CHAPITRE DEUXIEME
se réunir au point formé sur le tableau, par la trace du rayon visuel , parallèle à ces lignes originales.
Il suit de là cpie, pour trouver sur un tableau l’apparence du point de fuite , d’autant de parallèles originales que l’on voudra représenter, il suffira de diriger de l’œil un rayon parallèle à ces lignes. La section de ce rayon sur le tableau sera le point de faite , auquel tendront les perspectives de ces parallèles.
A oilà le principe général des points de faite , que Guido Ubaldo publia le premier dans son livre de Perspective , imprimé en 1G00; mais il n’appliqua ce principe qu’à des lignes parallèles couchées sur des plans horizontaux et verticaux; on l’a depuis appliqué à des parallèles couchées sur tous les plans inclinés, quelle que soit leur position.
Ainsi, en supposant le plan du tableau infiniment étendu, les apparences de toutes les lignes originales parallèles entre elles, inclinées au tableau, ont, sur sa surface , un point de faite.
Mais les apparences de toutes les lignes originales, qui sont en même temps parallèles entre elles et au plan du tableau, ne peuvent avoir un point de fuite sur ce plan. Puisqu elles ne le rencontrent jamais, elles ne concourent donc point et restent toujours parallèles entre elles en perspective.
Les points défaite sont très utiles dans la pratique de la Perspective, car nonseulement ils abrègent les opérations, mais encore ils leur donnent plus de précision.
hufin ii faut remarquer que les points de faite se trouvent souvent hors du champ du tableau: alors ils sont inaccessibles ou considérés comme tels; il faut les suppléer. Ou a recours à la Géométrie , qui donne plusieurs moyens pour y parvenir. Nous indiquerons les plus simples de ces moyens, et nous en proposerons d autres qui sont purement mécaniques, mais qui suffisent pour pratiquer la Perspective applicable aux arts du Dessin.
REMARQUES SUR LES ECHELLES GEOMETRALES ET SUR LES ECHELLES PERSPECTIVES , C EST-A-D1RE SUR LES ECHELLES DE FRONT ET SUR LES ECHELLES FUYANTES.
Les échelles de front servent à établir ou à connaître les hauteurs et les largeurs perspectives, cest-à-dire les dimensions de tous les objets couchés sur des plans ou surfaces parallèles au tableau.
Les echelles fuyantes servent à établir ou à connaître les profondeurs perspectives, c’est-à-dire les dimensions des objets couchés sur des plans ou surfaces fuyantes et dirigées de la base du tableau à son horizon.
Tous les objets qui entrent dans la composition d’un tableau peuvent mutuellement se servir d cclielle pour établir les dimensions relatives entre eux; mais la tnesuie ^<l l^us naturelle, la plus ancienne et même encore à présent la plus
PRÉLIMINAIRES
familière aux peintres, est la stature humaine. Un ancien Grec (i) a dit « que « 1 homme est la mesure de toutes choses, parce que tout peut lui être comparé», et le géographe de Nubie (2) , en décrivant le phare d’Alexandrie, dit « que sa hauteur était de trois cents coudées ou cent statures ; il désignait par ce dernier mot la hauteur d’un homme de taille ordinaire. On dit encore aujourd’hui un homme de haute, de moyenne ou de petite stature.
Nous employerons ce terme ou cette mesure qui , n’étant que relative et pouvant être établie arbitrairement, servira d 'échelle^ surtout aux peintres d’histoire, qui commencent ordinairement par déterminer, sur leur tableau, la hauteur d’une figure humaine, et qui mettent ensuite les autres objets en proportion avec cette figure.
L’on peut diviser la stature en un certain nombre de parties égales pour établir cette échelle.
C’est ainsi que Tomaso Lauretti, peintre sicilien, fit une échelle de dégradation jusqu’alors inconnue: il divisa la stature en huit têtes , et subdivisa la tête en quatre parties égales; il mit ces mesures en perspective, et forma des carreaux qui, par leur diminution graduelle , lui donnèrent non-seulement la hauteur d’une figure humaine , mais encore la mesure de chaque partie de cette figure à tous les plans de son tableau. (3)
Lauretti se servit de la méthode connue de son temps , c’est-à-dire des points de distance pour mettre son échelle en perspective.
Gérard Desargues connut, dit-on, cette échelle, et s’en empara; mais il en rendit la pratique plus simple et plus facile. Nous la donnerons, parce que l’on peut s’en servir utilement dans plusieurs cas, en substituant à la mesure qu’il appelle petit pied , celle de la tête humaine employée par Lauretti, mesure dont on fait encore usage de nos jours.
Tous les objets, en peinture, paraissent grands ou petits, selon leurs rapports avec la grandeur d’une figure humaine peinte , dans un même tableau: c’est sans doute, par cette comparaison, que Timanthe fit admirer aux Grecs la stature gigantesque du cyclope endormi qu’il avait peint sur un tableau où l’on voyait de très petits satyres qui mesuraient avec leurs thyrses le gros orteil du dormeur. (4)
(1) Protagoras. Voyez Diogène Laërce.
(2) Au troisième climat.
(3) L’Echelle de Lauretti a été publiée dans les Commentaires d’Egnazio Danti sur la Perspective de Vignole , en 1 583.
(4) Pline, Hist. Nat., liv. xxxv. Jules Romain a répété cette idée de Timanthe sous le portique de Villa Madama, près Rome; son tableau est d’une assez grande dimension.
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