CHAPITRE DEUXIÈME
Les horizons sont ordinairement très élevés dans les tableaux des écoles italiennes ; au contraire , ils le sont très peu dans les tableaux des écoles flamande et hollandaise.
L horizon du tableau est la première chose qu’il faut déterminer, si l’on veut faire une perspective exacte ou sans défauts remarquables.
La plupart des fautes de perspective dans les tableaux viennent de ce que le peintre ne s’est pas rendu compte de la hauteur de 1 horizon.
Tous les objets représentés dans un tableau doivent être subordonnés à un seul horizon.
Quand on s’est placé pour dessiner ou peindre un paysage ou une vue d’après nature , 1 horizon est invariablement fixé ; si le site est borné par la mer, l’ horizon est visible ; sinon , il faut le trouver, ce qui n’est pas difficile ; car, si le peintre conçoit une ligne de niveau qui , de son oeil , soit menée à un point de quelque objet visible , et qu’il remarque ce point , il aura la hauteur de X horizon assez exactement pour l indiquer sur son tableau.
Nous remarquerons ici qu’un tableau exposé verticalement dans un lieu convenable ne produira pas tout son effet, si son horizon n’est pas à la hauteur de l’œil du spectateur, et plutôt au-dessous qu’au-dessus. C’est aussi l’avis du Poussin , qui , dans le P. S. d’une lettre écrite de Rome à M. de Chanteloup, pour lui annoncer l’envoi qu’il lui fait de son tableau de la manne, ajoute: « Avant de « le faire voir , il serait à propos de l’orner d’une bordure , et il doit être « colloqué fort peu au-dessus de l’œil , et plutôt au-dessous. »
Nous ajouterons enfin qu’un tableau posé dans un lieu élevé ne produira toute l’illusion dont il sera susceptible, que s’il est incliné de manière qu’un rayon de l’œil du spectateur, placé à une distance convenable, puisse arriver à-peu-près perpendiculairement sur son horizon.
Il n’existe aucune règle certaine pour fixer la hauteur de l 'horizon sur un tableau composé : cette hauteur dépend du goût du peintre , du choix des objets et de l’étendue du lieu de la scène qu’ils doivent occuper.
Léonard de Vinci dit (i) que celui qui veut dessiner une figure humaine d’après nature , doit se placer de manière que l’œil de son modèle soit au niveau du sien ; mais il n’est ici question que de 1 horizon d’un portrait et d’une opinion particulière.
Le peintre d’histoire peut , à volonté , placer ses modèles , ou se placer luimême par rapport à ses modèles , sur le même terrein , ou sur un autre plus ou moins élevé; il suit delà que l 'horizon d’un tableau (qui indique toujours le niveau
(i) Traité de la Peinture, chap. xxxi.
PRÉLIMINAIRES
des yeux du peintre) peut être, à son choix , placé à trois hauteurs différentes relativement aux figures humaines qu’il veut représenter, i° au niveau des yeux de ces figures , 2° au-dessus du même niveau , 3° au-dessous. Dans le premier cas , le peintre est placé sur le même terrein et dans la même position que ses modèles , c’est-à-dire debout ou assis comme eux ; dans le second cas , il est supposé placé sur un terrein plus élevé, et, dans le dernier cas, sur un terrein plus bas.
Planche 5. — Figure ire. — Par exemple, si, dans une plaine de niveau, étendue, à perte de vue ou terminée par la mer , plusieurs personnes voyagent sur un chemin , et sont plus ou moins éloignées d’un spectateur debout sur le même chemin (en les supposant tous d'une taille égale), le spectateur verra X horizon au niveau des yeux de tous les voyageurs.
Figure 2. — Si le spectateur est monté sur une pierre ou sur un tertre , ii verra 1 horizon , élevé au niveau de ses yeux , paraître au-dessus de la tête des voyageurs, d’une quantité perspectivement égale à la hauteur de l’objet sur lequel il est monté, c’est-à-dire que, si la hauteur de la pierre ou du tertre est égale à celle du spectateur, il verra X horizon élevé au-dessus de la tête de chaque voyageur, d’une hauteur égale à celle de ce voyageur, à quelque distance qu’il se trouve.
Figure 3. — Enfin, si , au lieu de s’élever sur quelque éminence, le spectateur s’assied sur le chemin, il verra X horizon , abaissé au niveau de ses yeux, partager la hauteur de chaque voyageur à-peu-près en deux parties.
Ces remarques très importantes , comme on le verra dans la suite , nous apprennent à juger d’un coup-d’œil , si des figures humaines , placées dans un tableau, sur un terrein supposé de niveau, à différentes profondeurs, sont bien ou mal en perspective; elles nous donnent aussi le moyen de placer a vue, sans aucune opération géométrique , plusieurs figures sur le terrein perspectif d nu tableau, et de donner à chacune de ces figures la hauteur dégradée quelle doit avoir, selon la profondeur du plan où elle se trouve.