‹ Appel aux conservateursChapitre 19 sur 35 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

juge aujourd'hui d'accepter l'ensemble de la succession humaine, ce devoir constitue l'obligation universelle d'une religion qui, privée de révélation quelconque, ne peut dominer l'avenir qu'en absorbant tous les programmes du passé, de manière k les faire finalement converger.

Je n'ai plus besoin d'insister sur l'appréciation directe institutions du principe universel, que tout le reste de cet opuscule carac ~ devra naturellement développer d'après des applications décisives. Pour compléter l'explication abstraite de la doctrine propre aux vrais conservateurs, il faut maintenant signaler les trois institutions qui caractérisent l'ensemble du régime , intellectuel et social , systématisé par la religion de l'Humanité.

Toutes sont destinées à combiner les deux programmes, l'un romain, l'autre catholico-féodal, où se trouvent spontanément condensés ceux des autres âges préparatoires. En effet, le programme romain avait essentiellement absorbé celui de l'évolution grecque ; le programme du moyen âge tendait, spirituellement, vers celui de l'état théocratique, et, temporellement, vers celui de la révolution moderne. Or les deux programmes auxquels on peut ainsi réduire l'ensemble des aspirations humaines consistent surtout, l'un à faire prévaloir l'action sur la spéculation, pour compléter la subordination de la vie privée à la vie publique ; l'autre à discipliner l'intelligence et l'activité d'après le sentiment. Dans leur essor successif, les deux conditions de la véritable unité devaient longtemps sembler radicalement inconciliables. Les trois institutions qui caractérisent le régime positif sont surtout destinées à régler leur combinaison nécessaire, suivant les lois propres aux aspects correspondants

de notre nature, spéculative, active, affective, respectivement élaborés par les trois âges de la transition occidentale.

1° Prépondérance de ta tnorale. Rien ne peut faire mieux apprécier la puissance organique de la nouvelle synthèse que son aptitude spontanée à placer la morale au sommet de la hiérarchie encyclopédique, comme résumé , théorique et pratique, de tout le savoir humain. Car, le caractère anarchique de l'évolution moderne réside surtout dans l'intelligence ; puisque l'activité, quoique trop disposée à négliger ou dédaigner la culture affective, n'est pas en révolte directe contre le sentiment. L'état révolutionnaire ne pouvait donc être irrévocablement terminé qu'en systématisant la soumission de l'esprit au cœur par la suprématie encyclopédique de la morale, suivant la loi de classement surgie de l'ensemble des études réelles.

Au point de vue positif, tout le problème humain consiste à constituer l'unité, personnelle et sociale, par la subordination continue de l'égoïsme à l'altruisme. C'est ainsi que les individus, les familles, et les peuples se trouvent entièrement voués au service de l'Humanité, comme l'exigent à la fois leur devoir et leur bonheur. Directement destinée à guider notre conduite, la morale ne peut être érigée en suprême étude sans que la subordination de la spéculation à l'action ne se trouve normalement établie. Poussée, par sa nature et sa destination, à s'occuper surtout des sentiments, comme moteurs nécessaires de toute l'existence, elle fait spontanément prévaloir le co3ur sur l'esprit et le caractère. Le double programme du passé se trouve ainsi réalisé, sans susciter aucune tendance ascétique ou quiétiste, puisque la théo-

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