I. Les exercices de piété sont à Famé ce que la
nourriture est au corps : si on les lui refuse, elle dépérit, s'affaisse et meurt. Ils sont à l'àme ce que l'huile est à la lampe : si on ne l'entretient, la lumière s'éteint et fait place à une fumée noire et malfaisante. Ils sont à l'âme ce que le bois est au feu: faute de bois, le feu s'arrête ; de même, sans les exercices de piété, le cœur s'attiédit, se refroidit et se glace. Ils sont à l'àme ce que l'arme est au soldat : quand ce bouclier sacré ne nous couvre plus, on est bientôt battu et mis en déroute par le monde et ses passions, on se laisse aller à une vie naturelle, dissipée, sensuelle, à l'amour de soi et de ses aises, à des chutes inévitables, à la perte du salut. Ce sont les exercices de piété qui entretiennent en nous les vues de foi, les bonnes pensées, les pieux sentiments. Avec ces exercices, tout va bien ; sans eux, tout va mal : l'àme se dessèche, se dégoûte de ses devoirs, de Dieu, de la perfection. Avec les exercices de piété, le chrétien peut monter jusqu'à la vertu héroïque: sans les exercices de piété, il peut descendre jusqu'aux derniers abîmes du scepticisme et de l'impénitence finale. Il y a des hommes qui ont la prétention d'accepter le christianisme sans vouloir se pliera loute la pratique sensible du christianisme. C'est une grossière erreur. « Il faut que l'extérieur soit joint à l'intérieur, dit Pascal, c'est-à-dire que
Ton se mette à genoux, prie des lèvres, etc.; afin que l'homme orgueilleux qui n'a pas voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est superstitieux ; ne vouloir pas le joindre à l'intérieur est être superbe. » Voilà toute la philosophie des exercices de piété. Par eux-mêmes, ils sont insuffisants, et cependant nous ne pouvons pas nous en passer. Si nous étions des anges, nous irions à Dieu par des évolutions et des ascensions purement spirituelles ; mais parce que nous sommes des hommes, c'est-à-dire des âmes enveloppées dans des corps, nos moyens d'atteindre Dieu doivent être des moyens sensibles, et ces moyens sensibles, dans le langage courant, s'appellent des exercices de piété.
II. Tout chrétien qui veut arriver à la perfection doit nécessairement placer dans sa vie un certain nombre d'exercices spirituels. Chaque jour il lait sa prière du matin et sa méditation qui dure une demi-heure ou au moins un quart d'heure ; il assiste au saint sacrifice de la messe, à moins d'impossibilité, et il regarde cette action coin nie la plus sanctifiante et la plus douce de sa journée ; il récite son Angehis le matin, à midi et le soir; il sanctifie ses repas par une petite prière avant
et après ; il fait dans l'après-midi une visite au Saint-Sacrement ; il récite son chapelet; il fait une lecture spirituelle d'au moins un quart d'heure; sa prière du soir est accompagnée d'un sérieux examen de conscience ; il sanctifie quotidiennement ses actions ordinaires en les offrant à Dieu et en les surnaturalisant par de nombreuses oraisons jaculatoires ; il ne lui suffit pas d'orienter dès le matin son esprit et son cœur vers Dieu, et de lui dire une fois pour toutes : « Mon Dieu, tout pour vous ! » ; il renouvelle cette direction d'intention de temps en temps ; il s'applique sans cesse à agir, à souffrir, à parler, à penser comme Notre-Seigne.ur et les Saints ; il ne fait rien par des motifs humains, ou simplement par des vues honnêtes, ou par routine, il pense, parle, agit toujours avec des intentions surnaturelles, par esprit de foi, en union avec Jésus-Christ. Ainsi s'écoule chacune de ses journées. Ses exercices de piété sont comme autant d'échelons qui le font monter incessamment dans la vie parfaite et qui le placeront au ciel à des hauteurs qui étonnent. Et puis, chaque semaine, il ;is>i>le le dimanche non seulement à la messe, mais aux vêpres et au salut; il s'arrange pour entendre le prône ou le sermon ; il se confesse au moins tous les quinze jours et il communie selon la permission
de son confesseur. La confession et la communion fréquentes sont son aliment habituel, le soutien de sa ferveur, la vie de son âme, sa vraie consolation, sa meilleure force, sa joie la plus pure. Il n'oublie pas le vendredi de produire quelques actes de dévotion au Cœur de Jésus et de faire le Chemin de la Croix. Est-ce tout? Non. Chaque mois, il fait une récollection spirituelle ou retraite mensuelle pour se rendre compte des victoires ou défaites de son àme ; il pusse la journée dans un plus grand recueillement et il la termine par la préparation à la mort qui le met en état de paraître devant Dieu. Chaque année enlin il se ménage, soit chez lui, soit dans une communauté religieuse, quelques jours de retraite pour faire une revue de sa conscience et se retremper dans la ferveur. Ainsi procède le chrétien qui veut arriver à la perfection. Il n'es! en quelque sorte jamais seul, ni jamais hors de chez lui; il est toujours préoccupé de son âme et toujours près de Dieu; les exercices de piété sont comme la table toujours dressée où s'alimente sa vie intérieure et surnaturelle, où il puise les énergies qui font le juste, le saint, le serviteur impeccable de Dieu et du prochain.
III. En lisant le programme que nous venons de tracer, quelques-uns penseront et diront qu'une
telle gymnastique spirituelle n'est pas faite pour eux, qu'ils n'ont pas besoin de se livrer à ces évolutions inutiles et superflues, et que d'ailleurs ils n'en ont pas le temps. Les exercices de piété leur semblent bons pour les femmes, inutiles pour les hommes. C'est une erreur. « Les esprits supérieurs ont encore plus besoin de piété que le peuple », a dit Mme de Staël; et un homme qui était tout esprit, Joubert, a dit pareillement : « Pour être pieux, il faut qu'on se fasse petit. Les attitudes qui, en nous faisant ployer nos membres, en amoindrissent le volume ou en abaissent la hauteur, sont favorables à la piété. Aussi dit-on que la piété nous porte à nous anéantir devant Dieu. » Les exercices spirituels profitent en sens inverse aux esprits supérieurs, et aux simples ; aux simples ils donnent de l'élévation; aux esprits supérieurs, de la simplicité ; à tous, de la piété, donc de la noblesse. Nous convenons d'ailleurs volontiers que tout le monde n'a pas la possibilité d'introduire dans sa vie toutes les pratiques pieuses qui viennent d'être énumérées. Les nécessités matérielles, les devoirs d'état absorbent l'attention et dévorent le temps de la plupart des hommes et ne leur laissent que des minutes furtives pour se sanctifier. Est-ce à dire que la piété est impraticable pour la plupart des hommes ? Nullement. Dans
toute vie humaine, on peut toujours trouver une place pour la prière du matin et du soir, peut-être pour une dizaine de chapelet, pour une lecture pieuse de quelques minutes, certainement pour l'offrande faite mentalement à Dieu des principales actions de la journée. Dans toute vie humaine, on peut toujours trouver une place pour la messe obligatoire du dimanche, et même pour la messe entendue quelquefois en semaine. « Quand j'ai perdu ma messe le matin, disait La Rochejaquelein, je suis toujours un peu canaille le reste de la journée. » — Quel est le chrétien, si occupé soit-il, qui ne peut pas trouver le temps de se confesser et de communier tous les mois, ou même plus souvent? Quel est l'homme qui, à l'époque du Carême, ne peut pas trouver le temps d'entendre quelques instructions dans l'église paroissiale, de faire une retraite sérieuse pour préparer la communion pascale? Tous les soirs, dans les longues veillées d'hiver, et tous les dimanches de l'année, après les offices, il est assez facile de lire quelque bon livre. L'oraison elle-même, la méditation es! accessible aux chrétiens ordinaires ; c'est bien à tort qu'on la croit réservée aux prêtres et aux religieux, et aux personnes qui font profession de piété. Elle est utile, importante même, pour quiconque veut >e sauver en évitant le péché. « Nous
avons le temps de dormir, écrit un pieux auteur, de prolonger nos repas, de médire, de faire le mal. Point pour Dieu ! Le moyen de ne pas perdre de temps, c'est de faire oraison. Par là, on se tient en grâce avec Dieu et tout est méritoire ; on s'applique à ses devoirs d'état plus consciencieusement. Si un pauvre nous voyait jeter des pièces d'or dans la rivière, il ne serait pas bien indiscret en nous en demandant une ; nous perdons tant d'heures chaque jour qu'on peut bien nous en demander pour Dieu la moitié, le quart d'une. »
IV. C'est dès leurs premières années qu'il faut former les enfants aux habitudes et aux exercices de piété. On ne fait bien que ce qu'on a appris à faire dans sa jeunesse. Ici encore nombre de préjugés sont à réformer. Beaucoup de parents s'imaginent faussement que la piété n'est pas possible à leurs enfants, ou qu'elle est faite pour leurs filles et non pour leurs iils, ou qu'il suffit de leur donner de la religion, et peu ou point de piété.. Nous protestons éuergiquement contre ces erreurs. La piété est utile à tous les Ages de la vie, et c'est surtout quand on esl jeune qu'il faut s'y habituer. L'usage immodéré des pratiques pieuses est dans la jeunesse un travers si peu fréquent qu'il mérite à peine d'être redouté, et quatre-vingt-dix-
neuf fois sur cent les jeunes gens se perdent non par excès de religion, mais par l'abandon précoce des habitudes de piété, qui révélaient leurs premières années d'innocence, de charme et d'éclat. El puis n'est-il pas absurde d'élever dans la même famille, sous le même toit, côte à côte, des ii l les qui sont pieuses et des fils qui ne sont pas même chrétiens? Est-ce que la religion n'est pas bonne pour les frères autant que pour les sœurs ? Est-ce que les garçons, avec leurs ardentes passions, avec leur vie en plein air, avec les périls qui les attendent, n'ont pas absolument besoin d'être façonnés de bonne heure aux sainles disciplines de la piété catholique ? Parce que les enl'nnts ne sont destinés ni au cloître ni au sanctuaire, parce qu'ils vivront demain dans le mariage et dans le monde, ce n'est pas une raison de ne leur donner qu'un demi-chrislianisme, un christianisme tiède et languissant. M"" de Chantai travaillait avec un zèle infatigable à former ses enfants à la piété, et l'aînée de ses filles, M.iric-Aimée, malgré son jeune âge, après avoir achevé ses prières vocales, faisait chaque matin un gros quart d'heure d'oraison mentale. Beaucoup de parents trouveront que c'est trop pour une enfant appelée à la vie du monde. Ce n'est point pourtant ce qu'en pensait saint François
de Sales, cet homme si peu suspect d'exagération et de sévérité, qui disait à Mme de Chantai : « Quant à notre Marie-Aimée, d'autant qu'elle veut demeurer dans la tourmente du monde, il faut sans doute avoir un soin cent fois plus grand de l'assurer en la vraie vertu et piété. » Cette parole d'un saint, qui fut en même temps un esprit très cultivé et un mystique très élevé, justifie et consacre toutes les considérations qui précèdent et nous la recommandons à l'attention de tous les chrétiens qui prennent au sérieux leur sanctiiication personnelle et la sanctification de leur famille.
Gomme tous les autres sentiments du cœur humain, la piété s'échauffe, s'exalte et se décuple par l'association. La piété collective est généralement plus ardente que la piété privée. L'homme isolé n'a que ses propres forces pour se mettre en mouvement; joint h d'autres, il est entraîné, et l'influence du milieu augmente son élan. Les Associations de piété ont donc toujours été en honneur dans l'Eglise, et elles sont aujourd'hui plus nécessaires que jamais. Où est la force secrète de Terreur et du mal, sinon dans l'association? Qui est-ce qui rend la franc-maçonnerie si redoutable, sinon l'association ? Elle enlace dans son réseau juifs, protestants, mauvais catholiques, librespenseurs ; elle les discipline jusqu'au silence ; elle les mate jusqu'à l'esclavage ; elle les enchaîne et les rive jusqu'à la mort, selon le bon plaisir d'une autorité supérieure, mais toujours secrète, à laquelle ils dévouent leur temps, leurs soins, leur vie, sans connaître ses vues et sans lui
demander compte de son administration. Que les enfants de lumière empruntent donc leur modèle aux enfants de ténèbres et qu'ils fassent pour le bien ce que les autres font pour le mal. Leur union fera leur force.
I. Il y a des Associations pieuses qui sont purement transitoires, telles que les assemblées des fidèles dans nos églises à l'occasion des dimanches, des fêtes de Tannée chrétienne, des cérémonies locales, telles encore que les excursions collectives, les pèlerinages à un sanctuaire renommé. Les Juifs se rendaient au temple de Jérusalem. De tout temps les chrétiens ont fait de longs voyages pour voir les lieux saints, le saint Sépulcre, Bethléhem, le Calvaire. Saint Jérôme parle du concours immense des peuples allant en Terre Sainte. Dès la fin du premier siècle, on venait à Rome visiter le tombeau de saint Pierre et de saint Paul. Les trois grands pèlerinages de Jérusalem, de Rome et de Saiut-Jacques-de-Compostelle ont toujours été 1res en vogue dan? la chrétienté. Et aujourd'hui, ces vieux usages rentrent de plus en plus dans nos mœurs. Chaque année, d'imposantes multitudes vont en pèlerinage à Notre-Dame de Lourdes, et il n'est presque pas de diocèse de France qui n'ait son sanctuaire
privilégié où accourent le même jour des milliers de pèlerins. Sans doute ces pieux voyages peuvent être l'occasion de fêtes mondaines, de désordres et de superstitions ; mais l'abus inévitable, en toute chose humaine, ne saurait faire abolir un usage louable ; l'Eglise a toujours condamné les abus et favorisé les pèlerinages. Le désir de visiter un endroit sanctifié et aimé est un désir légitime et bienfaisant. Quand, dans un pèlerinage, nous nous trouvons unis à une grande foule pieuse et sans respect humain, nous prions avec plus d'ardeur, nous allons à Dieu plus facilement, nous nous sentons meilleurs.
II. Les pèlerinages sont des Associations momentanées qui font du bien aux âmes, mais leur action est nécessairement limitée et fugitive. Les Tiers-Ordres sont des Associations permanentes qui sont beaucoup plus efficaces, qui agissent fortement sur la vie des chrétiens mêlés au monde, qui communiquent aux séculiers quelque chose de la perfection religieuse. Les deux principaux Tiers-Ordres sont celui de Saint-François d'Assise et celui de Saint-Dominique. Les tertiaires franciscains et les tertiaires dominicains peuvent vivre isolément dans le monde et observer en leur particulier les prescriptions de la règle. Mais gêné-
ralement ils font partie d'une Fraternité canoniquement érigée qui relève d'un Père franciscain ou d'un Père dominicain et qui tient des assemblées régulières et périodiques. Le Tiers-Ordre ne doit pas être confondu avec les Congrégations religieuses. Il n'est qu'un degré réel ajouté au simple christianisme. C'est un état particulier de perfection qui fait monter le chrétien du siècle à côté du religieux, qui le rend même religieux jusqu'à un certain point, selon l'expression de Benoît XIII, puisqu'il lui fait professer une règle approuvée par l'Eglise, et qu'il le fait marcher dans la voie des conseils évangéliques, sous la direction des Supérieurs légitimes. La règle du, Tiers-Ordre, d'ailleurs, n'oblige pas sous peine de, péché, même véniel. L'esprit du Tiers-Ordre est! un esprit de pénitence, d'humilité et de charité à" l'égard de Dieu et du prochain. Le grand bienfait du Tiers-Ordre, c'est d'arracher les âmes à l'isolement et de leur assurer la force que l'on trouve dans une Association chrétienne. Plus d'une fois le Souverain Pontife Léon XIII a recommandé le Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise. Son appel n'a pas été suffisamment entendu, et la diffusion du Tiers-Ordre est restée très incomplète. Nous n'avons pas la prétention de mieux réussir que le grand Pape Léon XIII ; cependant nous joignons
notre faible voix à la sienne, et nous demandons aux tertiaires de Saint-François et de Saint-Dominique de rester très attachés à leurs Fraternités, très fidèles à la vraie et solide pratique de l'Évangile, très appliqués à la rénovation chrétienne de la société contemporaine.
III. Les Tiers-Ordres sont des Associations toujours plus ou moins fermées qui n'atteignent que le petit nombre. Les Confréries sont ouvertes à la masse et nous ne saurions trop les encourager. Elles peuvent être pour beaucoup un puissant moyen de sanctification.
Au premier rang, à cause de l'excellence de leur objet, se présentent les Confréries du Saint- Sacrement, spécialement destinées aux hommes. Elles sont administrées par le curé de la paroisse et par un Conseil. Elles ont une caisse alimentée soit par des quêtes, soit par des cotisations, soit par le paiement de l'ovale que présente chaque année le proviseur à tous les associés. Elles invitent leurs sociétaires à assister aux processions mensuelles du Saint-Sacrement et à faire l'adoration du premier dimanche du mois à tour de rôle. Viennent-elles à perdre un de leurs membres, elles assurent au confrère défunt une assistance convenable pour la cérémonie de ses obsèques et une
Al'OSTULAT OPPORTUN. — 8.
messe pour le repos de son àme. Y a-t-il procession du Saint-Sacrement à l'église ou dans la rue, c'est la Confrérie qui mobilise un concours d'hommes suffisant pour porler le dais, la bannière et les flambeaux et pour faire escorte à Notre-Seigneur. Les Confréries du Saint-Sacrement sont souvent dans la paroisse les seules Associations d'hommes existantes ou possibles. On a tout à gagner à les maintenir, à les fonder, à les revivifier, car elles font du bien à leurs sociétaires, elles luttent avantageusement contre le respect humain, elles glorifient la sainte Eucharistie et elles sanctifient les âmes.
Les Confréries de la Sainte Vierge s'adressent particulièrement aux femmes. Elles prennent les formes les plus variées. Signalons seulement le Rosaire. Pour faire partie, dans une paroisse, d une Confrérie du Rosaire et gagner les indulgences, il faut dire le rosaire sur un chapelet indulgencié par un prêtre qui en a reçu l'autorisation, méditer sur les mystères du rosaire, et être inscrit sur le registre de la confrérie. Il est inutile d'insister sur l'utilité des Confréries de la Très Sainte Vierge. Quand elles sont bien constituées et bien conduites, elles peuvent devenir manifestement, au sein d'une paroisse, des foyers dévie chrétienne et des instruments puissants de propagande religieux.
Las Confréries professionnelles sont un vestige des anciennes corporations de métiers. Elles groupent sous le patronage d'un saint les hommedu même métier, par exemple : les cordonniers sous le patronage de saint Crépin, les vignerons bous Le patronage de saint Vincent, les maraîchers sous le patronage de saint Fiacre, les laboureurs sous le patronage de saint Eloi, etc.. Ces Confréries sont, hélas ! bien déchues de leur antique splendeur. Dans la plupart (\n^ paroisses, elles n'ont d'autre exercice religieux que la messe, au jour de la fête du patron, et d'autre obligation que la remise d'une aumône en échange du pain bénit traditionnel. Il faudrait les reprendre en sousœuvre, les fortifier par une organisation plus puissante, mettre à leur tète un Conseil composé du Curé et de quelques hommes d'action, leur donner une fête patronale, accompagnée de belles cérémonies et d'une solide instruction; il faudrait instituer une messe pour les confrères défunts à laquelle assisteraient tous les confrères vivants; il faudrait étendre le rôle des associés et donner aux meilleurs d'entre eux une mission de zèle; il faudrait même, -i c'était possible, greffer sur la Confrérie une œuvre sociale ei économique, telle qu'une mutualité, une caisse rurale, une assurance, un syndicat. Pkdse à Dieu que uos vieilles Gon-
fréries, rajeunies et revivifiées, conservent dans l'atelier et dans les champs la place qui leur convient et retrouvent leur vitalité d'autrefois !
IV. Les associations de piété pour la Jeunesse sont particulièrement nécessaires. Nul n'ignore les causes de démoralisation qui font tant de ravages parmi nos pauvres jeunes gens et jeunes filles. A la conjuration du mal il faut opposer la conjuration du bien. Les jeunes gens seront abrités et groupés dans leurs patronages où ils trouveront non seulement des moyens de se récréer honnêtement, mais encore des moyens de se sanctifier sûrement. Pour alimenter leur vie chrétienne, on leur offrira plusieurs Associations, telles que la Congrégation des Saints Anges pour les plus jeunes et l'association de Saint-Labre pour les plus âgés et les plus sérieux. Quant aux jeunes filles, elles auront non seulement leur catéchisme de persévérance et leur patronage particulier, mais une Confrérie telle que la Congrégation des enfants de Marie. Ce dernier genre d'association n'aura pas partout le même règlement et la même physionomie ; partout cependant il devra tendre au même but qui est : 1° de procurer aux jeunes filles par l'association les moyens d'entretenir et de développer en elles la vie chrétienne ; 2" de les
faire contribuer au bien général do la paroisse par l'édification quelles donneront, l'influence qu'elles exerceront et la part qu'elles prendront ;i sa vie et à ses œuvres. Partout les vertus que Ton demandera spécialement aux Enfants de Marie seront la piété, la fidélité aux devoirs d'état» la modestie et le zèle.
1° Piété. Elles se rappelleront que la piété consiste en un amour tendre et délicat pour Dieu, qui fait fuir tout ce qui lui déplaît et rechercher tout ce qui lui est agréable. Elles porteront le scapulaire et la médaille de la Sainte Vierge et réciteront chaque jour au moins une partie du chapelet. Elles adopteront, dans la mesure du possible, les pratiques conseillées aux personnes pieuses en plus des prières du matin et du soir : méditation d'un quart d'heure, assistance à la messe en semaine, visite au Saint- Sacrement, récitation de VAngehts, lecture de piété, examen particulier. Elles se confesseront assez souvent et communiepont au moins tous les mois, même tous les quinze jours ou les huit jours, même plus fréquemment si leur confesseur le juge utile.
2° Devoirs (Triât. Elles comprendront que leur piété ne peut être complète el véritable si elles n'accomplissent consciencieuse menl et en vue de plaire à Dieu tous leurs devoir> d'état. Elles met-
tront donc tous leurs soins à s'acquitter envers leurs parents de leurs devoirs de respect, d'obéissance et d'assistance. Elles aimeront le travail et s'y appliqueront selon leur condition avec conscience et courage. Elles travailleront à acquérir la simplicité des goûts, l'esprit d'ordre et toutes les autres qualités qui font les femmes sérieuses et utiles.
3° Modestie. La pureté du cœur étant la condition et la mesure de la piété et du dévouement, elles éviteront avec grand soin tout ce qui pourrait altérer en elles cette délicate vertu. Elles veilleront sur leurs lectures, leurs conversations, leurs fréquentations, leurs promenades, leur tenue en public. Elles s'abstiendront de paraître aux bals publics. Si elles ne peuvent éviter de prendre pari aux bals de noces et de corporations, elles ne le feront que dans les limites tracées par Ja prudence chrétienne et après avoir demandé conseil.
h? Zèle. Elles s'efforceront de faire le bien parmi les autres jeunes filles, dans leur famille, dans toute la paroisse. Elles prendront part, selon leur pouvoir, à toutes les œuvres de piété, de charité ou de zèle qui se font dans la paroisse. Notamment, elles donneront l'exemple du silence ei du recueillement à l'église ; elles assisteront, autant qu'elles le pourront, aux offices, saluls et réunions
de piété qui se font en semaine à l'église ; elles viendront adorer le Saint-Sacrement le jour où il est exposé et elles se feront zélatrices pour recruter d'autres personnes adoratrices ; elles répondront à tout appel du pasteur pour les bonnes œuvres ; elles accepteront la mission de caté^ chistes volontaires, etc.
Évidemment, ce programme n'est pas réalisable partout. C'est à chaque paroisse de constituer dans son sein les Associations pieuses qui ont le plus de chance de réussir el de faire du bien.
Terminons cette longue étude sur les «euvres de piété et de sanctification personnelle en redisant au clergé et aux catholiques que la déchristianisation de la France est notre grand mal, et que le remède à ce mal ne se trouve ni dans la science, ni dans la richesse, ni dans les habiletés humaines, ni dans les combinaisons politiques, mais dans le retour à l'Evangile intégral, mais dans la pratique sérieuse de la vie chrétienne, niais dans la sainteté. Au xvie siècle, après les lavages du protestantisme, notre pays a été sauvé par une eftlorescence de saints et de saintes, par une eftlorescence de vertus et d'œuvres héroïques qui ont purifié la France et renouvelé sa mentalité. La crise <[ni sévit en ce moment n'es! pas moin> grave que celle du xvi" siècle, (sons, pour
nous relever et nous guérir, des moyens qu'ont employés nos pères. Aucune loi, aucune tyrannie, aucune persécution ne peut nous empêcher ou nous dispenser d'être des saints. Là est la solution de tous les problèmes qui nous agitent, et le remède à tous les maux qui nous tourmentent.
Conclusion. — Accentuez votre vie catholique.
Qu'est-ce à dire? La vie catholique se manifeste par des pratiques, s'impose par des vertus, se propage par des œuvres.
Accentuez vos pratiques religieuses. Une culture intense de la piété chrétienne est aujourd'hui absolument nécessaire à quiconque veut garder l'intégrité de sa foi et l'intégrité de sa conscience. Celui-là se résigne à n'être plus catholique qui se contente de l'être à moitié. Accentuez vos pratiques religieuses. — Il y a des violents qui ont rêvé l'extermination du catholicisme. Vous leur opposeriez vainement des raisonnements; on ne raisonne pas avec la vague, on lui oppose une «ligue. Or la digue, ce sont vos pratiques religieuses, devenues plus régulières et plus imposantes que jamais. Quelqu'un dernièrement, voyant une magnifique assemblée d'hommes envahir le
lieu saint, disait : « On parle de fermer les églises? Il faudrait plutôt les agrandir. » La foi ouvertement professée par la collectivité catholique, voilà la barrière contre laquelle viendront se briser toutes les conjurations de l'enfer. Accentuez vos pratiques religieuses. — Et puis, à l'heure présente, les timides sont encore beaucoup plus nombreux que les violents. Ils s'abstiennent, ils se taisent, ils se cachent, ils se tiennent prudemment à l'abri des regards et des coups. Toutes les harangues seraient impuissantes à faire passer un souffle de liberté et de courage sur ces consciences terrorisées. Il faut les entraîner par l'exemple. Si vous voulez qu'on vous suive, marchez devant, enseignes déployées. Allez à la Messe, aux Vêpres, au Salut, au Sermon, à la Communion. Accentuez vos pratiques religieuses. Ce n'est pas assez.
La vie catholique se manifeste par des pratiques ; elle s'impose par des vertus. On discute nos dogmes, nos préceptes, nos sacrements, nos cérémonies. On ne discutera pas nos vertus. Les païens qui entouraient sainte Cécile disaient : « Si le Christ n'était pas Dieu, comment aurait-il une pareille servante ! » Des païens, il y en a partout dans notre voisinage, et jusque dans nos maisons. Nous pouvons essayer de les convaincre par de
bonnes paroles, par des réflexions judicieuses, par des répliques irréfutables. Mais en général, nous ne les vaincrons que par nos bonnes actions. Chrétiens, votre grande délicatesse de conscience et la dignité de votre vie seront plus éloquentes que tous vos discours. Epouses, vous convertirez vos maris par votre humeur toujours égale et par votre bonté inlassable. Le monde qui ne veut plus croire à rien, jeunes filles, sera bien obligé de croire à votre éblouissante pureté, et par conséquent au vrai Dieu qui en est la source. Et vous, âmes pieuses, servantes d'un Dieu né sur la paille et mort sur la croix, ayez peur de lui trop peu ressembler, efforcez-vous de mettre vos actes en harmonie avec votre foi et prouvez la vérité de vos croyances par la sublimité de vos vertus î Voilà les arguments qui portent, qui pénètrent, qui persuadent, qui ne sont pas violents, mais qui sont presque toujours définitivement victorieux.
La vie catholique se manifeste par des pratiques, elle s'impose par des vertus, elle se propage par des œuvres. Nous sommes dans la lutte. L'ennemi est aux remparts. Il faut agir. Plus que jamais il faut garder et développer nos œuvres de prière et d'apostolat, nos œuvres d'enseignement et de persévérance, nos œuvres de charité, nos œuvres de presse, nos œuvres religieuses et sociales. Tout le
monde doit s'y mettre. Les prêtres d'abord a qui Jésus-Christ n'a pas dit : Restez dans vos maisons! mais à qui II a dit : Allez à votre peuple : fie ad oves! Si saint Pierre n'avait pas quitté le Cénacle, nous serions encore païens... les prêtres, <|iii ne sont pas des spéculatifs, des théoriciens, des intellectuels stériles, des gémissants inertes, mais qui sont et qui veulent être de plus en plus des apôtres, des hommes d'action, vos pères dans la foi et vos serviteurs dévoués. Avec les prêtres, hommes et jeunes gens, soyez au premier rang dans la grande bataille du bien contre le mal. Rien ne se fera sans vous, car vous êtes la tête du pays, les chefs de la cité, les dirigeants de la paroisse et les promoteurs nécessaires du progrès religieux! Et vous aussi, femmes chrétiennes, mettez en activité, pour faire avancer le règne de Dieu, tout ce qu'il y a d'ingénieux, de communicatif et de conquérant dans vos âmes si naturellement apostoliques. C'est la femme qui a bercé l'Eglise naissante à Nazareth. Ce sont deux femmes : Glotilde et Jeanne d'Arc, qui ont apporté à la France son baptême, sa vocation et son salut. Le moyen âge a connu les croisades d'enfants ; le w >i<Vle verra la croisade des âmes féminines, pures, généreuses, héroïques, qui feront violence au ciel et qui convertiront la terre !
En quelques mots, je viens de vous tracer un vaste programme. Acceptez-le sans discussion, exécutez-le sans découragement, et j'ose vous promettre la victoire.
Il est vrai que les ennemis de Dieu disent tout haut que l'Église n'a plus que vingt-cinq ans de vie, ou que tout au plus elle peut bien encore durer cinquante ans. Ils se trompent étrangement. Nous enterrerons tous ces gens-là. et à leur dernière heure la plupart s'empresseront de nous demander une absolution dont ils auront grand besoin et un convoi de première classe que nous leur accorderons peut-être. Dans sa marche victorieuse depuis vingt siècles, l'Eglise a rencontré et bousculé beaucoup de Xérons et de Juliens l'Apostat, beaucoup de Jacobins et de sous-Jacobins. Sa victoire a toujours été de leur survivre et sa vengeance de prier pour eux.
Il est vrai que les ennemis de Dion nous font la vie dure. Qu'importe? Nous, prêtres, nous tâcherons de faire notre devoir, et vous, fidèles, vous accentuerez plus que jamais votre vie catholique Entre le clergé et le peuple chrétien, il y aura une sainte union de pensées et de sentiments, une sainte rivalité de charité et de bienveillance, une sainte émulation pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Unis ensemble, nous serons très
forts, nous serons inaccessibles à la crainte et à la lassitude, nous serons invincibles. Que si le présent nous semble lourd et douloureux, nous prendrons patience. On peut nous ravir nos aises icibas, mais on ne peut pas nous ravir la récompense de là-haut. Et d'ailleurs, même sur cette terre, demain nous vengera des amertumes d'aujourd'hui; l'avenir nous rendra justice en venant chercher dans nos bras les trésors nécessaires de la vérité, de la vertu et de la paix.