‹ Appendice a l'ouvrage intitule Histoire de la vie et des ouvrages de RaphaelChapitre 22 sur 33 · CARTONS DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

CARTONS DE RAPHAËL

Sur la demande du pape Léon X, Raphaël fit beaucoup de cartons pour être exécutés en tapisserie, l^s sept cartons qui sont placés dans la galerie du château royal d’Hampton-Court sont peints et coloriés en détrempe (couleur à l’eau) (V. P. 297 ); ils ont été mal restaurés; il 11 ’y a que le carton représentant Jésus- Christ donnant les clefs à saint Pierre qui soit dans son état primitif, et où l’on retrouve la main de Raphaël. Ces admirables productions ont été achetées par Olivier Cromwell trois cents livres sterling. J’ai vu à Dresde , en i84i , dans les salles du premier étage du bâtiment de la manufacture de porcelaines, les tapisseries faites d'après les cartons du château d'Hampton-Court. (V. P. 3oo.) Elles sont d’une grande fraîcheur; je n’en ai jamais trouvé d’aussi bien conservées; leur perfection en tout fait présumer qu’elles ont été faites en Flandre, du vivant de Raphaël.

Je me rappelle avoir vu à Vienne, au Trésor, des tapisseries représentant des saints; ces tapisseries, parfaitement exécutées, très-curieuses par la pureté du

dessin et par la trame qui est en or, datent du temps fie Philippe III (dit le Bon), fine de Bourgogne, qui, le 19 janvier i43o, institua l'ordre tle la Toison d’or.

C’est dans le château d'IIampton-Court que l'on voit les grands et beaux cartons peints par André Mantegne; ils occupent une salle entière; ils sont dessinés sur papier posé sur toile. C’est d'fin dessin vrai et gracieux. Ils rappellent, comme dimension, ceux tle Kra Bartolomméo et d’André del Sarto, que l’on admire dans la galerie de Florence. Dans le palais vieux, à Mantoue, André Mantegne a peint à fresque en grisaille les portraits des Césars, entourés de bas-reliefs de différents formats. I<es sujets en sont très-variés; ils sont exécutés avec une grande perfection. J’ai cru devoir en parler; car, depuis nombre d’années, le public n’est plus admis dans ces différentes salles : c’est un hasard des plus heureux que j’aie pu les admirer.

C’est au Dôme de Mantoue que le tombeau d’André Mantegne est placé. Nous avons vu jadis, dans le musée du Louvre, le beau et sévère buste en bronze qui le représente. Il forme, aujourd'hui, le couronnement à sa pierre sépulcrale.

J’ai vu, en i 8 .ji , à Liège, dans l’hôtel de M. le comte d’Outreinont, le carton ( V. P. 4») de la y icrgc dite de la maison d' A Ibc , au crayon noir par Raphaël. I.es contours de ce carton ont été piqués, dans le temps, pour le décalquer et le peindre sur panneau. I a; tableau est exactement de même dimension; je l’ai gravé en 18 a". Le carton de la Sainte Catherine d A le.vandric, du musée du Ixmvre, est aussi de la même proportion que le tableau de Raphaël du musée de Londres. Sir Coekerell, célèbre architecte anglais, m’a dit qu'il avait vu, dans un château très-éloigné de Ixmdres, chez le duc de Montagne, un grand carton de Raphaël , représentant la Cision d Êzéchiel. Cela me rappelle le sublime carton de l’école d’Athènes, au crayon noir, restauré avec le plus grand soin à Paris par M. Bouillon, peintre d’histoire. Cette admirable composition, dont les ligures sont de la même dimension «pie celles de la fresque du Vatican, était arrivée en plusieurs feuilles séparées au musée du F .ouvre. Elle est présentement exposée à la bibliothèque Ambroisienne, à Milan. A cette brillante époque, que l’on citera toujours, les artistes célèbres procédaient par des cartons pour les peintures à l’huile comme pour celles à fresque. Cet usage s'est conservé parmi les peintres d’histoire en Italie, en Allemagne et en Angleterre. En France, généralement, on ne fait des cartons «pie pour exécuter des peintures à fresque ou pour des vitraux. Ce sont toujours des tableaux peints à l'huile «pii servent de modèles pour les tapisseries «le la manufacture des Golwlins, malgré l’exemple et les beaux résultats obtenus par les cartons de Raphaël.

Je n’ai pas vu les cartons des différentes compositions que M. Camuceini a exécutées en peinture; niais il avait dans son atelier, à Rome, des cartons qu'il avait laits d'après la Vierge dite au Poisson et la Visitation, tableaux appartenant aux rois «l'Kspagne. Il avait, en outre, par fragments, les figures de la Transfiguration. Tous ces cartons, de la même dimension que les tableaux originaux de Raphaël, sont dessinés au crayon noir, et très-remarquables par leur belle exécution.

A la fin du siècle dernier, à l'école de Milan, on commençait toujours par dessiner des cartons. On passait peut-être trop de temps à les terminer. Je citerai le peintre le plus habile à cette époque, Appiani, cpii semble, dans les fresques qu’il a exécutées dans le palais de Milan, s’être fatigué de ce travail préliminaire.

I.a peinture d'histoire est dans un état très-florissant dans tonte l'Allemagne; il y a beaucoup d’artistes fort habiles; mais le goût des cartons l’emporte encore sur celui de la peinture. Je ne puis résister à exprimer tout le plaisir que m'ont procuré ceux que j’ai vus, en i8ji , de MM. Cornélius, Kaulback, Schnorr, Rindemann et Schiuke).

I>e chevalier Josulia Reynolds, célèbre peintre anglais, né le i(i juillet i-«3, mort le »3 février 179a, dans les discours qu’il a prononcés à l'Académie des beaux-arts «le I/ondres, qu’il organisa et qu'il présida , encourageait les artistes à faire des cartons avant d’exécuter leurs tableaux. J'ai vu, en 1820, scs plus beaux tableaux : celui du comte Ugolin, le portrait en pied du duc d'Orléans à l’ancien palais du roi dans Pall-Mall , et enfin ceux «pii sont chez lortl Nomenton et chez M. I a?i«’«*ster. Reynolds, par inclination et par goût, préférait l’école espagnole, surtout Ribera et Velasquez. Comme eux, il se servait de toiles grosses de trame et imprimties d’une <;ouleur roussâtre. lai peinture de Reynolds est grassement faite, mais peu rendue, et les détails sont trop sacrifiés pour les grandes parties. Mais s«*s tableaux sont généralement bien composés, ainsi que ses portraits, surtout ceux d’hommes; les figures y sont toujours bien campées et pleines d’énergie; la couleur, souvent riche et vraie, est toujours brillante sur l’objet principal. On ne «loit juger son talent «pie d'après les tableaux qu’il a ébauchés et sur lesipiels il est revenu plusieurs fois. Reynolds faisait imprimer ses toiles à la colle; mauvais procédé, car peu «le temps a suffi pour détruire ses plus belles productions, telles «pie son tableau de la Famille du comte l gu lin , si célèbre en Angleterre, et connu en France par la gravure exécutée à la manière noire. I-a colle a absorbé la peinture à l’huile, et certaines parties de ses tableaux ont pâli. Ces Sept Sacrements

de Nicolas Poussin, à Londres, dans la galerie de Bridgewater, sont devenus entièrement noirs par la litharge dont les toiles étaient imprégnées. Les successeurs de J. Reynolds à la présidence de l'Académie, B. West et sir Thomas Lawrence, faisaient aussi des cartons avant de peindre.

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