CHAPITRE XXVI
Comment, ainsi qu'il y a en nostre temps des meschancetez plus estranges que jamais, aussi dieu les chastie par façons plus estranges.
^AiNCT Augustin a dict un beau propos entre plusieurs autres, et digne d'un tel homme qu'il estoit : à-sçavoir que si Dieu punissoit maintenant chacun péché manifestement, on ne penseroit point qu'il réservast rien pour le dernier jugement : d'autre part, si Dieu n'en punissoit aucun évidemment, on ne croiroit qu'il y eust aucune providence divine. Encore donc que nous voyons plusieurs commettre des meschancetez énormes sans que les punitions s'enensuyvent, (au moins qu'elles nous viennent en notice), nous avons grand tort si par là nous voulons inférer que les meschans eschappent la main de Dieu, et que leurs malheurtez demeurent impunies. Et m'esbahi comment ce point ne peut entrer en Fentendement de tant de personnes qui portent le titre de Chrestiens, attendu que les payens par un seul instinct naturel sont montez jusques à ce secret de la Providence divine : comme nous pouvons voir en Plutarque (i), et en la plus part
(i) Traité des Délais de la justice divine.