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III. Les résolutions de la Conférence

A. La stratégie et la tactique du mouvement ouvrier international dans une époque de réaction fasciste.

La crise du capitalisme universel, crise d’une étendue et d’un poids encore inconnus, montre que le capitalisme est désormais hors d’état d’utiliser les forces de production qu’il a lui-même développées et les richesses que les travailleurs ont créées sous sa maîtrise. Du fait même qu’il est devenu incapable d’assurer l’existence matérielle des masses populaires, le capitalisme place sa propre destruction par la création d’une société socialiste à l’ordre du jour de l’histoire.

Dès à présent la crise mondiale a modifié essentiellement la structure de l’économie capitaliste. La phase de l’évolution libérale et individualiste du capitalisme est révolue. Sous la pression de la crise, un capitalisme contrôlé, organisé et monopolisé, se constitue sur un rythme accéléré.

D’autre part, mais également sous l’effet de la crise économique, la démocratie a été fortement ébranlée dans les pays où elle n’avait pas encore poussé avant la guerre des racines vigoureuses. En Allemagne, le grand capitalisme et la grande propriété foncière ont exploité le désespoir des masses paupérisées de la petite bourgeoisie et de la classe paysanne pour abattre la classe ouvrière et écraser le peuple allemand tout entier sous un despotisme terroriste.

Les formes nouvelles d’économie organisée et contrôlée par l’Etat peuvent préparer le passage du capitalisme au socialisme, à la double condition que la puissance de l’Etat réside entre les mains des ouvriers et des paysans, et qu’elle trouve son contre-poids dans les organisations que les travailleurs se sont données librement à eux-mêmes. Mais quand l’Etat qui domine l’économie est une tyrannie échappant au contrôle du peuple, quand il supprime la liberté des individus et des organisations, ces mêmes conjonctures conduisent au plus effroyable des esclavages.

La crise économique a par surcroît exaspéré les antagonismes entre les Etats, renforcé la tendance réactionnaire à l’isolement économique, et par là même désorganisé l’économie universelle. Le Fascisme tend à agglomérer l’ensemble des forces nationales

sous le commandement d’un pouvoir tyrannique pour les dresser contre les autres nations. Ainsi s’aggrave le danger d’une nouvelle guerre mondiale qui ne signifie autre chose que la ruine de toute civilisation.

Le mouvement socialiste de la classe ouvrière est seul capable de conduire l’humanité vers la création d’un ordre qui permette l’utilisation totale des forces productives créées par le progrès de la technique, seul capable de garantir la paix durable sur la base de l’égalité des peuples, seul capable de préserver les libertés individuelles et intellectuelles, base de la civilisation moderne pour laquelle l’élite de l’humanité a donné sa vie sur les bûchers de la Réforme, dans les bastilles de l’absolutisme et sur les barricades des révolutions bourgeoises.

Ni la misère des masses, poussée à l’extrême par la crise du capitalisme, ni l’ébranlement politique qui en a été la conséquence, ne doivent décourager la classe ouvrière. Elle doit comprendre que ce sont là les symptômes d’une évolution sociale qui conduira nécessairement au triomphe du socialisme sous peine de se condamner à la ruine de tout le progrès humain.

Animée de cette conviction, la classe ouvrière doit renforcer sa lutte contre le capitalisme, contre le fascisme, et contre la guerre.

Dans les pays où le fascisme a vaincu, la dictature ne peut être abattue que par la révolution populaire. La force révolutionnaire une fois victorieuse du fascisme, ne se bornera pas à le briser; elle détruira sa principale base économique, c’est-à-dire le grand capitalisme et la grande propriété foncière. Elle établira la base de l’ordre nouveau, sur laquelle s’édifiera la démocratie socialiste.

Dans les pays où la démocratie continue, la classe ouvrière doit défendre de toute sa force les libertés individuelles et collectives ainsi que le suffrage universel et la liberté syndicale. Mais elle ne doit jamais oublier qu’elle ne gardera son empire sur les masses populaires et ne pourra les préserver de la démagogie menteuse du fascisme qu’en leur démontrant, par la vigueur de ses actes, qu’elle est capable de les protéger contre le capitalisme, de lutter contre le chômage et de prendre ainsi l’initiative du mouvement qui prépare la réalisation socialiste. La démocratie ne peut être efficacement défendue que dans la mesure où elle passera de la démocratie politique à la démocratie sociale.

Dans les pays où le fascisme menace directement la démocratie, la classe ouvrière doit être résolue à lutter par tous les moyens, elle ne doit reculer devant aucun sacrifice pour se défendre contre les attaques du fascisme.

Aujourd’hui, les ouvriers communistes en présence des tortures sanglantes et de l’esclavage infligés à la classe ouvrière allemande, sont obligés de reconnaître eux-mêmes que la défense des institutions démocratiques s’impose à la classe ouvrière de tous les pays, comme garantie de leur liberté et comme condition

de leur lutte. D’autre part, les événements d’Allemagne ont confirmé les ouvriers socialistes dans leur conviction que, là où la bourgeoisie a abandonné la démocratie pour se jeter dans les bras du fascisme et a frustré la classe ouvrière des moyens démocratiques de lutte, la seule voie de libération qui reste ouverte est la lutte révolutionnaire. La scission de la classe ouvrière ne peut trouver aucune justification devant la leçon de l’histoire. C’est pourquoi l’I. O. S., tout en rejetant les manœuvres du front unique, dont le but est non pas d’unir internationalement la classe ouvrière, mais d’accentuer ses divisions nationales, proclame à nouveau la volonté de n’épargner aucun effort pour réunir les forces dispersées de la classe ouvrière.

L’I. O. S. élève devant l’ensemble du monde civilisé sa protestation passionnée contre la barbarie hitlérienne. Elle adresse son salut fraternel aux victimes du fascisme hitlérien, à nos frères qui souffrent dans les prisons et dans les camps de concentration; aux femmes et aux enfants privés de leur soutien, et spécialement à nos camarades héroïques qui malgré les sévices et les tortures gardent vivante en Allemagne l’idée socialiste. Nous nous sentons solidaires du peuple allemand opprimé et nous appelons la classe ouvrière et les peuples du monde entier à la lutte contre le fascisme, ennemi mortel du prolétariat, de la liberté et de la paix.

La Conférence décide:

Tous les partis socialistes organiseront des manifestations de masse contre le fascisme dans la semaine du 9 novembre, anniversaire de la révolution allemande de 1918.

2® Tous les partis socialistes marqueront leur solidarité avec les victimes du fascisme, avec les femmes et les enfants des camarades incarcérés, avec les exilés, en soutenant de toutes leurs forces l’action de secours organisée par le Fonds Matteotti en faveur des victimes du fascisme allemand.

3® L’I. 0. S. participera à tous les efforts destinés à accentuer le boycott moral et matériel de l’hitlérisme.

4® L’I. 0. S. invite tous les peuples libres à s’unir contre les dangers de guerre que constitue le fascisme allemand et italien.

L’I. 0. S. demande que les gouvernements démocratiques portent à l’ordre du jour de la Société des Nations tous les problèmes menaçants pour la paix européenne que soulève la victoire de l’hitlérisme, notamment le réarmement de l’Allemagne, les entreprises dirigées contre l’Autriche et contre le peuple de Dantzig dont les libertés ont été garanties constitutionnellement et internationalement.

La Conférence approuve la résolution commune de la F. S. 1. et de l’I. 0. S. au sujet de la lutte contre la guerre. Elle reconnaît, pour l’Allemagne, comme pour tous les autres pays, l’égalité des droits et des devoirs, mais elle

s’oppose à tout renforcement de l’appareil belliqueux qui contribue également à l’oppression du peuple allemand.

5® L’L 0. S. appelle à la lutte contre les dangers de guerre multipliés par les victoires du fascisme. Les ouvriers des pays démocratiques ne doivent pas se laisser tenter par l’idée de guerre, même si la guerre leur était présentée comme le moyen de libérer les peuples asservis. L’expérience de l’Histoire enseigne qu’une guerre entreprise comme guerre de libération contre le despotisme s’est toujours terminée par des traités de caractère impérialiste qui ont pour conséquence de renforcer le nationalisme aussi bien chez les peuples vainqueurs que chez les peuples vaincus et risquent d’engendrer des forces de despotisme encore plus redoutables.

Si, malgré la résistance de la classe ouvrière dirigée par les Internationales (F. S. I. et I. 0. S.) la guerre éclatait cependant, les travailleurs des pays entraînés dans la lutte, même ceux des pays attaqués, n’en conserveraient pas moins le double devoir:

d’une part, de préserver l’entière indépendance et la liberté d’action de leurs organisations;

d’autre part, de maintenir leurs relations avec les Internationales en vue de travailler à la cessation, aussi prompte que possible, des hostilités.

La Conférence exprime la conviction que devant le péril que la montée croissante du fascisme nationaliste fait courir à la civilisation, il est nécessaire d’unifier l’action internationale et d’assurer une solidarité plus étroite et une coordination plus intime entre l’action des travailleurs de tous les pays. Elle repousse toute concession au nationalisme, toute pactisation avec lui.

Au nom de trente millions de chômeurs répandus à travers le monde, au nom des travailleurs exploités et réduits à la misère, au nom des masses innombrables de petits bourgeois et de paysans paupérisés, au nom de la jeunesse frustrée de son droit au travail, au nom des victimes du fascisme frappées dans leur chair, dans leur liberté et dans leur dignité humaine, la Conférence appelle tous les peuples à rejoindre l’Internationale dans la lutte contre le fascisme, contre la guerre et contre ce qui est à la base du fascisme et de la guerre: la barbarie du régime capitaliste.

B. Résolution de la Commission mixte de PL 0. S. et de la F. S. L pour le Désarmement.

La F. S. I. et la Conférence de PL 0. S. constatent que la.Conférence du Désarmement de la S. d. N. n’a pas encore abouti à des mesures positives de désarmement. D’autre part la violation continuée du pacte de la S. d. N. et des Traités par le Japon, l’extension du fascisme en Europe par l’arrivée au pouvoir des Hitlériens en Allemagne et la volonté ouverte de réarmement secret manifestée par le fascisme allemand font que

L’humanité est menacée à la fois d’une aggravation des armements, à laquelle de grands pays semblent résolus ou résignés, et de possibilités de guerre généralisée.

Ces constatations doivent amener les peuples et les gouvernements, et spécialement la classe ouvrière, à considérer la gravité de la situation créée en particulier par le réarmement d’un gouvernement qui, anéantissant tous les droits et toutes les libertés démocratiques, décide à la violence extérieure comme à la violence intérieure développant une mystique de guerre de revanche et d’expansion.

La Conférence générale du désarmement de la S. d. N. doit reprendre sans délai ses travaux, avec la ferme volonté d’aboutir à une réduction effective des armements, qui seule est à même de diminuer les dangers de guerre.

L’I. 0. S. et la F. S. I. affirment à nouveau leur point de vue commun en faveur de l’égalité des droits et des devoirs de toutes les nations, égalité qui ne peut dans aucune mesure être réalisée dans le réarmement de n’importe quel pays.

Parmi les mesures considérées par elles comme essentielles et rendues plus nécessaires par les armements clandestins et par le fait qu’il y a des pays où n’existent plus des libertés d’organisation politique et syndicale, de presse et d’opinion, la F. S. I. et l’I. 0. S. affirment la nécessité de l’abolition complète de la fabrication privée des armements et la constitution d’un contrôle par les organismes internationaux d’investigation permanente et sur place appliqué dans tous les pays.

La F. S. I. et l’I. 0. S. invitent instamment tous les affiliés de toutes les organisations ouvrières à fournir l’aide de leur activité à la constitution et au fonctionnement de ce contrôle.

En plein accord avec le congrès syndical de Bruxelles de 1933, ri. 0. S. et la F. S. I. déclarent que la grève générale r^^ste le suprême moyen d’action de la classe ouvrière contre la gut^r;’'^, tous les moyens de pression politique et parlementaire ayant été mis en œuvre et s’étant avérés insuffisants.

Dans le cadre des pactes internationaux actuels, le moment pour l’intervention suprême de la classe ouvrière est déterminé par le recours à l’arbitrage, soit que le Président du Conseil de la S. d. N. le provoque en vertu de l’art. 11 du Pacte, soit qu’un gouvernement par application de la Charte de la S. d. N., ou du pacte de Paris le réclame, soit qu’à défaut, la F. S. I. et l’I. 0. S. elles-mêmes le jugent indispensable en raison de la gravité des événements internationaux. Tout pays qui refuse d’accepter cette procédure doit être considéré comme agresseur par le mouvement ouvrier international. A partir de ce moment, le devoir des travailleurs organisés est de déclancher la grève générale dans ce pays. Le devoir des organisations des autres pays est de soutenir ce mouvement et d’instituer le boycottage du pays agresseur.

Les deux Internationales attirent l’attention du monde sur les dangers de la violation répétée et tolérée des pactes généraux

et des traités. Ainsi on diminue l’autorité des instances internationales et on accroît tous les jours la possibilité d’un retour à l’anarchie internationale qui a déjà provoqué la guerre de 1914, et qui a déjà permis une guerre de conquête en Extrême-Orient dans les temps récents par la non-application des nouveaux traités internationaux.

Les gouvernements doivent donc savoir que le socialisme et les organisations ouvrières les rendront responsables, si une politique internationale plus hardie et plus vigoureuse n’est pas pratiquée par eux.

A l’heure où les gouvernements fascistes déchaînent les inquiétudes et les méfiances, les gouvernements des démocraties ont l’impérieux devoir de ne montrer aucune complaisance à ces violations de conventions internationales et de ne s’associer à aucune défaillance dans la tâche du désarmement.

La Conférence du Désarmement ne peut ni disparaître, ni faillir pour laisser la voie libre au réarmement, à une course nouvelle dans la Paix armée, et à la catastrophe mondiale.

Un traité de désarmement substantiel, rigoureusement contrôlé est une garantie de sécurité universelle. Il faut qu’il soit conclu.

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