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PRÉFACE.* XXVI

Faute de pouvoir embrasser Tordre collectif, la théologie et la métaphysique ne surent jamais inspirer une politique vraiment rationnelle, dont l'institution était nécessairement réservée à l'esprit positif , principalement caractérisé par la construction de la sociologie. Établissant l'unité spirituelle, et dissipant toute aberration envers l'unité temporelle, la religion positive fera partout prévaloir l'ensemble des affaires humaines, sans altérer la spontanéité des impulsions spéciales. Transformant Paris en patrie adoptive des âmes d'élite, la foi nouvelle fonde l'ascendant intellectuel et moral de la métropole universelle sur sa digne renonciation à la domination matérielle, même dans le milieu français.

Pour terminer la révolution occidentale, il faut irrévocablement constituer la division fondamentale des deux puissances, prématurément ébauchée au moyen âge d'après une doctrine insuffisante. Le principe révolutionnaire consiste surtout dans l'absorption du pouvoir spirituel par les forces temporelles, qui ne reconnaissent d'autre autorité théorique que la raison individuelle, du moins envers les questions les plus importantes et les plus difficiles. Tous les partis actuels méritent ainsi d'être également qualifiés d'anarchiques et de rétrogrades, puisqu'ils s'accordent à demander aux lois les solutions réservées aux mœurs. Cette perturbation est devenue tellement universelle et profonde , que les meilleurs amis de la liberté n'hésitent jamais à recourir aux moyens matériels pour faire prévaloir leurs opinions quelconques. Voilà comment le pouvoir théorique se trouve forcé de surgir dans un milieu brutal, eu la moindre dissidence l'expose toujours à subir un refus de subside, que l'ordre normal réserve aux chefs pratiques, et borne aux conflits exceptionnels.

Le sacerdoce positif doit donc surmonter des difficultés devenues presque autant morales que mentales, puisque le trouble des pensées a gravement altéré les sentiments. Sans doute , la révolution moderne est principalement intellectuelle, tandis que celle qui s'accomplit au moyen âge fut essentiellement sociale. Mais , pendant les cinq siècles de l'anarchie occidentale , et surtout depuis l'explosion de la grande crise" qui doit la terminer, le désordre de l'esprit a de plus en plus affecté le cœur. C'est d'après celui-ci qu'il faut maintenant définir la maladie révolutionnaire, consistant dans une surexcitation continue de l'orgueil et de la vanité , par suite d'une tendance , éminemment contagieuse, vers l'infaillibilité personnelle. Ainsi se trouve directement compromis le principal résultat de l'ensemble du régime théologique; le développement de la vénération, seule base de la vraie discipline , et garantie nécessaire des deux autres instincts sympathiques. 11 faut que le positivisme fonde ses meilleurs titres au gouvernement spirituel sur la reconstruction décisive de ce grand sentiment, plus essentiel et plus altéré qu'aucun autre. Un tel succès n'appartient qu'à la religion universelle, puisque toutes les croyances arriérées ont réellement aggravé ce désordre , sans excepter le catholicisme , qui ne peut vénérer qu'un essor de dix siècles dans une seule moitié du monde romain.

Ainsi, la maladie occidentale exige un traitement plus affectif qu'intellectuel, depuis que l'esprit a rempli son principal office en construisant la philosophie positive d'après la fondation de la sociologie, appuyée sur l'ensemble des sciences préliminaires. Quoique les positivistes aient dû d'abord monter de la foi vers l'amour, ils doivent désormais préférer la marche, plus rapide et plus efficace, qui descend de l'amour à la foi. Le sentiment étant moins troublé que l'intelligence, c'est surtout de lui que dépendra le rétablisse-

ment de l'ordre occidental. Seul capable de compléter et de consolider les convictions émanées de l'esprit , le cœur peut même en dispenser à beaucoup d'égards, du moins envers l'assistance générale qu'exige toute grande construction. Je ne regarderai le subside positiviste comme ayant acquis assez de consistance que lorsqu'il reposera principalement sur des impulsions sympathiques, au lieu de dépendre d'adhésions intellectuelles, toujours flottantes au moindre choc.

Invoquant le cœur plutôt que l'esprit pour consolider et développer cette institution naissante, je dois en agrandir la base en y provoquant la participation de toutes les âmes qui, quelle que soit leur foi, sentent dignement le besoin d'une réorganisation spirituelle. Leur ralliement continu peut seul préserver les Occidentaux de la dégradation vers laquelle ils tendent de plus en plus en négligeant la culture morale pour développer le progrès matériel. Mais ce concours sympathique ne saurait être présidé par aucune des croyances théologiques, puisque leur nature absolue les rend directemont inconciliables. Toutes peuvent, au contraire, se subordonner au positivisme, qui , toujours relatif, les consacre nécessairement, chacune dans son milieu , comme autant d'institutions provisoires que l'Humanité fit spontanément surgir afin de diriger son initiation. Sous leur inanité théorique , elles conservent, à divers degrés , une efficacité morale que la religion positive honore et développe, en reconnaissant que les plus imparfaites sont aujourd'hui devenues, quand elles rallient, préférables au scepticisme dispersif. Aucun fanatisme spécial ne disposant , de nos jours , à négliger le but pour les moyens , toutes les âmes vraiment religieuses peuvent se réunir contre les dangers universels de l'irréligion. En respectant avec sagesse la réserve provisoire de leurs solutions respectives , le positivisme peut utiliser leurs dispositions organiques en les faisant dignement concourir à surmonter les tendances révolutionnaires.

Je suis ainsi conduit â terminer cette circulaire en osant directement placer le subside positiviste sous la sympathique assistance des théologistes sincères qui regardent l'avènement d'un pouvoir spirituel comme le premier besoin de notre temps. Après avoir assez rempli toutes les conditions intellectuelles qu'exige désormais une telle construction , j'en ai loyalement réalisé les conditions morales , tant privées que publiques. Une carrière vouée , dès son début , à la réorganisation spirituelle fut , en temps opportun , complétée par l'intime régénération résultée de l'influence féminine , d'après un type angélique, que la mort consolide et développe. Mon indépendance théorique se trouve pleinement garantie en vertu d'une irrévocable renonciation à toute existence officielle, à toute pension, et même aux profits matériels de mes travaux quelconques. L'aptitude décisive de ma doctrine à glorifier l'ensemble des temps et des lieux, déjà caractérisée d'après mon appréciation abstraite du passé , devient irrécusable depuis ma systématisation concrète de la commémoration occidentale.

Voilà comment je puis maintenant espérer que les âmes vraiment religieuses, disposées à la synthèse par la sympathie, sauront bientôt surmonter les discordances dogmatiques pour encourager le seul effort de notre siècle envers la religion universelle. Dès mon début , le célèbre écrivain qui défendait alors le catholicisme témoigna dignement cette affinité, qui ne cessa que lorsqu'il devint un déplorable auxiliaire des doctrines anarchiques. Le développement de ma carrière a fait spontanément surgir, au sein du protestantisme > d'équivalentes manifestations , dignement caractérisées par une noble

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