VOLCAN
Le corselet, plus grand que l’abdomen, est évasé postérieurement, rétréci en avant, bombé, élevé au centre. Il est d’un brun marron ou d’un brun foncé, bordé d’une petite ligne grisâtre de chaque côté. Un V blanchâtre, dont la pointe occupe l’extrémité postérieure du corselet, est tourné vers l’abdomen, sur une bande centrale où des rayons bruns viennent converger des bords du corselet.
L’abdomen petit, ovale, oblong, est brun ou noir dans son ensemble, tpielquefois avec un pointillé blanc, ou une bande blanchâtre, ou simplement avec (pielques poils blancs semés sur un fond brun.
Les côtés et le dessous du ventre sont d’un gris clair.
Les pattes sont minces, brun fauve, annelées de noir, recouvertes de quelques poils noirs épineux. La
.[iiatrième paire est sensilîlement plus longue; les autres sont à peu près d’égale longueur; quelques taches blanches existent sur le premier article.
Chez le mâle, les palpes sont terminés par un renflement qui semble porter une espèce de pointe recourbée en dedans à son extrémité.
J. -B. Dumont, qui a rencontré aussi la même Aranéide à File IMaurice, dit qu’elle renferme ses œufs dans une poche sphérique d’un gris jaunâtre, partagée en deux parties par une suture saillante.
5“ Lycose grise. (^Lycosa cinerea, Vinson.)
Long. : 6"’” 1/2.
Aspect général : Gris obscur dans toutes ses parties.
Yeux petits et noirs. Le corselet est allongé, ovale et arrondi ; une petite tache d’un gris blanchâtre occupe son bord postérieur. L’abdomen est petit, convexe et très-velu : sa face supérieure est marquée de petites taches brunes, et la base d’une petite bande noire transversale.
Les pattes sont assez longues, recouvertes de quelques poils noirs, épineux, avec des anneaux brunis, quelquefois peu marqués.
,L-B. Dumont, qui décrit cette Araignée, dit qu’elle
— Si-
se trouve àl’ile Maurice (quartier des Pamplemousses); qu’elle court sur les murs et se cache dans les roches.
Je l’ai souvent vue sur le bord des ruisseaux et courant sur la surface de l’eau, comme un Dolomède, auquel elle ressemble; car les individus de ce dernier genre ont cette couleur cendrée dans leurpremier âge.
GENRE: DOLOMÈDE. {Dolomedes , Latreille. —
rUS6.)
Ce genre, qui se rapproche beaucoup du genre Lycose, est caractérisé de la manière suivante :
Yeux, au nombre de huit, inégaux entre eux, placés sur le devant et les côtés du céphalothorax, sur trois lignes (4, 2, 2) : quatre sur la ligne antérieure, et deux sur chacune des deux lignes postérieures ; la ligne intermédiaire est beaucoup plus courte que les deux autres (1).
Lèvre carrée, aussi large que haute.
Mâchoires droites, écartées, plus hautes que larges. Pattes allongées, propres a la course, très-fortes dans les premiers articles.
Ces Aranéides chasseuses courent après leur proie.
(!) La même disposition a lieu chez les Lycoses (4, 2, 2), mais toutes les lignes sont à peu près égales, de longueur, ce qui n’a pas lieu dans le genre Bolomhde. Chez ce dernier, chaque œil de la deuxième ligne forme un triangle avec deux yeux de la ligne antérieure, par suite môme de cette disposition. Puis les deux yeux postérieurs ne sont pas aussi distants de ceux de la seconde ligne que dans le genre Lycose.
Walckenaer, qui ënumère ces caractères, ajoute, d’après les observations faites par les auteurs, que ces Aranéicles construisent une toile à l’époque de la ponte pour y placer leur cocon (1).
Elles se plaisent aussi au bord des eaux, des marais, des bassins : elles courent avec vitesse à la surface de l’eau, qui ne mouille ni leur corps, ni les pattes, pas même quand elles entrent un peu dans l’eau. Poursuivies, elles se tiennent contre les rochers, entrent dans les cavités des cavernes, ou se cachent contre les plantes aquatiques. Quand elles se tiennent en repos sur l’eau, leurs pattes sont toujours étendues et appliquées tout de leur long sur la surface du liquide (2).
Ce genre n’offre, à l’ile de la Réunion, qu’un seul représentant d’un volume assez considéi’able.
(1) Walckenaer. Hist, des Ins. Àpt, T. I, page 345. (2J Walckenaer, Îoco ciiato^ page 346.
Dolomède de l’ile Bourbon. {Dolomedes Borhonicus ,
Vinson.)
(PI. XII, fig. 1.)
Long. : 17“”. Mâle.
Aspect général. Noir ou brun, et offre de trèslongues pattes cpr’il étale latéralement en rayonnant.
Le corselet est grand, circulaire, aplati , plus large que l’abdomen : il est glabre en dessus. — Sa couleur est d’un brun maiTon, avec une bordure sur les côtés, plus foncée et festonnée en dedans. Sur le corselet, au milieu, une bande longitudinale, large, brune, cpii s’étale sur la tête : cette bande est parcourue dans sa longueur par une ligne déliée, déprimée et noire, cpii divise le corselet en deux pai'ties égales. Le bandeau est coupé carrément ; il est horizontal et évasé à ses extrémités latérales 5 il embrasse les mandibules, qui sont très-allongées, fortes, inclinées d’arrière en avant, arquées en dessous, bombées sur leur face antérieure 5 écartées à leur extrémité, couvertes de longs poils bruns et armées de crochets rougeâtres dont la pointe est fine, longue et acérée. L’abdomen est
ovoïde, allongé, plus étroit que le corselet : il est d’un brun foncé avec quelques petits traits blancs à sa base, et un liséré blanc aussi, légèrement sinueux, lequel de chaque côté circonscrit, au milieu et au-dessus, un espace plus foncé, semi-elliptique, marqué au centre par une tache allongée, plus brune. Il est très-velu et présente deux petits appendices coniques, comme des vestiges de filières, à son extrémité postérieure (filières-tentacules).
Les pattes sont très-allongées comme chez les Ai’anéides les mieux favorisées pour la longueur de ces organes. Les deux premiers articles sont très-forts •, les deux dernières phalanges sont très-déliées et filiformes. Tous sont couverts de poils fins et nombreux. Les pi’emiers articles offrent en outre quelques poils hérissés plus forts.
Les palpes sont longs, velus, terminés par un digital conique et renflé, napiforme, rougeâtre : le conjoncteur a la forme d un crochet noir.
Le dessous de l’abdomen et des pattes est d’un brun plus pâle, grisâtre ou jaunâtre. Le dessous du corselet est jaunâtre avec des poils bruns et nombreux , les plaques pulmonaires sont jaunes.
La lèvre, légèrement dilatée au milieu, est courte et coupée horizontalement à son extrémité. Les mâ-
clioires allongées sont dilatées et renflées à leur partie supérieure, où elles sont d’un rouge pâle.
Les yeux sont au nombre de quatre et de même volume sur la ligne antérieure. Deux autres, d’un volume analogue à ces premiers, sont situés sur une deuxième ligne plus courte, de façon à former deux triangles avec les antérieurs ; sur la troisième ligne, plus étendue, sont deux autres yeux plus gros et plus saillants.
Cette curieuse Aranéide, chez lacpielle la forme des mâchoires et de la lèvre, la couleur générale, les mandibules inclinées et bombées en avant retracent de suite l’aspect des Lycoses, s’en éloigne par les yeux et par les pattes, dont les deux premiers articles ressemblent à ceux des Olios et les deimières phalanges à celles des Pholques. Elle étale latéralement ses longues pattes et les fait rayonner autour d’elle. La première paire, qui est la plus longue, a 62””". La seconde a 47 mm jy 2 . La quatrième a 50""". Enfin la troisième, qui est la plus courte, a 30"”".
Cette espèce ne se trouve que dans l’intérieur de l’île. On la rencontre à Salazie, où je l’ai vue à tous ses âges. Elle ne file pas de toile ordinairement et se tient appliquée, les pattes étendues, contre les parois des grottes humides qui entourent les bassins d’eau
courante, au milieu des ravines, près des cascades. Elle marclie sur l’eau, se trouve aussi contre les parois mouille'es, le long desquelles elle se cadre. Poursuivie, elle traverse les bassins par de petits mouvements de sauts répétés en avant, en effleurant la surface liquide. Elle court avec rapidité contre les grosses roches, se déplace subitement et est très-difficile à prendre ; son nom de Dolomède lui convient à merveille.
Lorsque cette Aranéide est jeune, elle est bariolée de gris et de blanc, comme tigrée. Le mâle et la femelle sont à peu près de même taille, et présentent les mêmes couleurs. Le ventre de la femelle est un peu plus volumineux que celui du mâle, ce qui fait paraître ce dernier beaucoup plus effilé. Les pattes semblent aussi plus longues et plus grêles chez le mâle.
GENRE : SPHASE. {Sphasus, Walckenaer.)
Cet ordre d’Aranéides, établi par Walckenaer aux dépens des Oxfopes, a été caractérisé de la manière suivante :
Yeux au nornhre de huit, inégaux entre eux, placés sur le devant et les côtés du céphaloth orax. Lèvre allongée, étroite.
IMàclioires étroites, allongées, cylindriques , arec les deux côtés formant des lignes droites, parallèles.
Pattes allongées, grêles.
Les espèces epd forment cette coupe générique, courent après leur proie et se renferment dans les feuilles quelles courbent ou rapprochent pour pondre leurs œufs. — Le cocon est blanc , petit, orbieulaire et aplati.
Dans ce genre d’Aranéides, nous ne trouvons qu’une seule et même espèce pour les îles de la Réunion et Maurice. L’île Madagascar, au contraire, en renferme
deux espèces plus belles, qui figurent parmi les Araignées les plus grandes et les plus jolies de ce genre : elles sont ornées de vives couleurs parfaitement disposées.
Ces deux repi'ésentants du genre Sphasus sont très-communs dans cette grande île : on les trouve sur les petits arbustes au milieu des plaines ou dans le feuillage des arbres. C’est un fait digne de remarque de voir les sphases rechercher le feuillage ou l’herbe.
1 . Sphase de Dumont. (^Sphasus Dumontii, Vinson ) (PL XIII, fig. 2.)
Long. : 1/2. Femelle.
Yeux au nombre de liuit sur quatre lignes :
Deux plus petits en avant sur la première ligne.
Deux plus gros au-dessus : ces quatre regardent en avant.
Deux sur la troisième ligne, très-écartés, regardent latéralement.
Deux au-dessus, sur la quatrième ligne postérieure, regardent en haut.
Ces yeux sont groupe's sur une éminence en forme de prisme, qui constitue la tête. Les six yeux postérieurs paraissent d’égale grosseur. Les auti’es, plus petits, sont sur le devant de la tête. — Des poils blancs ou jaunâtres les entourent, entresemés de lignes noires ou de taches causées par la chute du poil qui alors laisse voir l’enveloppe noire et luisante de l’Aranéide.
Les mandibules sont d’un jaune transparent brunâtre à leur exti-émité ^ un trait noir règne au-devant dans leur sens allongé.
Le corselet est haut, épais, oblong, latéralement comprimé 5 sa couleur est d’un blanc jaunâtre, transparent, avec cpielques lignes fines, noires ou brunes, longitudinales.
L’abdomen est conoïdal ou cylindro-conique; arrondi à la base, il va eu diminuant jusqu’à son extrémité, qui se termine en pointe.
La base est d’un blanc argenté, le reste d’un blanc jaunâtre avec les dessins suivants : le dessus de l’abdomen est marqué dans le milieu d’une bande longitudinale brune, formée par la réunion deplusiem’s taches : cpielques traits noirs, dentés, régnent sur les côtés, de sorte cpie l’abdomen présente au centre une raie brune, et de chaque coté une bande blanche limitée latéralement par une ligne brune dentée.
Le dessus est marc|ué d’une bande longitudinale noire, entre deux bandes blanches.
Pattes transparentes, couleur de talc, hérissées de longs poils noirs, épineux^ mamelons petits à l’extrémité de l’abdomen en dessous. — Commun dans les champs, sur les herbes. — Fait son cocon dans une feuille de chiendent rpie l’Aranéide recourbe 5 elle ne le cpiitte pas et le défend avec courage contre les petites Aranéides de son espèce.
.T’ai cru devoir dédier à J. -B. Dumont cette Ara-
néicle, qu’il étudia à l’île de France (Maurice) en l’année 1800 (1), et sur laquelle il écrivit la note suivante, extraite de son manuscrit:
— « Araignée filandiere conoidale. Trois lignes de longueur. Recouverte de poils gris. Corselet oblong ^ incliné en avant, recouvert de quelques ligues longitudinales brunes.
)) Huit yeux : six formant une ellipse et d’égale grosseur ; deux plus petits sur le devant de la tête ) mandibules d’un gris transparent, uu trait noir en devant, brunâtres à leur extrémité. Abdomen conoïdal, arrondi à la base, allant en diminuant jusqu’à son extrémité, qui finit en pointe. Le dessus marqué dans le milieu d’une bande longitudinale brune, formée par la réunion de plusieurs taches. Quelques traits noirs ou noirâtres sur les côtés ^ le dessous marqué d’une bande longitudinale noire. Pattes grises couleur de talc, comme transparentes, recouvertes de poils noirs épineux; mamelons petits à l’extrémité de l’abdomen. Très-commuue en général dans les savanes sur les plantes herbacées (2). »
Mâle. Long : 5""’ 1/2.
Le corselet est presque aussi long que celui de la
(1) Voir sa notice biographique au commencement de cet ouvrage.
(2) J. -B. Dumont. Manxiscrii sur les Aranéîdes de Vile de France.
femelle, les pattes sont aussi de la même longueur, mais l’abdomen, conique, est plus petit.
Le corselet et les pattes ont la même couleur de talc avec une petite teinte rosée ou jaunâtre comme chez la femelle. Ces derniers appendices sont aussi revêtus ou plutôt hérissés de longs poils épineux et écartés les uns des autres. L’ahdomen, argenté près de sa hase, est terminé en cône à son extrémité postérieure. Vers cette partie, il prend la couleur d’argent moins pur, mais à reflets verdâtres métalliques. Il présente en dessus quelques taches noires.
En dessous, le ventre est brunâtre ^ les deux placpies pulmonaires de chaque côté sont bien détachées et couleur de talc.
Le dessous du corselet offre une ligne noire, ondidée, pour les attaches du premier article des pattes avec la hase du corselet.
De grands poils plats, argentés, entre les yeux, qui sont très-noirs, ronds et saillants. Les palpes cai’actéristiques du mâle sont toutes noires, renflées en olives allongées et un peu courbées 5 le digital porte une c[uantité de poils fins, noirs et courts, qui le garnissent. En dedans, un éperon sur l’avant-dernier article. Le conjoncteur est pointu et noir. *
Dans ce gem-e, les îles de la Réunion et Maurice ne
possèdent que cette unique espèce. Il ne sera pas rare de la trouver variée en jaunâtre, en jaune sale, mais l’espèce n’en est pas moins la même et identique. — .T’ai remarqué que cette Aranéide, très-commune en tout temps et surtout en décembre dans nos gazons ou dans les liei’bes, est très-attacliée à son cocon, qu’elle n’abandonne pas, vers lequel elle revient toujours lorsqu’on l’en éloigne : elle le défend avec fureur contre ses congénères, et tue ses compagnes lorsqu’on les enfei'me dans le même flacon. — Elle attaque résolûinent et sans tarder, saisit son adversaire qu’elle tue et
qu’elle dévore. — Si on l’enferme avec plusieurs mâles, elle les tue et ne respecte qu’un seul à la condition que celui-ci se tienne loin d’elle.
2° Sphase de Lucas. {^Sphasus Lucasii, Vinson.)
(PL XIII, fig. 3.)
Long.: 18 à 20""".
Le céplialotborax a six millimètres de long j il est de forme ovalaire, arrondi postérieurement, et teiminé en avant par une pointe, qui, coupée carrément à son extrémité, supporte les yeux sur un petit trapèze noir et brillant. Le corselet est très-élevé, bombé et comprimé sur les cotés; sa couleur est d’un jaune
clair, pâle, ou d’un vert transparent et tendre : il est parcouru par de petites lignes d’un rouge sanguin, semblables à des veinules : deux au centre marchent parallèlement, très-près l’une de l’autre : deux latérales errent sur les bords du corselet, et, parvenues près des mandibules, se recourbent en bas.
L’abdomen, conoïde, a dix ou douze millimètres de
long : sa coideur est tantôt d’un vert tendre, tantôt d’un
jaune marron, plus ou moins clair. Sur sa face supérieure et médiane règne une bande longitudinale d’un rouge brun, étendue de la base à la pointe. La marge de cette bande abdominale est encadrée de deux séries de taches blanches, allongées, elliptiques, se touchant les unes les autres : deux d’entre elles sont isolées dans la bande elle-même^ deux autres au-dessous de ces premières la traversent obliquement pour se continuer avec les taches blanches sous-jacentes.
Sur les côtés de l’abdomen, au milieu de la couleur verte ou marron clair, il y a une bande longitudinale jaunâtre. — Sous le ventre, une autre d’un rouge brun qui correspond à la bande sus-abdominale, de même couleur qu’elle, et encadrée par deux lignes blanches marginales, mais d’un dessin plus régulier. Cette bande sous-ventrale est plus large près de la base de l’abdomen.
Le bandeau est vaste, vertical, d’im tiers aussi long que les mandibules, qui sont allongées, coniques, d’un vert tendre ou jaunâtre. Quatre tx'aits rouges, partant des yeux, s’abaissent pour rayer le bandeau longitudinalement, puis descendent sur le devant et les cotés des mandibules : les lignes antérieures restent rouges dans toute leur étendue ; les lignes latérales, au contraire, d’abord rouges sur le bandeau, se continuent en traits noirs sur les côtés des mandibules.
Les pattes sont très-allongées, jaunâtres, armées de longs piquants : elles offrent quelcpies taches noires près des articulations et sont terminées en noir. — Leur fémoral est maculé, sous la face inférieure, de petites taches-rosées ou purpurines du plus charmant efïet.
J’ai rapporté cette jolie Aranéide de mon voyage de Madagascar : elle y existe très-abondamment dans la plaine et sur les bords de la rivière du iMangoro (prononcez Mangoiir^ où on la rencontre presque à chaque pas. — Elle se trouve aussi très-fréquemment dans la province d’Imérina, où les Hovas m’en apportaient des spécimens nombreux, enfermés dans des paniers. Cette Aranéide se tient sur des plantes herbacées ou sur les petits arbustes où elle file une toile peu étendue : elle attache près de ses fils un cocon orbiculaire gros comme un très-fort pois et de couleur fauve clair
OU gris fauve, comme celle de la soie sauvage.
J e me suis fait un vrai plaisir de dédier cette Aranéide à M. H. Lucas, aptériste distingué, près duquel j’ai trouvé un sympathique accueil.
3°. Sphase de Madagascar. (^Sphasus Madagascariensis ,
Vinson.)
Long. : 19”“. Femelle.
Malgré de très-grands rapports, cette Aranéide n’est pas la même que la précédente, et constitue une espèce voisine : elle en diffère par la forme, par le volume qui est plus grand, par l’éclat des couleurs, et par l’habitat qui n’est plus le même. — Taudis que la précédente se tient dans les plaines découvertes, celle-ci s’abrite sous les bois ombragés : elle erre lentement au milieu du feuillage, et brille surtout par les teintes vertes pleines de reflets métalliques dont son abdomen est orné, comme si on l’avait coloré d’un vert d’argent.
Le céphalothorax diffère peu du Sphasus Lucasii : il est relevé vers la tête, incliné vers la partie postérieure du corselet. Sa couleur est d’un vert transparent veiné de rouge vif : mais il est deux fois plus large que l’abdomen, s’il est vu surtout en dessous.
L’abdomen est étroit, très-allongé (13”“), cylin-
(Irique, d’un vert d’eau pâle avec des reflets argentins très-brillants, en dessus et sur les côtes.
Sur la face abdominale s’étend une bande longitudinale, plus verte que le reste du corps, avec des traces, cpielquefois à peine sensibles, de traits rouges, trèsdéliés et interrompus.
Les pattes sont très-allongées, jaunes, annelées de noir et hérissées de forts piquants noirs et longs.
J’ai rencontré plusieurs de ces Aranéides à Madagascar, dans un bois sur le bord de la rivière d’Ivondrou.
GENRE : ATTE. {Attus^ Walckenaer.)
Ce genre est très-remarquable et parfaitement groupé entre toutes les Aranéides par les caractères suivants :
Yeux au nombre de huit., inégaux entre eux, oecupant le devant et les cotés du corselet, placés sur trois lignes, de la façon suivante : Quatre sur la ligne antérieure et deux sur ehacune des deux lignes postérieures. Les deux intermédiaires de la ligne antérieure toujours plus gros, et les deux de la seeonde ligne toujours plus petits que les autres. — Tous figurant un quadrilatère ouvert postérieurement et arrondi à sa partie antérieure.
Lèvre allongée, ovcde, obtuse ou tronquée a son extrémité.
Mâclioii*es droites, plus hautes que larges, arrondies et dilatées à leur extrémité.
Pattes 'variables dans leur longueur relative, pr'oprrs au saut et à la course.
Ces curieuses Aranéides épient leur proie, la saisissent à la course ou par un bond (t).
Cette particularité, qu’explique le mot Atte (d’â-rTu, je saute), leur avait fait donner, par Latreille, le nom de Baltique, Salticus, appliqué à tout ce genre. — Cette dernière dénomination a été maintenue dans le règne animal de Cuvier, par Dugès.
Les Attes tissent une soie fine, serrée, collante, blanche comme de la neige, sur les murs, les carreaux de vitre, dans leurs angles ou entre des feuilles réunies. Ces Aranéides se tiennent cachées dans cette soie où elles déposent un certain nombre d’œufs assez gros, l’onds et d’un blanc jaunâtre. Les petits, en naissant, n’ont point la couleur ou les dessins qui doivent se montrer plus tard : leur couleur est en général unifoi’me dans le premier âge.
Les îles de la Réunion et Maurice comptent dans ce genre d’ Aranéides plusieurs espèces qui me paraissent n’avoir jamais été décrites. J’ai trouvé dans l’ouvrage de Walckenaer des analogies avec les espèces de notre île, mais aucune description propre à me faii'e penser que c’étaient bien elles. Aussi, pour ne laisser aucun doute à cet égard, j’ai voulu figurer toutes les espèces de ce genre. Ce sont des Aranéides si petites,
(1) Walckenaer, Ilisl, des Ins. Aptères^ 1. 1, page 402.
ayant entre elles une communauté de ressemblance si grande, que j’ai cru que c’était le meilleur moyen d’éviter une confusion. Nous donnons un dessin grossi de chaque espèce avec ses couleurs uaturelles , et à côté la grandeur réelle ^ puis la description particulière de chacune ainsi figurée.
Ce genre m’a paru renfermer les plus intelligentes de toutes les Aranéides. Ceci n’a rien d’étonnant : Privées de toiles dans lesquelles leur proie vient tomber d’elle-même 5 obligées de l’épier et de la surprendre par la ruse, la ruse est la compagne de l’intelligence, chez elles comme ailleurs. Munies de pattes courtes et robustes, vives et alertes, sautant lorsqu’on veut les arrêter, saisissant leur proie par un bond, elles tranchent avec les autres Araignées à longues pattes, aux mouvements lents, et qui paraissent souvent embarrassées dans leurs propres toiles. Aussi, lorsque mettant nn Atte dans le fond d’un flacon pour l’étudier, je le voyais relever la tête pour me regarder , surtout avec ses deux gros yeux du milieu, verts et brillants d’un éclat métallique, j’étais ému d’intérêt pour le petit prisonnier. Peu sensible à la mort des autres Aranéides, lorsque j’ai dii sacrifier une de celles-ci, j’en ai toujours éprouvé du regi’et.
Du reste, par la chasse active rpi’elles livrent aux mouches et aux mousticpies, ces Aranéicles sont extrêmement utiles à l’homme et sont ses amies.
Les Attes (les îles de la Réunion et Maurice offrent des caractères qui les unissent et qui les distinguent. Ils peuvent former deux groupes : les uns ont le corselet allongé, ayant la même forme et le même niveau que l’ahdomen : tels sont VAttus muscivorus, V A ttiis nlho-oculatus , VAttus Africanus et YAttus lineatus. — Les autres, au contrali’e, ont le corselet composé de deux parties hien tranchées , une face supérieure, plane, élevée, tronquée comme le dessus d’une boîte ronde, et une autre latérale, circulaire, verticale, c’est-à-dire comme le tour de cette boîte, en un mot, deux faces : le dessus et le tour du corselet; de plus l’abdomen, chez ces derniers, subit une inclinaison légère d’avant en arrière; tels sont YAttus variahilis ou hlonde, YAttus luguhris elYAttus nigrofuscus.
Ainsi une parenté de ressemblance paraît unir les espèces de chaciui de cos deux gi’oupes si distincts entre eux. Cette séparation en deux groupes se trouve encore confirmée par les mœurs de ces Aranéides : les premières habitent ou fréquentent les parois des murs, l’extérieur des maisons, les lambris, les palis-
■ir) —
sades, les vitres des appartements 5 les secondes, peut-être en exceptant \Attus lineafus, se tiennent exclusivement dans les jardins, sur les arbustes et sur les plantes, et se fout un abri en réunissant et en agglutinant plusieurs feuilles où elles pondent leurs ceufs dans un nuage de soie blanclie. Les unes enfin vivent de mouches, et les autres plus particulièrement de moustiques, qui, le jour, cherclient l’ombre et la fraîcheur des buissons.
En parcourant l’île jMadagascar, j’ai rencontré à Tamatave et dans l’île française de Sainte-Marie, une Atte rose charmante {Attus Tamatcm, Vinson), dont j’ai déjà parlé dans les préliminaires de cet ouvrage; puis un Atte très-noir {^Attus Madagascariensis, Vinson) , que je décris également : ces deux espèces se rangent, par leur conformation et leurs mœurs, dans le second des deux groupes que j’ai indiqués plus haut.