‹ Arc-en-ciel et Sourcil-RougeChapitre 16 sur 66 · LES QUATRE VENTS · texte numérisé non relu

LES QUATRE VENTS

Plfoum î plfou! plfui! plfla!

ARIEL

Je pense que cela signifie qu'ils m'out compris et qu'ils m'obéiront.

LA FÉE NICQUE-NOCQUE

Je me sens fort inquiète. J'ai en vain ordonné aux oiseaux du bois de manger les grains que sema Clodoberte, Petite Poucette au bois d'amour ; j'ai, en vain, exigé des quatre souffles qu'ils dispersassent les grains indicateurs de l'honnête retour. Les oiseaux, sans

174 l'ange gardien

m'écouter, ont fui, les vents se sont, loin de la forêt, vers la mer, occupés à des tempêtes. Je pense que l'Ange a des alliances avec Ariel, maître des oiseaux et des vents. C'est peutêtre à cause des ailes qu'ils ont tous les deux ; il y a, peut-être, entre eux, une fraternité d'essor ; pourquoi les fées n'ont-elles point d'ailes? elles n'en ont qu'aux traînes de leurs robes,unpeulourdes,et pareilles à des ramiers d'or posés. Quoi! je serais vaincue par l'Ange, et Clodoberte retrouverait son chemin ?

CLODOBERTE

Ah ! que tu me fis du plaisir !

LORENZO

Bien moins que tu ne m'en fis.

CLODOBERTE

Que j'aime bien plus ta bouche depuis qu'elle est ton baiser !

LORENZO

Que j'aime bien plus le baiser depuis qu'il est tes lèvres !

l'ange gardien 175

clodoberte Mais vois, par Tenlrée de la grotte, c'est le commencement, un peu rose, du jour, vers les douces peaux d'ours que tu tuas... Il faut que je rentre dans la chaumine de Mère-Grand.

LORENZO

Eh bien I soit, puisqu'il le faut, va, rentre. Veux-tu que je te conduise, ou bien reconnaîtras-tu ta roule ?

CLODOBERTE

Ah ! tu permets que je parte, méchant?... Oui, oui, pourtant, c'est vrai, il faut partir. Un baiser, encore, dont tu reconnaîtras, demain soir, l'odeur ; car, de ce moment à demain soir, je ne boirai, ni ne mangerai, ni ne baiserai une fleur, pour que tu retrouves, à ma lèvre, l'odeur que tu y as mise... Mais c'est le jour qui vient, je m'en vais... Ah ! que j'aurais voulu rester !

LORENZO

Sans doute...

176 l'ange gardien

clodoberte Il faut être raisonnable, il faut que je m'en aille, les grains de maïs, dans le sentier, luisent d'un à un : u Viens, viens, viens. » Ah ! reste ensommeillé dans le songe réel que mon amour te fit!... mais, oh! c'est vrai... qu'il dort, presque... Dors, dors, cher ingrat, je m'en vais...

l'ange gardien Enfin ! elle sort du Péché, et rentre dans la vie honorable, qui la destine à de célestes Justes Noces.

LA fée NICQUE-NOCQUE

11 est bien certain que voilà pour moi une sotte aventure; et cette petite fille qui rentrera chez elle avant que mère-grand ne soit éveillée, aura tout l'avantage d'avoir découché, sans avoir découché en effet.

CLODOBERTE

Lorenzo !

l'ange gardien 177

loriinzo Quoi ?

CLODOBERTE

C'est moi !

LORENZO

Toi?

CLODOBERTE

Oui, moi ; je reviens !

LORENZO

Pourquoi ?

CLODOBERTE

Je vais te dire... Plus de grains de maïs sur la roule... les oiseaux... le vent... peutôtre... que sais-je !

l'ange

Oh ! la menteuse !

Page 1