‹ Apres l'amourChapitre 44 sur 67 · DERNIÈRES LUEURS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES LUEURS

Deux ans s'étaient passés ! deux printemps ! deux automnes!

Mes jours chargés d'ennui s'eiTcuillaicnt monotonse

J'ignorais son destin, hélas ! depuis le jour

Où son audace avait effrayé mon amour !

Et voilà qu'en pleurant^ tout à coup il m'implore 1

Voilà que je promets de le revoir encore !

J'avais cru Toublier dans mon profond sommeil.

Je ne prévoyais plus le hasard d*un réveil; Je croyais au repos de la plage ignorée, Quand j'entendis la voix de la haute marée :

Rapide elle arrivait, réveillant les échos, Ramenant le tumulte et le frisson des eaux t

Et l'entends de mon cœur le bruit sourd et terrible.

Le calme désormais me devient impossible I J'allais revivre enfin, l'entendre, le revoir, Et répéter son nom de Taube jusqu'au soir 1 Sa présence adorée allait flaire renaître L'orage de bonheur qui déborde notre être, Quand il est là celui qui fait dire tout bas : Malheureux mille fois celui qui n'aime pas!

J'écoutais!... j'attendais! pâle, inerte, immobile, Retenant ma pensée et mon souffle fébrile.

Pour laisser revenir lentement, par degré, Les rayons renaissants de ce rêve doré !

On sonne 1 on entre i Dieu I tâchons de me remettre, S'il allait voir mon trouble I eh quoi ! c'est une lettre t « Madame, non, jamais vous ne m'avez aimé !... »

Je ne lus que ces mots, mon œil s'était fermé 1

Je restai, m'a-t-on dit, bien des jours expirante, Dans ma fièvre parlant d'une indicible attente, Et puis redemandant d'un accent éperdu, Ce dernier mot de lui, qu'on ne m'a pas rendu I

ADiEU PARIS

A M. Dllphin Balleyguier

Adieu Paris! adieu la ville des merveilles !

En vain le jour naissant te couvre de lueurs, Tu fuis loin de mes yeux I Est-ce que tu sommeilles, Que tu n'as pas un cri pour répondre à mes pleurs t Adieu, beaux-arts, amis, vers, intimes soirées, Tableaux divins, tombeaux exhumant l'Orient I Adieu, jardins royaux dont les grilles dorées, S'ouvrent conuQe les deux devant le mendiant J

Le wagon siiHe et part ; les rqses du Bengale Le regardent glisser comme un fleuve en son cours; Le feu l'emporte et dit aux nuages d'opale :

Partez, nous vou» suivons, marchez, volez toujours I

Nuages, annoncez à la terre, à Fespace,

Le passage de Thomme, et dîtes au ciel bleu :

Devant l'esprit humain tout pâlit et s'ctVacc, ■ Et le mortel n'a plus d'autre maître que Dieu 1

Le buisson s'élargit, le vert tendre scintille Sur le vert plus foncé, sur les branches de fkurs« Pêle-mêle charmant où le rayon qui brille

Fait miroiter aux yeux les fuyantes couleurs. Fleur des songes, pavot, fleur au rêveur dictame. Entourant la Sologne en tes rubans pourprés, Es-tu des anciens jours la ceinture de flamme Du prêtre égyptien aux mystères sacrés?

Cependant, vers Paris, toujours mes bras se tendent, Ne pourriez-vous, métal, ne pourriez-vous, vapeur, Arrêter un instant! Les horizons se fendent Sous votre impulsion, et seul mon faible cœur Ne s^oppresserait pas sous ce poids de distance Que vous accumulez! Mais songez qu'à Paris, Aux mains de l'amitié j'ai laissé l'espérance, Que vous me répondez de ces boutons flétris... Vous m'emportez en vain, je Tentends toujours lire ; De SCS ialkxions se berce mon sommeil...

De poésie et d'art tout mon rêve s'inspire^ ' J'écoute... et de nouveau )e l'entends au réveil I

Toujours de ses accents la suave harmonie Me chante ses beaux vers ; j'entrevois tour à tour Ses regards inspirés, son front plein de génie, J'écoute son adieu me parler de retour..*

Ami, répond ma voix, c'est en vous que j'espère, Vous averdans mon cœur tous les noms les plus doux, Ils tiennent à la fois du frère aîné, du père ! Traduisez-les vous-même, ils diront toujours: vous!

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