Pus moins abondant, de meilleure nature
4 novembre. Recrudescence des accidents.- — Augmentation de la suppuration ; gargouillement à la pression, laquelle fait sortir par les ouvertures du tube un mélange de liquide et de gaz.
15 novembre. Amélioration générale; le malade peut se lever et se promener dans la salle.
27 décembre. Le tube de caoutchouc est enlevé : le malade sort de l'hôpital, conservant deux petits orifices fistuleux. — Il a repris de l'embonpoint, ne souffre plus et se trouve assez fort pour reprendre ses occupations.
Nous n'obtenons pas souvent des résultats favorables dans les abcès par congestion liés au mal de Pott. Mais l'expérience ayant démontré que l'ouverture de ces abcès par le bistouri était presque constamment suivie d'accidents graves et même mortels, on pourrait avoir peine à comprendre qu'il en soit autrement de ces mêmes abcès par le drainage. Or, nous tenons avant tout à établir que le drainage n'agit pas du tout à la manière de l'incision, et que, s'il ne réussit pas à guérir dans un certain nombre de cas, il a du moins sur les autres méthodes cet immense avantage qu'il est constamment inoffensif. Et voici, selon nous, la raison de cette innocuité. D'abord il ne désemplit point brusquement la poche purulente; il établit un écoulement lent et continu du liquide. En second lieu, il permet difficilement l'introduction de l'air dans la cavité de l'abcès. En effet, la pointe du trocart agit en écartant les fibres des tissus, et non en les divisant, de sorte que les tubes se trouvent étroitement embrassés à leurs orifices d'entrée et de sortie et ne permettent pas le passage de l'air par ces orifices. Si l'on considère d'autre part que le pus, s'écoulant constamment par les trous dont le tube est perforé, ne doit laisser que bien rarement l'air pénétrer dans le foyer, on comprendra que cet accident est bien peu à redouter. D'ailleurs, en admettant que l'air réussisse à s'introduire dans la poche et altère le liquide sécrété, les inconvénients de cette altération du pus deviennent nuls, puisque le pus est incessamment expulsé au fur et à mesure de sa production. Ce qui, dans les autres méthodes et après l'évacuation de l'abcès ostéopathique, fait le danger de la situation, c'est la rétention, dans la cavité morbide, des produits purulents altérés. — De là l'infection putride et toutes ses conséquences désastreuses.
Avec le drainage nous n'avons ni putridité du pus ni infection putride, et cela parce que le drainage est tout simplement un moyen de canalisation qui s'oppose au croupissement de la suppuration .
Les observations que nous avons recueillies démontrent : 1° que le drainage ne peut être accusé d'avoir accéléré le terme fatal; 2° qu'il a souvent apporté une amélioration incontestable dans l'état des malades, et cela pendant une période de temps assez longue pour qu'on ne puisse méconnaître la relation qui existe entre l'agent thérapeutique et l'effet produit.
Fistuliser d'aussi bonne heure que possible et avec le moins d'accidents possibles les abcès vertébraux, telle devra être la solution du problème chirurgical posé à l'égard des abcès par congestion.
Quant à la lésion originelle, la chirurgie n'a aucune prise directe. C'est affaire au traitement général, etc.
(Docteur Chassaignac. — Traité de la suppuration.)