‹ Applications médico-chirurgicales du caoutchouc vulcanisé dans l'état actuel de la scienceChapitre 71 sur 218 · CHRONIQUES (MALADIES · texte numérisé non relu

CHRONIQUES (MALADIES

dant des années, peut avoir pour résultat la production d'ulcérations, et même d'escarres ; ces lésions peuvent se manifester sur toutes les parties qui sont en contact avec les matelas, mais elles ont leur siège d'élection au niveau du sacrum et du coccyx; il n'est pas rare alors que, malgré les plus grands soins de propreté, le contact de l'urine et des fèces envenime la plaie et amène les accidents de résorption purulente auxquels les malades succombent à une époque au delà de laquelle ils auraient vécu plus ou moins de temps sans cette tormidable complication.

Le matelas hydrostatique (voir ce mot) non-seulement prévient la production des ulcérations et des escarres, mais il les fait rétrograder et disparaître, lorsqu'elles existent déjà au moment où on en commence l'emploi. Lorsque la profondeur et la multiplicité des escarres ne permet pas d'opérer leur disparition, le matelas hydrostatique fait cesser les douleurs intolérables et incessantes qu'elles causent, et les malades, dont la vie est prolongée, finissent par s'éteindre sans souffrance.

Nous ne pouvons rapporter toutes les observations qui démontrent les succès obtenus au moyen du matelas hydrostatique ; nous rappellerons seulement l'observation du jeune malade traité à l'hôpital Necker dans le service de M. le docteur Désormeaux (voir cette observation au mot Matelas hydrostatique) et celle d'une jeune fille de Bernay qui nous fut adressée par M. le professeur Trousseau. Cette jeune fille, atteinte d'escarres profondes qui avaient mis à nu le sacrum, le coccyx, les deux trochanters et la partie supérieure des fémurs, ainsi que de plaies des jambes et des pieds qui permettaient de voir le tibia et le calcanéum privés de périoste, n'avait plus que quelques jours, peut-être quelques heures à vivre au milieu des cruelles souffrances que lui faisait éprouver le contact de son matelas et de son drap sur toutes ses plaies. A peine couchée sur le matelas hydrostatique, la jeune malade sentit disparaître ses douleurs comme par enchantement ; elle vécut encore deux mois sans souffrances, reprit courage et crut à son rétablissement si elle pouvait respirer l'air de la mer. Elle put faire en chemin de fer, couchée sur son appareil, la distance qui la séparait de la Manche, et s'éteignit bientôt sans agonie, épuisée par ses énormes plaies. M. le professeur Trousseau a été témoin du fait que nous venons de rapporter.

Il est une autre souffrance cruelle pour les malades qu'une maladie chronique force à garder un décubitus prolongé, c'est celle que détermine le contact prolongé des talons sur le drap et le matelas. Cette souffrance coïncide avec la rougeur, l'ulcération et même l'escarre de la partie postérieure du pied. L'emploi du coussin calcanéen supprime à l'instant cette souffrance et ne farde pas

Page 1