LA MENDIANTE
En sortant du bosquet, où se dresse la tente,
Il tressaille et s'arrête I Est-ce une illusion ?
Une femme en haillons tend une main tremblante
Vers lui ! C'est impossible, étrange vision?
Cette femme ressemble... oh! ma raison s'envole! Elle encore, et toujours, en tout lieu je la vois, Son image est en moil Sans dire une parole, La femme s'approchait une seconde fois...
En doiniaiit son aumône, il la regarde en face; Quelle flamme en ses yeux d'ordinaire si doux! Baisant la pièce d'or dans l'ombre elle s'efface. Ne pouvoir lui parler sans la perdre! Est-ce vous? Est-ce un rêve? Laurence! est-il vrai que la femme Soit plus forte que l'homme au jour du dévouement?
Ou qu'elle ait moins dViTroi de montrer une flamme
Qui, venant de plus haut, brûle plus chastement? Laurence 1 je te suis, je veux te voir encore Pour la dernière fois, Laurence, encore adieu I J'ai gardé le silence, et mon âme t'adore I Mais ton cœur m'a compris, venir est un aveu. ' Dis-moi, tu regardais aux fentes de la tente Pour chercher sur mon front l'inetlaçable pli Du souvenir? pour voir si la foule enivrante Dans la coupe d'honneur m'allait verser l'oubli !
Mais que devicndrez-vous, ô ma pure Laurence! Si des pas indiscrets ont surveillé vos pas?
Faut-il subir la honte ou feindre la démence
Pour expier l'amour? Je ne soupçonnais pas Cet orage soudain 1 je croyais à la vie Toujours en fleurs, toujours en espoir, en bouton. Sans trouble, sans remords, au devoir asservie. Faisant luire sur nous son plus chaste rayon. Oui, mais la passion arrivant à l'ivresse, Comme un Ûol éperdu qui submerge ses bords, La passion marchant dans sa folle tendresse, Et toute son audace au jour où les transports Vont éclater cnhn! Non, jamais il me semble, N'avoir peni»é, Laurence, à ce fatal moment 1
Non^ Dieu m'en est témoin, quand nousétions ensemble,
Je croyais n'éprouver qu'un tendre sentiment!
. La passion, elle est dans mon âme enfermée, Gomme un grand lion fauve au fond d'un antre obscur. Mais, dans sa lutte ardente, elle s'est ranimée, Prenant pour aliment mon appui le plus sûr.
Ma volonté, ma force! elle accroît sa puissance De mes jours consumés, de mes nuits sans sommeil, Et dévore en secret jusqu'à ma résistance I Il faut me l'avouer, c'est l'heure du réveil, l/heure où le ciel en feu respire la tempête, Où la fatalité se rit de mes clForts, Où le cœur, d'un seul bond, peut emporter la téte. Où je lui laisserais pour adieu des remords 11
Pale, brisée! à bout de force et de souffrance, Dis, sans te l'avouer peut-Otrc, tu m'attends! Et je reste !... 11 me faut te sauver, 6 Laurence! Il me faut ignorer les pleurs que tu répands !