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GRAMME

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poids spécifique et qu'ils ne possèdent pas la même cohésion, il est indispensable d'avoir un tableau qui représente le poids spécifique d'une goutte d'un liquide quelconque. Ce tableau, dressé expérimentalement par D. Réveil, est le compagnon indispensable du compte-gouttes. Voir le tableau ci-dessus.

Endosmose (1). — A l'action moléculaire des liquides se rapportent les phénomènes d'endosmose dont nous nous sommes déjà occupés à propos de la physiologie . Les molécules des liquides et celles des solides peuvent s'attirer entre elles et se mêler : ce sont des phénomènes de solution, de mélange, etc. Mais cette attraction peut se manifester entre deux liquides miscibles et séparés par une cloison solide, perméable au moins à l'un deux. Dans ce cas, ce mélange est subordonné non-seulement à l'attraction mutuelle des liquides, mais encore à l'affinité de chacun de ces liquides pour la substance de la cloison. Dutrochet a donné le nom d'endosmose aux phénomènes qui se produisent en pareil cas. Dutrochet, Agent immédiat du mouvement vital, sic. Paris, 1826; Graham, On osmotic fora. Philosophie, transactions, 1854, page 177; J. Béclard, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1851 ; Traub, Expérimente zur Théorie der Lellenbildung und Endosmose. Archio. f. Anat. Physiolog., par Reichert et du Bois-Reymond, 1867.

HYDRODYNAMIQUE.

Parmi les applications de l'hydrodynamique à la physiologie et à la médecine, nous trouvons deux questions fort intéressantes : la connaissance des conditions variées de la circulation du sang et le drainage chirurgical.

1° Circulation du sang. — Les lois qui président à la circulation du sang sont celles de l'hydrodynamique. Gomme pour ces dernières, on a évalué : 1° la charge (hauteur de la colonne liquide) qui est représentée par la contraction cardiaque ; 2° la vitesse d'écoulement; 3° la tension sanguine dans les vaisseaux. Ces lois ont été expérimentalement démontrées par des appareils fort ingénieux qui vont d'abord nous occuper. En général, ces appareils sont complétés par des appareils enregistreurs.

Hémomanomètres. — Appareils destinés à mesurer la pres-

(1) Voir, page 214. ce que nous avons dit touchant ce phénomène.

sion latérale ou la tension du sang. — Haies, physiologiste anglais, est le premier qui se soit servi du manomètre à air libre pour mesurer la pression sanguine. Il introduisait un tube vertical dans une artère préalablement ouverte, et la hauteur

Fig. 21. — Kimographe de Ludwig.

A, cylindre animé d'un mouvement rotatoire. — B, caisse renfermant un mécanisme d'horlogerie. — C, poids servant de moteur au mécanisme d'horlogerie. — D, balancier servant de régulateur au mouvement. — E, Crayon. — FF, tige métallique terminée inférieurement par un disque reposant sur le mercure. — H, colonne mercurielle de l'hémodynamomètre.

de la colonne sanguine dans ce tube indiquait la tension. Poiseuille s'est servi plus tard du manomètre à mercure.

Hémomètre. — En donnant au manomètre à mercure les dispositions d'un baromètre dans lequel la pression de l'air est remplacée par la pression du sang, Magendie a perfectionné l'instrumentation.

Le système de Haies et de Poiseuille, consistant à placer le manomètre dans le bout coupé d'une artère, était défectueux, en ce sens qu'il supprimait la circulation dans le reste du tra-

jet de l'artère. Pour obvier à cet inconvénient, Ludwig, Vierordt, Yalentin, ont eu l'idée de pratiquer une simple boutonnière à l'artère et de fixer l'extrémité du manomètre dans l'intérieur de l'artère au moyen d'un double bouton dont les faces peuvent se rapprocher au moyen d'une vis. M. Ludwig a appliqué le premier l'appareil enregistreur du général Morin au manomètre et il a donné à son appareil ainsi composé le nom de kimographe. (Voir fig. 21.)

Cependant les manomètres présentaient un grand inconvénient : la colonne mercurielle s'élève et s'abaisse en suivant les variations de la pression, et bientôt, en vertu de la vitesse acquise, l'oscillation dépasse les hauteurs maxima et minima correspondantes aux pressions réelles du sang.

Manomètre compensateur de Marey. — C'est pour remédier à cet inconvénient que M. Marey a inventé son manomètre compensateur, caractérisé par l'interposition d'un tube capillaire entre les deux branches du manomètre à mercure. C'est dans le même but que Cl. Bernard a imaginé son manomètre différentiel composé d'un tube en U contenant du mercure et dont les branches sont mises en rapport avec des artères différentes.

Partant d'un autre principe, MM. Chauveauet Marey ont imaginé un autre appareil qui paraît supprimer toutes les causes d'erreurs. Deux ampoules élastiques fixées aux deux extrémités d'un tube élastique et remplies d'air , ainsi que le tube intermédiaire, forment un appareil dans lequel la pression exercée en un point se transmet facilement aux autres points. Cette transmission facile, dont l'idée première appartient à M. le docteur Buisson, a été mise à profit par MM. Chauveau et Marey, et l'appareil complété par un levier de sphygmographe a été désigné par eux sous le nom de cardiographe.

L'application de cet appareil est très-simple. On introduit une des ampoules dans les cavités du cœur à travers la veine jugulaire, l'autre est mise en communication avec le levier d'un sphygmographe. L'appareil étant ainsi disposé, les mouvements cardiaques se transmettent par l'air du tube de caoutchouc jusqu'au levier, et celui-ci trace sur le cylindre tournant les changements de pression qui surviennent dans la masse liquide au milieu de laquelle la première ampoule est plongée.

Les expériences effectuées au moyen des appareils que nous

venons de décrire ont prouvé, qu'en un point quelconque des grosses artères, la pression du sang sur les parois (estimée en mercure) est égale à la surface de la paroi que l'on considère, multipliée par 15 centimètres. Cette pression, calculée sur un centimètre carré pris à la surface intérieure des grosses artères, équivaut à 215 grammes. La pression n'est pas la même dans les petites artères, parce que l'ondée sanguine perd une partie de sa force, à mesure qu'elle progresse, par suite du

Fig. 22. — Cardiographe de M. Marey.

frottement, des courbures et des divisions vasculaires. La tension n'est pas la même non plus dans la petite circulation; elle est moins considérable que dans la grande. Ajoutons enfin que, pendant l'inspiration, il y a diminution de tension dans l'arbre artériel.

Cardiographe de M. Marey. — Le cardiographe que nous venons de décrire n'est applicable que chez les animaux. M. Marey a eu la pensée de construire un appareil qui, appliqué sur la région cardiaque de l'homme, permet d'apprécier ce qui se passe à l'intérieur du cœur.

Cet appareil se compose d'une capsule métallique fermée à son ouverture par une double membrane.

En insufflant de l'air, ou en versant de l'eau entre ces deux membranes, on obtient une surface convexe que l'on applique

sur la région du cœur. Les battements imprimés à cette membrane sont transmis à un enregistreur. (Voir fig. 22.)

M. Marey a constaté, à l'aide de cet appareil, que la forme générale du battement du cœur chez l'homme est semblable à celle qu'on observe sur les grands mammifères ; de sorte qu'il a pu transporter à la physiologie humaine une foule de notions importantes que les vivisections lui avaient fournies dans les expériences cardiographiques.

Au point de vue du diagnostic, la forme des pulsations du cœur est très-intéressante à connaître ; elle exprime, en effet,

Fig. 23. — Graphique des battements du cœur de l'homme, d'après M. Marey (1).

la manière dont le cœur se remplit et se vide, et par conséquent elle est la traduction exacte du fonctionnement normal ou anormal de l'organe.

Appareils destinés à mesurer la vitesse du sang. — Pour mesurer la vitesse du sang dans l'intérieur des vaisseaux sanguins, M. Vierordt imagina, en 1858, un appareil fondé sur le pendule hydrométrique des hydrauliciens. Cet appareil, désigné sous le nom de hémodromomètre, est composé d'une caisse de verre renfermant un pendule se mouvant sur un cercle gradué. Après avoir divisé une artère, on ajuste un de ses bouts à un tube implanté dans l'une des faces de la caisse et l'autre bout sur un tube fixé sur la face opposée. Dans ces conditions, le sang entre dans la caisse par un côté et sort de l'autre pour continuer son trajet à travers le corps, et la déviation plus ou moins grande du pendule sous l'influence du cours du sang indique le degré de vitesse de celui-ci. En prolongeant au dehors de la caisse la tige du pendule de manière qu'elle puisse tracer ses oscillations sur un cylindre tournant, M. Vierordt a transformé son hémotachomètre en appareil enregistreur.

(1) Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vir,p. 145.

Hémodromomètre de M. Chauveau. — M. Chameau emploie, pour mesurer la vitesse du sang, un tube qu'il introduit dans l'artère après y avoir pratiqué une boutonnière, ou bien après Tavoir complètement divisée. Ce tube est percé à sa surface d'un trou fermé par une membrane de caoutchouc dans laquelle est implanté un stylet enregistreur. Le sang en circu-

Fig. 23.

Hémodromomètre de Chauveau.

F. 1. a, tube métallique.

c, membrane de caoutchouc enveloppant le tube et fermant l'ouverture qu'on voit fig. î.

d, partie libre de l'aiguille qui se meut sur un cadran.

e, ouverture sur laquelle on peut brancher un manomètre.

F. 2 représente la partie de l'aiguille qui plonge dans le courant sanguin. F. 3 représente la fenêtre du tube par laquelle l'aiguille plonge dans le sang. F. 4 représente cette fenêtre fermée par un manchon de caoutchouc. Ce manchon est traversé par l'aiguille plate et mince qui fait office de pendule.

lant fait osciller ce stylet qui, mis en communication avec un cylindre tournant, inscrit ses oscillations sur le papier. Ce appareil, perfectionné par M. Lortet, a reçu un dernier perfectionnement par l'adjonction du sphygmographe de M. Marey. Ainsi constitué, l'appareil sert à enregistrer, en môme temps, le tracé des pulsations et celui de la vitesse du sang.

A la faveur des appareils que npus venons de décrire, on est parvenu à mesurer la vitesse du sang dans les vaisseaux.

M. Yolkmann et M. Lenz ont constaté que sur le chien la vitesse moyenne est de 29 centimètres par seconde ; sur la chèvre, de 29 cent. ; sur le mouton, de 18; sur le cheval, de 22; sur le veau, de 20. M. Vierordt et M. Chauveau sont arrivés à des résultats analogues. De sorte que l'on peut établir que la vitesse du cours du sang vers l'origine du système artériel est de 25 cent, et qu'elle est à peu près la même chez tous les grands mammifères.

La vitesse du courant dans les capillaires a été mesurée avec l'aide du microscope. M. Yolkmann estime la vitesse du sang dans les capillaires du mésentère du chien à 0mm 8 par seconde.

Force du cœur. — Les données qui précèdent, jointes à la connaissance de la quantité de sang qui est mise en mouvement à chaque contraction ventriculaire, ont permis d'évaluer en chiffres le travail mécanique du cœur. On a trouvé que le ventricule gauche effectue un travail équivalant à un poids de •400 grammes qui serait élevé à 1 mètre de hauteur.

2° Drainage chirurgical. — Le drainage chirurgical consiste à introduire dans un foyer purulent, à l'aide de ponctions et contre-ponctions, des tubes en caoutchouc vulcanisé percés de trous sur toute leur longueur afin de procurer au liquide un écoulement facile et continu.

L'idée de substituer aux sétons ordinaires des tubes de caoutchouc fenêtres sur leur longueur ne m'appartient, dit M. Chassaignac, que jusqu"à un certain point; Ferry, J. Cloquet, Baudens, etc., avaient eu recours soit à des tubes métalliques fenêtres, soit à des canules élastiques. Ce qui m'appartient, c'est la conception du plus vaste système de canalisation qui ait jamais été appliqué aux affections purulentes de l'homme, avec indication précise et détaillée du mode d'application suivant chaque région et presque dans chaque cas particulier (1).

Cette méthode, généralement adoptée aujourd'hui, fait le plus grand honneur à son auteur, car les services qu'elle rend tous les jours sont assurément très-précieux. Les phlegmons diffus, les abcès profonds ne présentent plus la même gravité depuis que l'on peut assurer la continuité de l'écoulement par le moyen des drains dont la présence au milieu des tissus est complètement innocente.

(1) E. CnASS.vir.NAC, Traité pratique de la suppuration et du drainage cliirurgical, Paris, 1859. T. I. préface, p. 3.

Le drainage a été appliqué aux abcès par congestion, aux abcès froids, aux suppurations intra-articulaires.

MM. Roux et Arlaud, sous le nom de drainage préventif, ont appliqué cette méthode au pansement des plaies d'amputation. Sur vingt-deux désarticulations pratiquées à l'hôpital Saint- Mandrier (Toulon) sur les blessés de l'armée d'Italie (1859), ils n'ont eu aucun décès, et ils n'hésitent pas à attribuer en grande partie ce succès au mode de pansement qui a été fait d'après la méthode des drainages. Ce pansement consiste à établir au fond de la plaie des tubes fenêtres dont les extrémités sortent par les angles, et à réunir par première intention. M. Rochard, à qui nous empruntons ces renseignements, suit la même ligne de conduite dans les amputations de tumeurs, et il n'en a jamais retiré que des avantages (1).

Écoulement des liquides dans les tubes élastiques. — L'influence de l'élasticité des tuyaux sur l'écoulement des liquides a été judicieusement analysée dans les phénomènes de la circulation sanguine. C'est ainsi qu'on est parvenu à démontrer expérimentalement que l'élasticité artérielle rend continu l'écoulement intermittent du sang; l'élasticité des artères supplée à la contraction du cœur pendant la diastole de ce dernier. M. Marey a démontré que l'élasticité artérielle n'ajoute rien à la force du cœur, mais qu'elle augmente la dépense du sang en diminuant la perte de force due au frottement. D'où il suit que la diminution de l'élasticité artérielle doit avoir pour conséquence une intensité plus grande des contractions du cœur. Ceci explique la fréquence des hypertrophies du ventricule gauche chez les vieillards dont les artères sont ossifiées.

Du pouls. — Le pouls est dû à la contraction ventriculaire et au choc que produit l'ondée sanguine sur le doigt placé sur le trajet d'une artère. Le pouls n'est bien appréciable que dans les points où l'artère peut être fixée entre le doigt et un plan osseux. Lorsque, dans l'entrecroisement des jambes, l'artère poplitée d'un côté est appliquée sur le genou du côté opposé, l'extrémité de la jambe se trouve soulevée à chaque pulsation, et ce soulèvement est très-sensible parce qu'il se manifeste à l'extrémité d'un bras de levier très-long. Cette expérience vulgaire a inspiré à M. Yierordt (Arch. fur physiol. Heilkunde^

1, Rocitard, Histoire de la chirurgie française cm, XIXe siècle, p. 7SI.

l'idée de transcrive par un procédé analogue les diverses variations du pouls.

Sphygmographe. — L'appareil de M. Vierordt consiste en un levier dont un des bras est appliqué par son extrémité sur une artère et dont l'autre, beaucoup plus long, écrit par son déplacement tous les mouvements dus à la pulsation artérielle. Le spbygmographe de M. Vierordt a fait faire à la physiologie de la circulation de réels progrès ; mais son emploi dans la pratique n'était pas facile et les tracés obtenus étaient insuffisants. C'est alors que [le Dr Berti, et plus récemment M. Marey (1), ont proposé des instruments analogues.

Le spbygmographe de M. Marey, basé sur le môme principe

Fig. 24. — Sphygmographe de M. Marey.

que celui de M. Vierordt, a l'avantage d'être plus léger et plus portatif que celui de ce dernier ; il est de plus extrêmement sensible et il trace avec une délicatesse extrême les mouvements et les oscillations du pouls. Le mouvement d'borlogerie qui fait mouvoir avec une vitesse connue la plaque enregistrante, fait partie de l'instrument lui-même, et il n'est pas nécessaire d'annexer à l'appareil un cylindre animé d'un mouvement circulaire. Voir ci-dessus la description schématique de cet appareil.

Austie, à l'hôpital de Westminster, Forster de Birmingham, Béhier ont cherché à perfectionner le sphygmographe de M. Marey : le premier, en faisant agir le levier par la pression d'un poids ; le second, en imaginant une modification qui permet de juger exactement du degré de pression exercée sur l'ar-

(1) Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vie.

tère avec l'instrument de M. Marey (la vis qui exerce cette pression commande un petit cadran qui en indique le degré); le troisième, en adoptant la modification de ce dernier, mais en faisant représenter par des grammes les divisions essentielles du cadran. Mais le meilleur de tous les perfectionnements est celui que M. Marey lui-môme a introduit dernièrement dans son instrument en rendant le levier léger qui inscrit les pulsations artérielles absolument solidaire du ressort qui pèse sur l'artère. Quel que soit l'appareil que l'on emploie, les règles de son application sont les mêmes : les tracés obtenus se composent d'une série de courbes dont chacune correspond à une pulsation. Chaque pulsation se compose de gauche à droite de Y ascension, du sommet et de la descente.

L'ascension des courbes représente l'arrivée de l'ondée sanguine ; le sommet, la durée du choc ; et la descente, la durée de l'écoulement jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle ondée sanguine. L'angle qui signale la durée du choc se présente parfois sous la forme d'un plateau, ce qui est le signe d'un temps d'arrêt du levier. Cette disposition coïncide, d'après M. Marey, avec l'induration ou l'ossification sénile des artères.

La ligne de descente coïncide avec la diastole du cœur; c'est pourquoi cette ligne sera d'autant plus courte que la pression cessera vite.

La ligne d'ensemble des tracés sphygmographiques n'est pas parfaitement horizontale ou du moins il est très-rare qu'elle le soit. Quand cette horizontalité parfaite existe, cela prouve que toutes les pulsations sont égales ; mais très-souvent elle est plus ou moins ondulée, sinueuse, et cela prouve l'irrégularité des pulsations. La respiration est la cause la plus importante de ces irrégularités. La ligne d'ensemble s'élève, en effet, pendant l'inspiration et s'abaisse pendant l'expiration.

Rien n'est plus variable que le pouls selon les âges et les individus, et, sur ce point, d'après les données les plus authentiques et les plus nombreuses, il est impossible de formuler une loi quelconque. 11 n'en est pas de même des propositions que M. Marey a formulées: 1° Le cœur bat d'autant plus fréquemment qu'il éprouve moins de peine à se vider ; 2° Cette fréquence est, par suite, la conséquence du passage plus facile du sang dans les vaisseaux et principalement dans les capillaires. En d'autres termes, la fréquence du pouls est en raison

inverse de la tension artérielle (Mafey, Physiologie de la circulation du sang, 1863). Un des phénomènes les plus intéressants qui aient été étudiés avec le sphygmographe c'est le dicrotisme, le puisas bis feriens des anciens. Chelius, Vierordt avaient déjà

Fig. 25.

1. Fièvre sur un vieillard à artères athéromateuses. — 2. Fièvre typhoïde, période de déclin. — 3. Colique de plomb. — 4. Péricardite rhumatismale avec fièvre. — 5. Convalescence d"une fièvre typhoïde. — 6. Pouls d'un vieillard, rareté extrême des pulsations. — 7. Fièvre traumatique consécutive à une coxalgie suppurée. — 8. Anévrysme dissèquent de l'aorte.

constaté que le dicrotisme existe toujours à l'état normal. Quelques physiologistes attribuaient sa production à l'influence de l'élascité des vaisseaux et au choc en retour de l'ondée sanguine; mais aujourd'hui on a pu s'assurer, au moyen de l'hémodromographc de M. Chauvcau, que toutes les ondes sont centrifuges et que la cause du dicrotisme réside dans la pro-

tluction d'une onde sanguine secondaire qui se porte vers la périphérie en suivant la première onde.

Les tracés sphygmographiques ne peuvent pas rendre de services dans toutes les maladies, indistinctement, parla raison bien simple que le pouls ne peut pas présenter une modification spéciale pour chacun des états morbides. L'ivresse, par exemple, donne un pouls analogue à celui de la fièvre typhoïde.

Mais, quand il s'agit des maladies de l'organe central de la circulation, le sphygmographe peut fournir des éléments sérieux de diagnostic. Dans le rétrécissement de l'orifice aortique, le tracé sphygmographique présente une ascension lente, courte et oblique, et souvent le sommet est en forme de plateau.

Dans l'insuffisance aorlique les tracés offrent dans la période d'ascension une direction verticale, et le sommet est très-aigu.

Nous donnons (fig. 25) quelques tracés que nous avons empruntés au dernier ouvrage de M. Marey.

Inutile de multiplier nos exemples, que l'on trouve d'ailleurs dans tous les ouvrages spéciaux sur la matière et en particulier dans la Physiologie de la circulation du sang de M. Marey, et dans le remarquable ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de la Méthode graphique dans les sciences expérimentales. C'est à ce dernier travail que nous avons emprunté la figure du sphygmographe et celle des tracés.

Les principaux auteurs qui se sont occupés du sphygmographe, sont :

Lorâin. — Études de la médecine clinique.

Vivenot. — Études de sphygmographie .

Duchek. — Id.

Rive d'Amsterdam. — Histoire des appareils enregistreurs.

Koschlakoff. — Contrôle schématique des indications sphygmographiques.

Wolff. — Caractéristique du pouls artériel.

Macii. — Théorie des tracés sphygmographiques.

Brondgeest. — Maladies de l'orifice de l'artère pulmonaire et contribution à l'étude du pouls artificiel.

Sandersox. — Recherches cliniques sur la sphygmographie.

Béhier. — Nouveau sphygmographe.

Loxgukt. — Id.

Czermak — Études de sphygmographie.

Les propriétés physiques des gaz reçoivent journellement des applications à la physiologie et à la médecine. Nous avons déjà décrit, à propos de l'hémodynamique, les manomètres dont le fonctionnement repose sur la connaissance de la force élastique des gaz et sur la propriété que possèdent les fluides aériformes de transmettre également dans tous les sens les pressions qu'ils supportent.

Le baromètre est une sorte de manomètre qui sert exclusivement à mesurer la pression de l'air atmosphérique, pression variable et qui exerce une si grande influence sur l'économie. Grâce à la pression uniforme de l'atmosphère sur nos tissus, le mécanisme de la plupart de nos fonctions est singulièrement facilité. Personne n'ignore que c'est la pression atmosphérique qui maintient les surfaces articulaires en contact sans que nous ayons besoin d'intervenir.

Cependant la diminution de la pression de l'air n'est pas le seul facteur des troubles que l'on ressent quand on s'élève dans les airs. D'après la loi de Mariotte, les volumes occupés par une même masse gazeuse sont en raison inverse des pressions qu'elle supporte ; par conséquent, l'air atmosphérique, à mesure qu'il diminue de pression, devient moins dense et fournit à chaque inspiration une quantité moindre d'oxygène. Les effets de cette diminution sont considérables, comme on a pu le constater expérimentalement en se plaçant sous le récipient d'une machine pneumatique. C'est pourquoi l'on conseille aux aéronautes de se munir d'une provision d'oxygène à respirer.

Depuis longtemps déjà on a imaginé de mettre les asthmatiques et autres malades dans des cloches où l'on comprime de l'air. Les effets physiologiques de cette immersion gazeuse sont incontestables ; il est certain que l'action normale de la pression atmosphérique sur les articulations se trouve augmentée et que les membres et le corps lui-même, plongés dans un milieu dont la densité est augmentée, perdent en poids le poids du volume d'air qu'ils déplacent ; d'où il suit qu'ils sont relativement plus légers. Ce phénomène explique

le sentiment de bien-être qu'on éprouve dans une cloche à air comprimé. La pression atmosphérique a également pour effet de refouler le diaphragme en haut pendant que la cage thoracique, rigide, offre à la dilatation des poumons, sous l'influence de la pression de l'air, un espace toujours prêt à être rempli.

L'influence de la pression de l'air sur l'économie se fait sentir surtout dans les voyages en ballon ou dans les ascensions sur les hautes montagnes. A une certaine élévation, il survient des troubles de la circulation et de la respiration qui peuvent aller jusqu'à l'hémorrhagie et jusqu'à la syncope. Ces troubles sont connus depuis les voyages de Gay-Lussac, Barrai, et ils ont été constatés de nouveau dans les dernières ascensions de MM. Tissandier, Crocé-Spinelli et autres.

M. Lortet a publié un travail très-intéressant sur ce sujet, intitulé : Deux ascensions au Mont-Blanc en 1869 ; Recherches physiologiques sur le mal des montagnes (Lyon médical, 1869, t. III, p. 79). Nous devons aussi à M. le Dr Le Pileur, père de notre distingué confrère, un très - intéressant mémoire sur cette question (1).

L'idée d'appliquer à la thérapeutique les variables conditions de la pression atmosphérique ne remonte pas bien haut; mais dans ces derniers temps ces applications se sont tellement multipliées que, sous le nom d'aérothérapie, elles constituent une branche importante de la thérapeutique. Qu'est-ce donc que l'aérothérapie ?

Aérothérapie. — En 1 83 i, M. le Dr Junod publiait un mémoire intitulé : Des effets de la condensation et de la raréfaction de Vair opérés sur toute l habitude du corps. En 1838, le Dp Pravaz et M. Tabarié, ingénieur, publiaient sur le même sujet un travail dans lequel ils signalaient les résultats qu'ils avaient obtenus sur un certain nombre de malades en les soumettant, dans une cloche, à diverses pressions atmosphériques. Ce travail, récompensé par l'Académie de médecine, eut un grand retentissement, et à partir de ce moment l'emploi de l'air comprimé se généralisa dans tous les pays.

Il n'est pas sans intérêt de donner ici un aperçu des travaux

(1) Le Pileur, Mémoire sur les phénomène? physiologiques observés à une certaine hauteur dans les Alpes.

qui ont été publiés sur cette matière, aperçu dont nous puisons les éléments clans la thèse du Dr Grand (1875) :

Tabarié. — Recherches sur les effets des variations dans la pression atmosphérique à la surface du corps {in comptes rendus de l'Ac. des se, 1838-1840).

Pravaz (Ch.). — Observation relative aux effets thérapeutiques de l'air comprimé [in comptes rendus de l'Ac. des se, 1840).

Id. — Essai sur l'emploi médical de l'air comprimé. Paris-Lyon, 1830.

Id. — De l'emploi et du mode d'action de l'air comprimé dans le traitement des difformités du thorax. Lyon, 1863.

Milliet. — De l'air comprime comme agent thérapeutique. Lyon, 1834.

Id. — De l'air comprimé comme agent physiologique. Lyon, 1856.

Behtin (Eog.) — Études sur l'emphysème vésiculuire du poumon , sur l'asthme et sur leur guérison par le bain d'air comprimé (m Montpellier médical 1860).

Id. — De l'emploi du bain d'air comprimé dans le traitement de la surdité. Montpellier, 1863.

Id. — ■ Étude clinique sur l'emploi du bain d'air comprimé dans les maladies de poitrine. Paris-Montpellier, 1868.

Os. Sandahl (de Stockholm). — Des bains d'air comprimé.

G. Lange. — Recherches sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l'air comprimé (trad. F. -Thierry Miegg, 1867).

Rod. von Vivenot. — De l'influence exercée sur la respiration par l'air comprimé (trad. du Dr Thierry Miegg, 1868).

Id. — Sur la circulation (in Gazette de Strasbourg, 1868).

Id. — Traitement de la coqueluche par l'air comprimé.

Franciiet (Paul). — Des effets physiologiques et des applications thérapeutiques du bain d'air comprimé. Th. de Paris, 1873.

Jourdanet. — Difluence de la j>ression de l'air sur la vie de l'homme. — Climats d'altitude et climats de montagne. Paris, 1873.

J. Pravaz. — Recherches expier/mentales sur les effets physiologiques de l'augmentation de la pression atmosphérique (Th. de doct. es sciences. Lyon, 1875.)

Torreille (Alph.). — Des effets physiologiques et de l'emploi médical de l'air comprimé. Montpellier, 1866.

Fontaine (J.-A.). — Nouveaux appareils pneumatiques pour V emploi médical de l'air comprimé. Paris, 1876.

Id. — Effets physiologiques et applications thérapeutiques de l'air comprimé. Paris, 1877, Germer-Baillière.

Bert (Paul). — La pression barométrique. Paris, 1879, V. Masson.

Junod. — Traité théorique et pratique de l'hémospasie. 1875.

Cloche pneumatique. — Tel est le nom que l'on donne aux appareils où l'on enferme les malades pour les soumettre

à la pression atmosphérique. C'est un récipient cylindrique en tôle, d'une capacité de 8 mètres cubes environ.

On y pénètre, dit M. Grand, par une porte rectangulaire dont les bords portent une saillie qui, pressant sur une bande de caoutchouc, assure l'herméticité de l'appareil. C'est une chambre fort bien meu-

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blée, afin de diminuer les appréhensions du malade, et qui reçoit le jour par quatre hublots garnis de verres trés-épais. L'air est refoulé dans la cloche au moyen d'une pompe de compression mue par la vapeur ou, mieux encore, par un compresseur hydraulique. Le tuyau dans lequel l'air circule débouche à la partie inférieure de la cloche après avoir rencontré auparavant une caisse imaginée [par Tabarié dans le but d'amortir pour le malade la sensation des accoups de la pompe. L'air de l'appareil, incessamment renouvelé, s'échappe de l'ap-

pareil par un second tuyau situé à la voûte et en communication avec un manomètre. In robinet placé au bas permet, suivant l'ouverture plus ou moins grande qu'on lui donne, de régler la quantité d'air qui sort de la clocbe et partant la compression.

— Avec les pompes à piston métallique employées jusqu'à ces dernières années pour l'alimentation des clocbes pneumatiques, l'air

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s'échauffe pendant la compression, et, de plus, il n'a pas l'état hygrométrique correspondant à l'élévation de sa température et de sa pression. Pour obvier à ce double inconvénient, M. Fontaine a imaginé de comprimer l'air en présence de l'eau, comme on le fait dans divers bureaux télégraphiques de Paris pour la poste pneumatique.

La chaleur de compression étant consommée par la vaporisation d'une petite quantité d'eau, l'air ne s'échauffe pas et il acquiert l'état hygrométrique convenable. Son appareil (lîg. 20) se compose de deux cylindres juxtaposés, dans lesquels l'air est alternativement aspiré et comprimé par les e'aux de la ville : deux flotteurs agissant en sens

inverse, mais d'une manière synchrone, l'un par son poids, l'autre par sa force ascensionnelle, meuvent un balancier sur lequel glisse en temps utile un contre-poids qui ferme et ouvre les tiroirs d'admission et de décharge. Pendant la compression, l'eau dissout l'acide carbonique et les substances gazeuses ou volatiles qui peuvent se trouver dans l'air, lequel est ainsi chimiquement pur. Ce système a été adopté par M. Maigrot père pour l'établissement aérothérapique qu'il fonde actuellement à Saint-Dizier. M. Forlanini emploie à l'établissement de Milan la pompe de Colladon actionnée par un moteur à vapeur. Quand le piston métallique s'avance (fig. 20) de gauche à droite, l'eau s'abaisse aspirant l'air dans le cylindre vertical gauche, et elle s'élève en le comprimant dans le cylindre vertical droit. Ce système présente, moins la purification de l'air par l'eau sans cesse renouvelée, les mêmes avantages que celui de M. Fontaine.

Mode cV administration. — L'administration du bain d'air comprimé se compose de trois stades.

Pendant le premier temps. Compression. — On laisse pénétrer dans la cloche plus d'air par le robinet d'alimentation a qu'on n'en laisse sortir par le tuyau de ventilation v ; en conséquence, la pression s'y élève. (Voir fig. 20.)

Pendant le deuxième temps. Pression fixe. — On laisse sortir autant d'air par le tuyau de ventilation qu'il en entre par le tuyau d'alimentation : la pression se maintient au degré obtenu.

Pendant le troisième temps. Décompression. — On laisse sortir plus d'air par le tuyau de ventilation qu'il n'en arrive par le tuyau d'alimentation : la pression baisse, le malade est ramené lentement à la pression ordinaire et alors seulement on lui ouvre la porte.

Le premier temps une demi-heure, le second une heure et le troisième une demi-heure; durée totale, deux heures (I).

Applications. — Le bain d'air comprimé est employé dans diverses maladies : dans l'emphysème pulmonaire, la bronchite et la laryngite chroniques, dans l'asthme catarrhal, dans l'anémie, dans la phthisietorpide, dans l'asthme nerveux, dans la coqueluche, dans le catarrhe de la trompe d'Eustache, etc., etc.

Quant à l'action de ce procédé thérapeutique, les avis sont encore partagés : les uns, MM. Fontaine, Foley, Lange, Liebig, de Yivenot, croient à l'action mécanique et chimique du bain d'air comprimé ; les autres, avec MM. P. Bcrt, Panum, ne

(lj A. Grand, Considérations physiologiques et thérapeutiques sur l'emploi médical du bain d'air comprimé.

croient qu'à l'action chimique, refusant absolument l'action mécanique. Nous nous rangeons volontiers de l'avis de ces derniers.

L'aérothérapie n'est pas seulement constituée par l'application de la compression de l'air; elle comprend aussi la décompression au moyen rie la machine pneumatique ou de tout autre appareil capable de diminuer la pression atmosphérique.

Ventouses. — Les ventouses sont de petites machines pneumatiques avec lesquelles on obtient un vide très-imparfait,

Pie. 28. — Ventouse du Dr Juuod.

mais suffisant pour provoquer le déplacement des parois qui ne sont pas suffisamment rigides pour résister à la pression atmosphérique. La peau, en effet, ne présentant pas la rigidité des parois du verre, se déplace et vient occuper dans la ventouse le vide relatif qui a été produit soit par la combustion, soit par l'aspiration.

Hémospasie. — Nous avons vu plus haut que M. le docteur Junod avait eu le premier l'idée d'appliquer la compression de l'air au traitement des maladies ; c'est encore lui qui a eu le mérite de créer, sous le nom d'h&mospasie , une nouvelle méthode qui consiste à déplacer les liquides de l'organisme au moyen de l'aspiration pneumatique. L'idée de l'hémospasie repose évidemment sur le même principe que celui de l'action

ES GAZ. 4:jl

des ventouses ; mais on doit à M. le Dr Junod d'avoir donné à ce mode d'action une portée plus utile en généralisant son emploi dans beaucoup de maladies, et en donnant aux appareils pneumatiques une forme plus scientifique.

M. Junod a fait construire des appareils pour toutes les parties du corps. Nous montrons ici l'appareil destiné à pratiquer l'hémospasic sur la jambe. (Fig. 28.)

Cet appareil se compose, : 1° d'une petite pompe destinée à faire le vide ; 2° d'un tube de caoutchouc à travers lequel l'air renfermé dans l'appareil est attiré: 3° d'une sorte de botte en cristal, 4° d'un triple manchon composé de molleton, de soie et de caoutchouc destiné à fermer l'appareil à sa partie supérieure et à protéger les parties molles contre la pression atmosphérique au moment où le vide se fait.

Les premières applications de l'hémospasic remontent à l'année 1829, et en 1833 M. Junod en fit connaître les résultats dans sa thèse inaugurale. Dernièrement M. Junod a public un beau travail où il a exposé sa méthode et les conditions de son emploi sous le titre de Traité théorique et pratique de l'hémospasie.

Aspiration pneumatique sous-cutanée. — L'introduction d'un trocart dans une cavité purulente n'est pas chose nouvelle ; aspirer avec un corps de pompe un liquide renfermé dans une cavité n'est pas non plus un fait nouveau; nous avons vu qu'Anel (p. 87) agissait ainsi. Mais adapter une aiguille creuse très-fine à un corps de pompe dans le double but de faire une ponction exploratrice et d'évacuer, s'il y a lieu, un liquide placé profondément, au moyen du vide pneumatique, ceci constitue réellement une nouveauté et dans l'idée et dans l'appareil instrumental. C'est à M. le Dr Dieulafoy que revient l'honneur d'avoir inventé l'aspiration pneumatique sous-cutanée. Voici d'abord l'instrument aspirateur du docteur Dieulafoy :

C'est une machine pneumatique de petit volume essentiellement constituée par un corps de pompe terminé à sa partie inférieure par deux robinets. Un tube de caoutchouc et des aiguilles creuses de différentes grosseurs complètent l'appareil.

Pour faire le vide dans le corps de pompe, dit M. Dieulafoy, je ferme d'abord les deux robinets situés intérieurement ; j'attire le piston, et, quand il est arrivé dans le haut de sa course, on lui fait

exécuter un léger mouvement de rotation et il s'arrête en ce point, grâce à une encoche pratiquée le long de sa tige. Voilà donc le vide préalablement formé, et nous sommes en possession d'un moyen puissant d'aspiration que nous pouvons utiliser quand le moment sera venu.

Supposons que nous allions à la recherche d'un épanchement de la plèvre. J'introduis d'abord l'aiguille creuse n° 1 ou n° 2 dans l'espace intercostal, et à peine a-t-elle parcouru 1 centimètre dans la profondeur des tissus, que je la mets en rapport, soit directement,

Fig. 29. — Aspirateur Dieulafoy.

soit au moyen d'un tube de caoutchouc, avec le corps de pompe, dans lequel le vide est préalablement établi.

Alors, — et sur ce point j'appelle toute l'attention, — j'ouvre le robinet correspondant de l'aspirateur, je pousse l'aiguille peu à peu et c'est le vide à la main que je traverse lentement les tissus, et que je vais à la découverte de l'épanchement ; les yeux de l'opérateur restent fixés sur le corps de pompe en cristal, et, au moment où l'aiguille rencontre le liquide, on voit celui-ci se précipiter avec force dans l'instrument; le diagnostic se fait lui-même, la manœuvre est absolument inoffensive, et le but est atteint.

J'ai supposé, pour la démonstration, un épanchement de la plèvre; le procédé est exactement le même pour les collections de diverses natures, quel que soit leur siège; c'est la même méthode qui conduit à la recherche des épanchements du péricarde, du thorax, de l'abdomen, kystes du rein, du foie, de l'ovaire, etc.

Grâce à la manoeuvre que je viens d'indiquer et ayant à son service

le vide préalable, on est certain de ne pas outre-passer la couche liquide, ce qui a son intérêt si la collection est peu étendue ou profondément située; au moment où l'aiguille la rencontre, le diagnostic s'inscrit lui-même dans l'instrument, quelquefois même a l'insu de l'opérateur. Si l'exploration ne donne aucun résultat, c'est que la région ou l'organe exploré ne donne pas de liquide. Une circonstance cependant pourrait se présenter, c'est l'oblitération de l'aiguille il faut que cet accident soit bien rare, car je ne l'ai jamais observé; il serait toutefois facile d'y remédier, en prenant une autre aiguille trocart ou en repoussant l'obstacle au moyen d'un fil d'argent.

Je me sers le'plus souvent de l'aiguille n° 2 pour les explorations; je réserve l'aiguille n° 1, dont le calibre est extrêmement fin, pour les organes dont on ne, saurait trop ménager la susceptibilité : par exemple, pour les épanebements du péricarde ou du cerveau. J'ai pratiqué bien des aspirations, j'ai plongé les aiguilles un peu partout dans les articulations, dans le poumon, dans la vessie, dans le cul de sac vaginal, et je peux affirmer n'avoir jamais constaté le moindre accident.

L'idée de l'aspiration fut trouvée d'une application si utile que des modifications à l'instrumentation ne tardèrent pas à

Aspirateur de M. Potain.

se produire; mais, de tous ces nombreux instruments, il n'en est qu'un qui réalise une modification avantageuse, au prix d'un peu plus de complications dans l'instrument. C'est l'aspirateur de M. le Dr Potain. Dans l'aspirateur Dieulafoy, les liquides aspirés pénètrent dans le corps de pompe où se fait le vide; dans celui de M. Potain, les liquides n'y pénètrent pas et

sont rejetés immédiatement au dehors. A cela près, croyonsnous, les deux instruments se valent, et ce n'est plus, dans le choix que l'on peut en faire, qu'une question de convenance personnelle. Voir, d'ailleurs, la représentation de l'aspirateur de M. Potain, fïg. 30.

Applications. — La méthode de l'aspiration trouve une application utile dans le diagnostic et dans le traitement de plusieurs maladies. Comme moyen d'exploration, elle a permis de diagnostiquer des abcès profonds, des abcès péiïnéphrétiques, des épanchements douteux de la plèvre, des hématocèles, des kystes du foie.

Gomme moyen de traitement, elle a été employée pour évacuer les collections purulentes, les épanchements articulaires (Chairon), dans l'hydrocéphalie (Blache) , dans la rétention d'urine (Labbé), dans les phlegmons péri-utérins (Axenfeld, Sims) (1).

Pansement des plaies. — M. Jules Guérin a été conduit par la pratique des sections sous-cutanées à chercher le moyen de soustraire les plaies extérieures à l'action de l'air, et il y est parvenu en les recouvrant d'un manchon de caoutchouc qui s'applique exactement sur elles sous l'influence du vide opéré au moyen d'une pompe. L'appareil de M. J. Guérin sert également à soustraire les liquides purulents et à laver la plaie.

M. Maisonneuvc a eu une idée analogue ; nous laisserons la parole à l'éminent chirurgien :

Persuadé, dit M. Maisonneuve, que la plupart des accidents consécutifs aux opérations proviennent de ce que les liquides exsudés de la surface des plaies se putréfient et deviennent des poisons redoutables, on a eu l'idée de soustraire ces liquides par un procédé qui repose sur la possibilité de faire le vide. Voici le modus faciendi :

Après avoir comme d'habitude arrêté l'écoulement du sang au moyen de la ligature des vaisseaux, on nettoie la plaie avec le plus grand soin, on la lave avec de l'alcool, on l'essuie avec un linge sec, on en rapproche doucement les bords au moyen de quelques bandelettes de diachylon en ménageant avec soin des intervalles propres à l'écoulement des liquides. On applique ensuite une couche de charpie imbibée de liquides antiputrides tels que l'alcool pbénique, la teinture d'arnica ou autre substance analogue, puis on maintient le tout avec quelques bandes de linge imbibées des mêmes liquides. C'est seulement

(1) Dieulafoy, Traité de VaspiratioJi sous-cutanéc, passim.

après ce pansement préliminaire, qui diffère peu du pansement usuel, que l'on procède à l'application de l'appareil aspirateur. Cet appareil se compose : 1° d'une sorte de bonnet de caoutchouc muni d'un tube de même substance; 2° d"un flacon de i ou o litres de capacité muni d'un bouchon percé de deux trous; 3° d'une pompe aspirante munie aussi d'un tube flexible. Le moignon d'amputation enveloppé de son pansement est d'abord coiffé du manchon de caoutchouc, l'orifice de

Fig. 31. —Aspirateur de M. Maisonneuve.

celui-ci embrasse exactement le pourtour du membre tandis que l'extrémité de son tube est adaptée à l'une des ouvertures du bouchon. A l'autre s'adapte le tuyau de la pompe aspirante, puis on fait agir le piston. Bientôt l'air contenu dans le flacon est en partie aspiré et chassé. Les liquides du pansement, mêlés à ceux qui suintent de la plaie, sont aspirés eux-mêmes et viennent tomber dans le flacon. Le manchon de caoutchouc privé de l'air qu'il contenait s'affaisse et s'applique exactement sur le moignon. Le poids de l'atmosphère exerçant par son intermédiaire une compression puissante maintient exactement en contact les surfaces divisées, en même temps qu'il expulse des profondeurs de la plaie tous les liquides non organisables. D'une

autre part l'opération continue, produite par la raréfaction de l'air du llacon, exerce sur ces mêmes liquides un appel incessant qui nonseulement empêche leur stagnation dans les pièces du pansement, mais encore et surtout ne permet pas que ces mêmes liquides morts puissent séjourner dans la profondeur de la plaie et y devenir en se putréfiant la cause de ces accidents redoutables dont nous avons exposé le mécanisme dans un précédent travail (1).

Échange des gaz pendant l'acte respiratoire. — Les

gaz ont la propriété de se dissoudre dans les liquides en certaine proportion, et l'expérience a démontré que : pou?' un même gaz, un même liquide et une même température, le volume de gaz absorbé ou dissous par un volume déterminé de liquide est constant, quelle que soit la.p?'ession sous laquelle s'opère la solution. On sait encore que, lorsqu'on met un liquide en présence d'un mélange gazeux, chacun des gaz est absorbé comme s'il était seul, c'est-à-dire en quantité proportionnelle à son coefficient d'absorption et à la pression qui lui est propre dans le mélange. Il résulte de là que l'air atmosphérique, par exemple, dissous dans l'eau, sera plus riche en oxygène que l'air atmosphérique seul. Ces faits sont importants à connaître pour se rendre bien compte des phénomènes de la respiration.

Au premier abord, on serait tenté de considérer le phénomène essentiel de la respiration comme un phénomène d'osmose gazeuse. Mais il n'en est pas ainsi. L'oxygène de l'air est dissous dans les liquides qui baignent la surface des bronches, et d'un autre côté l'acide carbonique est dissous dans le sang. De sorte que l'échange de ces deux gaz à travers les parois de la muqueuse pulmonaire est plutôt un phénomène d'endosmose liquide qu'un phénomène d'osmose gazeuse.

Dans cet échange, en effet, nous trouvons en présence le principe de la solubilité des gaz dans les liquides et le principe de l'endosmose.

Les phénomènes intimes de la respiration sont trop importants pour qu'on n'ait pas cherché à constater expérimentalement quelle quantité d'air est introduite dans le poumon à chaque mouvement respiratoire. On a d'abord reconnu que le volume de gaz expiré est un peu moins considérable que celui qui est inspiré. Gela tient à ce que le poumon ne se

(1) Note sur la méthode d'aspiration continue, par Maisonneuve, p. 5.

vide jamais complètement. Dans ces conditions, chaque respiration représente ce qu'on a appelé capacité respiratoire. La quantité d'air que l'on expire après une expiration ordinaire, en faisant intervenir toutes les forces expiratoires, porte le nom de réserve respiratoire. Enfin, après cette dernière expiration forcée, il reste encore quelque peu d'air qu'on désigne sous le nom de résidu. Le volume d'air représenté par la capacité respiratoire, par la réserve et par le résidu, est désigné sous le nom de capacité absolue du poumon.

Spiromètre de Hutchinson. — Plusieurs procédés ont été employés pour évaluer en chiffres ces différentes capacités. Le plus simple est celui de Hutchinson, qui est construit sur le principe des gazomètres des usines à gaz. Au moyen de cet appareil on expire, pendant un certain temps, exclusivement par la bouche, au travers d'un tube recourbé plongeant dans un vase renversé dans une cuve à eau. La quantité d'eau déplacée représente la quantité de gaz expiré pendant un temps donné. Hutchinson a donné à cet appareil le nom de spiromètre.

Smith se sert d'un masque garni de soupapes de telle sorte que l'air inspiré ne peut sortir au dehors et se rend dans un récipient convenablement disposé. Bonnet de Lyon a inventé, toujours d'après le même principe du compteur à gaz, un nouveau spiromètre qu'il désigne sous le nom de pneumatomètre .

Enfin, en 1868, MM. Bergeon et Kastres ont présenté un nouveau spiromètre qu'ils désignaient sous le nom d'anapnographe et qui enregistre la durée des mouvements d'inspiration et d'expiration, les variations de pression du courant d'air à tous les instants de la respiration et la quantité d'air inspiré ou expiré.

Les appareils dont nous venons de parler ont donné par leur application sur l'homme deux ordres de résultats :

1° La quantité d'air mise en circulation dans le poumon pendant chaque mouvement respiratoire normal est, en moyenne, de 500 cent, cubes ou 1/2 litre. Les travaux de Smith, Valentin, Bérard, Goodwin , Davy, Vierrodt, Hutchinson ont concouru par leur concordance relative à formuler cette moyenne:

2° La capacité vitale des poumons, que l'on mesure en faisant une inspiration maximum à l'air libre et une expiration maximum dans un réservoir convenablement disposé, est en rapport sensiblement constant avec le poids et la taille des

Fig. 32 et 33. — Spiromètre de M. Hutchinson.

La figure 1 représente^l'appnreil au début île l'expérience. La figure 2 représente le même appareil à la fin de l'expérience. — 3.* Index fixé au réservoir inférieur et indiquant sur la règle graduée 15, mobile avec le gazomètre, 20, le chemin parcouru par ce gazomètre quand il s'élève. Cet index indique, par conséquent, le volume du gaz introduit dans l'appareil. — 6, 7. Manomètre à liquide coloré, indiquant la différence de pression qui peut exister entre l'extérieur et l'air recueilli dans [le gazomètre. — 8, 8, 9, 9. Tiges servant de guide à l'ascension du gazomètre. — 10. Bâti sur lequel est fixée une poulie à chaque extrémité. — 11, 11. Cordes qui soulèvent la cloche en passant sur les poulies 18, 18. — 12, 12. Contre-poids destiné à soulever le gazomètre et à le maintenir en équilibre à tous les moments de l'expérience. De cette manière, l'expiration n'a pour ainsi dire à peu près aucun effort à faire pour soulever le gazomètre. — 13. Thermomètre donnant la température intérieure de l'appareil. — 14. 14. Tube en caoutchouc par lequel l'air arrive dans le gazomètre. — 15. Règle graduée fixée au gazomètre et mobile avec lui. — 10. Ouverture que présente le gazomètre à sa partie supérieure. — 17. Bouchou qui ferme l'ouverture 10. Lorsque l'expérience est terminée, comme on le voit sur la fig. 2, on soulève ce bouchon, pour que l'air s'échappe, tandis qu'on abaisse le gazomètre 20 a. la position du départ. — 18, 18. Poulie. — 19. Extrémité du tube de caoutchouc sur lequel on visse l'embout qui doit être introduit dans la bouche. — 20. Gazomètre dans lequel s'emmagasine l'air expiré. Ce gazomètre est une cloche ous'erte par en bas et renversée sur l'eau du réservoir.

individus. M. Hutchinson est le premier qui ait établi ce rapport. Les observations de M. Bonnet sont tout à fait concordantes à celles de M. Hutchinson. Cet observateur a constaté que les petites tailles présentent une capacité vitale de 2,500 à 3,000 cent, cubes, les grandes tailles une capacité vitale de 4,000 cent, cubes.

On a cherché à appliquer ces faits à la médecine, et on a eu raison, car la diminution dans le volume d'air qu'un individu peut mettre en circulation dans les poumons peut être, a l'occasion, un indice précieux pour le médecin. Cependant les résultats obtenus jusqu'à présent n'ont qu'une médiocre importance.

Le son doit être considéré au double point de vue de l'organe de l'ouïe, et au point de vue des conditions de son développement.

Déjà, en parlant des applications de l'anatomie et de la physiologie, nous nous sommes occupé de ce sujet. Ce que nous avons à en dire ici ne fera que compléter ce que nous avons exposé plus haut. Nous considérerons séparément les sons et les bruits.

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