‹ Apologie pour HérodoteChapitre 52 sur 223 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

tismes (i), de ses catilinismes, de ses phalarîsmes, que celle que nous voyons ? Mais parlons des meschans qui ne sont montez en si haut degré de dignité, ains sont contrains de ployer eux-mesmes sous tels galans que cestuy-ci. Chacun peut ou avoir veu et congneu ou pour le moins avoir ouy parler du lieutenant qui par un poëte François fut honoré du titre de Rhadamanthus (2), lequel lieutenant méritoit en deux sortes d'estre nommé criminel. Il fut saisi d'une forte maladie (ce que j'ay ouy raconter en très-bonne compagnie aux médecins qui le gouvernoyent), pendant laquelle il pensa si bien à sa conscience qu'il demoura long temps qu'on ne luy pouvoit oster de la fantasie qu'il ne fust condamné à estre pendu et estranglé. Hélas! (disoit-il)

(i) Façons à la Cretoise. Minos, dit Aristote, Pol , II, avait donné des lois aux Cretois et mis toute l'autorité entre les mains des Cosmes, qui devaient être choisis dans certaines familles et qui retenaient cette dignité tant quMl leur plaisait, et du conseil composé de ceux des Cosmes qui avaient abdiqué volontairement. S. Paul appelle les Cretois mendaces, malce bestict, ventres pigri.

(2) Ce poète c'est Cl. Marot :

Pour abréger : il trouue en vne salle Rhadamantus (luge assis à son aise), Plus enflammé qu'vne ardente fournaise, Les yeulx ouuerts, les oreilles bien grandes, Fier en parler, cauteleux en demandes.

Rébarbatif quand son cueur il descharge : Brief, digne d'estre aux Enfers en sa charge.

Marot, VEnfer.

Le lieutenant c'est Jean Morin, avocat au Parlement, nommé lieutenant civil du bailli de Paris le 17 mars 1622, en môme temps que la charge de bailli était instituée au profit de Jean de la Barre. Ce nouveau tribunal, érigé « pour corignoistre des causes et matières privilégiées tant de bénéfice qu'en matières civiles » siégea d'abord à l'hôtel de Nesle ; « mais parce quil y avoit trop grande peyne à y aller, il fut mis et institué en Chastelet, tellement que le dict siège ' se tenoit les mardys et vendredys matin, auquel jour on ne playdoit point au Chastelet. » [Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 127.) Bèze, en trois endroits de son HisU ecclés.y fait un horrible portrait de cet homme qu'il dit être mort en 1648 « d'un feu qu'il avoit à ses

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je congnoy que j'ai bien gangné la mort : car j'ay faict telle extorsion, j*ay participé à telle et telle pillerie, je me suis laissé corrompre par les malfaicteurs pour les laisser eschapper, et ay traicté trop rudement ceux qui estoyent trouvez innocens : bref j'ay vendu ma conscience en toutes sortes. Et ne se contentant de parler ainsi en général, il venoit jusques à nommer ceux de la mort desquels il se sentoit coulpable, et à leur demander pardon. En la fin il s'avisa que le roi donnoit bien quelquesfois grâce à ceux qui avoyent mérité la mort : et depuis ne cessa d'en parler. Mais combien qu'on s'eflforçast de le confermer en ceste espérance de grâce, il en estoit destourné toutes les fois qu'il considéroit l'énormité de ses maux, et disoit que quand le roy les auroit entendus, jamais il ne luy pardonneroit. Et fust mort ce povre misérable en ceste appréhension de gibet, auquel il luy sembloit qu'on Talloit mener : n'eust été

jambes qu'il avoit dès long-temps toutes pourries d'excès. » Une satire sur sa mort, en forme d'épitaphe , se termine ainsi :

Il n*a fait rien digne de renon

Que de mourir et si vescut long âge.

Voici une autre pièce qui le concerne :

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