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cune puissance n'étant assez pure pour reprocher aux autres les usurpations antérieures, il suffit que les situations actuelles soient toujours respectées, jusqu'à ce que les principes destinés à régler les nationalités aient librement prévalu, chez des peuples irrévocablement domiciliés.
La déviation agressive concourt avec l'expédition protectrice pour constater et développer la transformation universelle qui caraclérise les mœurs modernes. Depuis soixante ans, le cours général des événements militaires prouve que toutes les défenses ont essentiellement réussi, tandis que toutes les invasions ont finalement avorté. Même en considérant l'ensemble des perfectionnements propres à l'art de la guerre, on reconnaît qu'ils sont plus protecteurs qu'offensifs, comme le fut l'introduction des armes à feu.
Je ne dois pas insister davantage sur les vices et les dangers de la déviation agressive, dont il importe surtout d'apprécier les sources. Il ne faut point l'attribuer à l'ambition des deux gouvernements qui la développent, et pourtant elle n'émane pas de l'égarement populaire. Elle est surtout due, comme l'aberration russe, à l'anarchie spirituelle qui partout livre les gouvernants et les gouvernés aux impulsions que le cours des événements semble motiver, faute de principes et de convictions capables de surmonter les sophismes politiques. Ce cas, quoique moins grave, est analogue à la dégénération de l'héroïque défense des républicains français en une longue suite d'expéditions oppressives, sous prétexte de consolider l'indépendance du peuple central. Un noble tzar a terni son règne en suscitant, au nom d'une croyance épuisée, une perturbation contraire à
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l'ensemble de sa carrière, et qui bientôt a détruit sa propre existence d'après une brusque rupture de l'unité cérébrale. D'une autre part , deux gouvernements profondément pacifiques ont entrepris une déplorable invasion , faute de savoir résister aux déclamations qui poussent à disloquer violemment une agrégation sans consistance. La France n'y persiste que pour ne pas se séparer de l'Angleterre, où la poignée de lettrés qui trouble toute l'Europe a produit un fantôme d'opinion publique, auquel l'absence de doctrine politique procure seule une telle efficacité.
Chacun peut ainsi reconnaître combien l'anarchie spirituelle est féconde en désastres matériels. Les gouvernants et les gouvernés se trouvent tellement déréglés aujourd'hui qu'ils ne peuvent éviter les fautes qu'en s' abstenant d'agir. On voit ici l'action officielle, plus complète et plus durable que l'impulsion populaire, devenir la principale source des perturbations accomplies dans un cas où le public reste, surtout en France, essentiellement passif. De faibles stimulations ont suffi, faute de véritables principes, pour que le tzar et ses adversaires aient oublié la solidarité nécessaire entre la conservation de l'harmonie extérieure et celle de l'ordre intérieur, dont tous sont justement préoccupés. Aucune règle morale ne disciplinant les volontés poHtiques, un puéril orgueil fait persister dans un siège non moins inutile que désastreux, malgré la renonciation tacite à la dispendieuse expédition destinée à détruire la capitale russe. Il faut pourtant espérer que, par l'entremise des neutres, des conseils désintéressés auront bientôt ramené l'expédition collective à l'attitude qu'elle aurait dû prendre depuis que sa destination directe se trouve accom-
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plie. Elle pourra dès lors inaugurer la marine occidentale indiquée, dès 1848, dans le discours préliminaire de ma Politique positive, pour développer la police des mers quelconques et les opérations utiles à tous les peuples, en dispensant chacun d'eux d'en faire seul tous les frais.
Apprécié dans son ensemble, l'épisode militaire que j'achève d'examiner est directement propre à confirmer l'urgence, et même à constater l'opportunité de la réorganisation spirituelle que la religion positive vient accomplir. 11 manifeste la caducité de toutes les fois théologiques, non-seulement en montrant, comme le passé l'a souvent fait, des relations politiques contraires aux impulsions religieuses, mais en prouvant que les croyances surnaturelles sont partout devenues perturbatrices. D'une autre part, il dévoile et développe l'intime solidarité de toutes les populations humaines, dont aucune ne peut plus être guidée et disciplinée que d'après une doctrine capable d'embrasser l'ensemble des lieux, subordonné nécessairement à celui des temps. On est ainsi conduit à mieux sentir le besoin de la seule synthèse qui puisse instituer l'appréciation générale des affaires terrestres. Le sacerdoce correspondant doit bientôt obtenir la confiance des hommes d'État, à mesure que le cours des événements dispose à reconnaître la dépendance de chaque cas envers l'ensemble, de manière à montrer la valeur pratique des conseils émanés d'une synthèse positive. Comme la révolution moderne commença par la rupture des liens qui réunissaient, au moyen âge, tous les peuples catholiques, c'est en reconstruisant l'occidentalité que la religion universelle inaugurera son avénemeni social. Voilà comment l'épisode militaire fait
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spécialement ressortir l'aptitude du positivisme à rectifier les déviations les plus étendues et les plus durables, où l'impuissance et le danger de l'empirisme sont le mieux appréciables.
Auguste COMTE ,
(40, rue Monsieur-le-Prince.)
Né , le 19 jantier 1798, à Montpellier.
Paris, le mardi i Dante (7 (17 jaillet 1855).
APPEL AUX COIN'SliliVATEUllS.