‹ Appel au nom de l'UnionChapitre 1 sur 4 · ROBERT J. WALKER · texte numérisé non relu

ROBERT J. WALKER

AU

Comité démocratique de Pittsburgh.

New York, mardi 30 septembre l85tT

Messieurs : — Par suite d’une absence, la lettre par laquelle vous m’invitiez à prendre la parole dans la convention générale démocratique, tenue en votre ville, m’est parvenue lorsqu’il était trop tard pour me rendre à votre requête. Je vous remercie, messieurs, de vous être rappelé que j’étais fils de la Pennsylvanie, et ancien habitant de votre ville. Je vous remercie encore plus vivement du bienveillant souvenir que vous donnez à mon père, né également en Pennsylvanie et de l’allusion que vous faites à ses services, comme un des héroïques volontaires de la liberté dans la guerre de la Révolution— et beaucoup plus tard, comme juge de la cour de district des Etats-Unis dans votre ville.

Vous me demandez, si je ne puis assister à votre meeting en personne, de vous communiquer, dans un but de publicité mes vues sur l’élection présidentielle actuellement pendante.

Nous touchons à l’issue d’une lutte formidable. D’un côté, se trouve rangé le parti démocrate. Il

existe dans tous les Etats, et sur ses colonnes compactes flotte l’étendard de la constitution et de l’Union. De l’autre côté, se trouve un parti de section et de latitude, exclusivement composé des Etats du Nord. Le Père de la patrie avait clairement entrevu le danger d’un tel parti et nous avait mis en garde contre lui, dans ses adieux si pleins d’affections. Mt Î3 ses appels solennels et ses appréhensions prophétiques s’effaçent de notre mémoire, au milieu du fracas de la lutte géographique et des préjugés de latitude. Dans sa dernière adresse, l’immortel Jackson nous a également prémunis contre ces dangers, et les éloquents appels, les derniers conseils de Clay et de Webster nous ont adjuré d’eviter les désastres d’un pareil conflit. Ces grands patriotes qui ne sont plus regardaient tous les partis de latitude comme destinés à faire la perte de la République ; mais nous paraissons penser qu’il n’existe aucun péril semblable et que, contrairement à tous ceux qui l’ont précédé dans le monde, notre gouvernement est immortel et indestructible.

C’est la première fois dans notre histoire, qu’un parti géographique s’est formé. Exclusivement composé des Etats du Nord, il est en hostilité violente avec la section Sud de la confédération. Il tire une ligne do démarcation expresse et distincte entre le Nord et le Sud et déclare la guerre au peuple et aux institutions de ce dernier. Il déclare les institutions du Sud dégradées et infâmes au point de devoir être exclues, par le Congrès, de tout cet immense territoire, acquis à fi ais communs de sang et d'argent, et qui forme l’héritage collectif des Etats de l’Union. La Louisiane (y compris le Kansas et le Nebraska) fut acquise par Jefferson et sauvée par Jackson. Mais le Sud c’est plus regardé comme étant digne d’hériter d’aucune portion de ce territoire, acquis par l’illustre patriote de la Virginie et sauvé par l’imnortel héros du Tennessee.

De même de toutes les vastes régions, acquises îans la guerre avec le Mexique. Deux vaillants Bis de la Virginie, Scott et Taylor, ont été les chefs de «es brillantes campagnes. Le sang du Sud a été versé en flot3 généreux et s’est mêle au sang du Nord, sur les nombreux et héroïques champs le bataille du Mexique. A côté des braves enfants du Nord, un héroïque régiment de la Caroline du Bud fut emporté par le feu des forces mexicaiues. L’un après l’autre, les officiers et les soldats de ce régiment tombèrent blessés à mort, néanmoins les survivants ne fléchirent pas un instant et la victoire finit par couronner leurs efforts. Eh ! bien, aucun fils de la Caroline, aucun fils de tout le Sud, n’est tenu pour digne de posséder la plus minime partie de tout le territoire ainsi acquis du Mexique. Le Sud est entièrement exclu de toute la «ôte du Pacifique ; et la devise du parti sectionnais du Nord est : Le proviso de Wilmot partout — point de Territoires à esclaves et plus d’Etats à esclaves, soit au Nord soit au Sud de la ligne du compromis du Missouri.

On ne partagera pas le territoire commun ; le Nord aura tout. Il y a 1 5 Etats du Sud 16 Etats du Nord, 7 Territoires organisés, une région immense à organiser encore. Il faut que le Nord ait tout cela, aussi bien que toutes nos acquisitions futures. Peu importe la voix et le vote de la population du Territoire ou du nouvel Etat. V ous n’aurez ni voix ni vote dans la matière ; c’est le Nord, qui aura tout, parce qu’il commande la majorité dans le Collège Electoral et dans le Congrès.

On dit que le Nord ayant la majorité, le Sud doit se soumettre. Le Sud n’a t il donc pas des droits, ou ces droits sont-ils à la merci d’une majorité du Nord? Le Sud n’a-t-il aucun titre à la justice du Nord, et n’est -il pas injuste d’exclure le Sud de tout le territoire commun de l’Union?

Mais ce n’est pas là une simple question de justice ; c’est une question de pouvoir constitutionnel. La Constitution a été rédigée et ratifiée par les Etats, chacun d’eux votant et agissant pour lui-même. C’est ainsi que nous sommes devenus « Etats-Unis *, que nous rvous formé une confédération et non une république centralisée — une

confédération reèevant toute sa puissance des Etats, au moyen d’un acte appelé par eux la Constitution, et qui accorde seulement certains pouvoirs spécifiés, en faisant réserve de tous les autres. Il est donc clair que le Congrès peut exercer seulement les pouvoirs accordés par la Constitution et que toutes les lois de son fait non basées sur les pouvoirs ainsi délégués, sont fondées sur une usurpation et absolument nulles. Or,l a Constitution ne délègue en aucune façon le pouvoir d’établir ou d’abolir l’esclavage dans les Etats ou les Territoires. Telle est l’opinion du Sud et d’une minorité considérable (sinon même d’une majorité) dans le Nord. Mais, dit on, le Nord prétend que ce pouvoir est accordé par la ConstL tution, en ce qui concerne les Territoires. Le Sud nie l’existence d’aucun pouvoir semblable. Comment la question sera-t-elle décidée ? Evidemment elle doit l’être non par le Nord ou par le Sud, mais par la cour suprême des Etats-Unis, comme question controversée de loi constitutionnelle.

Avant le rappel du compromis du Missouri, le Sud avait proposé d’en étendre la ligne de démarcation jusqu’au Pacifique, bien que cette combinaison lui donnât seulement une côte de trois degrés et demi sur cet océan, et laissât douze degrés et demi au Nord. La mesure passa dans le Sénat, mais fut rejetée dans la chambre, par uae majorité du Nord. Ainsi le Nord s’empara crc de toute la côte du Pacifique, presque égale enétendue à notre développement sur l’Atlantique. Le Sud céda, mais dès lors il considéra justement le compromis du Missouri comme répudié par le Nord, rejeté par ses votes et mis à l’index par ses discours. Le Sud proposa ensuite de soumettre à la décision de la cour suprême des Etats- Unis la question controversée des pouvoirs du Congrès relativement à l’esclavage dans les Territoires . Cette mesure, connue sous le nom de compromis Clayton, passa également dans le Sénat et fut rejetée dans la chambre par une majorité du NW. Cet expédient aussi sage que patriote — avait pour but de soumettre la question, au tribunal suprême créé par la Constitution et revêtu d’une pleine autorité pour l’interpreter et maintenir le Congrès dans les limites des pouvoirs spécifiques octroyés.

Mais cet arbitrage paisible et définitif de la question, proposé par le Sud, fut rejeté par le Nord. Comme conséquence juste et naturelle du rejet de ces deux propositions, la doctrine de nonintervention du gouvernement fédéral fut adoptée, en 1850 et 1854 par un vote collectif du Sud et du Nord, dans les deux chambres du Congrès. C’est cette doctrine qui constitue le principe fondamental du bill de Kansas-Nebraska. En même temps qu’elle sauve l’honneur du Sud et écarte les décisions qui violaient la Constitution. Cette mesure est faite pour donner, dans la pratique, de grands avantages au Nord. De nos sept Territoires organisés, il n’y en a qu’un seul où l’on fasse des efforts pour établir une législation d’esclava-

ge, et dans ce cas exceptionnel du Kansas, la question aurait été depuis long-temps décidée paisiblement , sans l’immixtion injustifiable et l’intervention sectionnaire de la législature propagandiste du Massachussetts, et les conséquences qui s’ensuivirent.

Si, conformément aux dispositions du bill de Kansas-Nebraska, cette question est laissée à la population du Territoire, lorsqu’elle arrêtera sa constitution. d’Etat, elle sera déterminée par le sol, par le climat, par la production et par les lois qui gouvernent les mouvements de la population. Le Nord aidé par sa supériorité numérique, par les émigrants européens étrangers à l’esclavage, par la plus grande facilité de ses mouvements, que n’entrave ni le transport des esclaves ni l’appréhension de leur conditions ultériture— a de grands avantages sur le Sud, dans la colonisation desnouveaux territoires, et devrait se trouver parfaitement satisfait du principe qui laisse la decision de la question à la majorité de la population territoriale, quand elle se constitue en Etat. Là est tout le bill de Kansas-Nebraska. C’est la nonintervention, l’abstention absolue du gouvernement fédéral. C’est la doctrine de la constitution. C’est la règle d’égalité absolue entre les droits de tous les Etats, qui forme la pierre angulaire de la confédération. C’est le principe constitutionnel, reconnu pour l’admission des nouveaux Etats, en vertu duquel ils entrent dans l’Union «sur un pied d’égalité avec tous les autres Etats, sous quelque rapport que ce soit. > Mais cette égalité n’existe plus, si d’autres Etats sont entrés dans l’Union avec ou sans esclavage à leur gré, et que le Kansas ne soit pas libre d’en faire autant.

U y a une autre raison, dont on n’a pas parlé jusqu’ici, qui semble rendre impraticable le maintien de l’esclavage au Kansas. Dans tous les Etats à esclaves, il y a une majorité considérable de votants, qui, sans posséder d’esclaves, sont dévoués aux institutions du Sud et qui le3 défendraient au prix de leur vie ; sous ce rapport, le Sud offre une population compacte. Cette classe, composée de nombre de petits fermiers, de marchands, d’hommes de professions libérales, d’ouvriers, d’intendants et d’autres membres des diverses classes industrielles, constitue le principal corps d’armée du Sud et prête volontiers les mains aux lois qui se rattachent à l’institution de l’esclavage. En présence d’une puissante minorité et d’une agitation constante, l’esclavage ne pourrait exister longtemps dans aucun Etat. C’est un fait connu que l’on en serait venu là, dans plusieurs des Etat3 à esclaves, sans l’unanimité qu’y ont rétablie les agitateurs et les intrus du Nord. Or, le Kansas est extrêmement divisé sur la question de l’esclavage ; il y existe, contre cette institution, une puissante minorité, sinon même une majorité, un parti qui loin d’être neutre lui est profondément hostile. Pour ce motif, en outre de ceux qui ont été donnés plus haut, je ne crois pas que le Kansas devienne un Etat à esclaves. Et peu importe, si le Nord accepte les principes du bill du

Kansas — la non- intervention et l’abstention absolue du gouvernement fédéral dans la question de l’esclavage. Le Nord augmente constamment sa majorité dans le congrès et les collèges électoraux, et peut faire passer toutes les mesures convenables, dans le progrès de sa puissante et de sa prospérité, pourvu seulement qu’il adhère aux principes de la jastice et de la constitution.

Le soi-disant parti « Républicain » n’adopte pas le rétablissement du compromis du Missouri, mais répudie nettement cette mesure, et d’éelare, qu’il n’y aura plus ni Territoire à esclaves, ni Etat à esclaves admis dans l’Union en aucune circons-tance, quelque évident et unanime que puisse-’ être la volonté de la population locale, quelle que soit la latitude de l’ fttat ou du Territoire. La question même sur laquelle s’appuie ce parti est donc sectionnaire ; ses candidats sont sectionnai-' res; et n’attendant aucun vote électoral du Sud,/ il cherche exclusivement son succès dans le Nord. Bien plus ! il prend pour établi le droit exclusif du Nord à décider la question et rejetant toute1 ligne de démarcation et de partage dans le Terri- ; toire commun, il en réclame la totalité pour le Nord, met de côté le vote du peuple du Territoire — soit avant, soit après sa constitution en Etat — et rejette également l’arbitrage de la cour suprême des Etats-Unis. On concède que, sous l’empire de la Constitution des Etats-Unis, l’es-' clave constitue une propriété, et le grand point en1 litige de la loi constitutionnelle est de savoir si 1 cette propriété subsiste ou non dans les Territoires. La question touche aux droits de propriété et relève par conséquent de l’autorité judiciaire. Mais la Cour Suprême de l’Union doit être évincée par le suffrage public du Nord, et c’est ainsi que le droit dft propriété doit être tranché. Une pa* reiile doctrine n’est pas seulement sectionnaire et aggressive, mais elle a encore un caractère agraire:, et révolutionnaire. C’est le renversement de la cons-1 titution, de toutes ses garanties, de tous les princi- r pes conservateurs sur lesquels elle est fondée. Un: tel gouvernement ne serait plus une république1 constitutionnelle, mais bien un despotisme électif V j On dit quejle Nord a la majorité et que telle est sa1 volonté. Sic volo , sic jubeo, stat pro ratione vo. luntas. Mais les votes et la volonté du peuple' français firent de Napoléon le Grand d’abord un' consul, puis un empereur ; les votes et la volonté du peuple français ont fait, de Napoléon 111, an1 président pour le revêtir ensuite de la pourpre impériale. Telle était la volonté du peuple ; mais avec nous la Constitution est la loi suprême, ainsi que cela se trouve déclaré dans le document1 même rédigé et ratifié par le peuple de chaque Etat. Or, après avoir réservé tous les pouvoirs, à l’exception de ceux qu’elle delègue spécialement: cette constitution en répartit l’exercice entre les, autorités législatives executive et judiciaire.

Elle met au-dessus du Congrès les arrêts de la Cour Suprême des Etats-Unis. Elle donne à cette cour la faculté d’expliquer la loi, et spécialement cette loi suprême, qui s’appelle la Constitu-

ion. Mais cette Cour est évincée par le refus du Sord de soumettre la question à sa décision, par a substitution à ses arrêts delà volonté d'une maorité du Nord. Si les garanties constitutionnel es et les décisions judiciaires doivent être ainsi renversées par le vote du peuple dans le Congrès, Sourquoi ne le seraient elles pas aussi par les législateurs d’Etat ? Pourquoi n’établirait-on pas fa doctrine que tous les droits de proprité dans les Territoires sont soumis à la volonté du peuple dans l’élection du Congrès, et tous les droits de propriété dans les Etats, à la volonté du peuple dans l’élection des législateurs d’Etat ? Si la Constitution doit être mise de côté, si les tribu- Jbunaux judiciaires doivent être évincés, si les Iquestions qui impliquent le droit de propriété doivent être tranchées aux poils dans un cas donné , pourquoi n’en serait-il pas de même dans tous les autres ? Si l’on demande aujourd’hui d’appliquer la doctrine à une espèce particulière de propriété ‘dans le Kansas, on peut l’étendre demain à tous les genres de propriété en tous lieux. On peut l’étendre aux terres, aux maisons, aux rentes, aux navires, aux chemins de fer, aux dettes, aux actions, à toute autre propriété, et tout assujetir au •partage ou à la confiscation, par la décision du Tote populaire. Si le Nord peut, en vertu d’une 'majorité, priver le Sud de tous droits dans le territoire commun de l’Union, parce qu’il est en minorité ; s’il peut mettre de côté les tribunaux judiciaires, sur des points contestés de la loi consxitutionnelle, qui touchent aux droits de propriété ; pourquoi le même principe ne s’appliqueraitil pas à chaque législature d’Etat, pourquoi les •conditions de la propriété ne seraient-elles pas décidées par le peuple dans chaque élection successive ?

1 La vérité est que le parti « Républicain » noir tombe dans la révolution et l’agrarianisme ; il met .en avant des principes faits pour bouleverser les conditions de toute prospérité, dans chaque Etat, aussi bien que dans chaque Territoire de l’ Union, •il met de côté l’arbitrage paisible de la Cour suprême des Etats-Unis, ce palladium conservateur ce nos institutions , il détrône la Constitution et toutes ses garanties ; il y substitue un despotisme •électif, par lequel une majorité populaire pourra , 'à chaque élection, abolir, diviser ou confisquer h’importe quelle propriété. On dit que la majorité des membres de la Cour Suprême viennent du 'Sud, et que par conséquent le Nord ne peut leur Confier la décision de cette grande question constitutionnelle. Cetto,< majorité n’est que d’une voix, pt cette voix est celle du vénérable Juge en chef, lequel est né et a toujours résidé dans le plus conservateur de tous les Etats du Sud — Etat limitrophe du Nord, comptant très peu d’esclaves, et d’où l’institution de l’esclavage disparaît rapidement, avec le cours de la Susquehannah, qui mène au cœur de la Pennsylvanie et traverse dévastés portions de l’Etat de New York, — Etat dont le commerce et les relations, par mer et par fleures, par chemins de fer et par canaux, ont lieu

pour plus des trois quarts avec les Etats libres de cette confédération.

Mais si on ne peut se fier à un pareil tribunal pour l’exécution des fonctions que lui assigne la constitution, parce que le Sud y compte une majorité d’une voix, bien qu’il remplisse ses importants devoirs après le plein exposé des arguments des deux côtés, après une étude et des recherchas approfondies, calme, réfléchi, aussi peu influencé qu’il est humainement possible par la passion ou le préjugé ; — éclairé et incorruptible, surpassant de beaucoup tout autre tribunal judiciaire sur terre, par ses talents, sa sagesse et ses connaissances légales ; familier avec la constitution, accoutumé pendant bien des années à en examiner scrupuleusement toutes les dispositions, et à les entendre constamment discutées dans les deux sens par les juristes élevés et ditingués de notre pays ; — si on ne peut se fier à un tel tribunal, parce qu’accidentellement, en ce moment, il compte une voix de majorité en faveur du Sud ; est-il plus sage de s’en rapporter sur la question, au suffrage populaire, quand le Nord a une majorité de cinqnante-quatre dans la Chambre des Représentants, et de cinquante-six dans le collège électoral, et quand cette majorité augmente constamment et rapidement ? Cette controverse sera-t-elle plus sagement décidée par le peuple du Nord, une seule section géographique, enflammé par les passions ‘et les préjuges sectionnais, poussé par les rédacteurs de journaux, les orateurs de meetings et les apôtres politiques, avec ou sans connaissance, avec ou sans patriotisme, avec ou sans religion sincère, avec ou sans fanatisme, avec ou sans mûre investigation, avec ou sans égoïstes inspirations? Jour par jour, la presse, la tribune, la librairie, la chaire, la salle de lecture, l’école, le théâtre, la bibliothèque, le cabinet de l’auteur, le pinceau du peintre et l’iûfluence du chanteur dressent maintenant et ont longtemps dressé et fhçonné le Nord a haïr le Sud, à mépriser ses institutions, à fouler aux pieds ses droits, à blesser ses sentiments, a calomnier son caractère, à oublier tous ses nobles services en paix et en guerrre, toutes ses généreuses qualités et ses hautes ressources intellectuelles, — et à ne s’occuper que de ses fautes qui sont le lot commun à notre humanité.

Ce n’eet pas tout. Un appel direct est fait constamment aux intérêts locaux du Nord, à l’esprit d’avarice et à l’amour du pouvoir et de la domination qui existe malheureusement plus ou moins à toutes les époques et dans tous les pays. On dit aux hommes du Nord qu’il est de leur intérêt de monopoliser à toujours pour eux et leurs enfants la totalité des Territoires communs à l’Union. Dans ces circonstances, le suffrage populaire du Nord est-il ce tribunal calme, sage, éclairé, sans préjugés, désintéressé, auquel on devrait assigner le décision de la grande question, embrassée dans cette controverse ? Dans une matière embrassant les droits, les intérêts et les propriétés du Sud, on demande que le Nord soit

le seul juge dans sa propre cause et qu’il décide du cas en sa propre faveur, par son seul suffrage exclusif.

Personne ne respecte plus que moi le suffrage universel dans ce pays, sur toutes les questions purement politiques dans les limites de la constitution. Mais quant aux questions judiciaires, embrassant les droits de propriété d’une valeur incalculable, nos pères, en- fondant le gouvernement pour le bien-être et la sécurité de tous, écartèrent l’idée française du despotisme électif de 1852, ou des assemblées populaires de 1789 sans restrictions conservatrices ou garanties constitutionnelles, et décidant par le vote populaire sur les droits de propriété.

La division et la confiscation, suivies du saccagement, du pillage et de la guillotine, en furent les conséquences inévitables, et des doctrines semblables produiraient promptement ici les mêmes horribles catastrophes. Personne ne respecte plus que moi la presse et la chaire. En s’acquittant de leurs devoirs particuliers, elles sont les plus hautes {Vocations sur la terre, l’une pour le temps, et l’autre pour l’éternité. Personne plus que moi ne considère comms utiles les adresses au peuple du haut des tribunes par des orateurs capables sur les questions politiques. Mais les questions judiciaires, embrassant des droits de propriété, exigeant une étude impartiale, ne sauraient être décidées par le suffrage populaire, spécialement lorsque, comme dans ce cas, le suffrage d’une partie de l’Union excité par l’intérêt, lapassson, ou le préjugé, est réclamé pour décider par lui-même, en sa propre faveur, et par son propre vote électoral exclusif, contre une autre grande portion de la confédération.

Mais cette plateforme, prétendue «Républicaine9 n’est pas seulement révolutionnaire et agraire. En formant un parti sectionnaire et géographique, en opposant le Nord au Sud et en attaquant les remparts de la constitution, elle expose l’Union à un péril imminent. C’est la constitution qui fait l’Union, et le renversement de la constitution est la ruine de l’Union. C’est une révolution, parce qu’en fait c’est un changement dans notre forme de gouvernement,

Le parchemin sur lequel la constitution est écrite, peut rester encore, la forme vide peut encore être appliquée, mais tout cela suivra de près le reste, jusqu’à ce que pas un fragment ne subsiste du gouvernement formé parles patriotes et les sages de la révolution. S’il est des gens qui croient que l’Union peut être longtemps préservée, quand la constitution aura été renversée, et que le tribunal jndiciaire suprême de l’Union aura été annulé ou supprimé, leurs trompeuses espérances, leurs rêves de domination et de pouvoir s’évanouiront bientôt.

Nous avons maintenant un parti sectionnel et géographique basé sur une question sectionnelle, et réalisant toutes les craintes de l’illustre Washington ) — mais nous avons encore un parti professant les doctrines agraires et révolutionnaires,

soumettant toute propriété à la division et à la confiscation, et supprimant le tribunal judiciaire! suprême.

Je ne m’abandonne à aucunes menaces contre l’Union. Je ne fais aucunes prédictions au sujet d’une si effrayante importation. Mais, je puis dire ceci, que le Sud ne veut et ne doit pas se soumettre à la dégradation ; il ne se laissera pas dépouiller par le Nord de tous ses droits sur le territoire commun; il n’abandonnera pas ses garanties constitutionnelles. Il aime l’Union, mais l’Union de la Constitution, l’Union entre égaux, et non entre les Etats souverains du Nord et les Etats sujets, — ou pour mieux dire, les provinces conquises du Sud. Plutôt que de se soumettre à cette condition, il adoptera la dernière alternative, la séparation, et s’écriera alors :

« Indépendance ! Anime-moi de ton esprit, toi qni règnes dans le ccenr du lion et le regard de l’aigle, je suivrai tes pas, la poitrine nue, sans m’occuper de l’orage qui s’abaisse le long des nuées. >

Soit dans le Nord, soit dans le Sud, soit dans la vie publique, soit dans la vie privée, nos plus grands efforts ont toujours été consacrés à maintenir la Constitution et à préserver l’Union. L’amour de notre union constitutionnelle bat danf chaque pulsation de mon cœur, et est tressée avec chaque fibre de mon être.

Parmi tous les soucis et les joies, les devoirs el les responsabilités de la vie, ç’a toujours été el c’est encore principalement un de mes plaisirs el de mes consolations, que de contempler la positior présente de mon pays, et de dérouler le rouleai des années et des siècles à venir, pour essayer d( m’initier à sa grandeur et à sa prospérité crois santés. J’aime à le regarder tel qu’il est et te qu’il doit être, si la Constitution et l’Union peuvent être maintenues et perpétuées. Je la vois i présent avec une marine commerciale beaucoup plus que doublée depuis les dix dernières années atteignant maintenant près do six millions dt tonneaux, déjà surpassant celle de la Grande Bretagne, et dans la même proportion de pro grès, longtemps avant la fin de ce siècle, dépas sant grandement celle de tout le monde réuni comme je l’ai prédit depuis longtemps dans me rapports officiels. Je vois notre expansion puis santé de territoire s’étendant de l’Atlantique ai Pacifique, des lacs du Nord au golfe du Mexique occupé par près de trente millions d’hommes fa vorisés d’une bien plus large part de bonheur, d comfort et de prospérité que la Providence n’e a jamais accordé auparavant à l’humanité. J vois vingt-quatre mille milles de chemin de fe déjà en activité (déjà un plus grand total que ce lui de tout le reste du monde) se déployant d l’Atlantique au Mississippi, déjà traversant cett grande rivière sur divers points du Nord au Suc pour déverser bientôt leurs courants réunis d commerce, de voyages et d’affaires dans la grand ligne centrale du Pacifique. Je vois l’or de la Ce lifornie et de l’Australie, et une vaste portion d

Commerce de l’Asie s’écoulant par ce chenal vers 'Atlantique, rencontrant là les voyageurs et le rafle de l’Europe, et les conduisant avec nos oyageurs et notre trafic par la route la plus -ourte, la moins' chère, la plus sûre, et la plus prompte vers le Pacifique.

b Je vois le contrôle du commerce universel pas- Ùnt de l’Europe en Amérique, et je sens qu’en définitive la nation qui contrôle le commerce du tionde doit contrôler les institutions du monde, et

Î!S faire généralement adopter à la fin, non par épée ou la conquête, mais par la force morale e notre heureux exemple, renversant les trônes *jes despotes, et élevant sur leurs ruines le glorieux monument de la volonté du peuple. J e vois ïussi ce que, dans cette crise probable de la desinée de mon pays, je regarde comme mon devoir jje répéter d’après ma lettre du Texas : après que ^ Congrès et le Nord auront tout à fait cessé ^intervenir dans la question de l’esclavage, — la ipce africaine disparaissant de nos bords, passant partie en dehors de nos frontières dans le Mexique et l’Amérique Centrale Espagnole, et en pariée retournant aux rivages de leurs pères pour y (orter, il faut l’espérer, le christianisme, la civili- Kition et la liberté.

<5 C’est vraiment un fait très remarqable que, tmdis que dans leur Afrique natale, la race n’a Uit aucun progrès ; tandis que dans la fausse république d’Haïti, sous le brutal despotisme de poulouque, dans la Jamaïque et dans les Antilles ipglaises, les esclaves émancipés ont rétrogradé jers la barbarie ; tandis que même chez nous, au P'ord, la race noire libre remplit en général les prisons, les maisons de pauvres, les hôpitaux, les ] .files de sourds-et-muets, d’aveugles et de fous, ou t!s ruelles empestées et les caves, vivant au mi ](3u de scènes de misère et d’infamie ; — cepentmt c’est en Afrique seulement, dans une colonie j esclaves émancipés, nés et nourris dans le Sud t.nt injurié, élevés et affranchis par des maîtres 5}i Sud, que nous trouvons le seul espoir de la uce africaine, et le seul succès qu’elle ait jamais patenu en dehors de la servitude, p Lorsque quelqu’un se risque à avertir le peupla danger des partis sectionnels ou géographiques, il est maintenant dénoncé comme un traître iji un désunioniste. Washington, Jefferson, Madi- ,*n, Monrôe, Franklin, Hamilton, Jackson, Clay Webster, ont tous mis le peuple en garde contre •x danger pour l’Union des partis sectionnels et biographiques. Nous qui répétons leurs avertissements, nous sommes les vrais amis de l’Union ; et ij ux qui les dédaignent et forment des partis secjDnnels et géographiques, sont les ennemis de la fonstitution et de l’Union, f Les révolutions populaires sont toujours soujiines. Le sombre nuage àpparaît à l’horizon ; r*us entendons les grondements du tonnerre de pis en plus près, de plus en plus fort ; il roule ^•dessus de nous. Alors la foudre éclate, l’Union ft détruite et tout est fini. Alors, nous nous trouvons tous au milieu des ruines d’un passé irré¬

vocable. Nous assisterons au terrible jugement de notre pays et du monde ; les livres seront ouverts et les despotes prononceront notre sentence, l’arrêt de notre race à ce qu’ils croiront ; à savoir que le gouvernement du peuple par le peuple est un fantôme trompeur et sanglant. Non; plutôt déplacer la terre de son orbite et en disperser les fragments brûlants à travers l’espace universel, que de subir les imprécations de notre pays et de l’humanité, et les horreurs de cette mort vivante qui suivrait la dissolution de l’Union américaine !

Si l’abandon de ma pauvre vie, du reste de mes jours déclinants pouvait sauver mon pays, avec joie, avec la plus grande joie, j’accomplirais le sacrifice. — Le sacrifice 1 Oh ! non, le devoir, la gloire d’une pareille œuvre. Si ma voix pouvait arriver même jusqu’au parti des «Républicains* noirs, je dirais : Réassemblez votre convention, renommez vos candidats, si vous voulez, élisezles, si vous pouvez, prenez tout le butin, mais déchirez votre programme africain de désunion avant de l’endosser aux scrutins, et donnez au pays quelqu’autre programme qui ne mettra pas l’Union en péril.

Aucun homme n’estime plus haut que moi les bienfaits et les avantages sans nombre de l’Union. Mais en proportion même de ces grands avantages seraient les desastres qui en suivraient la ruine. Je n’ai jamais cru à une dissolution pacifique de l’Union. Si le désastre arrive, il sera accompagné de la guerre civile et l’épée servira d’arbitre. Comment pourrait-il s’accomplir paisiblement ? Qui prononcera entre le Nord et le Sud ? Qui aura l’armée, la marine, la bannière nationale, le trésor ou le revenu public, le Capitole de l’Unioa, les archives du gouvernement 1 Et comment partagerons-nous les terres publiques, les Territoires communs ? Quel contrat, quel traité de paix peut remplacer la Constitution, entre les parties contendantes ; et comment, par qui les nouveaux gouvernements seront-ils formés 'et pacifiés? Non, concitoyens ; si dans la démence des passions de latitude et des préjugés géographiques1 vous renversez la Constitution établie par Washington et par les sages de la Révolution, vous ne trouverez jamais rien d’équivalent à lui substituer. Ceux qui auront accompli la ruine de notre pays ne pourront jamais rassembler les fragments épars de la Constitution et reconstruire l’edifice sacré. Non ; ce sera la' guerre, la guerre civile, la plus sanguinaire et la plus féroce de toutes. La ligne de démarcation qui séparera le Nord du Sud sera connue dans l’histoire comme une ligne de sang. Elle sera marquée de chaque côté, par de forts sinistres, des batteries contraposées, des sabres étincelants, des bayonnettes éclatantes ; par le bruit sourd d’armées ennemies ; par des villes et des villages saccagés ; par des maisons livrées aux flammes ; par dos champs incultes et désolés. Aucune main humaine ne saurait soulever le voile qui cache les désastres sans nom d’un pareil conflit. Aucune vision prophétique ne peut pénétrer le sombre abîme d’une telle catastrophe. Ce sera

wne seconde chute de l’humanité ; tandis que nous jouerons ici le drame sanglant d’une nation se suicidant elle-même, des trônes d’Europe s’élèveront les cris triomphants des despotes, et sur leurs tristes bannières s’inscrira pour ne plus s’en effacer, à ce qu’ils croiront, leur devise :

«L’homme est incapable de se gouverner lni-même. >

. Et que le Nord ne suppose pas que la supériorité du nombre lui donnera la victoire sur le Sud, ou l’exemptera des calamités d’un pareil conflit. La ruine financière et industrielle du Sud serait immense et éclatante. La production anuelle du Sud s’élève maintenant à plus de 1,300 millions de dollars, et sur se chiffre le surplus livré à l’exportation est bien plus grand que dans le Nord. Ainsi, l’exportation totale à l’étranger dans le pays entier, pour l’annee finissant au 30 juin 1855, s’est élevée à # 195,751,000, dont ^ 67,626,000 pour le Nord et $ 125,124,000 pour le Sud (la part seule du coton étant de $ 88,143,000), ce qui porte l’exportation du Sud presque au double de celle du Nord. Encore, dans la table de l’exportation du Nord, figure une tomme de $ 5,857,000 pour des tissus de coton ; or, ces tissus avaient été faits avec 40,000 balles de coton du Sud, ce qui à $ 50 par balle, représente $ 2,000,000 fournis par le Sud au Nord, et à déduire de l’exportation du second pour être ajoutés à celle du premier. Ce seul détail constitue en faveur du Sud une différence de #4,000,000.

De même dans la table des exportations du Nord, nous trouvons de l’esprit de mélasse pour $ 1,448,000 ; du tabac manufacturé pour $ 1,137,000 et nombre d’autres articles, dont la matière première vient principalement du Sud. Le tout (y compris le coton) s’élève pour le moins à $ 10,000,000 qu’il faut déduire de l’exportation du Nord pour l’ajouter à celle du Sud. La première se trouve ainsi abaissée à $ 57,626,000 et la seconde portée à #135,124,000, c’est-à-dire à bien plus du double. C’est ainsi que le Sud fournit infiniment plus des deux tiers, dans ces exportations qui constituent la base de nos échanges et de notre commerce, qui soutiennent notre marine marchande (berceau de notre marine militaire), qui ont doublé notre tonnage et nous ont mis enfin à k tète du commerce du monde.

De même pour les articles qui ne s’exportent pas. Les produits du Sud étant presque exclusivement des matières premières, et ceux du Nord des articles fabriqués pour la plupart, les matières premières fournies par le Sud au Nord doivent être défalquées de la production de celui-ci pour être ajoutées à la production de celui-là.

Lors du dernier recensement , la populatioi des Etats libres était de 13,433,922 âmes et celle du Sud de 9,664,656. La production du Sud s’élève aujourd’hui à plus de $ 1,300,000,000 et donne de l’emploi à plus de trois millions d’individus dans le Nord. Cet emploi se motive de différentes manières. Ee Sud fournit une vaste proportion de frèt et de passagers, à transporter soit au dehors, soit le long des côtes, sur l’Océan, les

lacs, les baies, les rivières, les canaux, les chemins de fer ; pour tout cela, il faut le bois, le fer, les autres matériaux ; il faut construire les véhicules du commerce, des chemins de fer, des locomotives employer des équipages et des ouvriers, embar quer et transborder, louer des magasins, vendrt les marchandises— et de là bénéfice, occupation salaire pour des milliers d’hommes du Nord. D’ur autre côté, en fournissant des articles fabriqué? et des provisions au Sud, les fermiers, les ouvrier? etc., du Nord et Nord -Ouest portent à des mil lions le nombre des individus employés. Par lt fait, ii serait impossible d’énumérer les ramifica tions multiples des affaires du Nord, qui se ratta. chent au Sud, et donnent occupation au travai et aux capitaux du Nord.

Maintenant, une dissolution de l’Union, une guerre civile amènerait la suspension totale des relations entre le Sud et le Nord, la prohibition absolue de toute importation ou exportation— ce qui jetterait dans d’autres voies le commerce du Sud. La conséquence, comme nous l’avons vu, se rait de laisser sans emploi 3 millions d’homme? du Nord, avec leurs familles, et de les réduir( pour la plupart à une indigence absolue. Il ne s’a girait point pour eux d’un moindre profit ou d’ui moindre salaire, mais de la suppression totale d< l’un et de l’autre, parce que les affaires qui leui donnaient de l’occupation auraient complétemen, cessé ! Gomme ces millions d’individus, ainsi ré doits au besoin, seraient hors d’état de faire leur? achats habituels, plusieurs autres milliers verraieu leurs affaires et leur travail diminuer dans des proj portions plus ou moins fortes ; et le désastre s’éten, drait ainsi au point d’affecter de la manière h; plus funeste toute la population du Nord*

Les chemins de fer, les navires et les steamer! du Nord perdraient le va-et vient du fret et de passagers du Sud ; les magasins du Nord, qui s^ rattachent à ce commerce, seraient fermés; le; bâtiments du Nord resteraient oisifs le long de, quais; les articles manufacturés du Nord n’iraien plus trouver les marchés du Sud et le coton no serait plus fourni en échange ; les chantiers et le. usines seraient abandonnés ; les fermes du Nort cesseraient de fournir des articles et des provi sions au Sud, qui les produirait lui-même, à h place du coton jadis fourni aux marchés du Nord Le Sud embarquerait ses exportations dans se propres ports, sur ses navires, ou sur des navire etrangers, et recevrait de la même manière les car gaisons de retour. En fait, une cessation d’affaires de relations, d’emploi et de salaire comme celle que produirait la guerre civile entre le Sud et 1< Nord, amènerait chez ce dernier une paralysi complète.

Le commerce périrait ; le crédit tomberait toutes les propriétés, mobilières ou immobilières seraient rapidement dépréciées ; d’excellente créances deviendraient sans valeur ; les gages e les salaires baisseraient ou cesseraient entière ment ; les actions tomberaient à un cours nomi nal ; la confiance s’évanouirait ; tous les expé

ients possibles prendraient la place du numéraiqui disparaîtrait dans ces cachettes que rourent tomes les périodes de convulsions. Pour ouronner le désastre, il faudrait que plus de trois allions d’hommes du Nord trouvassent à vivre •us gain et sans emploi. Il leur faudrait trou- )r maisons, nourriture, vêtements? Mais cornent ? Serait-ce par la nouvelle doctrine agraire ri veut soumettre les droits de la propriété à la écision du vote populaire ? Serait-ce par le parage et la confiscation? La doctrine des anti renrs deviendrait«elle universelle ? Ou est-ce là enco- ; un procédé trop lent 1 Aurait-on recours aux ueutes ? Le pillage viendrait il mettre le com- ’e aux désastres ? Les crimes, les désordres, les «xes, la misère, la mortalité, les dettes usuraires lu gouvernement, des villes , des comtés, Témi- ;ration des hommes et des capitaux vers d’autres >ays, tout augmenterait, tandis que la liberté ellelême périrait dans le conflit, et que la bayonnet- 3 remplacerait, comme en Europe, le droit de uffrage. Les prisons et les maisons de charité se ultiplieraient ; on aurait des sièges et des bailles ; des milliers périraient dans la lutte fraîcide. Les taxes nécessaires pour nourrir ceux ii ne pourraient plus se suffire à eux-mêmes, et >ur maintenir en campagne de coûteuses armées, viendraient incalculables.

Voyez l’Europe, Ses armées, fortes de près de millions d’hommes (plus nombreuses que toute • tre population votante) foulent aux pieds les oits et les intérêts du peuple et en consument substance, tandis que les dettes des gouvernemts européens s’élèvent presque à dix milliards dollars. Mais du moins, ils ont supprimé là uillotine et possèdent ce qu’ils appellent V ordre et loi. Aurions-nous même cela, avant que l’usurition militaire u’eût dénoué le drame du sang et la violence et écrit la dernière épitaphe de la toerté humaine. La peinture est sombre; mais le est tracée avec le crayon de la vérité, et la •iste réalité serait plus sombre encore. Mon me se détourne de la contemplation de semblables ïènes, et ma plume se refuserait à les décrire, si n solennel sentiment du devoir ne m’obligeait a onner ces avertissements, avant qu’il ne soit ’cp tard , et à employer mes faibles efforts pour révenir la ruine de mon pays. Aujourd’hui, ces Torts peuvent être bons à quelque chose ; après élection, ma faible voix ne saurait être entendue, u milieu de l’ouragan des passions déchaîné sur i pays.

Que les hommes du Nord qui prétendent que le éril n’existe pas, se déchargent de la terrible resonsabilité qu’ils ont assumée, avant que le jour ;tal ne fonde sur nous. Ils vous disent qu’il n’y a as de danger, qu’ils ont déjà entendu ce même 'i de péril pour l’Union, mais que le péril 'existe pas.. Il n’y a eu de danger ni en 1820, ni a 1833, ni en 1850, et les avis prévoyants de f&shington étaient une illusion. Pourquoi donc, lors, avoir appelé Henry Clay, le grand pacifica¬

teur et avoir proclamé qu’il avait par trois fois sauvé son pays ? Comment a-t-il sauvé l’Union, si l’Union n’a jamais été en danger ? Oui, elle a été en péril, et elle a été sauvée par des mesures adoptées au vote commun du Nord et du Sud. Mais aujourd’hui, l’Union entre le Sud et le Nord est déjà dissoute, en ce qui concerne les votes des soi-disants républicains pour des candidats sectionnaires, car personne n’espère pour ces candidats un seul vote dans les Etats du Sud ; la controverse doit être décidée exclusivement en faveur du Nord et par son seul vote. Quant aux droits, aux vœux, aux intérêts du Sud, ils sont complètement mis de côté.

Prenez garde, concitoyens, d’accueillir ces perfides conseils, avant qu’il ne soit trop tard pour vous raviser. Ne donnez aucun vote qui mette l’Union dans le moindre péril. Ne faites pas cette terrible épreuve. Amis de l’Union, de tous les partis, nos ennemis se sont coalisés ; ils ont fusionné ; sous leurs efforts réunis, les colonnes de la constitution de l’Union sont ébranlés sur leurs bases, et il se pourrait que, le A novembre prochain, nous nous fussions réunis pour la dernière fois sous le drapeau d’une patrie commune, comme citoyens d’une même Union. Les ennemis de l’Union se sont réunis ; pourquoi resterions-noüs séparés? Le drapeau du parti des « Américains» du Nord, comme il s’intitule, traîne dans la poussière, 'remplacé par l’étendard du « Républicanisme » noir. Vos chefs ont livré le drapeau américain et accepté en échange une bannière africaine. Ils se sont rendus à discrétion ; ils ont livré vos candidats et vos principes et demandent maintenant vos votes pour les candidats et le programme du parti « Républicain » noir. Amis de l’Union, venez vous joindre à nous pour sauver l’Union. Accourez à la rescousse de la patrie, sans que ni vous ni nous n’ayons à sacrifier aucun principe. Du fond de mon âme je crois que James Buchanan est le seul homme autour duquel les amis de l’Union puissent se réunir en force suffisante pour sauver l’Union.

Venez, démocrates ; venez, whigs ; venez, amis de l’Union, de quelque parti que vous soyez; venez sauver cette Union que James Buchanan aime si ardemment, et au salut de laquelle l’homme dE’tat patriote de la Pennsylvanie a consacré une longue vie de dévoûment. Venez, frères, donnez-moi la main ; sauvons d’abord notre pays et réglons ensuite, dans quelque élection future, les mesures administratives au sujet desquelles nous différons. Venez, au nom de notre patrie commune, aujourd’hui dans l’agonie d’une convulsion prochaine ! Venez, au nom de la constitution et de l’Union, exposées à un pareil imminent ! Venez, au nom du sang du Sud et du Nord, mêlé sur les champs de bataille de la Révolution 1 Venez, au nom des libertés du monde, qui seraient étouffées dans la chute de l’Union américaine ! Venez, avec les conseils d’adieu de Washington sur les lèvres et dans le cœur— non pas en raDgs

de bataille du Sud contre le Nord — mais comme a glorieuse armée do votre pays tout entier, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest! Que nos trenteet-une colonnes se forment en ligne ; et avec le même cri de guerre courant de raug en rang, répété d’Etat en Etat — l’union a la rescoussb !

maichons aux poils , comme le firent nos pèrei à l’heure du péril, aux accents de l’hymne natio nale sous le drapeau de l’Union !

Respectueusement votre concitoyen, J'

ROBERT J. WALKEl(

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