‹ Application de la doctrine physiologique à la chirurgieChapitre 1 sur 18 · DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRELIMINAIRE

Le domaine de la médecine est, dit-on , trop vaste pour être cultivé tout entier par un seul homme. Cette proposition n'est pas entièrement exacte. Elle pouvait convenir à l'époque où toutes les maladies avaient leur théorie particulière , lorsque l'histoire de chacune d'elles se composait presque exclusivement de l'assemblage plus ou moins bizarre des hypothèses émises par les auteurs à son sujet, à une époque enfin où il n'existait en physiologie et en pathologie aucun principe général fondé sur l'observation , et qui pût servir de base unique et incontestable à l'histoire des fonctions comme à celle des maladies. Alors , sans doute, la tête la mieux organisée, l'esprit le plus studieux et le plus opiniâtre , aidés de la plus longue vie, n'auraient pu embrasser toutes les parties de la science de l'homme, c'est-à-dire

ij DIfCOURS PRELIMINAIRE.

retenir et classer ces opinions contradictoires, ces théories abstraites, ces résultats incohérents d'observations défigurées par l'imagination de ceux qui les recueillaient, dont se composait naguère encore la plus grande partie de la médecine.

Ces obstacles ont presque entièrement disparu de nos jours. Le champ de la science a été débarrassé des matériaux inutiles qui l'encombraient ; et son sol, misa nu et cultivé d'une manière plus rationnelle, s'est couvert enfin de riches moissons. D'une part , toutes les doctrines que l'observation ne sanctionne pas sont rejetées, quelle que soit la célébrité de leurs auteurs ; de l'autre, tous les résultats qui paraissent être l'exacte expression des faits sont admis, malgré l'opposition qui peut exister entre eux et les théories anciennes les plus accréditées. Ge n'est qu'en procédant avec cette vigueur et cette indépendance que l'on achèvera de perfectionner la physiologie et la pathologie.

DISCOURS PRELIMINAIRE. iij

De grands pas ont été faits pour atteindre ce but ; et si de nouvelles investigations sont encore nécessaires , on doit espérer qu'elles achèveront bientôt d'élever la médecine au degré de certitude et de régularité qui distingue actuellement la physique et la chimie. Déjà des principes généraux établis et universellement adoptés permettent d'entrevoir cette heureuse époque ; et comme ces principes sont actuellement en rapport avec tous les faits connus , il est vraisemblable que les découvertes futures viendront confirmer encore leur exactitude.

Ces progrès sont communs à la médecine et à la chirurgie , car l'une et l'autre doivent trouver leurs bases dans la physiologie pathologique. Soutenir que la chirurgie ne consiste que dans l'application de moyens mécaniques au corps de l'homme, c'est en présenter une définition inexacte , et qui , contredite par la nature actuelle des choses, ne pouvait être juste qu'aux siècles où cette science était cultivée

Page 1