ALFRED DE MUSSET
Il n'a tenu qu'à Alfred de Musset d'être illustré par Célestin Nanteuil (1) ; mais le système pittoresque et contraste' de l'aquafortiste était lettre close pour lepoëte, et sans doute lui causait une secrète répulsion. Eugène Lami, l'aquarelliste des élégances mondaines, faisait bien mieux son affaire; on peut croire que les illustrations pour les œuvres de Musset commandées à ce charmant artiste par M. Didier, étaient tout à fait selon le cœur de Rolla (2). Sans excitants iconographiques, ses éditions originales atteignent , avec celles de Victor Hugo et de Théophile Gautier, les grands prix des ventes romantiques.
(1) Voir Bibliographie romantique , page 11.
(2) Acquises par madame Denain , dans la vente après décès de cet amateur, au prix de mille francs la pièce environ; il y en avait une vingtaine.
1828. — L'Anglais mangeur d opium. Traduit de Tanglais, par A. D. M. Paris, Maine et Delaunay- Vallée; imprimerie Gosson, in- 12.
Traduction libre , hâtive et bien médiocre des Confessions of an English opium eater , de Thomas de Quinccy.
La seconde partie du livre de Charles Baudelaire, les Paradis artificiels j opium et haschisch; Paris, 1860, in -12, est consacrée à cet écrivain anglais , d'origine française.
1830. — Contes d'Espagne et d Italie, par M. Alfred de Musset. Paris, A. Levavasseur et Urbain Ganel ; imprimerie David , in-8.
1833. — Un spectacle dans un fauteuil, par Alfred de Musset. Paris, Eugène Renduel; imprimerie Éverat, 3 volumes in-8.
Un volume de vers , et deux de prose; ceux-ci tomes, contiennent : T. L Lorenzaccio; les Caprices de Marianne; T. IL André del Sarto; Fantasio; On ne badine pas avec r amour; la Nuit vénitienne ou les noces de Laurette.
Voici, relevé sur l'autographe, un envoi de ce livre à quelque astronome, en vers, si l'on veut, et parfaitement inédits :
En souvenir du beau coup-d'œil Dont f ai joui dimanche à votre observatoire, Mon cher hôte, acceptez l'offre dédicatoire
Du Spectacle dans un fauteuil.
1836. — La Confession d'un enfant du siècle, par Alfred de Musset. Paris, Félix Bonnaire; imprimerie E. Duverger, 2 volumes in-8.
1840. — Les Deux maîtresses. — Frédéric et Bernerette, par Alfred de Musset. Paris, Dumont; Sceaux, imprimerie Dépée, 2 volumes in-8.
Les deux volumes ont paru ensemble , et se trouvent tomes, à moins que les titres n'aient été mutilés.
M. Legenisel vient de fac-similer, pour la maison Goupil , un portrait d'Alfred de Musset, dessiné au crayon noir et à la sanguine, par Eugène Lami^ à la date de 1841. Le poëtedandy est en pied , de profil à gauche et la tête découverte ; en frac à collet de velours , en pantalon rayé ; le col-entonnoir , à la mode du temps , maintient le visage dans une ligne rigoureusement horizontale; le bras gauche est passé derrière le dos , le droit , tendu , appuie à la cuisse les bords du chapeau renversé. Tel a-t-on pu le voir aux Tuileries , faisant galerie pour sa part à l'essaim des beautés. C'est fin , spirituel et agaçant , car un piofil reste toujours énigmatique : on voudrait que le modèle se retournât. Tel quel, ce crayon insuffisant est bien préférable aux images de keepsake des éditions Charpentier , qui seraient toutes remplacées avec avantage par ce portrait si net et si visible , tracé en quelques lignes : « C'était un gentil garçon , à la taille déliée , aux cheveux d'un blond de lin , au regard ferme et clair , aux narines dilatées , aux lèvres vermillonnées et béantes. Sa figure colorée , ovale et un peu chevaline , était bizarre en ce qu'elle avait, en place de sourcils , un cercle sanguin (1). »
(1) Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie; 1868, 2 volumes in-12, tome II, page 57.