L ^UNIVERS ET DIEU
L'idée que les religions se sont faites de Dieu s^appuyait sur une révélation prétendue surnaturelle. Nous admettons encore aujourd'hui une révélation des lois supérieures, mais celle-là est rationnelle et progressive; elle se fait à notre pensée par la logique des choses et par le spectacle du monde. Cette révélation est écrite dans deux livres sans cesse ouverts sous nos yeux : le livre de PUnivers, oii les œuvres divines apparaissent en caractères grandioses ; le livre de la Conscience, dans lequel sont gravés les préceptes de la morale. Les indications des Esprits, recueillies sur tous les points du globe par des procédés simples et naturels, n'ont fait que la confirmer. C'est au moyen de ce double enseignement que la raison humaine communie avec la raison divine au sein de la nature universelle, qu'elle en comprend, qu'elle en goûte les harmonies et les beautés.
A l'heure oii le silence et la nuit s'étendent sur la terre, quand tout repose dans les demeures humaines, si nous portons nos regards vers l'infini des cieux, nous le verrons parsemé de feux innombrables. Des astres radieux, des soleils éblouissants, suivis de leurs cortèges de planètes, évoluent par millions dans les profondeurs. Jusque dans* les régions les plus reculées, des groupes stellaires se déploient comme des échar-
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pes lumineuses. En vain le télescope sonde les cieux, nulle part il ne trouve de bornes à l'Univers ; partout les mondes succèdent aux mondes et les soleils aux soleils; partout des légions d^astres se multiplient au point de se confondre en une brillante poussière dans les abîmes sans fond de l'espace.
Quelle parole humaine pourrait vous décrire, merveilleux diamants de Técrin céleste? Sirius. vingt fois plus grand que notre Soleil, lui-même égal à plus d'un million de globes terrestres réunis ; Aldébaran, Véga. Procyon, soleils roses, bleus, écarlates, astres d'opale et de saphir, qui déversez dans l'étendue vos rayons multicolores, rayons qui, malgré une vitesse de soixante et dix mille lieues par seconde, n'arrivent à nous qu'après des centaines et des milliers d'années ! Et vous, nébuleuses lointaines, qui enfantez des soleils, univers en formation, tremblantes étoiles à peine perceptibles, qui êtes des foyers gigantesques de chaleur, de lumière, d'électricité et de vie, mondes étincelants, sphères immenses, et vous, peuples innombrables, races, humanités sidérales qui les habitez ! notre faible voix s'essaye vainement à proclamer votre majesté, votre splendeur ; impuissante, elle se tait, tandis que notre regard ébloui contemple le défilé des astres.
Et lorsque ce regard abandonne les vertigineux
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espaces pour observer les mondes voisins de la Terre, les sphères, filles du Soleil, qui gravitent comme nous autour du foyer commun, qu'observe-t-il à la surface? Des continents et des mers, des monts et des plaines, d'épais nuages chassés par les vents, des neiges et des bancs de glace accumulés autour des pôles. Nous apprenons que ces mondes possèdent de Pair, de Peau, de la chaleur, de la lumière, des saisons, des climats, des jours, des nuits, en un mot toutes les conditions de la vie terrestre, ce qui nous permet de voir en eux le séjour d'autres familles humaines, de croire, avec la science, qu'ils sont habités, l'ont été ou le seront un jour. Tout cela, astres flamboyants, chefs de systèmes, planètes secondaires, satellites, comètes vagabondes, tout cela, suspendu dans le vide, s'agite, s'éloigne, se rapproche, parcourt des orbes déterminées, emporté par des vitesses effrayantes à travers les régions sans fin de l'immensité. Partout le mouvement, l'activité, la vie, se manifestent dans le spectacle de l'Univers, peuplé de mondes innombrables, roulant sans repos dans la profondeur des cieux.
Une loi règle cette circulation formidable, la loi universelle de gravitation. Elle seule soutient, fait mouvoir les corps célestes ; elle seule dirige autour des soleils lumineux les planètes obéissantes. Et cette loi régit tout dans la nature, de-
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poia l'atome jusqu'à l'astre, La même force qui, soQS le nom d'attraction, retient les moadesdans leurs orbes, sous celui de cohésion, groupe les moléculea et préside à la formation des corps chimiques.
Si, après ce regard rapide jeté sur les cieux, nous comparions la Terre que nous habitons aux puissants soleils qui se balancent dans l'éther, elle nous paraîtrait à peine auprès d'eux comme un grain de sable, comme un atome flottant dans l'infini. La Terre est un des plus petits astres du ciel. Et cependant, qu'elle harmonie dans sa forme, qu'elle variété dans sa parure I Voyez ses continents découpés, ses péninsules effilées et les guirlandes d'îles qui les entourent; voyez ses mers imposantes, ses lacs, ses forêts ; et ses végétaux, depuis le cèdre qui couronne le sommet des monts jusqu'à l'humble fleur à demi cachée dans la verdure ; énumérez les êtres vivants qui la peuplent: oiseaux, insecteset plantes, vous reconnaîtrez que chacune de ces choses est une œuvre admirable, une merveille d'art et de précision.
Et le corps humain, n'est-il pas un vivant laboratoire, un instrument .dont le mécanisme touche à la perfection ? Étudions en lui la circulation du sang, cet ensemble de valvules et de soupapes semblables à celles d'une machine à vapeur. Examinons la structure de l'œil, cet appareil si compliqué qu'il surpasse tout ce que
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l'industrie de Phomme peut rêver; la construction de l'oreille, si admirablement disposée pour recueillir les ondes sonores ; le cerveau, dont les circonvolutions internes ressemblent à Tépanouissement d'une fleur. Considérons tout cela, puis, quittant le monde"^ visible, descendons plus bas dans l'échelle des êtres, pénétrons dans ces gouffres de vie que le microscope nous révèle ; observons ce fourmillement d'espèces et de races qui confond la pensée. Chaque goutte d'eau, chaque grain de poussière est un monde, et les infiniments petits qui le peuplent sont gouvernés par des lois aussi précises que les géants de l'espace. Tout est plein d'êtres, d'embryons, de germes. Des millions d'infusoires s'agitent dans les gouttes de notre sang, dans les cellules des corps organisés. L'aile d'une mouche, le moindre atome de matière, sont peuplées de légions de parasites. Et tous ces animalcules sont pourvus d'appareils de mouvement, de systèmes nerveux, d'organes de sensibilité qui en font des êtres complets, armés pour la lutte et les nécessités de l'existence. Jusqu'au sein de l'Océan, à des profondeurs de huit mille mètres, vivent des êtres frêles, délicats, phosphorescents, qui fabriquent de la lumière et ont des yeux pour la voir.
Ainsi, dans tous les milieux imaginables, une fécondité sans bornes préside à la formation des êtres. La nature est dans un enfantement per-
pétuel. De même que l'épi est en germe dans la graine, le chêne dans le gland et la rose dans son bouton, ainsi des genèses de mondes s'élaborent dans la profondeur des deux étoiles. Partout la vie engendre la vie. D'échelons en échelons, d'espèces en espèces, dans un enchaînement continu, elle s'élève des organismes les plus simples, les plus rudimentaires, jusqu'à l'être pensant et conscient, en un mot jusqu'à l'homme.
Une puissante unité régit le monde. Une ^eule substance, l'éther ou fluide universel, constitue dans ses tranformations infinies l'innombrable variété des corps. Cet élément vibre sous l'action des forces cosmiques. Suivant la vitesse et le nombre de ses vibrations, il produit la chaleur, la lumière, l'électricité ou le fluide magnétique. Que ces vibrations se condensent et aussitôt les corps apparaissent.
Et toutes ces formes se relient, toutes ces forces s'équilibrent, se marient en de perpétuels échanges, dans une étroite solidarité. Du minéral à la plante, de la plante à l'animal et à l'homme, de l'homme aux êtres supérieurs, l'affinage de la matière, l'ascension de la force et de la pensée se produisent sur un rythme harmonique. Une loi souveraine règle sur un plan uniforme les manifestations de la vie, tandis qu'un lien invisible rattache tous les univers et toutes les âmes.
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Du travail des êtres et des choses, une aspiration se dégage, l'aspiration vers l'infini, vers le parfait. Tous les effets, divergents en apparence, convergent en réalité vers un même centre, toutes les fins se coordonnent, forment un ensemble, évoluent vers un même but. Et ce but, c'est Dieu, Dieu, centre de toute activité, fin dernière de toute pensée et de tout amour.
L'étude de la nature nous montre en tous lieux l'action d'une volonté cachée. Partout la matière obéit à une force qui la domine, l'organise et la dirige. Toutes les forces cosmiques se ramènent au mouvement, et le mouvement c'est l'Être, c'est la Vie. Le matérialisme explique la formation du monde par la danse aveugle et le rapprochement fortuit des atomes. Mais a-t-on jamais vu le jet au hasard des lettres de Talphabet produire un poènje ? Et quel poème que celui de la vie universelle 1 At-on jamais vu un mélange de matériaux produire de luimême un édifice de proportions imposantes ou une machine aux rouages nombreux et compliqués? Livrée à elle-même, la matière ne peut rien. Inconscients et aveugles, les atomes ne sauraient se diriger vers un but. L'harmonie du monde ne s'explique que par l'intervention d'une volonté. C'est par l'action des forces sur la matière, c'est par l'existence de lois sages
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et profondes que cette Volonté se manifeste dans l'ordre de rUiiivers.
On objecte souvent que tout n'est pas harmonique dans la nature. Si elle produit des merveilles, dit-on, elle produit aussi des monstres. Le mal partout côtoie le bien. Si la lente évolution des choses semble préparer le monde à devenir le théâtre de la vie, il ne faut pas perdre de vue le gaspillage des existences et la lutte ardente des êtres. Il ne faut pas oublier que des tempêtes, des tremblements de terre, des éruptions de volcans désolent parfois la terre et détruisent en quelques instants les travaux de plusieurs générations.
Oui, sans doute, il y a des accidents dans l'œuvre de la nature, mais ces accidents n'excluent pas l'idée d'ordre, de finalité ; au contraire, ils viennent à l'appui de notre thèse, car nous pourrions nous demander pourquoi tout n'est pas accident.
L'appropriation des causes aux effets , des moyens au but, l'appropriation des organes entre eux, leur adaptation aux milieux, aux conditions de la vie sont manifestes. L'industrie de la nature, analogue sur bien des points et supérieure à celle de l'homme, prouve l'existence d'un plan, et la mise en œuvre des éléments qui concourent à sa réalisation dénote une cause occulte, infiniment sage et puissante.
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Quant à l'objection des monstres, elle provient d'un défaut d'observation. Les monstres ne sont que des germes déviés. Si un homme en tombant se casse la jambe, en fera-t-on remonter la responsabilité à la nature et à Dieu ? De même, par suite d'accidents, de désordres survenus pendant la gestation, les germes peuvent subir des déviations dans le sein de la mère. Nous sommes habitués à dater la vie de la naissance, de l'apparition de l'être à la lumière, mais la vie a son point de départ beaucoup plus loin.
L'argument tiré de l'existence des fléaux a pour origine une fausse interprétation du but de la vie. Celle-ci ne doit pas seulement nous procurer des avantages : il est utile, il est nécessaire qu'elle nous présente aussi des difficultés, des obstacles. Nous sommes tous nés pour mourir, et nous nous étonnons que certains hommes meurent par accident! Êtres passagers en ce monde, dont nous n'emportons rien dans Tau delà, nous nous lamentons de la perte de biens matériels, de biens qui se seraient perdus d'euxmêmes en vertus des lois naturelles I Ces événements effroyables, ces catastrophes, ces fléaux, portent en eux un enseignement. Ils nous rappellent que nous n'avons pas seulement à attendre de la nature des choses agréables, mais surtout des choses propices à notre éducation et à notre avancement ; que nous ne sommes
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8 ici-bas pour jouir et nous endormir dans la iétude, mais pour lutter, travailler, combattre. 1 nous disent que l'homme n'est pas fait uniement pour la terre, qu'il doit regarder plus ut, ne s'attacher aux choses nmtérielles que na une juste mesure et songer que son être îst pas détruit par la mort.
La doctrine de l'évolution n'exclut pas celle e causes premières et des causes finales. La a? haute idée que l'on puisse se faire d'un ornnateur, c'est de le supposer formant un monde pable de se développer par ses propres forces, non par une intervention incessante et de coninels miracles.
La science, à mesure qu'elle avance dans la nnaissance de la nature, a pu faire reculer eu, mais Dieu a grandi en reculant. L'Être irnel au point de vue théorique de l'évolution, ; devenu autrement majestueux que le Dieu itasque de la Bible. Ce que la science a ruiné à nais, c'est la notion d'un Dieu anthropomore, fait à l'image de l'homme et extérieur au )nde physique. Mais une notion plus haute est nue se substituer à celle-ci, celle d'un Dieu manent, toujours présent au sein des choses. idée de Dieu n'exprime plue aujourd'hui pour us celle d'un être quelconque, mais l'idée de :tre, lequel contient tous les êtres.
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L'Univers n'est plus cette création, cette œuvre tirée du néant dont parlent les religions. L'Univers est un organisme immense, animé d'une vie éternelle. De même que notre propre corps est dirigé par une volonté centrale qui commande ses actes et règle ses mouvements, de même que chacun de nous, à travers les modifications de sa chair, se sent vivre dans une unité permanente que nous nommons l'Ame, la Conscience, le Moi, ainsi l'Univers, sous ses formes changeantes, variées, multiples, se connaît, se réfléchit, se possède dans une Unité vivante, dans une Raison consciente qui est Dieu.
L'Être suprême n'existe pas en dehors du monde ; il en est partie intégrante, essentielle. Il est l'Unité centrale oîi viennent aboutir et s'harmoniser tous les rapports. Il est le principe de solidarité et d'amour par le juel tous les êtres sont frères. Il est le foyer d'où rayonnent et se répandent dans l'infini toutes les puissances morales : la Sagesse, la Justice et la Bonté !
Il n'est donc pas de création spontanée, miraculeuse ; la création est continue, sans commencement ni fin. L'Univers a toujours existé. Il possède en soi son principe de force, de mouvement . Il porte son but en lui-même . Le Monde se renouvelle incessamment dans ses parties ; dans son ensemble, il est éternel. Tout se transforme, tout évolue par le jeu continu
de la vie et de la mort, mais riea ne périt. Tandis que, dans les cieux, des soleils s'obscurcissent et s'éteignent, taudis que des inondes vieillis se désagrègent et s'évanouissent, sur d'autres pointa, des systèmes nouveaux s'élaborent, des astres s'allument, des mondes naissent à la lumière. A côté de la décrépitude et de la mort, des humanités nouvelles s'épanouissent dans un rajeunissement éternel.
Et l'œuvre grandiose se poursuit à travers les temps sans bornes et les espaces sans limites, par le travail de tous les êtres, solidaires les uns des autres et au profit de chacun d'eux. L'Univers nous offre le spectacle d'une évolution incessante, à laquelle tous concourent, tous participent. Un principe immuable préside à cette œuvre gigantesque. C'est l'Unité universelle, l'unité divine, laquelle embrasse, relie, dirige tontes les individualités, toutes les activités particulières, en les faisant converger vers un but commun qui est la Perfection dans la plénitude de l'existence.
En même temps que les lois du monde physique nous montrent l'action d'un sublime ordonnateur, les lois morales, par l'intermédiaire de la conscience et de la raison, nous parlent élc-
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quemmeat d'un principe de justice, d'une providence universelle.
Le spectacle de la nature; la vue des cieux, des montagnes, de la mer, présentent à notre esprit ridée d'un Dieu caché dans TUnivers.
La conscience le montre en nous, ou plutôt elle montre en nous quelque chose de Lui, et ce quelque chose, c'est le sentiment du Devoir et du Bien ; c'est un Idéal moral vers lequel tendent les facultés de Tesprit et les sentiments du cœur. Le devoir ordonne impérieusement; il s'impose ; sa voix commande à toutes les puissances de l'âme. Ily a en lui une force qui pousse les hommes jusqu'au sacrifice, jusqu'à la mort. Lui seul donne à Texistence sa grandeur, sa dignité. La voix de la conscience est la manifestation en nous d'une Puissance supérieure à la matière, d'une Réalité vivante et agissante.
La raison nous parle également de Dieu. Les sens nous font connaître le monde matériel, le inonde des effets • la raison nous révèle le monde
des causes. La raison est supérieure à l'expérience. Celle-ci constate les faits, la raison les groupe et en déduit les lois. Elle seule nous démontre qu'à l'origine du mouvement et de la vie se trouve Tlntelligence, que le moins ne peut contenir le plus, ni Tinconscient produire le conscient, ce qui résulterait cependant de la conception d'un Univers s'ignorant lui-même. La
a (iéconvert les lois universelles avant ienàe ; celle-ci n'a fait que confirmer ses t en fournir la preuve. Mais il y a des
dans la raison ; cette faculté n'est pas lent développée chez tous les hommes, 'inégalité et la variété de leurs opinions.
lomme savait se recueillir et s'étudier luis'il écartait de son âme toute l'ombre qu'y lient 1^ passions ; si, déchirant le voile ont les préjugés, l'ignorance, les sophisnt enveloppée, il descendait au fond de sa nce et de sa raison, ily trouverait le prîiiane vie intérieure tout opposée à la vie ars. Par elle, il pourrait entrer en relation nature entière, avec l'univers et Dieu, et e lui donnerait comme un avant-goftt de le lui réservent l'avenir d'outre-tombe et ides supérieurs. Là aussi est le dépôt mysoù tous ses actes, bons ou mauvais, s'ins- , oii tous les faits de sa vie se gravent en res ineffauables^pour reparaître dans une santé clarté à l'heure de la mort.
>is une voix puissante, un chant grave et j'élève de ces profondeurs de l'être, retenlilieu des occupations frivoles et des soulotre vie pour nous rappeler au devoir, r k celui qui refuse de l'entendre ! Un jour i où le brûlant remords lui apprendra
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qu'on ne repousse pas en vain les avertissements de la conscience.
Oui, il est en chacun de nous des sources cachées d'où peuvent jaillir des flots de vie et d'amour, des vertus, des puissances sans nombre. C'est là, c'est dans ce sanctuaire intime qu'il faut chercher Dieu. Dieu est en nous, ou tout au moins, il y a en nous un reflet de Lui. Or, ce qui n'est pas ne saurait être reflété. Les âmes reflètent Dieu comme les gouttes de la rosée du matin réfléchissent les feux du soleil, chacune suivant son éclat et son degré de pureté.
C'est par cette réfraction, par cette [perception intérieure, et non par l'expérience des sens, que les hommes de génie, les grands missionnaires, les prophètes ont connu Dieu et ses lois et les ont révélés aux peuples de la terre.
Peut-on pousser plus loin que nous l'avons fait la définition de Dieu ? Définir, c'est limiter. En face de ce grand problème, l'humaine faiblesse apparaît. Dieu s'impose à notre esprit, mais il échappe à toute analyse. L'Être qui remplit le temps et l'espace ne sera jamais mesuré par des êtres que le temps et l'espace limitent. Vouloir définir Dieu, ce serait le circonscrire et presque le nier.
Les causes secondaires de la vie universelle s'expliquent, mais la cause première reste insai-
sissable dans son immensité. Nous ne parviendrons à la comprendre qu'après avoir traversé bien des fois la mort.
Tout ce que nous pouvons dire pour nous résumer, c'est que Dieu est la Vie, la Raison, la Conscience dans leur plénitude. Il est la Cause éternellement agissante dé tout ce qui est. Il est la Communion universelle où chaque être vient puiser Pexistence pour ensuite concourir dans la mesure de ses facultés grandissantes et de son élévation à i'harmonie de Tensemble.
Nous voilà bien loin du Dieu des religions, du Dieu « fort et jaloux » qui s'entoure d'éclairs, réclame des victimes sanglantes et punit pour l'éternité. Les Dieux anthropomorphiques ont vécu. On parle bien encore d'un Dieu auquel on attribue les faiblesses et les passions humaines, mais ce Dieu voit chaque jour s'amoindrir son empire.
Jusqu'ici l'homme n'a vu Dieu qu'à travers son propre être, et l'idée qu'il s'en est faite a varié selon qu'il le contemplait avec l'une ou l'autre de ses facultés. Considéré à travers le prisme des sens, Dieu est multiple ; toutes les forces de la nature sont des Dieux ; ainsi est né le polythéisme. Vu par l'intelligence, Dieu est double, esprit et matière, de là le dualisme. A la raison pure, il apparaît triple : âme, esprit et corps. Cette conception a donné naissance aux religions
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trinitaires de l'Inde et au Christianisme. Perçu par la volonté, faculté maîtresse qui résume toutes les autres, saisi parla perception intime, propriété lentement acquise, comme s'acquièrent toutes les facultés du génie, Dieu est l'Unique et l'Absolu. En lui, les trois principes constitutifs de l'univers se relient pour constituer une Unité vivante.
Ainsi s'explique la diversité des religions et des systèmes, d'autant plus élevés qu'ils ont été conçus par des esprits plus purs et plus éclairés. Quand on considère les choses de haut, les oppositions d'idées, les religions et les faits historiques s'expliquent et se réconcilient dans une synthèse supérieure.
L'idée de Dieu, sous les formes diverses qu'elle a revêtues, évolue entre deux écueils sur lesquels ont échoué nombre de systèmes. L'un est le Panthéisme, qui conclut à l'absortion finale des êtres dans le grand Tout. L'autre est la notion d'infini qui éloigne tellement Dieu de l'homme qu'elle semble supprimer tout rapport entre eux.
La notion d'infini a été combattue par certains philosophes. Quoique incompréhensible, on ne saurait cependant l'écarter, car elle reparaît en toutes choses. Par exemple, qu'y a-t-il de plus solide que l'édifice des sciences exactes ? Le nombre en est la base. Sans le nombre, il n'est
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aux humanités, se fait graduelle et progressive, par le ministère de ses grands Esprits. L'intervention providentielle se manifeste dans Phistoire par Papparition, aux temps voulus, au sein de ces humanités, des âmes d'élite chargées d'y introduire les innovations, les découvertes qui accéléreront leurs progrès ou d'enseigner les principes d'ordre moral nécessaires à la régénération des sociétés.
Quant à l'absorption finale des êtres en Diea, le Druidisme y échappait en faisant de ceugant^ cercle supérieur renfermant tous les autres cercles, la demeure exclusive de l'Être divin. L'évolution et le progrès des âmes, se poursuivant dans le sens de l'infini, ne pouvaient avoir de terme.
Reprenons le problème du mal, qui a préoccupé tant de penseurs et dont nous n'avons parlé qu'incidemment.
Pourquoi Dieu, cause première de tout ce qui est, demandent les sceptiques, laisse-t-il subsister le mal dans l'univers ?
Nous avons vu que le mal physique, ou ce qui est considéré comme tel, n'est en réalité qu'un ordre de phénomènes naturels. Leur caractère malfaisant s'est expliqué, dès que l'on a connu la véritable raison des choses. L'éruption d'un volcan n'est pas plus extraordinaire que l'ébul-
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Ce n'est pas sur notre monde et dans notre temps qu'il faut chercher l'idéal parfait, mais dans l'immensité des, mondes et l'éternité des temps.
Et cependant, si Ton suit le perfectionnement continu des conditions vitales de la planète, la lente évolution des espèces et des races à travers les âges ; si l'on considère l'homme des temps préhistoriques, l'anthropoïde des cavernes, aux instincts féroces, et les conditions de sa vie misérable, et que Ton compare ensuite ce point de départ aux résultats obtenus par la civilisation actuelle, on verra clairement la tendance constante des êtres et des choses vers un idéal de perfection. L'évidence même, en nous montrant que la vie toujours s'améliore, se transforme et s'enrichit, que la somme du bien s'augmente sans cesse et que la somme des maux s'amoindrit, nous oblige à reconnaître cet acheminement graduel des humanités vers le Mieux.
Si l'on aperçoit des temps d'arrêt et parfois même des reculs dans ce grand mouvement, il ne faut pas oublier que l'homme est libre, qu'il peut se déterminer à son gré dans un sens ou dans un autre, et que son perfectionnement n'est possible que lorsque sa volonté s'accorde avec la loi.
Le mal, opposition à la loi divine, ne peut être l'œuvre de Dieu ; c'est donc l'œuvre de l'homme, la conséquence de sa liberté. Mais le mal, comme
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Tombre, n*a pas d'existence réelle ; c'est plutôt un effet de contraste. Les ténèbres se dissipent devant la lumière ; de même le mal s'évanouit dès que le bien paraît. Le mal, en un mot, n^est que l'absence du bien.
On se dit parfois que Dieu aurait pu créer les âmes parfaites et leur épargner ainsi les vicissitudes et les maux de la vie terrestre. Sans nous occuper de savoir si Dieu aurait pu former des êtres semblables à lui, nous répondrons que, de ce fait, la vie et l'activité universelles, la variété, le travail, le progrès n'auraient plus eu de but, et le monde se serait figé dans son immobile perfection. Or, la magnifique évolution des êtres à travers les temps, l'éclosion des âmes et des mondes, s'élevant vers l'Absolu, n'estelle pas préférable à un morne et éternel repos ? Un bien que Ton n'a ni mérité ni conquis serat-il un bien, et celui qui l'obtiendrait sans effort pourrait -il seulement en apprécier la valeur ?
Devant la vaste perspective de nos existences, dont chacune est un combat pour la lumière, devant cette ascension prodigieuse de l'être s'é* levant de cercles en cercles vers le Parfait, le problème du mal disparaît.
Sortir des basses régions de la matière et gravir tous les échelons de l'immense hiérarchie des Esprits, s'affranchir du joug des passions et conquérir une à une toutes les vertus, toutes les
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sciences, telle est la fin pour laquelle la Providence a formé lea âmes et pour laquelle elle a disposé les mondes, théâtres prédestinés de leors lattes et de leurs travaux.
Croyons en Elle et bénissons-la I Croyons en cette Providence généreuse qui a tout fait pour notre bien; rappelons- nous que s'il paraît exister des lacunes à son œuvre, elles ne proviennent qae de notre ignorance et de notre insuffisante raison. Croyons en Dieu, grand esprit de la Nature, qui préside au triomphe définitif de la Justice dans l'Univers. Ayons confiance en sa sagesse, qui réserve des compensations à toutes les souffrances, des joies pour toutes les douleurs, et avançons d'an cœur ferme vers les destinées qu'il nous a choisies.
Il est beau, il est consolant et doux de pouvoir marcher dans la vie, le front levé vers les cieux, sachant que, même dans les orages, au sein des épreuves les plus cruelles, au fond des cachots comme au bord des abîmes, une Providence, une loi divine plane sur nous, régit nos actes ; que Je nos luttes, de nos tortures, de nos larmes, elle fait sortir notre propre gloire et notre bonheur. C'est là, dans cette pensée, qu'est toute la force de l'homme de bien.
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même s'organiser et produire la vie. Dépourvue d'unité, elle se désagrège et se divise à l'infini. En nous, au contraire, toutes les facultés, toutes les puissances intellectuelles et morales se groupent dans une unité centrale qui les embrasse, les relie, les éclaire ; et cette unité, c'est la conscience, la personnalité, le Moi, en un mot, TAme.
L'Ame est le principe de la vie, la cause de la sensation ; c'est la force invisible, indissoluble qui régit notre organisme et maintient l'accord entre toutes les parties de notre être (1). Les facultés de l'âme n'ont rien de commun avec la matière. L'intelligence, la raison, le jugement, la volonté, ne sauraient être confondus avec le sang de nos veines ou la chair de nos muscles. Il en est de même de la conscience, de ce privilège que nous avons de peser nos actes, de discerner le bien du mal. Ce langage intime qui s'adresse à tout homme, au plus humble comme au plus élevé, cette voix dont les murmures peuvent troubler l'éclat des plus grandes gloires, n'a rien de matériel.
Des courants contraires s'agitent en nous. Les appétits, les désirs passionnels s'y heurtent
(1) Cela à Taide d'un fluide vital qui lui sert de véhicule pour la transmission de ses ordres aux organes. Nous reviendrons plus loin sur ce troisième élément appelé périsprit.
contre la raison et le sentiment du devoir. Or, si nous n'étions que matière, nous ne connaîtrions pas ces luttes, ces combats ; nous nous laisserions aller sans regrets, sans remords à nos tendances naturelles. A.u contraire, notre volonté est fréquemment en conflit avec nos instincts. Par elle, nous pouvons échapper aux influences de la matière, la dompter, en faire un instrument docile. Ne voit-on pas des hommes nés dans les conditions les plus difficiles surmonter tous les obstacles, la pauvreté, la maladie, les infirmités, et parvenir au premier rang par leurs énergiques et persévérants efforts ? Ne voit-on pas la supériorité de Pâme sur le corps s'affirmer d'une manière plus éclatante encore dans le spectacle des grands sacrifices et des dévouements historiques ? Personne n'ignore comment les martyrs du devoir, de la vérité révélée avant l'heure, comment tous ceux qui, pour le bien de l'humanité, ont été persécutés, suppliciés, cloués au gibet, cnt pu, au milieu des tortures, jusqu'au seuil de la mort, dominer la matière et, au nom d'une grande cause, imposer silence aux cris de la chair déchirée 1
S'il n'y avait en nous que matière, nous ne verrions pas, lorsque notre corps est plongé dans le sommeil, l'esprit continuer à vivre et agir sans l'aide d'aucun des cinq sens, et nous montrer par là qu'une activité incessante est la con-
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dition même de sa nature. La lucidité magnétique, la vision à distance sans le secours des yeux, la prévision des faits, la pénétration de la • pensée, sont autant de preuves évidentes de l'existence de Pâme.
Ainsi donc, faible ou puissant, ignorant ou éclairé, un esprit vit en nous, régit ce corps qui n'est, sous sa direction, qu'un serviteur, un simple instrument. Cet esprit est libre et perfectible, par suite responsable. Il peut à son gré s'améliorer, se transformer, tendre vers le bien. Confus chez les uns, lumineux chez les autres, un idéal éclaire sa voie. Plus cet idéal est grand, plus les œuvres qu'il inspire sont utiles et glorieuses. Heureuse Tâme qu'un noble enthousiasme soutient dans sa marche : Amour de la vérité, de la justice , amour de la patrie, de Phumanité ! Son ascension sera rapide , son passage ici-bas laissera des traces profondes, un sillon d'oii lèvera une moisson bénie.
L'existence de l'homme établie, le problème de l'immortalité se pose aussitôt. C'est là une question de la plus grande importance, car l'immortalité est la seule sanction qui s'offre à la loi morale, la seule conception qui satisfasse nos idées de justice et réponde aux plus hautes espérances de la race humaine.
Si notre entité spirituelle se maintient et per-
connaître, de savoir, que rien ne peut apaiser f Si tout cessait au tombeau, pourquoi ces besoins, ces rêves, ces tendances inexplicables ? Ce cri puissant de l'être humain qui retentit à travers les siècles, ces espérances infinies, ces élans irrésistibles vers le progrès et la lumière ne seraient donc que les attributs d'une ombre passagère, d'une agrégation de molécules h peine formée, aussitôt évanouie ? Qu'est donc la vie terrestre, si coarte qu'elle ne nous permet même pas, dans sa plus grande durée, d'atteindre les bornes jie la science; si pleine d'impuissance, d'amertume, de désillusion, qu'en elle rien ne satisfait entièrement ; oii, après avoir cru saisir l'objet de nos désirs, insatiables, nous nous laissons emporter vers un but toujours plus lointain, plus inaccessible ? La persistance que nous mettons à poursuivre, malgré les déceptions, un idéal qui n'est pas de ce monde, un bonbeur qui nous fuit toujours, est une indication suffisante qu'il y a autre chose que la vie présente. La nature ne saurait donner à l'être des aspirations, des espérances irréalisables. Les besoins infinis de l'àme appellent forcément une vie infinie.
XI. — La Pluralité des Existences Sous quelle forme se déroule la vie immortelle, et qu'est-ce en réalité que la vie de l'àme?
Pour répondre h ces questions, il noua faut reprendre à sa source et examiner dans son ensemble le problème des existences.
Nous savons que, sur notre globe, la vie apparaît d'abord sous les aspects les plus simples, les plus élémentaires, pour s'élever, par une progression constante, de formes en formes, d'espèces en espèces, jusqu'au type humain, couronnement de la création terrestre. Graduellement, les organismes se développent et s'affinent, la sensibilité s'accroît. Lentement, la vie se dégage des étreintes de la matière ; l'instinct aveugle fait place à l'intelligence et à la raison.
Cette route effrayante, cette échelle de l'évolution progressive, dont les bas degrés plongent dans un ténébreux abîme, chaque âme l'a-t-elle parcourue ? Avant d'acquérir la conscience et la liberté, avant de se posséder dans la plénitude de sa volonté, a-t-elle dû animer les organismes rndimentaires, revêtir les formes inférieures de la vie ? En un mot, est-elle passée par l'animalité ? L'étude du caractère humain, encore empreint de bestialité, nous porte à le croire.
Le sentiment de l'absolue justice nous dit en outre que l'animal, pas plus que l'homme ne doit vivre et souffrir en vne du néant. Une chaîne ascendante et continue relie toutes les créations, le minéral au végétal, le végétal à l'a-
nimal, et celui-ci h rhomme. Elle les relie doublement, au matériel comme au spirituel. Ces deux formes de révolution sont parallèles et solidaires, la vie n'étant qu'une manifestation de l'esprit qui se traduit par le mouvement.
L'âme s'élabore au sein des organismes rudimentaires. Dans l'animal, elle n'est encore qu'à l'état d'ébauche; dans l'homme, elle acquiert la connaissance et ne peut plus redescendre. Mais, à tous les degrés, elle prépare et façonne son enveloppe. Les formes successives qu'elle revêt sont l'expression de sa valeur propre. La situation qu'elle occupe dans la chaîne des êtres est en rapport direct avec son état d'avancement. Il ne faut pas accuser Dieu d'avoir créé des formes hideuses et malfaisantes. Les êtres ne peuvent avoir d'autres apparences que celles résultant de leurs tendances et des habitudes contractées. Il arrive que des âmes, parvenues à l'état humain, choisissent des corps débiles et souffreteux pour acquérir par là les qualités qui doivent favoriser leur élévation ; mais dans la nature inférieure, aucun choix ne saurait s'exercer, et l'être retombe forcément sous l'empire des attractions qu'il a développées en lui.
Ce développement peut être constaté par tout observateur attentif. Chez les animaux domestiques, les différences de caractère sont appréciables. Dans les mêmes espèces, certains indi-
vidus paraissent beaucoup plus avancés que d'autres. Quelques uns possèdent des qualités qui les rapprochent sensiblement de rhumanité et sont susceptibles d'affection et de dévouement. La matière étant incapable d'aimer et de sentir, il faut bien admettre l'existence en eux d'une âme à l'état embryonnaire.
Il n'est d'ailleurs rien de plus grand, de plus juste, de plus conforme à la loi du progrès que cette ascension des âmes s 'opérant par des étapes innombrables au cours desquelles elles se forment elles-mêmes, se délivrent peu à peu des lourds instincts, brisent leur carapace d'égoïsme, pour s'éveiller à la raison, à l'amour, à la liberté. Il est souverainement équitable qu'un même apprentissage soit subi par tous et que chaque être ne gagne un état supérieur qu'après avoir acquis des aptitudes nouvelles.
Le jour oii l'âme, dégagée des formes animales et parvenue à l'état humain, a conquis son autonomie, sa responsabilité morale, .et compris le devoir, elle n'a pas pour cela atteint son but, terminé son évolution. Loin de finir, son œuvre réelle commence ; de nouvelles tâches l'appellent. Les luttes du passé ne sont rien à côté de celles que l'avenir lui réserve. Ses renaissances en des corps charnels se succéderont sur ce globe. Chaque fois, elle reprendra, avec des organes rajeu nis, l'œuvre de perfectionnement interrompu
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par la mort pour la poursuivre et avancer plus loin. Voyageuse éternelle, Tâme doit monter ainsi de sphère en sphère vers le Bien, vers la Raison infinie, acquérir de nouveaux grades, croître sans cesse en science, en sagesse, en vertu.
Chacune de nos existences terrestres n'est qu'un épisode de notre vie immortelle. Nulle âme ne pourrait, dans ce court espace, dépouiller tous ses vices, toutes ses erreurs, tous les appétits vulgaires qui sont autant de vestiges de ses vies évanouies, autant de preuves de son origine. .
En mesurant le temps qu'il a fallu à l'humanité, djBpuis son apparition sur le globe, pour arriver à l'état de civilisation, nous comprendrons que, pour réaliser ses destinées, pour monter de clartés en clartés vers l'Absolu, vers le Divin, il faille à l'âme des périodes sans limites, des vies toujours nouvelles, toujours renaissantes.
La pluralité des existences peut seule expliquer la diversité des caractères, la variété des aptitudes, la disproportion des qualités morales, en un mot, toutes les inégalités qui frappent nos regards.
En dehors de cette loi, on se demanderait en vain pourquoi certains hommes possèdent le talent, de nobles sentiments, des aspirations
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élevées, alors que tant d'autres n'ont en partage que sottises, passions viles et instincts grossiers.
L'influence des milieux, l'hérédité, les diflFérences dans Péducation, ne suffisent pas à expliquer ces anomalies. Nous voyons les membres d'une même famille, semblables par la chair et par le sang, nourris des mêmes principes, différer sur bien des points. Des hommes excellents ont eu pour fils des monstres, par exemple Marc- Aurèle, qui engendra Commode; et des personnages célèbres et estimés sont issus de parents obscurs, dépourvus de valeur morale.
Si tout commençait pour nous avec la vie actuelle, comment expliquer tant de diversité dans les intelligences, tant de degrés dans la vertu ou le vice, tant d'échelons dans les situations humaines ? Un mystère impénétrable planerait sur ces génies précoces, sur ces esprits prodigieux qui , dès leur enfance, s'élancent avec fougue dans les sentiers de l'art et de la science, alors que tant de jeunes hommes pâlissent dans l'étude et restent médiocres malgré leurs efforts.
Toutes ces obscurités se dissipent devant la doctrine des existences multiples . Les êtres qui se distinguent par leur puissance intellectuelle ou leurs vertus ont plus vécu, travaillé davantage, acquis une expérience et des aptitudes plus étendues.
Les progrès et Pélévation des âmes dépendent uniquement de leurs travaux, de l'énergie déployée par elles dans le combat vital. Les unes luttent avec courage et franchissent rapidement les degrés qui les séparent de la vie supérieure, tandis que d'autres s'immobilisent pendant des siècles par des vies oisives et stériles. Mais ces inégalités, résultat des agissements du passé, peuvent être rachetées et nivelées par nos vies futures.
Telle est la seule solution rationnelle du problème. A travers la succession des temps^ à la surface de milliers de mondes, nos existences se déroulent, passent et se renouvellent et, à chacune d'elles, un peu du mal qui est en nous disparaît ; nos âmes se fortifient, s'épurent, pénètrent plus avant dans la voie sacrée, jusqu'à ce que, délivrées des incarnations douloureuses, elles aient conquis par leurs mérites l'accès des cercles supérieurs oii rayonnent éternellement beauté, sagesse, puissance, amour !