‹ Application de la perspective linéaire aux arts du dessinChapitre 110 sur 160 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Mais , pour produire cet effet , il faut que ces teintes du ciel , sur les châssis qui se succèdent, soient bien d’accord, soit par l’intensité de leur couleur, soit par la modification de la lumière artificielle qui les éclaire. Il faut aussi que les objets peints sur la partie inférieure de chaque châssis, s’élèvent au-dessus de la tête d’un acteur qui passerait derrière , afin de laisser croire que ce sont ces objets qui le cachent, et que, sans ces obstacles, on verrait cet acteur, dans un espace libre, se peindre sur la voûte du ciel.

.2° Une partie du ciel d’une décoration , peinte sur une bande d’air des premiers plans du théâtre, peut paraître contiguë avec une autre partie du même ciel peinte sur le rideau du fond; mais il faut, pour produire cet effet, que ces deux parties soient interrompues par quelque objet intermédiaire, dont la couleur soit différente de celle du ciel : cet objet , supposé dans l’ombre , serait plus favorable à cette illusion.

3° Si l’on a peint sur le fond d’une décoration une suite d’objets pareils fuyans, et (|ue le premier objet de cette meme suite soit peint sur un châssis isole qui laisse un intervalle praticable entre lui et le fond , un acteur qui passera derrière ce premier objet fera croire aux spectateurs qu’il pourrait aussi passer derrière chacun des autres objets suivans, qui ne sont que peints sur le fond.

4° Deux ou plusieurs châssis de suite, d’un même côté du théâtre, peuvent, en apparence, se confondre et lien former quun seul, si chacun de ces châssis représente une partie d’un même objet qui s’étende sur plusieurs ; mais , pour causer cette illusion, il faut que la base de ces châssis soit cachée par quelque objet, en sorte que le spectateur ne puisse voir leur vraie position sur le plancher

du théâtre.

5° On sait que des lignes horizontales fuyantes , tracées selon les règles de la perspective théâtrale , mais par parties , sur plusieurs châssis successifs , ne paraissent d’accord, droites et continues, que du seul point de station, qui est le point de vue de la décoration ; et que, de tout autre endroit de la salle, ces lignes paraissent brisées.

Il faut donc éviter de rendre nécessaire à l’illusion cette sorte d accord impossible à obtenir ; il vaut mieux interrompre à propos ces lignes fuyantes par des objets saillans qui les cachent en partie.

C’est ainsi , par exemple , que 1 on peut peindre le même mur fuyant sur plusieurs châssis, en supposant ce mur appuyé de contreforts, deperons ou d’avant-corps, qui empêchent de juger si les parties d’une même ligne fuyante, tracées sur le nu de ce mur, et que les corps saillans laissent à peine voir, se réunissent ou non. On peut rompre les lignes fuyantes de la partie supérieure du mur, soit en ruinant cette partie, soit en la couvrant de broussailles. Les

PERSPECTIVE THEATRALE

travaux de ce mur peuvent aussi être variés et très pittoresques ; les contreforts peuvent être bâtis en grandes pierres par assises; le mur, proprement dit, en briques ou en petites pierres, que les anciens appelaient opus insertum , ou bien en opus reticulatum , ou bien encore, si le sujet ou la scène le comporte, ce mur peut représenter un de ces grands ouvrages antiques appelés cyclopéens , qui sont construits en grandes pierres irrégulières.

6° Lorsque plusieurs châssis de suite doivent représenter des arbres ou des rochers, il est bien plus facile de les faire confondre ou réunir en apparence.

70 En cachant la base de la surface sur laquelle doit être peint un objet quelconque , on peut , avec des teintes aériennes , faire paraître cet objet plus éloigné qu’il ne l’est réellement. Ce n’est que par la base ou par l’extrémité sur laquelle repose cette surface que nous jugeons de sa position et de sa véritable distance , lorsque la perspective aérienne lui donne une apparence lointaine.

On peut donc ainsi peindre avec succès, sur les premiers plans d’un théâtre, des objets qui sembleront peints sur des plans plus éloignés.

8° Lorsque de grands objets sont représentés sur les châssis ou fermes du théâtre, et que de pareils objets sont dégradés proportionnellement et peints en petit sur le fond avec des teintes aériennes, on croit voir, entre ces grands et ces petits objets, un espace très étendu dont un acteur pourrait parcourir la profondeur s’il le voulait. Cette illusion, à laquelle on se prête aisément, est une des plus faciles à obtenir au théâtre.

Planche 45- — 9° Si l’on a peint un édifice fuyant sur une ferme oblique dont une partie découpée et praticable laisse voir monter ou descendre des acteurs sur un plancher incliné parallèlement à une ligne qui , de la hauteur d’un homme au - dessus de ce plancher 7 tende au point de fuite de l’édifice , les acteurs , descendant sur ce plancher incliné, sembleront s’éloigner, en suivant la direction apparente de l’édifice. Mais, comme ces acteurs, en marchant presque parallèlement à l’avant-scène, ne diminuent pas de grandeur en même raison que l’édifice qu’ils semblent suivre , il faut faire en sorte qu’ils soient bientôt cachés par quelque partie de cet édifice adroitement disposée par la perspective, afin de laisser croire au spectateur que ces acteurs , continuant leur marche , parcourent toute la profondeur apparente de l’édifice représenté.

io° Les teintes ou couleurs des décorations peintes sur des châssis obliques doivent être plus claires que celles qui sont peintes sur des châssis de front , parce quelles reçoivent moins directement la lumière de la rampe ou des porta ns que ces dernières.

ii° Lorsque l’on doit placer des lumières derrière une décoration découpée, pour éclairer un fond qui est au-dela , il faut que les teintes ou couleurs qui

ifi.

Page 1