LXXIX
Parmi les Aranéides, les descriptions des espèces que nous comprenons aujourd’hui sous les noms d’Épéire dorée, d’Épéire de File Maurice, de Pholque, de Tétragnathe, sont des modèles que Walckenaer depuis, malgré son style didactique, n’a point surpassés. L’Épéire de l’opuntia, découverte et décrite par M. Léon Dufour, était, depuis Fan VIII (1800), soigneusement dépeinte par J.-B. Dumont dans un type parfait et d’un plus fort volume, YÉpéire ftlanclière veloutée^ dont FEpéire de l’opuntia de l’Espagne n’est, à proprement parler, qu’une variété moins belle.
Les travaux de J.-B. Dumont dans cet ordre ont d’autant plus de prix qu’ils furent faits à une époque où Walckenaer n’avait point encore jeté dans ce chaos la lumière d’une classification facile et qui
met cette partie de la science à la portée des esprits les plus vulgaires. Seulement il est à désirer qu’à l’avenir dans l’entomologie la part des mœurs soit prise en sérieuse considération : il ne faut pas que nos livres de zoologie, en cette matière, soient de véritables nécropoles, où l’on ne range, où l’on ne compte que des cadavres, comme ces vastes monuments égyptiens qui ne renferment que des momies.
Obligé de suivre la classification de Linné, celle encore imparfaite de Latreille, Dumont comprenait sous le nom A'Araignées filandières et A'Araignées tendemes, plusieurs des genres de Walckenaer(Épéire, Sphase, Tétragnathe, Ulobore). Dans sa nomenclature il donne le nom d’Araignée tendeuse à bandes d’argent à la belle Epéire que Walckenaer devait nommer plus tard Epéire Mauricienne; il nomme
filandière veloutée, comme je viens de le dire, TÉpéire de Fopuntia qui ressemble à un sachet de velours noir semé de larmes d’argent. Il donne à notre Pholque de nie Bourbon le nom d’Araignée filandière à longues pattes des maisons. Les Lycoses sont comprises sous celui d’Araignées-loups, et les Saltiques de Latreille ou les Attes de Walckenaer sont représentés par les Araignées phalanges dont Dumont énumère plusieurs espèces pour nie de France. L’Olios captieux de Walckenaer est, suivant lui, l’Araignée crabe de la première espèce.
Lorsque je découvris l’unique espèce de Sphase qui existe pour l’île de la Réunion et nie Maurice, la description concise que je trouvai dans les manuscrits de ce naturaliste me sembla si ressemblante , malgré l’appellation d’Araignée
filandière conoïdale qu’il lui donne, que je n’ai cru mieux faire que de nommer cette Aranéide, inconnue de Walckenaer, le Sphase de Dumont (^Sphasiis Dumontii, Vixs.).
Dans le Dictionnaire universel cVhistoire naturelle publié par Charles d’Orbigny, cinquième volume (1844), page 145, on trouve Dumontia (nom d’un naturaliste), donné à un genre de la famille des Floridées, établi par Lamouroux (Essai, page 45) en souvenir de J.-B. Dumont. Ce genre de Phycées, adopté par Greville, a pour type le Dumontia ventricosa et a été maintenu dans la science.
En s’occupant de médecine à l’île de France, où il parut s’être fixé sur l’habitation Merven, Dumont ne négligea pas l’histoire naturelle. Quatre ans plus tard (le 18 frimaire an XII), Péron repassa à
nie de France avec l’expédition pour se rendre en Europe. Dumont lui confia une lettre et deux boîtes d’insectes à l’adresse de Lamarck, et un projet écrit de sa main d’un voyage qu’il voulait faire à Madagascar et dont il traçait le plan à Lacépède.
Voici ces deux documents :
Lettre écrite a M. Lamarck le 12 frimaire