LA MALADE
(Chant breton.)
Glissant au feuillage du hctre, Le blanc croissant va se coucher j Le jour jaillit de ma fenêtre^ Comme l'eau pure du rocher,
' Je suis pourtant bien jeune encore .
Pour souffrir ainsi chaque nuit; Avec ardeur j'attends l'aurore, Et toujours le sommeil me fuit!
Le soir, lorsqu'un frisson de fièvre Sans force me fait retomber, Mon cœur tremble, ainsi que ma lèvre, Dans la crainte d'y succomber.
Quand pour assister à la fête
Du printemps aux chaudes couleurs,
La haie a couronné sa tête
De ses plus odorantes fleurs;
Pendant cet hiver, savait^elle, Voyant son épineux bois mort,
Qu'un rayon la rendrait si belle, Qu'une femme envierait son sort l
Dans une de ces courtes trêves, Où parfois cesse la douleur, Le cortège confus des rêves S'agite, eh effrayant mon coeur.
Des anges qui tiennent des cierges.
Disent en leurs tristes souris:
«< Pour enterrer les femmes vierges, 11 faut bénir ces champs fleuris. »
I /ni seau de mort en son ramage, Répète : Coupez la moisson, La mort renaît au saint rivage.
Comme Téglantine au buisson !