‹ Aranéides des îles de la Réunion, Maurice et Madagascar (volume 2)Chapitre 17 sur 32 · FAMILLE: LES OVALAIRES · texte numérisé non relu

FAMILLE: LES OVALAIRES

RACE : LES CORDIFORMES.

Abdomen cordiforme très- velu, hérissé de poils courts, raides, ordinairement blancs, gris ou fauve clair, qui n’ont d’éclat qu’à la lumière ai’tificielle , lorsque l’Araignée est étalée sur sa toile : raies transversales qui marcbent de chaque côté de l’abdomen pour s’arrêter en dessous, près des libères {Epeira luguhris, Epeira Isahellai).

Corselet étroit en avant, comprimé sur les cotés, plus dilaté et arrondi en arrière.

L’Ai’anéide n’étale sa toile que la nuit à l’heure du crépuscule', elle l’enlève et la détruit le matin de bonne heure en ne laissant en place qu’un fil long et deux oü trois fils courts, posés obliqpiement et sans ordre apparent, soit pour l’a vei’tir même le jour de la présence d’un insecte, ce qui est moins probable.

Le jour, cette Aranéide se ramasse dans quelques feuilles l’éunies comme un nid, et s’y accroupit les

pattes ramenées dans l’attitude d’un Crabe ; la nuit, elle prend sur sa toile la position de toutes les Épéires : elle s’y tient les pattes étendues.

Cette toile est molle, très-line quant à la grosseur du fil, et les rayons sont très-distants les uns des autres.

La race des CORDIFORMES présente plusieurs espèces et des variétés assez nombreuses. Sur l’abdomen, on trouve en général des marques en accents circonflexes. Ces accents, en descendant, sont superposés et de moins en moins prononcés.

Entre les plaques pulmonaires et les filières, sous l’abdomeu, il existe un carré, dans lequel on l’emarque toujours deux points blancs surmontés de deux taches brunes allongées.

On trouve, avec la même forme et les mêmes dessins, un grand nombre d’ÉpÉiRES de cette race qui présentent des couleurs variées ; quelques-unes sont vraiment admirables surtout lorsqu’on les considère à la loupe. On les rencontre prescpie toutes avec la couleur jaune ou brune formant ainsi de nombreuses variétés. L’âge les fait varier principalement, et celles qui sont plus petites, couleur d’ocre jaune avec des dessins de nuances diverses, ne sont, je crois, que des Isahella plus ou moins jeunes.

UEpeira Isahella et YEpeira lugubris ou nocturna sont les types de cette race : YEpeira lugubris varie du très-noir au gris : j’ai vu à Salazie une nocturne de cette race couleur lie de vin foncé, et à Saint-Denis une autre d’un vert pistache hruu, uniforme. Chez toutes, les raies transversales sont indiquées par des lignes de poils rangés avec une grande symétrie et comme hérissés. Il serait difficile de décrire toutes ces nuances : j’ai dit leurs caractères communs^ je vais peindre et décrire les deux principales espèces autour desquelles se rangent ces variétés qui ne diffèrent que par le volume et la couleur. — Il arrive pour la race des CORDIFORMES ce que nous retrouverons plus loin pour celle des OPUNTIÉES, c’est-à-dire que, sous une même fonne toujours constante, on rencontre une grande variété de couleur et de volume ( 1 ) .

1“ Épéire ISABELLE. {Epcira isahella, Vinson.)

(PI. IV, fig. 2.)

Long. : 13 à Id™™.

Aspect général : — Jeune, elle est jaune Isabelle : adulte, elle se fonce et varie de l’orangé au marron clair ou foncé.

(1) Voir les variétés de VEpeira opuntiæ.

Abdomen cordiforme, court, gros, arrondi en avant et sur les côtés, bombé en dessus, un peu incliné d’avant en arrière, terminé en pointe.

Sur la face de l’abdomen, une bande médiocre en fer de lance, dont la pointe est dirigée vers la partie posléri eure. Sur le milieu, de cbacpie côté de cette bande, sont posés par paires des traits bi'uns transversaux, comme les deux parties d’un accent circonflexe ; on en peut compter aisément trois superposés : le premier trèsaccentué 5 le second moins prononcé \ le troisième moins indicpié encore. L’abdomen est jaune variable, orangé, Isabelle, blancbàtre ou marron. De chaque côté marchent des stries ou des raies transv^ersales, tantôt plus claires, tantôt plus foncées, qui partent de dessus l’abdomen, et cpii vont s’arrêter en dessous près des libères : des poils blancs sont dirigés dans leur sens. Sur la base de l’abdomen, en face du corselet, on voit deux larges taches, tantôt brunes, tantôt lilas foncé.

Corselet haut, long et comprimé sur les côtés ; le centre est jaune et couvert de longs poils blanchâtres j les côtés sont bruns ou lilas foncé. Pattes noires ou d’un rouge brun lilas pour le premier article, puis annelées de jaune et de rouge brun et terminées en noir.

Sous l’abdomen, entre les libères et la vulve, un carré dans lequel sont deux taches brunes ou noires allon-

— lo9 —

gëes et séparées l’une de l’autre : chaque tache noire est terminée par une tache jaune plus petite et presque carrée.

Cette Épéire est nocturne et ressemble beaucoup à ÏEpeira luguhris sous d’autres couleurs 5 elle a les mêmes mœurs : le jour, elle se tient dans un nid de feuilles; au moment où la nuit va se faire, elle en sort, et elle étale avec une incroyable activité sa toile qui est rayonnée, très-belle, très-régulière, mais faite avec des fils fins et lâches et à grandes mailles. Vue à la lumière artificielle, cette Aranéide est très-brillante, parce que chaque poil court et hérissé, dont elle est revêtue, prend un bel éclat. Si on la touche, elle quitte son réseau et court se réfugier dans son nid de feuilles où elle se blottit le jour. De ti’ès-grand matin on la surprend encore sur sa toile; mais bientôt elle la défait en la dévorant , et ne laisse que deux ou trois fils.

Lorsque cette Aranéide n’a pas atteint tout son développement, elle se présente sous l’aspect suivant : corselet blond pâle et comme grisâtre, couvert sur sa ligne médiane d’une rangée de poils blancs, abondants et dirigés en avant. Abdomen cordiforme, large et court, blond pâle, couleur Isabelle avec une bande médiane plus foncée en fer de lance : deux lignes d’un

blond pâle partent en s’écartant de la base de l’abdomen, marchent parallèlement aux côtés de la bande médiane et se réunissent en pointe à l’extrémi té postérieure. De chaque côté de cette double ligne blonde, partent deux lignes de dentelures d’un blond pâle, qui se l’éunissent inférieurement , de manière à dessiner le limbe d’une feuille dont les bords sont dentés • Sur l’abdomen, quatre à six points noirs disposés régulièrement par paires. — Palpes jaune clair 5 — mâchoires fauves avec l’extrémité rougeâtre. — Pattes blondes velues, rougeâtres à la pointe : l’extrémité de la lèvre est rougeâtre aussi.

Quatre yeux sur la ligne médiane en quadrilatère : les antérieurs plus gros : les deux externes antérieurs sont joints aux deux externes postérieurs : parmi ces yeux latéraux, les antérieurs paraissent plus gros que les postérieurs.

On rencontre assez fréquemment cette Aranéide en cet état. Celle qui a servi à cette description était sur une petite toile verticale tendue un soir enti’e plusieurs feuilles d’un jeune Badamier {Termmalia Catalpa, Linné). En la touchant elle a quitté sa toile et s’est réfugiée sur uue feuille voisine 5 elle s’y est tapie, les deux paires de pattes antérieures relevées et étendues en avant, de façon à couvrir les bords du

corselet ; les deux paires de pattes postérieures ramenées en arrière, et la quatrième se touchant par ses extrémités et circonscrivant un demi-cercle autour de l’abdomen.

L’Araignée dans ce premier état est d’un jaune variable, mais le plus souvent d’une couleur jaune Isabelle.

2° Épéire Lugubre. {Epeira luguhrisP Walckenaer.

Épéire nocturne. — {Epeira nocturna, Vinson.)

(PI. IV,fig. 3.)

Long. : 14 “™. — Femelle.

Aspect général : Cette Épéire a beaucoup d’analogie avec la précédente : les dessins sont à peu près les mêmes, la forme est semblable ^ l’attitude qu’elle prend est aussi la même , mais sa couleur est toute difféi’ente.

Abdomen gros, large, aplati, arrondi à sa base, cordiforme dans son ensemble; noir, très-velu avec des poils blancs d’un aspect laineux.

Au milieu de l’abdomen, deux lignes blanches, issues d’un même point, s’écartent et marchent longitudinalement pour se réunir en pointe à l’extrémité postérieure comme le fer d’une lance.

De chaque coté de cette double ligne blanche, règne une ligne de même couleur, festonnée en zigzag, d’où

id

partent cinq à six lignes en raies obliques, transversales et blanches, qui vont se perdre sous l’abdomen. Toutes ces lignes sont foi’mées de poils blancs.

Le corselet est haut, comprime sur les côtés pour faire place aux pattes que l’Araignée ramène en les repliant comme I’Epéire de l’Opuntia, qui se ramasse lorsqu’on la touche. Il est brun, très-velu, recouvert de poils gris 5 noir en dessous.

Le dessous du ventre est d’un noir foncé avec deux points d’un blanc jaunâtre, de chaque côté, au-devant des filièi’es. Les pattes fortes, velues, ont le premier article d’un noir luisant ; les autres articles sont bigari'és de brun et de gris. En dessous elles sont noires avec nne teinte violette sous le pli de la première articulation. Les mandibules sont noires, coniques, fortes, luisantes. Les palpes sont bruns, hérissés de poils gris.

J’ai trouvé cette Aranéide dont la livrée est lugubre, sur une grande toile verticale le soir. Cette toile avait disparu le lendemain; mais elle fut rétablie le soir. J’ai bientôt remarqué que cette Araignée avait des mœurs nocturnes.

Les yeux intermédiaires sont placés sur une éminence : les antérieurs plus gros et plus écartés, les postérieurs plus petits et plus rapprochés. — Les laté-

raux placés à l’extrémité du bandeau sont contigus. Tous ont un iris noisette. (PI. IV, fîg. 3 , a.)

— Je trouve dans le manuscrit de J. -B. Dumont une description exacte de cette Araignée, mais ce naturaliste a ignoré ses mœurs nocttu’nes et n’a pas vu sa toile, que l’Aranéide n’étale que la nuit. Voici ce qu"il dit ;

— « Araignée fdandiere de grandeur moyenne. Abdomen gros, cordiforme, un peu déprimé, blanc en dessus avec des points noirs ou noirâti’es; et dans le milieu, une bande longitudinale de même couleur, festonnée sur ses bords et bifide en devant. La face inférieure noirâtre, avec une tache quadrangulaire rougeâtre, marquée de points noirs dans le milieu. Mamelons brunâtres et peu saillants. La base est noire et recouverte de poils jaunâtres 5 les bords sont marqués de lignes noires transversales et un peu obliques. Le corselet est petit, convexe, noir, recouvert ainsi que la tête de poils jaunâtres. Huit yeux : les quatre au milieu forment un carré iri’égulier, les antérieurs plus gros et un peu plus écartés 5 les latéraux écartés des premiers, très-rapprochés et posés sur une ligne oblique; ils sont couleur de rubis. Premiers articles des pattes noirs, les autres jaunâtres tirant sur le gris, mandibules noires.

« Lorsque cette Araignée n'a paspris tout son accrois-

senient, la couleur noire de l’abdomen est remplacée par un vert jaunâtre ^ le premier article des pattes est bi'un clair et les autres presque fauves. Elleest assezi’are; on la trouve placée dans un nid formé par la réunion de quelques feuilles liées entre elles par des fils passés de l’une à l’autre *, sa toile consiste en des fils tendus dans différentes directions aux branches voisines et communiquant entre eux par quelques fils. Cette toile paraît destinée à l’avertir de la présence des insectes et non à les envelopper et à les retenir^ les fils étant trop peu nombreux et trop écartés pour produire cet effet (1). »

Voici pour cette Ai’anéide la description pour le moins incomplète de Walckenaer; j’en accuse assurément la mauvaise conservation des sujets; le célèbre Aptériste semble s’en dédommager sur la partie inaltérable de la description anatomique :

« Abdomen allongé, elliptique, noir foncé, avec six taches d’un blanc éclatant sur le dos, disposées par paires et longitudinalement. — Ventre bi’un ou noir. — Corselet allongé, bombé, noir, couvert de poils bruns; sternum brun. Pattes peu allongées, recouvertes de poils blancs ou gris.

(1) J.-B. Dumont. Manuscrit,

» — Mei' des Indes. — Ile de France.

» Les yeux postérieurs du cari'é intermédiaire sont plus rapprochés entre eux que les antérieurs intermédiaires. Les mâchoires sont courtes, arrondies, noires, bordées de couleur plus pâle. La lèvre est large, noire et bordée de couleur plus pâle. « — Épéire lugubre. — N“ 32 (1).

(1) Walckenaer. Hîst. nat. des Ins, Ajpthres. T, II, page 34.

Race : LES OVOÏDES.

Cette race ne contient pour l’île de la Réunion qu’une seule espèce et une variété : VEpeira Morelii, Vinson. La variété de cette espèce présente le même volume, avec les mêmes dessins •, mais sa couleur, au lieu d’être d’un jaune pâle comme la première, est d’un jaune oi’angé foncé. Toutes deux se tiennent appliquées le jour contre les feuilles, en dessous, et tendent le soir, un peu avant la venue de la nuit^ leurs toiles l'égulières, à fils ti’ès-fins et un peu lâches, et à grands réseaux : cette toile devant être défaite le lendemain n’a pas la texture soignée, forte et solidement travaillée des autres Épéires.

3“ Épéire de Morel. {Epeira Morelii, Vinson.)

(PI. IV, fig. 4.)

Long. : 8'"'". — Mâle.

Le corselet assez grand, eu forme de cœur, est d’un gris clair tirant sur le jaune. La tête est petite, les

palpes sont termine's en sphère ou en olive, bruns à leur extrémité. Au milieu du corselet, une raie d’un brun rougeâtre le divise en deux.

L’abdomen jaune citron, a la forme d’un ovale allongé. Au milieu une bande dorsale, longitudinale, d’un jaune encore plus pâle, règne entre deux bandes longitudinales d’un jaune brunâtre, placées sur les côtés et festonnées en dedans. Dans chacune de ces deux bandes, on compte quatre points noirs en forme de croissants dont la concavité regarde en dedans. Le tour de chaque croissant noir est relevé de blanc sur un fond jaunâtre, et tous sont disposés symétriquement sur deux lignes parallèles.

Le dessous de l’abdomen est jaune, marqué dans le milieu, d’une bande longitudinale noire, formée par la réunion de plusieurs taches en losange \ sur les côtés, six taches blanches rangées pai’allèlement par paire, de façon à encadrer les taches brunes qui forment la bande longitudinale. (V. PI. IV, lig. 4, a.) Les mamelons sont bruns.

Les pattes, gris jaunâtre, sont recouvertes de poils courts, noirs et épineux. La première paire a 1/2; la deuxième et la dernière paires ont chacune 9““.

Le mâle est plus petit que la femelle : chez lui, le digital des palpes est noir et très-renflé.

Cette Aranéide, qui se place parmi les Épeires, par la disposition des yeux, la forme de la lèvre , des mâchoires, a été trouvée un soir sur le bord d’un vivier parmi de grandes herbes, où elle se tenait au milieu d’une toile verticale tendue de la pointe de quelques feuilles à d’autres feuilles voisines : sa toile avait un demi-mètre de long. En la touchant, elle l’a quittée pour se réfugier sous une feuille d’herbe de Guinée ÇPanicu/u Jurncntorum, L.), où elle est demeurée étendue.

Les deux yeux postérieurs du carré intermédiaire sont sensiblement plus gros. Les six autres sont presque d’égale grosseur. Les latéraux sont si rapprochés qu’ils sont conjoints. Les mâchoires et la lèvre sont courtes, tronquées à leur extrémité. Corselet gris fauve avec des poils blancs, vu au microscope.

Au mois de février, à l’époqpie où après les grandes pluies les herbes sont hautes et verdoyamtes, on y rencontre fréquemment cette Aranéide vers le soir, un peu avant la nuit : cachée sous la face inférieure des feuilles durant le jour, elle se hâte, après le coucher du soleil, de tendre pour la nuit une toile très-régulière, à fils déliés, à grands compartiments et à réseaux lâches. Elle est très-active alors. Le mâle tend sa toile près

de celle de la femelle : on est toujours sûr de les trouver par paire.

On rencontre à l’île de la Réunion, deux sortes de cette Épéire dont les mœurs sont nocturnes et qui n’établit de toile que vers le soir. La première est celle que je décris sous le nom ^Epeira Morelii; la seconde est d’un jaune oi’angé foncé. Je ne fais pas pour cette dernière de description spéciale, puisque la grandeur, la forme et les dessins sont les mêmes pour toutes deux.

J’ai depuis découvert une troisième espèce ou variété chez laquelle la couleur jaune ou orangé est remplacée par la couleur marron. Cette dernière est fort jolie. Ces Aranéides attachent sous une feuille un petit cocon blanchâtre de bourre soyeuse très-fine, aplati, circulaire, avec un centre opaque de l’étendue d’un très -petit pois qui représente l’agglomération des œufs.

Je dédie cette curieuse Épéire à mon collègue, M. Morel, Président de la Commission administrative du muséum de l’île de la Réunion.

Race : LES OVALAIRES OVOÏDES.

4° Épéire de l’île Bourbon. [Epeira Borbonica,

Vinson.)

(PI. IV, fig. 1.)

Cette Épéire figure parmi les quatre plus belles espèces de ce genre que possède notre île. Elle est remarquable par son volume cpii mesure vingt millimètres de longueur, par son abdomen qui imite une cerise mûre, par sa couleur rouge vernissée, par ses longues pattes noires, enfin par la plus curieuse transformation. Rendue presque à l’état adulte, elle est d’un blanc laiteux et porte sur l’abdomen, en gris métallique, le dessin découpé d’une feuille de cliêne \ mais bientôt elle prend la couleur rouge, et se montre sous l’aspect où nous la représentons ici. Cette métamorphose de couleur et même de forme, car elle devient plus ovoïde, m’a semblé si surprenante que je pensai d’abord que c’étaient deux espèces différentes ; mais l’observation m’a prouvé de la manière la plus exacte que les deux individus étaient l’espèce

identique sous un premier état provisoire et imparfait et sous un dei'nier état définitif et complet.

Description de VEpeira Borhonica sous sa première

livrée.

Long. : 5 à 6 “”.

Toute l’Aranéide est d’un blanc laiteux, gris ou bleuâtre, et tantôt d’un rose pâle. Yeux très-noirs ; tête quelquefois presque transparente^ thorax d’un gris brun. Une ligne plus brune circulaire règne sur le pourtour du thorax et comprend une partie de la tête en arrièi’e des yeux.

L’abdomen allongé, ovale, un peu cylindrique, présente dessus et d’une manière invariable le dessin d’une feuille de chêne à nervure médiane ; le bord du limbe est festonné par un liséré blanc bordé de brun. Sa couleur est gris verdâtre, avec un petit reflet argenté ou métallique.

Les côtés du ventre sont blancs 5 le dessous d’un blanc rosé et brunj l’insertion des pattes sur le thorax est d’un beau- noir, à l’exception d’une ligne blanche à son centre.

Les mandibules sont noires avec des crochets rougeâtres. — Pattes longues, d’ün blanc pâle, transparentes, annelées de brun et terminées de noir.

Mais hlentôt on voit le ventre, en dessous et vei's les filières, prendre une teinte rouge et qui va en se fonçant davantage en se généralisant ; cette belle couleur rouge gagne peu à peu tout l’abdomen ^ les pattes et le corselet brunissent, et la transformation s’opère complètement; l’Araignée blanche, à la couleur laiteuse semée et comme saupoudrée d’argent mat, a pris la coloration vermeille d’une belle cerise mûre; le corselet et les pattes sont devenus noirs comme de l’ébène ; celles-ci sont quelquefois annelées de jaunâtre ou de brun ; enfin l’ Aranéide , après cette transformation singulière , parvenue à son parfait état, présente l’aspect suivant :

Description de l'Epeira Borhonica à son état adulte. Long. : 18 à 20““.

Tête large, bombée, développée et arrondie sur les côtés : les yeux sont saillants et portés sur une éminence. Corselet gi’and , arrondi , bordé d’une ligne bleuâtre ou blanchâtre circulaire ; déprimé au centre, un peu rayonné sur les bords.

Le céphalothorax est noir luisant ou rouge foncé tirant sur le noir.

Abdomen long de 18 millimètres environ, ovoïde allongé, fortement bombé en avant chez la plupart.

et quand FAraigne'e est bien noui'rie ; conique chez un plus petit nombre : il a une belle couleur rouge, grenat foncé, carmélite quelquefois, le plus souvent rouge brun. On y distingue dans la couleur rouge de trèsfines marbrures obliques ou un pointillé jaune. Tl est luisant, plein et veiniissé comme une cerise. — Quatre points noirs enfoncés sur l’abdomen sont posés en carré.

L’insertion avec le corselet est noire j mais, immédiatement entre l’insertion et la base bombée de l’abdomen, on voit quelquefois une bande circulaire blancbe ou brun verdâtre, vestige de la première livrée qui entoure encore l’abdomen près de son attache.

Sous l’abdomen quatre points blancs, l’onds, disposés snrdeuxlignesparallèles,sontdirigésd’avantenai’rière.

Les pattes sont longues, noires et quelquefois annelées de jaunâtre. Les deux paires antérieures ont 42 et 40 millimètres de long. Les mandibules sont noires, fortes, armées de forts crochets. La lèvre et les mâchoires brunes sont blanchâtres sur leur bord libre.

Variétés. Cette belle Arauéide est quelquefois rencontrée av^ec le céphalothorax et les pattes d’un beau noir uniforme et l’abdomen rouge foncé . Alors ni bande blanche ou verdâtre près de l’insertion abdominale.

ni pattes annelées. Les quatre points blancs et ronds sous le ventre sont constants.

Quelquefois aussi on la trouve blanche ou rosée, probablement venant de faire sa mue. Le changement de couleur et de forme, que j’ai exposé précédemment et cpie je n’avais jamais observé sur aucune autre Aranéide, est un phénomène des plus curieux et pouvant jeter dans l’erreur un observateur inattentif.

Le mâle qui n’a que 6”“ de longueur, et qui n’atteint jamais un plus fort volume, garde toute sa vie sa livrée blanche du premier âge, avec le dessin d’une feuille de chêne festonnée et comme écussonnée sur l’abdomen. Il est semblable en cet état à la femelle dans son jeune âge, quand elle n’a pas atteint son entier développement. Alors elle ne se distingue du mâle que par l’absence des palpes qui caractérisent unifpiement celui-ci.

J’avais décrit et figuré depuis longtemps I’Épéire DE l’ile Bourbon, mais c’est en 1 862, à Salazie, qu’il m’a été donné de me livrer à son égard aux curieuses observations dont je viens de faire connaître le résultat. Cette Aranéide n’existe pas sur le littoral de l’île : elle est très-répandue au contraire à l’intérieur, dans les régions hautes, centrales et froides, à Salazie par exemple et dans nos bois et nos montagnes. Sa toile

est oblique, irrégulière, à fils jaunes, appliquéesous les toitures, sous l’abri des gros troncs d’arbres ou des grands rochers. L’Araignée bâtit un tube de grandeur variable avec un tissu blanchâtre et léger d’abord, puis jaunâti’e et seri’é par des couches successives; ce tube est ouvert en bas par une extrémité et appliqué contre le toit ou l’arbre par l’autre extrémité : elle s’y tient blottie. — Elle file des cocons d’un beau jaune orange, entourés d’une soie plus molle et plus blanche. Tantôt elle est sur sa toile, qui est verticale ou inclinée, tantôt elle se retire au fond de son tube jaunâtre, qui a une longueur variable de 3 à 6 centimètres : ce tube est toujours construit près de la toile, de façon à ce cpie l’Aranéide puisse s’y transporter aisément.

5“ Ei’eire livide. {Epeira Iwidciy Vinson.) (Pl.XIV,fig. 1.)

Long. : 22 à 24““. — Femelle.

Aspect général. — Ovoïde, allongée. Le corselet et les pattes noirs, quelquefois avec une teinte rouge brun. Les yeux saillants; l’abdomen variable, lilas blanchâtre, livide ou gris cendré ou noir.

Le céphalothorax est d’un noir luisant, quelquefois rougeâtre.

La tête est ronde, bombée : les yeux latéraux sont placés sur une petite éminence allongée, aux extrémités de laquelle chaque œil est logé, l’un en avant, l’autre en ari'ière; les quatre intermédiaii'es sont enfoncés dans une petite élévation, sans pédicule. — Le corselet est aiTondi sur ses bords, déprimé au centre par un enfoncement, rayonné, bordé de rougeâtre ou d’une couleur plus pâle.

L’abdomen recouvre une partie du corselet par son inclinaison en avant et son développement en dessus ; il est ovoïde, arrondi, étalé uniformément, développé et gros. Il est d’une couleur lilas clair, pâle ou livide et quelquefois cendré; d’autres fois, d’un noir grisâtre. — Sa surface est marquée de quatre, six ou sept points noirs enfoncés ; quatre de ces points sont plus gros et posés en quadrilatère.

Soùs le ventre, quatre taches blanches, rondes, sont disposées sur deux lignes parallèles ; deux en avant et •deux en arrière.

Les pattes sont fortes, allongées, noires, luisantes ; quelquefois le fémoral est en partie d’un rouge brun.

Les mandibules sont d’un noir brillant, bordées de jaunâtre; la lèvre est ovalaii’e et arrondie supérieurement.

Cette Aranéide a une étroite ressemblance avec

VEpeira Borhonica. Le mâle est semblable dans les deux espèces ; et dans sa première livrée la femelle est identique. Mais je n’ai jamais vu VEpeBa livida avec l’abdomen rouge. Celui-ci varie de couleur depuis le lilas pâle et livide jusqu’au noir sombre ou cendré. Réciproquement 5 je n’ai jamais vu VEpeira Borhonica avoir la teinte violette ou lilas.

UEpeira livida est commune à Madagascar 5 elle est abondante dans la province d’Imérina, et dans plusieurs villages, commeà Audévourante. Elle se bâtit de grands tubes sous le bord avancé des toitures malgaches 5 elle se réfugie au fond de ces fourreaux de soie qu’elle a tissés, et qui offrent même d’assez grandes dimensions. A côté, se trouve sa toile qui est inclinée ou verticale. L’Aranéide se tient endormie dans sa retraite durant le jour, mais le soir, au crépuscule, ou même si le temps devient sombre, elle descend sur son réseau pour chasser; elle y reste toute la nuit. — Ses mœurs sont cependant plutôt crépusculaires que nocturnes : et sa chasse se compose plus particulièi’ement de sphinx et de lépidoptères nocturnes.

Deuxième subdivision des Épéires.

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