CHAPITRE ÏXI
ayant demandé où coucheroyent Içs moines quand ils n'auroyent plus de licts : il respondit : — n Avec les A nonnains. — Mais il s'en faut beaucoup qu'il y ait » tant de nonnains que de moïnes, w répliqua k Roy* A quoy il eut aussi sa responce toute preste : ^ w II » est vray, sire : mais chacune nonnain en logera bien » pour le moins demie douzaine, u
Mais dont vient cela (dira quelcun) que ces povres Cordeliers sont volontiers mis en jeu, pliistost que nuls autres? Ce n'est pas q\i11 ne se trouve aussi bien des exemples es autres moines, et es simples presîres : mais pource que les Cordeliers se disunt estrc montez en un plus haut degré de saincteté que les autres, on ha plustost Tœil sur eux. Et quand on '^ prouvé que les meilleurs (c'est à dire ceux qui se disent les plus saincts) ne valent rien, il est certain que le procès des autres est tout faict. Tout esf ois, à fin de contenter celuy qui pourroit faire telle objection, j'allcgueray des exemples notables de simples prestres, c'est â dire n'estans point moines. Or ne se faut-il esmerveiller si ces galans (et principalement les curez et vicaires) entroyent par tout et en prenoyent par tout : veu que chacun (au moins la plus part) leur ouvroit la porte, et se fioit bien à eux de sa femme, pensant qu1ls avoyent les âmes en recommendation, et non pas les corps : de sorte mesme qu'à grand peine un povre homme trouvant messire Jan sur le faict avec sa ferome, osoit-il croire (de peur de pécher ) que messire Jan fusf venu à mauvaise intention, Dequoy les femmes estans bien averties, n'estoyent fort empcschées à trouver des eschappatoires, quand on les surprenoic avec leur bon pasteur (comme aussi nous avons amené ci-dessus, es pages 267 et 268, etc., des exemples de la subtilité desfemmes-à donner la trousse à leurs raaris, toutes et quantes fois qu'elles estoyent surprises ou avec
les uns, ou avec les autres). Mais voyons comment les prestres et moines de leur costé estoyent pourveus de merveilleuses inventions pour venir à leurs desseins, quand ils trouvoyent quelque résistence. On raconte de deux ou trois (desquels Tun demeuroit en une boui^de entre les mofitagnes de Daulphiné et de Savoye) qui donnèrent ce conseil à leurs paroiçknaes de contrefaire les démoniacles (i), à fin que les maris allans en pèlerinage pour leur délivrance, les leur recommandassent cependant, à ce qu'ils n'y espargnassent ni leurs estoles, ni leurs autres instrumens. Item on lit de plusieurs par le conseil desquels les femmes feignoyent estre malades de quelcune des maladies ausquelles leur sexe est subject, à fin que sous couleur de leur apporter les reliques et de les leur applicquer, ils eussent moyen dé leur applicquer autre chose. Comme sceut bien faire en Sicile un frère mineur à la jeune femme d'un vieil médecin : car elle nommée Agathe ayant descouvert en sa confession à ce moine une partie de ce qu'elle avoit sur le cueur, et principalement le desgoustement ( 2 ) qu'elle avoit de son mari, et ayant assez donné à entendre (au moins à un si bon entendeur) qu'elle cercheroit volontiers appétit ailleurs, la conclusion fut prise (avant que luy bailler l'absolution) que le lendemain, sitost que son mari seroit parti pour aller à sa pratique, elle feindroit estre malade d'une suffocation de la matrice (comme de vray ell'y estoit un peu subjecte) et lors eirinvoqueroit l'aide de monsieur S. Bernardin. Ce qu
(i) Démoniacle' n'e^i pas un diminutif de démoniaque, comme le veut Le Duchat, c'en est une variante. Démoniacle est dans Monstrelet Paré, Montaigne, démoniaque dans d'Aubigné.
(2) Dégoustement se trouve non dans la préface de la Conformité comme le dit Littré, mais dans la dédicace. Dégoust est dans d'Aubigné ; Paré et Montaigne emploient Tun et 1 autre.