par un Cardinal, qui estant malade à la mort, et ayant voulu estre confessé, quand le confesseur luy parla d'adorer un seul Dieu il dict, qu'aussi faisoit-il, mais que c'estoit le Pape. « Car d'autant que le Pape est Dieu en » terre, je l'ay mieux aimé adorer, pourcequ'il est visible, » que non pas l'autre qui est invisible : puisqu'il n'en » faut pas adorer deux. » Le confesseur luy ayant remonstré que le Pape n'estoit ni Dieu, ni Christ, encore que le povre monde abusé le tinst pour son vicaire, — « Comment » (luy dict le Cardinal) « veut-on » dire que le Pape soit vicaire de Christ en terre? » Si ainsi estoit, il s'ensuyvroit que Jésus Christ se- » roit plus grand que le Pape. Et au contraire je veux