‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 49 sur 53 · GALL · texte numérisé non relu

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Paris. — Imprimé parE. Thunot et C*, rue Racine, 26.

CONCtnSION. 115

riser ceux qui concilient l'ordre et le progrès, le nom de constructeur distinguera ce parti des deux camps opposés qui persistent à rêver la démolition ou la rétrogradation. Mais ce titre, qui marque la disposition à construire sans déterminer la nature de la construction, sera bientôt absorbé dans la qualification de positiviste,' seule apte à définir l'ensemble des tendances organiques, tant religieuses que politiques.

Je dois maintenant caractériser les deux institutions Dispositions spéciales qui, nécessaires au développement de la tran- spéciales, sition finale, conviennent à son installation, pour cornpléter et consolider l'attitude libérale et la nature pratique de la monocratie républicaine. Vu leur connexité spontanée, ces deux transformations, l'une spirituelle l'autre temporelle, détermineront une impulsion directement propre à placer et maintenir les gouvernés et les gouvernants dans les dispositions qu'exige la régénération occidentale.

i° Culte Itiscorique. La première sera suffisamment définie en reproduisant ici le tableau (b\ B\ ci-conlre) qui résume ma fondation du système de commémoration que je destinai, dès 1848, à reconstruire, en Oc cident, la conception et le respect de l'ensemble du passé. Dans ma Poliiique positive, j'ai spécialement in. diqué les principaux inconvénients qui résultent do la nature concrète d'un tel culte, où le fétichisme, le plus décisif et le plus prolongé de tous les états préparatoires, ne peut trouver aucune place, faute de comporter des noms. Quoique la théocratie y figure, un motif équivalent l'empêche d'y recevoir le développement qu'exigeraient son importance et sa durée. Essentiellement réduit à la progression , de plus en plus révo-

CONCLUSION

lutionnaire, qui, depuis trente siècles, conduit l'Occident de la théocratie initiale à la sociocratie finale, ce tableau consacre au mouvement moderne une extension disproportionnée à son poids historique. Même envers ces cinq siècles, le culte concret ne saurait honorer les divers éléments de Toccidentalité suivant leur valeur respective ; car une telle représentation n'embrasse que l'intelligence et l'activité , sans pouvoir directement admettre le sentiment.

11 fallait ici rappeler ces imperfections naturelles, soit afin de mieux indiquer la destination passagère d'une institution uniquement adaptée à la transition organique, soit pour faire assez sentir les dispositions qu'exige le développement d'un mode provisoire. Les prêtres de l'Humanité, seuls capables de diriger un culte qui suppose une connaissance profonde et familière de la vraie philosophie de l'histoire, sauront le faire partout pratiquer de manière à diminuer autant que possible ses divers inconvénients. Malgré ces défauts, il pourra suffisamment atteindre sa principale destination, consistant à ranimer les pensées et les sentiments historiques chez les Occidentaux graduellement entraînés, depuis la fin du moyen âge, vers la rupture de toute continuité. C'est pourquoi j'ai dû toujours exclure d'un tel système de commémoration les illustrations purement négatives, où les services se bornèrent à détruire sans rien construire, quelle que fût d'ailleurs l'opportunité des démolitions. Quoiqu'une telle exclusion ait excité beaucoup d'indignation parmi les protestants, les déistes, et les sceptiques, je me suis félicité d'y persister, en reconnaissant qu'elle n'avait nullement entravé l'appréciation des progrès politiques

vraiment liés aux doctrines critiques. Si ce tableau n'embrasse point l'explosion française, c'est parce que la crise qu'elle inaugura constitue davantage le début de la régénération finale que la conclusion de la vie préparatoire ; mais cet ébranlement fournit l'ère propre au calendrier historique. J'aurais altéré l'unité de mon idéalisation du passé par un mélange quelconque des éléments propres au siècle exceptionnel qui sépare l'extinction du théologisme et l'installation du positivisme, comme celui de Constantin et Théodose envers le polythéisme et le monothéisme.

Un coup d'œil jeté sur ce tableau fait aussitôt saisir son économie générale, quand on a d'abord admis la division positiviste de l'année occidentale en treize mois tous composés de quatre semaines, et suivis d'un jour complémentaire, plus le jour propre aux années bissextiles. En n'assignant ni nom ni date aux deux jours exceptionnels, assez désignés par des commémorations collectives, on obtient la perpétuité qui convient au calendrier historique. Le système de glorification consiste à coordonner historiquement trois sortes de types décroissants, mensuels, hebdomadaires, et quotidiens, dont les derniers comportent quelquefois des adjoints, qui les remplacent dans les années bissextiles. Mais la vraie philosophie de l'histoire se trouve assez représentée par l'ensemble des soixante-cinq célébrations qui dominent les mois et les semaines. D'après la reproduction annuelle de ces solennités, le sacerdoce positif aura bientôt surmonté les principaux obstacles qu'éprouve la régénération occidentale, en faisant partout sentir la conciliation fondamentale entre l'ordre et le progrès.

Mais un office où doit directement commencer la ré-

CONCLUSION

organisation spirituelle a surtout besoin de la liberté qui la caractérise. Quand même les avantages du calendrier historique disposeraient quelques gouvernements à lui procurer une autorité légale, le Grand-Prêtre de l'Humanité repousserait un privilège contraire à l'indépendance sacerdotale. Les hommes d'État qui sentiront la supériorité du calendrier positiviste pourront individuellement multiplier les adhésions spontanées qu'il a successivement obtenues depuis sept ans.

On doit seulement demander aux gouvernements bien disposés une concession pleinement conciliable avec le respect universel de la liberté spirituelle, afin de procurer au culte public de l'Humanité les temples qu'exige son développement. Sans construire des édifices spéciaux, ils peuvent accorder au positivisme quelquesuns de ceux qui deviendront naturellement vacants d'après la désuétude croissante des autres fois, quand la suppression du budget théorique permettra de manifester le véritable état des âmes occidentales. En me bornant au cas le plus décisif, j'ose ici demander, comme indice de régénération, qu'on me livre le temple solennellement voué, dès le début de la crise finale, au culte des grands hommes, que j'ai seul systématisé de manière à permettre son essor continu. L'inscription actuelle devrait subsister, sauf à remplacer la Patrie par l'Humanité, pour indiquer l'universalité nécessaire d'un culte qui, dès son début, embrasse tout l'Occident, et doit ensuite recevoir, envers tous les pays, des extensions graduelles. Cet édifice constitua toujours un programme sociolâtrique , dont la réalisation ne pouvait appartenir qu'à la religion positive. Quand le catholicisme tenta de se l'approprier, l'opinion publique re-

procha toujours cette usurpation aux gouvernements qui l'autorisèrent : on y vit un signe de rétrogradation plus décisif que ne l'indiquait la vaine interdiction d'un office encore impossible. Aucun scrupule ne peut donc empêcher de consacrer ce temple à sa vraie destination, puisque toutes les conditions de doctrine et de culte qu'elle exigeait se trouvent maintenant remplies.

De tels édifices permettront au sacerdoce positif de développer régulièrement l'efficacité morale et politique de la religion de l'Humanité, profondément liée au système de commémoration , où consiste aujourd'hui son début. Tous les efl'orts que peut maintenant exiger la régénération graduelle des âmes occidentales seront toujours susceptibles d'être annuellement rattachés aux soixantecinq apothéoses, où les meilleurs partisans des croyances provisoires viendront librement apprécier la foi définitive. L'irrévocable transformation du système d'hypocrisie en système de ménagement permettra de développer des sympathies religieuses qu'on s'efforce aujourd'hui de dissimuler d'après la juste crainte de seconder une disposition rétrograde. Mais, quand l'extinction du budget théologique aura dissipé toute inquiétude à cet égard, les âmes déjà régénérées se plairont à témoigner au catholicisme les sentiments que mérite l'ensemble de ses services. Réciproquement, les vrais positivistes devront alors espérer que les magistrats, les femmes, et même les prêtres, sincèrement fidèles au meilleur des cultes préliminaires, viendront dignement participer à la célébration finale de ses principa,les gloires.

2" Décomposition politique. Naturellement concentrée dans la métropole humaine, la sociolâtrie fera bientôt sentir l'importance religieuse de la transformation po-

APPEL ACX CONSERVATEURS.

litique qui, spécialement invoquée pour des besoins temporels, est surtout exigée par les destinées spirituelles de l'incomparable cité. Quoique Rome fût, au moyen âge, le centre officiel de la nouvelle occidentalité, cette prolongation de l'ancien ascendant n'empêcha jamais Paris de rallier, même en Italie, les prédilections spontanées de tous les Occidentaux. Les cités peuvent moins que les familles renouveler leurs destinées; le siège nécessaire de la domination temporelle ne pouvait donc devenir la métropole spirituelle que pendant le règne provisoire du théologisme le plus passager. Sous Charlemagne, le peuple central obtint la présidence occidentale que les croisades développèrent, et la prépondérance de Paris était partout reconnue avant la fin du moyen âge. Mais, pour assurer l'indépendance de l'initiative déjà conférée à la sainte cité, la révolution moderne dut lui procurer un ascendant politique qui maintenant altère sa suprématie religieuse.

Graduellement devenu le centre de la France, qui réellement consiste en lui, puisqu'il forme le seul lien de provinces spontanément incohérentes, Paris ne saurait longtemps garder une domination désormais incompatible avec ses meilleures destinées. Ce n'est point ici le lieu d'exposer ni la loi statique qui circonscrit l'extension territoriale des États vraiment libres, ni l'explication dynamique de la décomposition déjà commencée envers les nationalités exorbitantes que la révolution occidentale fit provisoirement surgir. Il suffit à cet opuscule de rattacher le partage spontané de l'agrégation française à la réorganisation religieuse dont Paris constitue l'unique centre, non-seulement pour la planète humaine, ou quant à l'ensemble de TOccident, mais même

CONCLUSION

à l'égard du territoire français. La métropole nécessaire de la religion universelle ne pourrait pas conserver l'assentiment spirituel des provinces actuellement soumises à sa domination temporelle, si cet empire n'était bientôt transformé de manière à faire déjà pressentir sa prochaine dissolution. En effet, une telle confusion de pouvoirs serait directement contraire à l'institution fondamentale du régime final, et ne saurait maintenant persister que d'après une tyrannie bientôt intolérable.

Pour que le début de la transition organique prépare une décomposition que sa terminaison doit seule accomplir, il importe que le dictateur français diminue graduellement une centralisation exagérée, qui depuis longtemps suscite d'unanimes réclamations. Tel est le but direct de l'institution des intendances, ordinairement composées de cinq départements, envers lesquels chaque intendant, toujours émané du pouvoir central , remplira tous les offices essentiellement administratifs, tant concrets qu'abstraits, aujourd'hui condensés à Paris. Voici le tableau de cette répartition, où je me suis toujours efforcé de représenter l'ensemble des affinités locales, en faisant assez prévaloir les conditions, surtout historiques, qu'exige sa principale destination , d'après la marche générale de la révolution moderne.

Tableau des dix-sept Intendances françaises.

CONCLUSION

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