Appel a la nation /
U AMI BU ’P'EUPLM ^ cïtojên du District des Cordeliers ^ et auteur de plusieurs ouvrages patriotiques , contre le ministre des Finances , la Municipalité et le Châ-* telet de Paris * suivi de l^ exposé des raisons urgentes de destituer cet administrateur des deniers publics ^ de purger cette corpora-^ tion ^ et d^ abolir ce tribunal 3 redoutables suppôts du despotisme.
Vîîam împeadere rero.
D ü rivage oh m^a jeté la tempête, nud,* froissé 5 couvert de contusions , épuisé par mes efforts , et mourant de fatigue, je tourne avec effroi les’ yeux vers cette mer orageuse sur laquelle voguent avec sécurité mes aveugles concitoyens ; je frissonne d^horreur à la vue des périls qui les menacent , des malheurs qui les attendent ; je gémis de ne pouvoir plus leur prêter une main secourable ; mais dans Fimpuissance où le cruel destin m^a réduit , il ne me reste que d^
vaines réclamations contre les pilotes perfides et barbares qui exposent le navire à périr, et qui m’ont- fait jeter à l’eau , en feignant de vouloir appaiser la tourmente.
Parlons sans figure. Martyr de nu n zèle pour le salut de la patrie , je ne porterai plus mes réclamations a rassemblée nationale : les hommes superbes et vains qui se parent des dépouilles du peuple , les hypocrites qui l’égarent , les gens de loi qui lui vendent la justice , les intrigants qui cherchent à l’asservir , les'frippons qui a^availlent à Faffamer , les scélérats qui s’efforcent de le replonger dans l’abîme , et , pour tout dire, en un mot , les ennemis .publics qui dominent le corps législatif se soulèveroient a mon nom seul ; aveuglés par leurs passions , et sourds à la voix du devoir , ils immoleroient sans pitié l’homme intègre qui osa dévoiler leurs noirs projets , et défendre contre eux la cause de la liberté. Qu’ils jouissent de leur faux triomphe , je ne les fatiguerai plus de mes plaintes : c'est k la nation que j’ose les adresser , c^est pour elle que j’ai combattu , c’est pour elle que je me suis fait anathème.
Si elle pouvoit oublier mon dévouement , je rne scumettrois sans murmure a la rigueur du sort: mais avant de tomber sous les coups de la tyrannie , j’aurai la consolation de couvrir d’qppr ubre mes lâches persécuteurs ; j’en-
velopperaî ensuite ma tête de mon manteau, et je présenterai le cou au fer des assassins.
L'y-! mi du Peuple^ poursuivi comme un malfaiteur , par le ministère public ! Pourroit-on le croire , si le ministère public n’étoit composé des ennemis du peuple? Ce qui doit le plus affliger un homme de bien , victime de sa vertu , ce n’est pas d’être exposé à' succomber sous les artifices des méclians ; c’est de voir soupçonner son innocence. Pour faire triompher ia mienne , il faut remonter au principe de la persécution que j’éprouve ; mais pour montrer la turpitude de mes perr sécuteurs, il suffira du simple exposé des faitL
Le moment étoit venu pour les François de secouer le joug cruel sous lequel ils gémissoieut depuis tant de siècles. S’ils y ont réussi , ils doivent ce succès à im concours de circonstances uniques. S’ils connoissent kurs droits, ils doivent cet avantage à la philosophie , qui a fait tomber le bandeau de l’erreur que le despotisme avoir ceint sur leurs fronts. Si les Etats-Généraux , oubliés:^ depuis si long-tems , leur ont été rendus , ils doivent ce bonheur aux abus du pouvoir aux déprédations des a gens de l’autorité et aux barrières que quelques cours de judicaturcs ont elevées contre de pareils brigandages. Si le peuple a été compté pour quel—
xjiîe chose dans la rénovarion de ses anciennes assemblées , il doit cette restitution de ses droits aux écrivains patriotiques qui ont démasqué les vues ambitieuses dès ordres favorisés ; jaloux de perpétuer leur domination , ce nouvel ordre de choses n’étoit pas vu avec indiiférence , pour empêcher le peuple de rentrer plainement dans scs droits , et le tenir éternellement sous le joug , il falloir dissoudre les Etats : la plus noire trame fut ourdie , et , sous prétexte de pourvoir a la tranquilité publique , les ennemis de la révolution s’aprêtèrent à nous réduire par la faim 5 le fer et le feu. Le ciel vdlloit pour nous : non seulement nous avons échappé , mais les préparatifs qu^ils avoient faits pour nous détruire , ont servi à notre triomphe. Dès ce moment , les députés des différents ordres sont devenus les réprésentans de la Nation , et cet honneur , ils le doivent k feffervescence que les plumes énergiques avoient excitées dans toutes les têtes , à f horreur qu’elles avoient inspirées contre l’oppression , a la fureur avec laquelle le peuple s'^est soulevé contre ses oppresseurs , et aux scènes sanglantes des coupables qu’il a immolés.
A la vue de ces actes d’une trop juste vengeance , nos perfides ennemis , glacés, d’effroi, ont suspendu quelques jours leurs
t)dieuscs macWnations , pouf se r&nîf auj réprésentans du peuple ; et les ancienne^ barrières qui séparoient les ordres de 1 Etat ^ se sont enfin abattues devant les lois éternelles de la raison et de la justice. Ils ont vu en silence renverser de redoutables monuments de tyrannies , eux-mêmes ont feinc de s’empresser d’en arracher quelques pierres : . \ mais à peine leur a-t-^on donné le tems de revenir de leur transes , qu’ils n^ont songé qu^à en retarder la chute , qu^à employer mille artifices pour leurer les citoyens , qu^'à tramer une seconde conspiration
C^est au sein des factions formées contre la liberté naissante , que furent posées Ica bases de la constitution j c’est au milieu du tumulte et des orages qu’en fut élevé fé-4 dificc : édifice pompeux que nos ennemis travaillent sans cesse à renverser ; tantôt ils le minent sourdement , tantôt ils le sappenc audacieusement , suivant que la fortune leur paroît plus ou moins propice.
Le peuple venoit de briser ses fèrs^ et il âvoit les armes k la main. Enivré d’un faux triomphe ^ dé}a il se croit libre et indépendant ; mais tandis qu’il chante sa victoire , les ennemis de son bonheur livres à leur rage , renouent en silence les fils dé leur trame odieuse. Au lieu de se choisir des chrfs éclairés et intègres ^ il souffre qu||
de vils intrigants se fassent nommer ses
dataires , et leur remet ses pouvoirs , s’abat!^ donne a leur foi , et s^endort stupidement: dans leurs bfas : mais bientôt abusant de rautorité qu’il leur a confiée , et tournant contre lui les armes qu’il leur a remises , ils lui enlèvent sourdement ses droits ; et, pour le réduire plus sûrement sous le joug ♦ ils travaillent à le faire, périr dç faim, L^abîme est ouvert ; s’il est pas encore précipité , qu’il rende grâce à quelques amis , incorruptibles de la patrie , qui ont dévoilé, rhorrible complot : ç^est dans cette classe que j’ose me compter.
Citoyen paisible , ami de l’ordre , ché-» tissant la justice , et passionné de la liberté , depuis long-tems je passai mes jours à la recherche des lois de la nature , lorsque le désordre extrême des affaires de letat , changea l’objet de nies études favorites. Il n’étoit point étranger a la politique , et je pensois qu’un homme de bien ne pouvoir rien faire de mieux que de consacrer sa plume au bonheur ddn grand peuple. Ce fut sur un lit de douleur que j/éCrivis V offrande à la Patrie. J’y exposai , non la réforme de petits abus d’administration , mais la refonte entière du Gouvernement ; j'^y traçai les lois, indispensables au triomphe de la liberté ; ^ns laquelle la régénération de l’EmpirQ
lie seroît qn’ûne chimère. Get opuscule fit ^^>e^sâtion ; les viies qu'il coiuenoit percèrent avec rapidité ^ et j’eus la satisfaction de les voir consacrées dans presque tous les cahiers des députés aux états.
Les premiers travaux du comité de constitution paroissoient à peine ; ils étoient contenus dans plusieurs projets sur les droits de r homme et du citoyen '^ aussi peu dignes d’un siècle de lumières que d’une assemblée nombreuse appelée a régénérer le royaume, fruits prématurés de la vanité philosophique ; impatiente de se mettre en vue , quelques membres de ce comité , restaurateurs prétendus de la liberté françoise , avoient conservé à la couronne cent prérogatives usurpées , jusqu’au privilège odieux de disposer des provinces et de vendre les sujets comme un vil troupeau , ces dispositions honteuses , qu’on avoit pris soin de dévoiler 5 me saisirent d’indignation , et portèrent l’eft’roi dans mon ame ; je pris la plume, sonnai le tocsin; et dans un écrit ' de quelques pages je couvris d’opprobre et le projet et ses auteurs; ainsi décrié, il n’osa plus paroître au grand jour , et le président du comité , devenu la bête noire de l’assemblée nationale , fut enfin obligé de battre en retraite.
Tant d'essais indigestes ne me faisoient que
trop sentir combien peli Ie$ droits dô l’homme en société étoient connus ; combien peu on avoir dessein d’organiser la machine politique pour le bonheur des peuples ; je traçai le plan d’un constitution (1)5 libre , juste et sage ; j’y indiquai les réformes à faire ; j’y invitai la nation h. reprendre les biens ecclesiastiques que le clergé dissippoit honteusement , h les employer suivant le but de leur donnation ; j’y proposai le rappel de toutes les pensions usurpées ou excessives , la suppression de toutes les places inutiles ou dangereuses , rabolirion des maisons militaires despri/zçes j j’y fis sentir la nécessité de ne plus laisser à la couronne la nomination aux emplois ecclésiastiques , civils et militaires , la nécessité de réduire l’armée de moitié , rétablissement d’un vrai tribunal d’état chargé de juger les agens du pouvoir qui abuseroient de l’autorité , la consécration solennelle des droits de la nation , le mode de distribuer et de limiter les pouvoirs de l’état de telle sorte que la liberté publique ne soit point exposée , la plupart de ces vues furent adoptées.
La manière dont les états-généraux avoient été composés , la multitude d’ennemis de la révolution qu’ils renfermoient dans leur sein ,
#1) Ce plan a été publié è la fin 4n mois d^août 17$^^
!e peu d^aptîtude et de désir que le plus grand nombre montroit à faire le bonheur public , m^avoient fait sentir la nécessité de surveiller avec sollicitude l’assemblée nationale , de relever ses erreurs ^ de la ramener sans cesse aux bons principes , d’établir et défendre les droits du citoyen ; de contrôler les dépositaires de l’autorité 5 de réclamer contre leurs attentats , de réprimer leurs malversa- ' tiens : dessein qui ne pouvoir s’exécuter qifà l’aide d’une feuille vraiment nationale. J’entrepris donc un journal public , sous le nom ' Amidu peuplc:'ûï^2iŸ^sété inutile à la cause de la liberté. Plus d’une fois je m’y suis élevé avec force contre des projets de décret alarmans 5 et des arrêtés oppressifs 5 tels que celui du veto , de la loi martiale 5 du marc d’argent 5 de l’attribution des droits du peuple à rassemblée nationale , de la spoliation des droits de la commune en faveur de la municipalité ^ de la formule ordinaire de la promulgation des loisj et^ plus d’une fois 5 j’y ai dévoilé les trames odieuses contre la patrie, long-temps avant qu’elles n’éclatassent ,^j Y ai tonné le tocsin pour courir aux armes , lorsqu’il étoit encore temps de sauver la pa^trie , je n’ai cessé d’y avertir la nation que les ennemis publics étoient toujours sur pied pour renouer leurs trames criminelles : j’y ai sollicité les bons citoyens a purger l’assem-
( Il )
blée nationale , les corps municipaux , les cours de justice , les comités de districts , des membres corrompus , dangereux , ou suspects ; ÎY ai fi'ondé le projet de rendre au monarque ses gardes-dii~corps ; j’y ai frondé findignc réglement de police , qui rernîttoit les écrits patriotiques a la merci de fadministration municipale au moyen des colporteurs , et larrêté plus indigne encore qui ordonnoit la contrainte par corps pour dettes civiles ; sans cesse j’y ai contrôlé , contenu et réprimé les agents du pouvoir , en dénonçant au public leurs malversations , leurs prévarications et leurs at-^ tentats.
Qu’on jette les yeux sur ces écrits , on y verra à chaque page des preuves de mon zèle^, qui serviront un jour de témoignage aux efforts que je n’ai cessé de faire pour assurer la liberté et le bonheur du peuple* .
; Alarmé de la famine dont le peuple étoir menacé au sein même de Pabondance , je ne tardai pas à reconnoître que les accaparemens de grains , malicieusement attribués à des particuliers , ne pouvoient se faire qu’avec l’appui du gouvernement; et sur -tout avec l’appui des municipalités , seules en état d’employer la force publique pour protéger les agens ministériels* Indigné des.
efforts continuels que faisok^Ie principal ministre , pour remettre dans les mains du monarque les chaînes du pouvoir absolu ; indigné de la composition de la municipalité Parisienne ^ où se troiivoient des agens du directeur des finances (i) , des pensionnaires royaux 5 des robins , des suppôts de la chicane ^ des escrocs ^ des fripons 5 tous partisans de l’ancien régime ; indigné des tentatives réitérées de l’administration municipale , pour donner le change au public sur les causes de la disette ; je suivois en silence la chaîne des événemens « et d’après quelques faits notoires je n’ai plus balancé à charger le ministre d’être le principal auteur, de ces malversations ^ et la municipalité d’avoir indignement connivé avec lui.
Redoutant l’organisation de la milice nationale 5 l’énormité des appointemens prodigués à l’état- major de la garde soldée , Pindîgne choix (^) des principaax officiers
(1) Les Leleu , Deîeutre et vils intrigants , et fai« seurs d’affaires.
(2) On nous dit avec assurance , que ce choix a été fait par les districts ; il faut être bien simple pour le croire. D’abord les assemblées de districts , loin d’être complettes, ne sont jamais générales ; et puis', qui doute que les chefs n’aient fart de faire accaparer les voix par des intrigans , et qui ne fait que quelques centaines de voix achetées à vil prix j suffisent pour faiç# ipi çommajadant 4e’ bataillon.
de la. garde non soldée , la désunion que l’iiiiiforme alloit mettre parmi les citoyens , l’esprit de corps que le commandant gé- ^ néral travailloitk inspirer à une partie des soldats , en formant des compagnies de grenadiers et de chasseurs , les malheurs qui alloient être les suites inévitables de cette désunion ; j’ai dénoncé au pubKc ces manœuvres* criminelles.
Révolté des atteintes multipliées portées à la liberté publique par les municipaux, et désespéré de leur connivence avec le principal ministre , j’ai dévoilé leur odieux projet , et répandu l’alarme ; on m’a reproché de n’avoir gardé aucune mesure dans mes réclamations.— Mais quoi! aigri par les plaintes qu’on m’adressoit de tous côtés contre les agens du pouvoir , harcelé par la foule d’opprimés quiavoient recours à moi, révolté des abus continuels de l’autorité , des attentats toujours nouveaux des suppôts du despotisme , pouvois-je ne pas être pénétré d’indignation contre les auteurs de tant de forfaits , et déployer a leur égard toute l’horreur qui# remplissoit mon ame ?
On m’a reproché d’avoir attaqué sans ménagement les ennemis publics : mais en poit - on aucun à de perfides ennemis ? ^Soldat de la patrie , j’ai combattu pour elleavec l’audace d’un guerrier qui sent toute la
Justice de lâ cause ^qu’il soutient. Si quelques-^ fois mon zèle pour le salut du peuple m^a emporté , me fera-t-on un crime de n’avoir vu que les dangers qu’il courroie , et de m’être dévoué poùr lui ?
Enfin on m’a reproché de m’être trop confié à la bonté de ma cause , et d’avoir ignoré qu’on n’attaque jamais impunément les hommes constitués en puissance ; si cette maxime étoit fondée toute révolution seroit impossible , comment donc auroient été faites celles du 14 juillet , et du 6 octobre ? et puis , quelle apparence que les ennemis de l’état, que j’avois toujours arrêtés, leveroienc tout-k-coup le masque ; passeroienc par dessus toute considération . et se porteroient aux dernières extrémités ? quelle apparence que le parti patriotique de l’as-* semblée nationale né compteroit que des trembleurs ? que les soldats nationaux ne seroient que de pures machines ; que les bons citoyens que j’avois invités a se confédérer , resteroient isolés ; et que l’ami du peuple se verroic enfin seul contre tous.
Au demeurant , ces reproches annoncent dans ceux qui les font, assez peu de connois-* sance du cœur humain. Ignorent-ils qu’il n’y a que la crainte du plus affreux scandale qui puisse contenir les méchans ? C’est la seule arme qui me restoit contre les ennemis de la
patrie : je l’ai employée long-temps avect succès, et je Taurois employée. plus longtemps encore , sans un événement malheiîreux que la prudence ne pouvoir prévenir , et dont les agens du pouvoir ont habilement profité.
J’ai publié cent inculpations également graves et méritées contre l’administration municipale , et toujours elle a fait la sourde oreille , toujours elle a gardé le silence. Une seule fois, durant cette guerre où j’avois seul tant de désavantages , j’ai dénoncé un délit révoltant commis dans rassemblée des maiv dataires provisoires delà commune (i), délit bien constaté; mais, sur la foi de bopprimé , je m’étois mépris sur la personne du délinquant. Aussi-tôt l’accusé jette feu et flamme , crie à la calomnie , porte plainte > me traduit devant le châtelet; et pour une erreur innocente , dont il m’eût été également impossible , et de me défier et de me garantir : j’ai été décrété de prise-de-corps comme un criminel. Le décret devreit être mis à exécution le 6 octobre : mais dans des ccnjcnctures aussi orageuses , les gens du roi n’osanc pas d’abord venir jusqu’à moi, se contentè-
nt d^assigner mon libraire et mon impri-
^^eur. Comme je suis convaincu qu’il est m - -
(a) Voyez le nutnéro 24 <^1® i’Aiüi du Peuple.
con-
hon-seüîemcnt licites , mais méritoire d’éclaîrer là conduire des agens du pouvoir , de les dénoncer pour le moindre abus d’autorité ^ tt de les poursuivre à outrance , je recommandai au premier de ne pas GOmparoîtrej et il suhdt le conseil le dernier ne consul^ tant que ses préjugés , se rendit chez le commissaire, qui se contenta de lui adresser quel*ques questions vagues , et de lui faire dés politesses ; car la nouvelle de la victoire du peuple sur lés conspirateurs étoit déjà publique ^ et les gens du roi avoient trouvé prudent de mettre de l’eau dans leur vin..
Un pareil décret décerné avec tant de légèreté contre un acte qu’autorisoit le soin de Veiller ail salut de l’état , étoit un attentat contre la liberté individuGlîc, un outrage contre la liberté publique. J^eii étois révolté 5 et je le dénonçai à la nation , en lui révélant là coupable témérité du sieur Flandres de Brunville* Aveuglé par son ressentiment , ce lâche oppresseur lança contre moi un second décret de prise-de-corps , qu’il essayât de faire mettre a exécution la nuit du 8 octobre , cil une troupe d’Alguasils fantassins et cavaliers , suivis d’une voiture , se présenta à ma porte pour m’enlever* On refusa d’ouvrir ; forcés de s’en retourner'', ils disparurent avec le jour. Faisons ici une réflexion qui cchapperok à la plvipart des lecteurs ; elle g
^ I ni
pour objet lès désavantages des peuples qui défendent leur liberté contre les agens du ' pouvoir' ; ligués pour la détruire ; tandis que ceux-ci se permettent audacieusement mille attentats , et les commettent impunément sous le voile du bien public ; ceux-là ne font jamais impunément la moindre faute. Leur impute-t-on des crimes dont la preuve est notoire ? Ils gardent le silence. Se permet-on contre eux une seule imputation fondée, mais dont la preuve est équivoque ils jettent les hauts cris , ils déclament contre la calomnie ; ils ont recours aux tribunaux ; ils se hérissent sans pitié, et se font des lois un instrument de fureur , pour écraser leurs ennemis. C’est ici le lieu d’établir un principe politique, (i) sans lequel la liberté nç sauroit s’étarblir , sans laquelle les lois ne peuvent que servir de jouet aux hommes chargés de les faire respecter *, c’est que le dernier des citoyens a le droit d’attaquer tous les agens
(i) Nous sommes si neufs en matières politiques , si imbus de sots pi'éjugés , que nous ôtons aux iiommes clairvoyans les moyens de nous empêcher de périr. Lorsqu’un citoyen éclairé , dénonce les ministres , toujours . 'ennemis 'du peuple, nous l’accusons de calomnie, à moins qu’il ne produise des preuves juridiques ; comme si un administrateur donnoit par écrit les ordres do maL ^verser , de prévaricjuer , de trahir; comme s’il ne suffir 3oit pas pour le déclarer coupable de s’assurer que çes prdros ont dû émaner de lui , et n’ont pu s’exécuter sans lui ; comme s’il ne snffisoit pas de connoître ses et ses relations , avec les malvers.ateurs subalternes ;
du ^oiivoîr, dont la Gondiiicé est inégale^ équivoque ou suspecte , le droit de les dé^ noncer , ' de dévoiler leurs malversations', kürs menées , leurs projets ; c’est qu’il ne doit jamais être comptable qu^au tribunal dû public 5 dont il mérite la reeonnbissahèe , si sa dénonciation est dictée par* le désir de servir la patrie j et dont il en^- Gourt l’indignation , si elle est dictée par h malignité * tandis que les accusés , tou« jours tenus de se justifier d’accusations graves , doivent être poursuivis par le tri-» bunal d’état ^ s’ils ont réellement malversé* Sans cela tout dénonciateur étant sûr d’être sacrifié , les citoyens laisseroieiit tranquillement consommer la ruine de l’état, plutôt que de compromettre leur repos , leur liberté 5 leur vie ; et les ageiis du pouvoir , toujours sûrs d’échapper , ne songerôient plus qu’à renverser la conscicution pour asservir le peuple , se couvrir de ses
éomriie s’il ne suffisoît pas je plus souvent de la marche générale des affaires publiques, pour les traiter en criminels ; enfin, comme si oes agens tiroient reconnoissance des attem tats qu’ils ont commis ! ce qui me confond, c’est que les maximes que je voüdr'ois faire adopter Coutré les délinquantf" publics , sont suivies parmi nou§ contre les délinquans privés ; car de quelque crime que le procureur du ro accuse un citoyen , tant que l’accusation n’est pas dictée par la malignité ^ il est irreehercUable. Pourquoi donc ne consacrerions-nous pas pour le salut de l’état, des maximes que iioiis avons consacrées pour 1© repos des familles ?
dépouilles 5 et se gorger de sôn sang ; maïs nous sommes trop bornés pour sentir la justesse de ce principe.
Revenons à nos sots préjugés ^ et observons que lors même que tout citoyen n’ï^roit pas le droit de s’occuper des affaires publiques , et de surveiller les agens de l’autorité ; que lors même qu’un auteur licencieux les auroit attaqués sans motif, sans fondement , sans sujet , le ministère public , dans le gouvernement le plus absolu, ne peut être autorisé à sévir •; c’est à la partie offensée de rendre plainte et de poursuivre. Or nos lois 5 toutes barbares qu’elles sont , n’ayant prononcé contré Técrivain satyrique le plus scandaleux > contre le calomniateur le plus effronté , aucune peine capitale , aucune peine flétrissante , les gens du roi poiivoient-il s débuter par un décret de prise-de~corps avec l’ami du peuple , eût-il été coupable de licence et de calomnie ? Que penser du coup d’autorité que les juges du châtelet se sont permis contre lui , de la prévarication odieuse dont ils se sont rendus coupables; car ces inmlacables ennemis ne l’accusent que de fanatisme pour la liberté; les hommes judicieux le regardent comme un ardent patriote , et les amis de la patrie comme le vengeur des opprimés , le défenseur des droits du peuple a Favocat de la nation.
Je respecte k vérité, y jkdore la, justice, et je ne veux que le bien ; mais je ne suis pas iiifaüiîble et nies erreurs peuvent avoir quelquefois des suites fâcheuses , dont Foffensé a droit d'exiger réparation, tant queje ne Fai point faite. Que d’après notre jurisprudence gothique , le sieur de Joljr ait porté plainte , et Fait suivie ; il n’y a rien la que de ti-ès-natiirel. Mais que fe procureiir du roi et le liciitenant-criminel du châtelet , m’aient pours.uivi d’office , ou plutôt que pour avoir tancé le procureur du . roi , - il se soit érigé en juge dans sa. propre cause , qu’il ait sollicité un décret de pris-e-de-corps 5 et que le lieutenant criminel Fait décerné , cela peut-il se concevoir. Et quels sont donc ces., juges si amis, de Fordre > qui s’érigent en vengeurs des lois pour m^'opprinier ? un-Bachois,, un komme violent et atrabilaire', un homme, qui, a si kchement abaiidoiiiié la cause des • peuples , et -si iTonteusement- figuré dans le
Farknieiit Maiipeou un homme flétri pat opinion publique dans les jours mêmes, de Fesclavage ; un homme contre ' lequel s’élèvent de toutes parts les cris des malheureux qu’il a opprimés ; ■ un homme -enfin dont (i) les liaisons, sont ■ liOiiteus.es — «
(2r) C’est-Tami mûm@-de tinfàme
üs
stt (îont le nom seul est un opprobre ; ur% Flandre de BrmwÜle ; un homme à qui la^ .voix publique reproche mille infamies ; un homme livré a tous les pençhans qui désho- .norent Thnnianicé ; un homme vehdu au pouvoir , un lâche suppôt de la tyrannie , *un vil esclave de la soif de for , un filsi dénaturé , qui , dans l’espoir de frustrer ses créanciers , foule aux pieds le devoir , la pudeur , la nature , pour attenter â la liberté , aXi repos , a l’honneur d’un père respectable 5 et faire périr de douleur dans une maison de force l’auteur de ses jours (i); un monstre indigne de voir la lumière des cieux ; uq monstre que tous les peuples du monde 5 pour qui la justice n’est pas un vaiq nom , eussent fait périr , par un supplice infamant , qui eût été mis en croix che:^ les Hébreux , lapidé chez Içs Suisses , et livré aux bêtes féroces chez les Romains, Tels sont , ô François ! les hommes qui pour de l’argent ont acquis le droit d’être juges dans leur propre cause ; le droit de vous accuser , de wus arrêter , de vous çondamner , de vous opprimer \ le droit de disposer à leur gré de votre liberté,
(i) IJ ©St notoire que le sieu.r 4e Bruiiviile ^ faitrçiiT: fermer son père à Charenton , pour se dispenser de remplir les ehgagemens qu’il avoit contractés enyçrjs^ ^ {iomwe. S retenoit les jpossess^j^ç.
àc votre repos , de votre honneur , de votre vie. Tels sont les chefs de ce tribunal gothique , commis par l’assemblée nationale, pour connoître des ciimes de lèze nation- ^ pour venger le peuple , et punir ses oppresseurs : tels sont les hommes, qui tiennent entre leurs mains vos destinées» Voyez-les redoubler d’elForts pour absoudre les ennemis de la patrie , et accabler ses défenseurs. O honte ! ô désespoir ! mon cœur se fend de douleur , tout mon -être se dissout , et ma vie est prête à s.’écouler par des larmes de sang.
La tentative faite le 8 octobre pour m’enlever , et les efforts des ennemis de la révolution pour soulever le peuple contre moi , allarmèrent mes amis ; ils jugèrent que je n’étois plus en sûreté dans Paris iis m’arrachèrent de mes foyers , et me conduisirent a .Versailles. J’y adressai mes " plaintes à l’assemblée nationale ; envain son président entreprir-it de faire entendre mes trop justes réclamations ; sa. voix fut étouf^ fée par les clameurs de la faction, arista»^ cratique , par les nobles , les prélats j,les robiris , les juges royaux , les juristes , ,les, praticiens., dont j’avois voulu purger le corps législatif , qui ne se fit aucun:: scrupule d’abandonner ses principes à mon^gard,. et de me livrer à. mes lâches^pppresseursv
Que la jusncè esc un toible rempart contré la fureur des passions ! Réduit à gémir ei> secret , je faisois de tristes réflej^ions sur l’aveuglement des représcncans du peuple, et la füiblesse de ces prétendus défenseurs de la liberté , lorsque j'appris que le premier ministre des finances étoit à la têcq de mes persécuteurs, Je Pavois accusé d’être l’auteur des accaparemens et de la disette qui désoloit le royaume , l’artisan de nos malheurs et de nos calamités ; j’avois demandé sa tête criminelle \ il tremblôit que la lumière ne perçât , il cherçhoit à m’accabler en secret ; mais joignant toujours l’astuce à la violence , il se présenta au district des filles Saint-Thomas , et demandât qu’on lui fit par^v^nir le^ écrits qui l’inçulpoient afin qu’il pût se justifier ; tandis qifil poussoit la municipalité à m’ôter tous les moyens de le démasquer.
Dans mon entrevue aveç le comte 4q Pernet , j’avois reconnu que le délit contre lequel il réclamoit si amèrement , étoit trèsfëel ; mais il varioit ( i ) sur le nom du
(i) Le comte de Pernet est convenu depuis , et er^ prësençe de plusieurs témoins , que s’il a varié sur ça point , c’étoit afm d’éviter toute discussion avec le sieur de Joly. Ce qui auroit pu retarder son départ pour la Bourgogne , où sa présence étoit nécessaire. Aii ygste on s’est mépris su? i’QÉjet de ma ïetractaUQU. Je m
délinquant. L^ayant nommé sur sa foi, je sentis que le sieur de Joly pouvoir ne pas être coupable. Comme il est dans mes principes de rendre justice au diable même , je m’empressai^ de rétracter une méprise qui pouvoir charger ce secrétaire municipal d’un délit dont il n’étoit pas fauteur, et mon désaveu , consigné dans une lettre que je lui écrivis, devint public par la voie de l’impression. En remplissant ce devoir, que le respect pour la vérité , f amour de la justice , c't Fhonneur m’imposoient également, j’avois satisfait de plein gré , à ce que le tribunal le plus sévère auroit pu exiger de moi ; or , j’augurai assez bien de la pudeur du sieur dé Joly ^ pour croire qu’il retireroit sa plainte , et laisseroit tomber faction qu’il m’ayoit intentée ; mais c’étoic présumer trop favorablement de lui.
Cependant j’avois repris ma plume , ce je continuai à fronder les nouveaux attentats du premier ministre des finances , du chef de la municipalité , et des principaux administrateurs. Leurs craintes se reveil-
areconncîs le sieur de Joly , ni pour un homme délicat , ni pour un homme intact ; Je sais au contraire quo c’est un bas intrigant , et je lui en offre la preuve ^ mais je dis qu’il rna pas commis le faux dont je l’avoîSt accusé , çïu' la parole ducomte de Pemet^
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lèrent , et leur persécution recommença.
Pour m’enlacer dans leurs filets , ils me firent signifier un décret d’ajournement personel sur la plainte du sieur de Joly, Je ne comparus point ; mais je chargeai un procureur ■ de faire toutes les démarches nécessaires pour découvrir ce qui se tramoit au châtelet contre moi Le greffier en chef l’assura qu^il ti^cxistoit aucun décret de prise- de-corps y. et que le décret ddjoiir-^ nenient personnel rdauroit même aucune suite^ En lui répétant ces assurances , le procureur du roi ajouta , qu^ïl me lalsseroit bien tranquille^ tt que je devais lui en savoir quelque gré* Quant au lieutenant-criminel , il éluda toutes les questions qu’on lui fit , et prétexta toujours ignorance ccmplette. On verr^ ci-après que leurs, belles protestations n’étoient que de grossiers mensonges pour m’attirer dans leurs pièges ^ ainsi les juges du châtelet ne rougissent pas d’avoir recours aux honteux artifices qu’employent leurs records , de se ravaler au rôle infâme d’espions \ et ce sont là les enfans de Thémis !
J’ai déjà observé qu’un décret de prise-dccorps avoit été lancé sur la plainte du sieur de Joly ; sa conversion arbitraire en décret d^ajournement personnel, étoit donc un aveu tacite de l’illégalité , et de la violence, du pre^
-mîçr acte de la procédure dirigée contra . moi. Quoique j’eusse méprisé ce nouveau coup d^aucorité , non -seulement rajournemcnt personnel ne fut point converti en prisede-çorps y mais le' procureur du roi répondit - à m.on chargé d^’affajres , que Von ne pren-> droit à mon i§ard meun parti violent y et que je çomparoîtrois quand je le pourrois^ Nouveau leure dont je continuai à me défier y car je sa vois de bonne part qu’il existoic un décret de prise-de-corps décerné . officiellement. Tant d’hyppocrisie, d’astuce,
. d’impostures, de trahisons, me remplissaient de mépris pour un tribunal qui avoit de .pareils hommes à. sa tête; je formai le . dessein d’éclairer de près sa conduite , de .dévoiler ses iniquités, de le couvrir d’opprobre, de faire sentir la nécessité urgente de le supprimer ; et je n’attendis plus qu’une .occasion favorable*
La vie retirée que je menois à Ver- . sailles parut étrange au traiteur qui me servoit , il alla me dénoncer , et je fus arrêté comme un homme suspect. A l’ouie de mon nom ^ je fus remis en liberté. Mon asyle étoit découvert, j’en trouvai un autre à Montmartre ; le même genre de vie fit naître les mêmes soupçons. Dénoncé au comité municipal des recherches , je fus ar-
rêté et conduit à l’hotel-de-ville. JY ; étoîs trop connu pour être regardé comme antipatriote ; aussi mon renvoi honorable futil décidé avant qu’on eût examiné mes papiers. Dans le nombre étoienc plusieurs numéros de Vami du peuple , passablement énergiques , et ma dénonciation contre M. Necker. On en lut quelques morceaux. Le marquis de la Fayette me demanda avec instance de ne point la mettre au jour.
A peine chez moi , le pren^ier usage que je fis de ma liberté fut de reclamer mes presses , qui avoient été saisies par le district de St.**Eticnnc-du-mont , de l’ordre de l’adrministration municipale , pendant mon absence. Quoique je fusse encore sous le décret, je ne craignis pas de me montrer par-tout , je courrus à rhotél-de-ville , à la mairie , au palais , etc. L’énergie avec laquelle je fis valoir les droits de citoyen violés en ma personne , triompha de tous les obstacles. Le district de St.-Etiennedu-mont , le maire et le tribunal de police s’empressèrent d’accéder à ma demande ; mes presses me furent rendues , et ce qui étonnera sans doute : c’est que le N®. 57 (i). de ma feuille, qui avoit motivé la saisie .
<i) C’es^ le, plus fort de tous ceux que fa£ pïi^îie&>
me fut remis avec les maculâtures. Cétoît là reconnoître solennellement que j’avois eu raison d’attaquer les dépositaires de l’auto^ rité , et consacrer avec éclat le droit qu’a, tout citoyen d’écrire librement sur les affai-» res ‘publiques.
Le bruit de mon retour s’étoit répandu avec rapidité ; il avoir fait la nouvelle du jour. Les sieurs de Brunville et de Bachois . en furent instruits des^ premiers. Depuis ii» mois je vaquois librement à mes affaires, et ils ne faisoient aucune poursuite. Tout paroissoit concourir , à mon repos ; on auroit cru que je pouvois enfin dormir sur le$. deux oreilles; car bien que je continuasse k démasquer les manœuvres criminelles des agens de l’autorité ministérielle et municipale, les collègues du sieur de Joly m^envoyèrent un ancien électeur k la ville , pour m’assurer qu’ils étoient disposés a faire le^ ver le décret. ' ^
Le moment d’attaquer le châtelet me paroissoit favorable, Allarmé des elForts com tinuels des membres de ce tribunal pour opprimer les amis de la liberté , et sauver les traites à la patrie , je brûlai de les dénoncer au public : mais connoissant trop l’esprit dont de pareils juges étoient animés pour m’abandonner k leur foi ; et regardant
les décrets lancés contre moi j quelque odieux qu^ils fussent 5 comme une àrüié terrible j dont ils ne manqueroient pas de se servir un jour pour me perdre j je pris la résolution de la faire tomber de leurs mains ^ je me présentai donc au greffe criminel f et je demandai jour pour subir interrogatoire, pour anéantir” toute plainte. Cette démarche m’autorisoit à croire qu’aucun décret ne seroit plus métamorphosé en prise-decorps. Tranquille dès ce moment, j’attendis que le lieutenant - criminel me fit assigner ; mais il n’étoit pas pressé de me ouir en public. Cependant l’odieuse partialité des greffiers , des rapporteurs , des juges dans l’affaire du baron de Bezenval , dans celle de MM. Martin et Duval de Stain , dans la déposition de M. Rivière , et dans les ii> terrogatoires du, chevalier Rudlege et du marquis de Favras , me saisirent d’indignation ; j’oubliai ma propre cause pour celle du public , et comptant pour rien les dangers que je courrois, j’invitai les bciis citoyens à se porter en foule au châtelet , a exiger que l’instruction de la procedure se fit à voix haute , et â faire valoir leurs droits. Les juges allarmés prévinrent l’auditoire, ils se soumirent a leurs devoirs ; ensuite prenant conseil de leurs passions , ils se concertèrent avec les municipaux et les enne-î
mis publics. Le sieur Boucher d’Argîs , que favois entrepris ^ tira de la poussière le décret d’ajournement personnel , le convertit en décret de prise-de-corps de concert avec la greffier , s’assura de soixante grenadiers et chasseurs , qui jurèrent de m’avoir mort ou vif, mit à leur tête un huissier et des alguasils de robe-courte , et les envoya fondre sur mon asyle au milieu de la nuit. J’évitai le coup ; et le lendemain je dénonçai cet attentat (i) , en faisant le tableau de l’odieuse administration des juges de ce tribunal ; ils furent transis , ils sentoient ce qu’ils avoient à craindre du pu^ .blic indigné.
Plusieurs d’entre eux me firent assurer , qu’ils n’étoient pour rien dans cette entreprise criminelle; les autres laissèrent dormir la vengeance , et n’attendirent que le moment de m’immoler à leur fureur. Juges indignes ! vous avez pu abuser d’un saint ministère pour accabler l’ami du peuple : mais s’il peut encore faire entendre sa voix, il vous fera trembler sur vos sièges d’iniquité, en attendant que l’indignation publique vous en arrache ; il imprimera sur vos fronts le sceau de Toppro-
'(i) Deux témoins occulaires m’ont assuré que c» ^décret étoit décerné à la requête du sieur de Joly,
bre et noms, qu'il aura rendu odieux,' ne serviront plus qu’à désigner le rebut de l’humaine nature*
A mesure que les dangers s’aGcümüîoient sur nia tête, je redoublois d'énergie pour faire face à l’orage ; j'attaquois les ennemis publics sans pitié , je les démasquoi^ sans ménagement; leur rage étoit au comble , ils redoutoient que leurs turpitudes ne fussent exposées au grand jour, et bien assurés que je ne nl’arreterois qu’après les avoir écrasés, ils résolurent de me prévenir. Le comité de police du district de la Sorbonne, soufflé par quelque complaisant, venoit de dénoncer à l’hôtel - de - ville le N°. 83 de mon journal, comme peu respectueux pour le ministre chéri et pour le chef de la municipalité* Sur une aussi plaisante dénonciation le tribunal de police me fit assigner devant- lui, sous le faux prétexte que ce numéro étoit contraire aux réglemens , et ce qu’il y avoit de curieux , le procureur -sindic se réservoit de prendre contre moi telle conclusion qu’il lui plairoit. Le piège étoit trop grossier pour trouver une dupe : mais je ne sa vois ce que je devois admirer le plus de la^gaucherie ou de l’audace de ce prétendu tribunal, qui s’erigoit en arbitre de
fa li&erté de la presse ^ et en dans sa propre cause , car le maire le présidoic» En le récüsanr, je lui écrivis une lettre^ éiV je lui témoignai toute' ma surprise, lui fis sentir la barbarie de son invicatibii par huissier , dans un tems où j’écois sous un décret de prise-de-corps , comme sùl avoit voulut m^attirer sous le glaive du châtelet, et je relevai Tindécence de la menace de faire prendre contre moi telles conclusions quhl lui plairôit , comme s’il étoic libre d’en prendre d’autres que celles qui découlent de la nature! des choses ; si tant èst qu’il soit libre d’en prendre même aucune , car les mandataires provisoires de la commune n’étant que de simples administrateurs municipaux , n’ont pas plus le droit de s’ériger en tribunal de police , que leur comité des recherches n’a le droit de
s’ériger en tribunal d’inquisition contre les patriotes qui ont favorisé la révolution. Ou qui en ont démasqué les ennemis. Le tribunal de police renonça donc à l’espoir de me voir paroître devant lui ; cependant le sieur Boucher d’Argis se concerta^ 'âfeéç le procureur-syndic pour me dénoncer i l’assemblée générale des mâiidatàir es. if 'avoir crû me faire trembler , en faisan^ marcher contre moi les alguazils du châ-' telet , soutenu d’un décachemeuc iiombreui:
je le remplis de terreur en le démas(|uailt aux yeux du public; et, quoiqu’il eut rassemblé autour de lui son bataillon , il ne se crut pas en sûreté , il se fit accompagner à la ville, pour implorer la protection des mandataires ; ils le comblèrent des témoignages de leur estime , et le rnirelit sous la sauve-garde de la commune , après avoir pris un arrêté fulminant contre moi et; les autres écrivains , qui ayoient eu l’effronterie de déchirer le voile , dont les ]enne-5 mis de la patrie s’étoient enveloppés. . En protestant contre cet arrêté , aussi indécent; è[u’illégal , j’attaquai l’incompétence de leur, jurisdiction, et leur demandai en vqrtu déque^ pouvoir ils s’étoient érigés en tribunal de judicature , tandis que leur mission se borîioit a préparer un plan d’administratiof^ municipale ; à quel titre ils avoient donné charge à leur procureur de poursuivre un écrivain patriotique qui les avoient traduits eux-mêmes , comme ayant abusé de la. confiance de leurs cpmmettans ; ,de quel front ils dénonçoièiit au châtelet sa feuille cotnnie înçendjaire , a-U moment où l’assemblée nationâle,,qù^iTs'^sîngecient, venoit de repousser pareille dénonciation , portée contre lui par les ennémis dé Fétat ; de quel front il^clabaufiaudoient contre la liberté de la ^presse, (aîté pour démasquer les administrateurs
infidèles > les mandataires vendus 5 lesîâcliéà prévaricateurs ; de quel firent ils cherchoient à me la ravir i, aiu moment même bu l’as-* semblée nationale me Favoit conservée en , Refusant de délibérer. Non- seulement je protestai contre Fiîlégalité de leur jurisdicfioh ; mais je les dénonçai eux-mêmes ^ comme usurpateurs d’un pouvoir qui ne peut point leur appartenir , et dont ils ne se serviroient bientôt plus que pour enlever à là patrie ses défenseurs , la remettre sous le joug , et la replonger dans l’abîme.
Ma dénonciation contre M. Necker paroissoit à peine ^ la première feuille enlevée par les soldats qui étpient d’abord venus pour m^arrêrér^ Favoit annoncée ^ et^elle ëtoit 'attendue avec empfessement* L’inculpation du principal ministre^ comme auteur de la famine qui a désolé le royaurne confident des conspirations for mées contre la patrie , et chef des conjurés^ étok faite pQur piquer la curiosité^a'utaiic que pour répandre l’alarme et reffroi ; baccusé sentit qu^il étqit.perdiu , s^’il ne me perdbit^?,é.t son parti fut bientôt pris.
Le district des Cordeliers , indigné des atteintes portées en ma personne , a la sûreté îiidividuelle ^ songea a mettre un frein à taiidace des agèns du pouvoir ; il nomma
des commissaires , conservateurs de la liberté des citoyens > arrêta que nul décret ne seroit mis à exécution qu’ils ne Tussent visé.
Xes ennemis de la révolution en frémirent; ils tinrent conseil y résolurent d’envelopper ce district dans ma ruine , et ne négligèrent rien pour la consommer. Quelques députés à la \il!ê s^eltbrccient de soulever contré moi les faubourgs St.-Antoine et St.-Marcel , en me réprésentant comme incendiaire ; plusieurs lettres d’injures leur furent adressées sous mon nom. Instruit de ces lâches manœuvres par un membre du district , je me hâtai ^ de les détromper en leur faisant connoître mon cœur ; ils ouvrirent les yeux , ine rendirent justice et repoussèrent avec iadignation mes détracteurs.
C^est le sert du peuple d’être pris* dans les pièges mêmes les plus grossiers ; et Tun des plus familliers aux enneitiis publics esc de rendre suspect les vrais patriotes , en leur donnant leurs propres noms. Les suppôts du despotisme ministériel , les valets de l’administration municipale , les déprédations de l’état ; en un mot , tous ceux qui sent intéressés aux désordres publics / âccoüroient dans les cafés , repandrê le bruit que j’étois un perturbateur du repo^ public, aux gages des proscrits ; ils couroienc ^ ce boutique en boutique , pour ameuter contre âioi la garde nationale , dont plu-
«eurs chefs se ccnctrcèrenr ; ec telle étoit leur ivresse cjue l'un deux eût rimpriidencé de papier , que sous peu je serois au réverbère ( I ). Cependant dix mille calomniateurs répandus de tous côtes répétoient que le district de Cordeliers , ligué avec l’aristocratie J avoir formé un parti fermidable pour opérer une contrerévolution , que T Ami du Peuple devoir se mettre à la tête, qu’on avoir fait chez lui des amas d armes, et que sa cour étoit garnie de canons* les têtes furei?t échauïFées , on prit jour peur la scène tragique. La veille on distribua des cartes dans les halles aux per-^ sonnes de bonne volonté , pour les inviter à se rendre rue Montmartre n®. , à un
bureau désigné , où on leur donneroit de ^argent , en leur disant ce qu’on exigeoic déciles dans la soirée. Le bureau fut ouvert ; un citoyen du district de Sainte-Opportune en informa le comité de police ; deux commissaires 5 accompagnés de fusiliers , s’y rendirent , ils écoutèrent k la porte , une femme qui exigeoit vingt-cinq louis , finit par en accepter un ; une autre qui demandoit un louis 5 se contenta de douze livres ; die s^en-
(i) Son nom est conservé dans le registre du corps de garde du bataillon des Cordeliers ,, avec la dépôsillon du témoin qui cantate le fait. ;
gagèrent à demander TAnn du Peupîct lorsqu il serait à la ville , pour le \i‘alnep nu reverbère. Donneurs et receveurs d’argent furent conduits au comité ; ceux-ci déclarèrent tout; on leur demanda s^il s au-» roient tenu parole? Oh bien oui ! répondirentr-ils ^ nous avons pris leur argent , et nous le boirons à la santé de l'Ami du Peuple. Leur déposition reçue , on les com duisit au comité municipale des recherches • or , je réponds bien que ce beau tribunal , qu; s’est signalé jusqu’ici en recherchant les bons patriotes qui ont puni les traîtres de la garde du roi , ne rompra Jamais le silence sur ces petites manœuvres des municipaux.
Le lendemain matin , janvier , le châ-^ telet renouvela la force du décret officiel. On craignoit que le peuple , qui ne s’étoit pas laissé corrompre / ne s’opposât a mon enlèvement ; on craignoit d’éprouver de la résistance de la part du district des Cordeliers. Le commandant -général eût ordre d'appuyer le châtelet avec des forces suffisantes ; douze mille hommes furent commandés, trois mille tant fantassins que cavaliers , entremêlés â cinq mille espions^ investirent le territoire du district ; rtnfan- ^erie oçcuppit les principales rues de Farrondîssement , depuis le carrefour de Bussy jusqu au tlif^tre françois ; la cavalerie occu-'^
poit la place^^ de la comedie ; un gros de cavalerie placé au bas de Pont-neut , et mi corps de garde soldé 5 posté devant le péristyle du Louvre , étoient prêts en cas de besoin / tandis que six mille hommes, postés à l’entrée des faubourgs S c.~ Antoine et St.-Marcel , dévoient empêcher les habitans d^accourir.
Plusieurs districts avoîent refusé de se prêter à cette glorieuse expédition'. Pour faire ma capture, 011 choisit ceux qui avoient fait preuve de bonne volonté' -; tels furent ceux de St. - Rocli , de St. -« Honoré- , des Barnabites , etc. , dont presque tous les officiers sont des marchands et ouvriers de luxe , c’est-à-dire , des hommes déses-* perés de la révolution ; des hommes qui regrèteiu le règne des courtisaus dissipateurs,, et des prélats prodigues , des hommes qui ne connoissent d’^aucre bonheur dans la^ vie que d’écorcher les opulens du siècle. A la tête de cette brave troupe figuroic le sieur Caries , naguères orfèvre , bijoutier , agioteur , aujourd’hui faiseur d’affaires et cominandant de bàtaillon. Ainsi le septembre les gardes Parisiens eurent l’hon^' neur de servir de soutepeurs, dffiiiissicrs aa châtelet ; tandis que deux aides- de- camp du général leur ' servant dê galopins ^ couronnoient lè cortège.. ^ i
Sur les neuf heures les huissiers sé pré-» sentèrent au corps-de-garde du bataillon des Cordehees , Tindigne décret à la main (i) , il eccit daté du 8 octobre. Les commissaires gardiens de la liberté l’avant trouvé contraire aux nouvelles lois sanctionnées , ils en suspendirent Teffet durant 8 heures, se référant à la décision de l’assemblcé nationale. Les huissiers crurent ne pouvoir passer outre , sans avoir pris le^ ordres dn châtelet.
Le sieur Caries , requis de protéger leur retraite , manifesta un mécontentement extrême , et déclarât que si les huissiers s^en aiioient , il ne s^en iroit pas , lui ; puis il les apostropha en ces mots : Je suis bien fâché qu on vous ait chargé des décrets , il fulloit UC pas s^cn charger ; vous niave']^ L air d'étre de bien mauvais sujets y et je. suis très-mécontent y trls^mécontenU ‘
Cependant les espions qui acconipagnoienc la garde , se répandoient en calomnies et en menaces contre l Ami du peuple ; ils
(1) Copie du décret: («Vous, le premier huissier ou sergent royal sur ce requis , à la requête du pro-cureur du roi, demandeur et accusateur, prenez et appréhendez au corps quelque part que vous pourrez trouver ie sieur Marat , et le constituez pris'onnier , ès prisons du châtelet , pour être a droit , ouï et interrogé sur les charges et informations contre lui laites^ le 8 octobre 17^9. TuonYi
in\^ecti voient les citoyens du district , tandis
que la plupart des oiEciers , a Texemple du sieur Caries , les déficient par des pro-* pos insultans , comme s'ils eussent cherché h provoquer une action. La sagesse et la modération de ces citoyens les garantirent du malheur affreux que le plus léger res-fi sentiment àuroit amené ; et à quoi a-t-il tenu que des flots de sang n’aient coulé! Déjà 1 assemblée générale du district , convoquée à la hâte , avoit député des commissaires vers le commandant-général , pour lui représenter qu’un appareil militaire, aussi menaçant , avoit répandu l’alarme et le prier de venir rétablir le calme par sa présence. Il se contenta de répondre , quUn envoyant des forces aussi considérables , il avoit fait que suivre les ordres qad avoit reçu de Af. Bailly , et qidil avoit des af* faires indispensables qui ne lui permettoient. pas de se rendre à leur demande : comme s’il étoit au monde quelque affaire plus importante que de prévenir une guerre civile ! S’étant transportés chez M. Bailly , il leur répondit â son tour , qu il iiauroit pas cru X qu^on eût fait mtirchcr tant de monde : excuse d^éxolier de la part d’un homme qui avoit donné des ordres positifs , et sans doute des ordres par écrit ; le commq|idant~général étant trop adioit pour ,se compromettre#
D autrts^cômmissaifes nommes pouf former l’assemblée nationale de ce qui s6 •passoic , lui porter les craintes , les réclamations et les vœux du district , attcndoient sa décision. Sans égard à l’attrocité du décret lancé contre rAmi du Peuple y aux atteintes portées à la liberté et à la sûreté publique , l’assemblée arrêta que son président écriroit au district des Cordeliers , pour l’avertir a que les décrets des 8 et 9 h octobre , sur la jurisprudence criminelle ne pouvant avoir aucun elFet rétroactif, îu les décrets de justice antérieurs doivent recevoir toute leur exécution ; que peryy sonne n’y peut apporter obstacle , et qu’ainsi la délibération que le district a ^y prise de mettre un visa sur les jugemens portant décret de prise- de- corps , qui 5^ doivent s^exécuter ^dans f étendue de son ^y territoire , a, contre son intention , l’effet fc de blesser l’ordre public , et de renverser iy les principes ; qu’enfin l’assemblée natioyy nale attend du patriotisme du district yy des Cordeliers qu’il aidera l’exécution du yy décret , loin d’y porter obstacle, yy
Lecture prise de cet arrêté , deux commissaires se transportèrent auprès du sieur Caries , pour lui déclarer que rien ne l’empêchoit plus de mettre à exécution les ordres donc il étoit porteur i à l’instant ma mai^
son fut investie de totis côtés , et les nies adjacentes furent fermées par une triple ligne de soldats.
Le commandant-général attendoit aveç/ impatience Tarrêté de l’assemblée nationale , et la délibération du district des Cordeliers : ses aides-de-çamp les lui portèrent. Chargés de ses nouveaux ordres , ils se rendirent au châtelet , allèrent chercher les huissiers , et les ramenèrent à mon domicile , ou ils se présentèrent vers les six heures du soir. Trente officiers entrèrent alors dans mon appartement , l’épée à la main , et le fouillèrent complètement ; ils étoient déterminés à me mettre en pièces : furieux de l’inutilité de leurs recherches, ils fouragèrent, passèrent leurs colères sur des pommes, et se mirent à empocher journaux , dénonciations et maÉuscrits , (i) malgré les remdntrances du commissaire, qui se piquoit d’honnêteté pour les faire rougir. Des pandours en pays ennemi en auroient usé moins librement , que ces dignes patriotes en usèrent chez un de leurs concitoyens , dont
( 1 ) Dans l’armoire aux fruits étoient trois rouleaux çontenans ; l’un sept lettres ployées, où. sont développées des preuves authentiques des malversations deM,Necker.; l’autre tous les numéros de mon journal , corrigés pour une seconde édition , et l’autre ie (je idiistoire de la révolution.'
tout le crime étoit d^avoir voulu les empêcher de périr. Je leur pardonhe Taisance de leurs manières , si du moins ^ il ont respecté les pièces qui feront un jour preuve de conviction , de l’infidélité et des complots du ministre adoré.
Tout étoit prévu. AucasqUeronip.e manquât, mesennemis avoient arrêté que l’on m’oteroit les moyens d’écrire ^cn parloit de m’enlever mes presses ; sur les représentations de mes chargés d'aftaires , on se contenta de poser des scélés sur mon imprimerie. On les posa aussi sur toutes les armoires de mon bureau , où se trouvoient les collections de ma feuille , de cet écrit si redouté , et dont le but étoit de dévoiler les projets des traîtres à la patrie.
]^e pouvant concevoir que jgVeusse que deux presses eîï activité , on imagina que celles de MM. Brune et de Savy m’étoient consacrées. A onze heures (i) des greiia-
(i) Note* que cette expédition nocturne fat faité à la suite d’un réglement du maire , portant qu’^l iio seroit permis de faire aucune visite de nuit chez les femmes publiques , afin de ne point porter atteinte è la liberté des citoyens. La bonne ame que celle du sieur Bailly ! quoi qu’en disent les médisans , qui croient que cette ordonnance de poUce ne tend qu’à mettra à couvert les escrocs et les chenapans qui se retirent la nuit chei les filles , et dont il a besoiai
àitrs en firent ouvrirent les portes par im serrurier , rompirent les formes , dispersée rent le caractère, mirent tout en pièces: puis fièrs de leur expédition , ils sortirent en triomphe , portant chacun une chandelle allumée au bout de leur fusil. Jamais Che^ napans en débauche ne se comportèrent plus scandaleusement. De ces violences au brigandage', il n’y a qu’un pas : et ce sont des citoyens armés contre l’oppression qui eh devinrent les instrumens de gaîté de cœur ! La seule excuse, qu’ils puissent alléguer , c’est qu’ils étoient soûls ; car s’ils avoient été de sang-froid , il faudroit convenir que ces prétendus soldats de la patrie ii^étoient que des goujats en maraude-, indignes de combattre pour là cause publique. .
Commissaires ^ huissiers et gardes restèrent chez moi jusqu’à minuit. En se retirant , ils y installèrent un gardien ; telle est la bizarrerie des événemens de ‘la vie , que le lit Ae VAmi du peuple servit à un espion de police. Presque toute la troupe avoit été jüsqü’àlors sous les armes , elle se retira à Texception d’iindétacbemerit de trois cens hommes V qui alla se poster près delà comédie , où l’on me crôyoit réfugié : iU n'y restèrent que quelques hcür es. Ainu finit
cette honteuse expédition (i) : Elle eut déshonoré Un gouvernement despotique ,* elle a signalé l’aurore du prétendu regiie delà liberté : et ce sont les niandataires dé la couronne , les gardiens des lois , les défenseurs du peuple , qui l’ont ordonné. Pouvoir irrésistible des vanités mondaines ! Seras-tu toujours Pécueil de la sagesse et de lajüstice ?
Voilà l’exposé fidèle et rapide des faitSi Te laisserois ici tomber le voile , s’il n’importoit à la cause de la liberté de développer les moyens mis en usage pour enlever a la patrie ses défenseurs ; s’il n’importoit d^exposer au' grand jour ces mystèfes d’iniquité.
Les coups d’autorité des ageris du pouvoir ministériel^ municipale et judiciaire, contre la liberté de ma plume et. la sûreté de ma personne ; colorés du faux prétexte de maintenir les lois-, et d^appuyer leur exécution , n’étoielit que la suite de deux décrets révoltaïis , dont Piin a été décerné le 6 octobre 3 à la requête du sieur de Joly ; l’autre ,
(i) On prétend qu’elle a conté plus de 600,000 livres au trésor public ; car il a fallu aeheter les eliefs 4ies comités de la plupart des districts , les chefs dô •^la ville , de la garde bourgeoise , et tous ceux qui pouvoient s’y opposer. Aveugles citoyens ^ voilà remploi d’une partie de vos patriotique^.
ïe 8 octobre à la requête du* sieur de Brtl»^^ ville. * '
Le décret k la requête ; du sieur de Joly ^voit pour objet une méprise, innocente , faite-$ur la foi d’un opprimé qui réclamoit amèrement contre un délit très-grave ,com-^ mis dans Passemblée des mandataires pro-^ visoiresde la commune .de Paris : méprise que je m’étois empressé de rétracter dès Pinstant Qii die me fut connue. L^olFensé et la réparation, avaient \.été publique : les ministres., les députés k la ville , les juges du châtelet , et Je commandants-général' ne pouvoiejtît ^’ignprcr ; enfin- h prise-de'-^corps aj/oit , ;été convertie on a j oùjnemenc-, ^peri» sonnel, et 'devait J^êtrp.^^^.d ma .com-^ parution- en assigné pefur^être^ ouï. Le dé-^ qret à la Tcquête dja sieur rde Brunville > conddéré. commc suite d plainte du .sjeur de Jpljf j(lcy:§k tomber avec die ; il ne pouvoir donc pour-principe que le lâche ressentiment du procurctii: du roi ; furieux de la françhisq avec laq^dle je l’avois -rappelé -à ses devoirs > les,tentariyes f^ces pout m’écra^ser sous prétexte [de mettre les^^dé-^ cretsa.^eçuti^n,, )étqie^^ d^s ptteii-r
rats co ntre l^ s-ûreté; et Ja liberté des çico-^ yens , des attentats contre la justice et les lois , des attentats digne de la vindicte publique. C’est cependaqc sur >de pareils titres
qi?e Içs ennemis publics se sont appuyés pour armer centre moi le bras de tant d’assasins me faire assaillir par 'de nombreuses légions, rester seuls arbitres de l’état, appeler sur la capitale la guerre civile , et se défaire en un miême jour de tous les ainis de ia patrie. Ainsi ces décrets , dnnr U telet senteit toute bacrocité , ne |>uuvuiciit avoir peur but le maintien des lois et de Tordre public. Long-temps ensévélis dans la poussière du grefté, ils y seroient toujours restés , s’ils n’eii avoient été tirés par l’administra non nriunicipale , ou plutôt par l’administrateur des finance^ : éàr j’éteis déjà en possession de contrôler paisiblement la conduite des municipaux , dè censlirei' leurs funestes, projets , de dénoncer lel^f•s mâl-i versations; et ce rfèsc qu’à l’in^tanf ou j’ai porté une main audacieuse sut le voile dont le ministre favori envéloppoft sés opérations désastreuses , que forage à commencé à gronder sur ma tête/' A la vue de ses ma-
chinations dévoilées j il a frémi de ragé contre l’incorruptible défenseur des droits de la nation , et' il - n’a plus^ songé^qtfà le faire périr : entreprise criminelle'<iüe l’ad-^ ministration municipale, le maire, le châtelet et le commandant-général , trop lâches pour lavoir formée , ont néanmoins secondée avec' empressement. Mais pour A n’avoir
n’avoîr été que de dociles instriimecis dans là . main du principal ministre , placé derrièrela toile , cesagens subalternes n’en sont pas moins puniss,ables , en les dénonçant à la nation y je me borne k leur dernière tentative , la' plus criminelle de toutes. Le décret de prise-decorps qui l’a motivée étant nulle de droit, elle ne peut-être réputée qu\in abus d’autorité pour consommer ma perte , et m^’eiipêcher de dévoiler leurs iniquités. Les juges du châtelet ont donc prévariqué dans leurs fonctions : Or , je demande leur destitution, comme indignes de les exercer , et leur pu-' tîition comme lâches prévaricateurs.
Quant au maire , quelques courtes que soient servues , il n’est pas assez dépourvu de jugement , pour n’avoir pas senti où tendoient les ordres barbares qu’il a ©rdon- ‘ nés , d’armer plusieurs districts^ contre celui des Cordeliers : Je le dénonce k la nation , non-seulement comme perturbateur du re*pos public , mais comme un traître k la patrie , qui n’a pas craint d’exposer la capitale k devenir le théâtre d’une guerre civile.
La conduite du commandant paroît encore plus atroce que celle du chef de la municipalité. Il s’excuse sur les ordres qu’il avoic de commander douze mille hommes pour appuyer un attentat juridique. Qu'béa
qualité de capitaine-général il n aît pà^s examiné l’injustice du décret , a la bonne- Ifeure , il n^étoit .pas jüg<g compétent : mais en sa qualité de citoyen , il , devoir, ses ob-» servations k . l’administration municipale , et puis en sa qualité de capitaine-général et en sa qualité de citoyen , ne devoit-il pas peser les conséquences des ordres qu’on lui donnoit : et pouvoit-il ne pas en prévoir les suites , en cas de résistance ?
Pour faire marcher plusieurs districts contre celui des Cordeliers , il a choisi ceux dont presque tous les officiers sont ennemis de la révolution , comme s^il avoir compté sur des scènes de meurtre et de carnage. En refusant de se rendre sur les lieux pour appaiser le tumulte , il a exposé la capitale aux horreurs des dissensions civiles : Je le dénonce k la nation comme un chef indigne de commander aux soldats de la patrie ; je demande sa destruction comme un chef dangereux , qui ne sait qu’obéir en esclave , . et sa punition comme d’un cruel conspirateur (i). Je ne dirai rien ici du dévouement "servile de la plupart des officiers qui conduisirent l’expédition , et sur-tout du sieur ' Caries, brutal satellite que la nature avoit des-
(1) On verra ei- après un' grief plus grave encor# «outre sa loyauté. i
line k ©tre ‘chef d\ine bande de reeôrcisi Èà seule réflexion que je me permettrai sur cd bas valet, ^ c^est qu^il fait honneur' au choix du général* Parlerai-je des gardes-nationaux qu’on (â vu dans cette journée, se livrer k mille excès ^ s’avilir au rôle de -souteneurs^ d’alguasils et d’espions > pour opprimer un citoyen irréprochable qui s’étoit dévoué, pour le salut du peuple ? Non , je laisse tom-» ^her le voile sur cet oubli honteux des de-^ voirs de soldats de la patrie , pour ne voiif que ks noirs projets du ministre adoré > lâche persécuteur - des écrivains patriotiques qui font démasqué j et le premier auteur des divers attentats commis contre ma liberté ^ mon repos et ma .vie*
Mais- c’est trop ^ îong-tèmps parler de moi y et je ne m’occuperai plus de ma caiise, qu’aùtant qu’elle intéresse celle du public.
Ne nous abusons pas.' Sous un prince foi-i bleet bon ^ -un peuple ignorant et corrompu peut bien secouer un instant k joug ; il suffit ■pour cela 'du 'concours de quelques circonstances heureusesi Mais pour recouvrir sa liberté J il faut des lumières et des vertusé Sans ..elles ^ il passe rapidement de la sçrvk' tude à fanarchie ^ de l’anarchie à k licence ^ de la licence à l’oppression > et de Foppres^ sion à la servitude : cercle inévitable que nous-
v&ons de parcourir : ainsi après quelques mois écoulés dans les transes de la disette , et le délire d’un faux triomphe , nous voilk enfin remis aux fers par les mains mêmes que nous avions choisis pour assurer notre indépendance.
Prétendre que les mandataires du peuple , îes ministres de la justice , les administrateurs publics ne soient que des représentans .incprruptibles , des juges intègres , des agens fidèles 5 les gardiens des lois , les défenseurs des citoyens , c’est vouloir que les hommes renoncent à leurspréjugés et à leurs passions ; qif ils renoncent a l’amour du pouvoir , des honneurs , des richesses , à Pamour des voluptés et des vanités mondaines ; c^est vouloir que des âmes sans élévation, des cœurs de boue sacrifient tout à la vertu. Ne sortons pas de la nature : il ne faut rien attendre de beau des dépositaires de l’autorité , il faut les clouer a leurs devoirs , il ne faut pas exiger qu’ils soient bons, il faut les empêcher d^êrre médians : il faut dont les surveiller sans cesse , éplucher leur conduite , éclairer leurs opérations, dévoiler leurs desseins ambitieux , leurs funestes projets y leurs machinations , leurs complots , et les dénoncer ouvertement ^ ce qui suppose la censure public. Le premier soin d’une na-* don ^ par ses malheurs , et qui veut sortir»
de l’esçlavage , doit être d’inviter tout hom- .me instruit et désintéressé à se charger de ces fonctions honorables , de l’avouer pour sa défense , et de le couvrir de son égide.
Ce seroit ne rien faire que de se borner à dénoncer les mandataires infidèles , les malversateurs , les prévaricateurs , si la nation ne se ménage pas un moyen également prompt et infaillible de les réprimer et de les punir. Le soin de sa vengeance ne peut être remis qu’entre les mains de patrio*- -tes qui ont fait Jeurs preuveS5.de dépositaires aussi sages que fermes et incorruptibles. Eux seuls doivent composer un tribunal d’état 5 et c’est ^devant ce tribunal que les censeurs publics traduiront les agens du peuple qui ont abusé de Tautorité : enfin, lorsque la corruption à gagné tous les départemens de l’administration , le sèul moyen de rétablir les choses dans Tordre , est de nommer pour un temps court un ^dicta^teiir suprême , de Tarmer de la force publique 5 et de lui commettre le châtiment des coupables. Quelques têtes abbatues a propos arrêtent pour long-temps les ennemis publics 5 et soustraisent pour des siècles eurtiers une grande nation aux malheurs de la misère , aux horreurs dés guerres civiles : maximes bien éloignées de nos préjugés destructeurs. Oui , c’est notre ignorance , no-
trè vanité , notre présomption /notre aveu-* Çle confiance , qui nous fait aller au-devant du joug qui nous livre pieds et mains liés au pouvoir de nos mandataires , de nos serviteurs, Sans lumières , sans moeurs , sans Taraçtère nous ne sommes qu’un tissu de frivolités^, de foiblesses et de contradictions. Nous prostituons la sensibilité et nous méconnoissons le sentiment : nous ne savons pas aimer , et nous sommes idolâtres , nous voulons juger de tout , et nous ne savons rien apprécier ; nous nous engouons de chimères, nous carrçssons nos ennemis , et nous né-^ gligeons nos amis ; nous fêtons les fripponç adroits qui conspirent contre nous , çt nous dégoûtons les sages qui nous éclairent ; nous adorons les hypocrites qui travaillent à nous perdre, et nous abandonnons les hpmnies de 6ien, qui sc font anathème »pour nous sauver. Depuis quelque temps , trois hommes encensés sqnt l’objet de notre administration : mais en est-il un seul qui mérite notre estime, notre' attachement , notre reconnoissance. Voyez le chef de la municipalité * philosophe sans caractère, citoyen sans vertus , sans énergie , sans vues , sans principes mauvais patriote (r) ; un seul acte d’ostenta^*
( 1 ) Le 31 juillet, Bailly a signé le premier la prç^
çojine le |ouYerîie«iept.,
.tîon stoïque Fa' porté sur Fautel d’oiicera: ■traits, de, foibless® , cent preuve^., de. faur ;^‘èie 5 d’ypocrisie 5, de trahison , cent attentats ^ n^oric pu encore le faire descendre : pçrtit 5 ambitieux J vain ^ timide et.fempaiit'3 il a renoiiçé â fhoiine’Ur pour læ fortune 5 il 'immole tes 'devoirs à la faveur ^ iFseroit prêt à se couvrir ^infamie si’quelque dignité” pourvoit en êcre le prix. : Naguères aE’knt la. sensibilité d^un dévot à la dureté d’un despote J ri versa des pleurs , en prêtant serment 'de loyauté dans un acte de perfidie (i)*
ÀiireZ“VOUs plus, de confiance dans le corn-' ■■■mandanc-générar ^ ce rusé courtisan , si poli^. 'si doucereux.^ si souple:; ce petit paladin, dont' 'quelques, campagnes sans- péril ont fait um héros> imaginaire.- J.' ce philosophe désintéressé y. qui s’occupa sans cesse de projets 'de fortune ; ce préceodu,. patriote donc leffusiom. 'du plus, pur civisme est, to.ujp.urs sur Tes 'lèirres. Il-sacrifia la gloire a. Fambîtioii ;,ap— - 'pelé a la. tête, de ta milice parisienne ^ il 'cacha. soîgneus.em,enc sesdesserns ; il affeexa. de n’avoir point de volonté 3: crainte de dé-
(i) On, sait qu® Mr ,îe Baîlîy a pleuré comme um “enfent fe- 14 février ; jour où fe 'mio.istre- favori a devoir réencliainer toates les 'blasses de citoyen- par um ■lîouveati sermen.t* Etoit-c.e atténdïls&«m-eîit ?
^m.acd.s î;- • ' ■■ ■
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plaire r. mais bientôt suivant ses projets en silence , il s’appliqua à gagner les soldats , par sa douceur et ses fausses démonstrations de patriotisme : long-temps il les amusa ■par des processions, par des bénédictions de drapeaux , des jeux d’enéans. Il les promena de fête en fête. Pour s’étayer de toutes leurs forces , il avoir commencé par les tenir unis (i) ; pour s’en rendre maître , il Itravâillaà seme'réntreeux la division : il avoir supposé une conspiration contre l’état , et la défection d’une compagnie entière de grenadiers de la garde soldée , il afficha le danger de les laisser seuls monter chez le roi: ‘il insista sur la nécessité de, leur opposer un plus grand nombre de citoyens sous le 'même costume , et il forma parmi les jeunes gens inconsidérés plusieurs compagnies de grenadiers , et ' travaillant à leur inspirer un esprit de corps , il se les attacha par serment particulier ; et les chargea de l’exécution de tous ses ordres dans les expéditions d’éclat. Ces innovations ayant allarmé les patriotes clairvoyans , il prétendit les rassurer en créant des compagnies de chasseur • pour contre-balancer celles des gre-
(i) La. garde bourgeoise demandoit d’abord d’être distinguée par quelque signe de la garde soldée.., : il s’y opposa de toutes ses forces , en faisant craindre qu« ^clfe-oi ne devint une garde prétorienne. , ^
îîadiers , remède qui n’avoit que l’mconvé-nient' de doubler le mal ! Jaloux de purger la garde soldée des sujets qui étoient peu dévoués à ses ordres , et qui tenoient conseil pour se faire rendre justice , il fit accuser ces soldats dWoir trempé dans une conspiration chimérique , il les env^elop.pa , leur fit rendre les arrnes , les je tta dans les dépôts de St. Dénis, où -il les traita eri apparence en criminels d’état ; 'e-t‘ telle est la faveur dont il jouit auprès de l’aveugle, multitude qu’il pourroit tout'(i) tenter impunément. Croira-t-on que cet homme si dangereux à la tête, des troupes nationales a été nommé le libérateur de la ' France Comment imaginer qu’un courtisan rongé d’ambition puisse être patriote Comment imaginer qu’il ne se prêteroit pas à toutes les vues du cabinet, et qu’ifne saerifieroit pas à son avancement particulier les intérêts de ^a nation , le bonheur public , le salut de la patrie ? Souvenez-vous de ma prédiction. Un jour , vous h ca %tU cito-^^
yen , bariolé de cordons , èt avcC; h bâton de maréchal ,* * une fois suppôt du monarque ,
^ ( 1 ) On peut voip quil n’a pas négligé de profiter
de cètte funeste sécurité des Parisiens, piiisqu’ii a entrepris de former un parc d’artillerie , dans la vue seule d’enlever aux districts tous leurs canons. Si nous donïioüs dans ce piège perfide , nous 5er0ns. de joiiç «lessieurs. ^ ' .
X devenu plus pimsant que jamais , peut-etre rcnouvdlera-t-on pour lui la charge dange-^ reuse de connétable^
* Mettrez-vous votre espoir dans^ le mî^ mstre des 6pances ? eet intriguant consommé , qui ne peut reispirer que dans Patmosphère du cabinet , qui renonccroit plutôt à la vie jqu’au timon des affaires , et qui est rongé de l’ambition de (fominer la France sous le nom de régent. Pour se rendre maître de k nation , il afficlia la bienfaisance , puis il chercha à relever le ' peuple qu’il n’aime point, et à humilier les grands qui le méprisent ; mais dupe , et de ses hauteurs simulées , et de sa feusse popularité , il ne tarda, pas à flatter les courtisans qui pouvoient le maintenir en pkee , à trahir le peuple qui avoit fait sa réputation , et h lui kire perdre les droits qu’il sembloit travailler à lui rendre- Sacrifiant û sa gloriole le bonheur de k nation , il entreprit de ( i ) remettre au monarque lé souverain pouvoir ; et pour k forcer à reprendre ses fers , il l’épuisa de misère , k livra aux horreurs de k disette , à la crainte de k famine , et devînt l’ame d’horribles
(i) C’est lui qui engagea le roi à tenir le Ut dar |ttfiÛQ6 de jaillet.
conspirations qili dévoient réduire la capitale par le fer et le feu. Vous attendez de lui votre bonheur, il consommera votre ruine ; quel autre anroit assez d’astuce et de “ténacité pour aller à son but , en poursuivant sans relâche les mêmes manœuvres qui auroient dû le perdre? Pour reprendre Pempire , il a levé sur les peupjes une contribution patriotique , qu’il a employée a payer l’armée , à subjûger les comités de rassemblée nationale , l’administration municipale , et les chefs de districts ; il continue ses opérations désastreuses sur les grains; il accapare le numéraire par des billets de caisse dont il inonde le public , et qu’il force de recevoir , et aux barrières , et à la ville j il thésorise pour subvenir aux frais d’une camjpagne prochaine , 'et s’il ne peut enchaîner la nation par les mains de la milice nationale , vous le verrez appeler contre le peuple les troupes réglée^ , et renouveler avec plus d’adresse les préparatifs menaçans du premier juillet.
Je le dis en frémissant ; tant que cet homme sera au timon des affaires , tant qu’il sera l’âme du cabinet , tant qu’il pourra se procurer de l’argent , il n’y aura point , de terme à nos maux , point de terme aux conspirations ; de nouveaux pièges pour opprimer le peuple, se suçcédefôm san^ cesse i
sans cesse -ce succéderont de nouveaux projets pour épuiser le peuple * remplir le trésor; tenir sur pied line armée forrni- ‘dable ; corrompre fe législateur , les administrateurs municipaux , les chefs des disr
, tricts ; soudoyer les légions innombrables de courtisans , des pensionnaires royaux , des satellites du gouvernement , des suppôts de l’autorité ; faire face aux événemens ^ reculer la catastrophe , et rester en place. -
^ La censure publique , un tribunal d^état, et un tribun du peuple , un dictateur momentané y pouvoient seuls terminer nos malheurs nous délivrer des ennemis de la patrie , établir la liberté , et cimenter la félicité publique ; au défaut de ces institutions salutaires , les milices nationales sembloient nous offrir un rempart assuré contre l’oppression ; mais hélas ! à en juger par la garde Parisienne, qu’avons-nous à espérer? les forces de l’état sont tournées contre ses enfkns. Je Tai déjà observé, l’uniforme et l’organisation de la garde nationale ont étouffé la liberté dans son berceau ; elle tricmphoit ppur toujours, si après le 14 juillet , on ayoit armé indistinctement tous les citoyens domiciliés , si on les avoir disciplinés , s’ils avoienr pris la cocarde pour seule marqué distinctive. Dans les jours de péril 3,^
en voyoït les riches confondus avec' les pauvres , courrir aux armes pour leur commune défense ; la peur étouffoit dans leurame tout autre sentiment , mais aussi- tôt' qu^ils commencèrent à respirer , les petites passions se firent entendre , la sotte vanité fut seule écoutée 5 l’opulence dédaigna la médiocrité./ et l’homme couvert d’un bon habit ne voulut pas marcher à côté der l’homme couvert de haillons. '
Pour tenir sous le joug la multitude des infortunés, on -commença par les écarter du service militaire , dont ils avoient seuls supporté presque toutes les fatigues , en donnant à la milice un habit qui supposoit: qyelqu’aisance dans ceux qui pouvoient y entrer ,* et f armée ne se trouva plus composée que des soldats , dont le soin de leur fortune les rendoit ennemis de toute révo- ^ lution. Seuls ils eurent les armes à la main, et bientôt on les porta h un nombre assez ^ considérable pour faire face au reste des citoyens. A peine eurent-ils endossé l’habit national , qu’ils s’admirèrent dans ce nouvel accoutrement ; le plus mince artisan affublé d’un uniforme régardoit avec dédain son confrère en habit bourgeois. Bientôt un bonnet de grenadier et un pantalon de chasseur divisèrent en * trois corps la milice parisienne, elle-même, et f empêchèrent de
se réunir pôur le salut commun* te serinent particulier, imposé aux chasseurs et aux grenadiers , les lia à leur général ; et tel est leur aveugle dévouement à ses ordres , qu’ils seroient prêts à marcher contre la patrie. Croira-t-on que des bicoyens qui se regardent comme les défenseurs de Tétât sont assez bernés, assez irnprudens , assez inconsidérés pour se prêter à enchaîner leurs frères ? Se peut-il qu^ils ayent oublié l’honneur au point de servir de cortège à des huissiers , à des satellites , k des espions ? Le bel emploi pour des gardes nationaux , que de marcher k la suite de vils records ! le beau triomphe que de livrer des citoyens qui se sont immolés pour eux!
O Parisiens ! vous n’étes que des enfatls , vous fermez les yeux sur les malheurs qui vous attendent , . l’irréflexion vous tient dans la sécurité , la vanité vous çonsole de tous vos maux.. Mais pourquoi vous accabler* de reproches inutiles ? vous ne voulez être libres que pour vous vendre , vendez-vous ; vous êtes contens de vos fers , gardez les : vous repoussez la main qui veut vous tirer de l’abîme , restez y. Les Intrigans qui vous trompent , les frippons qui vous dépouillent, les scélérats qui vous asservissent , sont les hommes qu’il vous faut. Continuez d^adorer le divin Necker , l’heroïque la Fayette, l’im-
mortelle Bailly ; prosternez-vous devant cesmodèles de civisme 5 ' de désintéressemencj de vertu ; courrez dans les- cafés ^ bavardez -■sur les -papiers-nouvelles 5 -rangez-vous au-' tour d’une poêle ou d^une table ^ racomptei vos exploits > et ' portez vos chaînes. L’ami du peuple > désolé de votre aveuglement , de votre sécurité de votre dépravation ^ n^aura donc vu luire faurore de- la liberté ' que pour en déplorer la perte ; renfermant au fond de son cœur ses allarmes ^ ses regrets ^ son desespoir , il gémira le resté de sa vie sur votre sort ^ comme nn père tendre gémit sur le sort d’un fils dénaturé.
■ ■ Grâce à Fénehaînement des circonstances, vous respirez encore: mais le jour s’avance où le dur joug qu’on vous prépare s’appésentira sur vos. têtes 5 et vems serez livrés ù vos oppresseurs. A la vue des scènes sam glantes deJa tÿraiinie, reàducs à vous mê^ mes par la terreur, vous regretterez les -avantages de la liberté que nous avons perdue' , . vous frémirez de Favoir ' foulée aux pieds', ■vous maudirez votre avèiigiemenr. -Mais 'hélas ! ■ quel ' sentiment de tristesse vient dé-«. cliirer m-on âme ? Ah ! s’il reste encore quel- ■qu’espoir aux amis de la patrie , c’est que'Ia liberté , bannie de nos murs par vos vices , plus encore par votre ignorance , trouvera un asyle dans les provinces, et c’est pour
elles sur-tout que je desire ne pas éprouver le sort de Cassandre.
J’ai fait connoître les chefs des ennemis de la révolution , les principaux artisans de nos malheurs , la source de nos maux , et les moyens de la tarir i Je crois avoir quelques titres a la confiance publique : pardonnera-t-on a mes allarmes , pour le salut de la patrie , de rappeler les principaux.
Qu’on suive mes dénonciations ^ mêmes celles qui d’abord furent regardées comme des rêveries , et l’on verra que jç n^ai malheureusement que trop bien rencontré, A l’ouie des motions provoquées ’ le 4 août par le vicomte de Noailles , j^airéclamé contre les acclamations de l’aveugle multitude, pour dénoncer une faction de conjurés qui dcminoit les états- généraux , faction perfide qui n’est que trop redoutée qu’aujourd’hui.
En voyant augmenter la disette du pain , après une riche récolte , je n’ai pas craint de dénoncer le ^ ministre des finances comme l’auteur des accaparemens: j’ai ététraité devisionnaire : dès-lors les preuves ont été acquises , aujoud’hui elles sont irrésistibles.
Javois senti que les accaparemens ne pouvoient se faire sans le concours de municipalités qui s’étoient saisies des forces na- Ûonales : voyant Tinaction. de la municipalité
parisienne
parisienne au milieu de la détresse du peuplé pour avoir du pain , et les faux bruits qu elle faisoic circuler dans le piibiic silr les causes de la disette , je l’ai inculpée de conniver avec le gouvernement ; dès-lors une foule de preuves juridiques a justifié rinculpation.
En voyant le châtelet constitué tribunal d’état , j"ai pressenti que des juges ennemis de la révolution par principes , autant que par intérêt, mettoient tous leurs soins a sauver les malversateurs , les conspirateurs , les traîtres à la patrie , et a .sacrifier ses trop zélés défenseurs ; et j’ai annoncé ces craintes , qu’une triste expérience n’a que trop justifiées.
En voyant proposer le décret de la loi martiale , j’ai prédit qu’elle' riiineroit la liberté , en liant les bras aux classes du peuple qui ont amené la révolution : prédiction que l’événement n’a que trop justifié.
En voyant l’organisation de la milice nationale , l’énormité des appointemens prodigués à l’état-major soldé , l’indigne choix de Tétat-major non-soldé , j’ai prédit que l’unifbrme per droit la liberté, et que l’on se serviroit , pour enchaîner la nation , des mêmes mains qui avoient rompu ses fers : prédiction qui n’a encore été que trop bien justifiée.
En voyant le commandant-général de la
troupe parisienne , si soumis au pouvoir municipal , j^ai pensé que ce citoyen équivoque profiteroit des sots préjugés du public en sa laveur , pour lier sa patrie , ju^squ^h ce que le moment lût venu de lever le masv]ue : souvenez-vous du xx janvier.
Puisse le passé nous servir de leçon : puisse la voix de du peuple réveiller
de leur Icthargie ses compatriotes : puisset--elle leur faire ouvrir les yeux , puisse-t-elle prévenir la ruine dont ils sont menacés.
Je n’ai porté mes réclamations au tribunal de la nation , que parce qu’elles sont liées k la cause publique ; il importe au triomphe de la liberté que l’un de ses plus zélés défenseurs ne soit pas immolé par les agens du pouvoir.
On lui fait quelques reproches. Peut-être a-t-il passé les bornes de la modération en attaquant les ennemis du bien public : il ne s’en défend pas , il sait qu’il porte jusqu’au délire l’amour de la justice , de la liberté et de l’humanité ; mais au milieu des écarts que les gens froids et tranquilles lui imputent , son cœur fut toujours pur , et jamais il ne songea qu’au bien du peuple , jamais il n’eut en vue que le salut de la patrie.
C’est pour travailler à rendre la nation libre et heureuse , qu’il mène depuis treize
mois un genre de vie qu’aucun homme au monde ne voudroit mener pour se racheter d’un supplice cruel : c’est pour elle qu’il est descendu dans l’arène ; c^e^t pour elle qu'il a si souvent abandonné le soin de ses jours,
De rigides censeurs qui veulent absolument retrouver l’homme dans le patriote , ont cherché à V rnir la pureté de son zèle ; il avoue que son cœur n’est pas insensible k la gloire : foiblesse dont il ne rougit pas , et dont l’austère Vertu ne peut lui faire un crime. Tel est VAmi du peuple. Lorsque le songe de la vie sera prêt à finir pour lui , il ne se plaindra point de sa douloureuse existence , s’il a contribué au bonheur de l’humanité , s’il laisse un nom respecté des méchans , et chéri des gens de bien.
Signe, MARAT.