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FONDÉ PAR LE VOYAGEUR GAIN

EN l'an quarante-deuxième de la création du monde et

RECONNU d'utilité PUBLIQUE, PAfl S. E. JLE PREMIER MI- NISTRE DE l'empereur de BABEL.

Séance du 17 février 1896.

LE PRÉSIDENT

Chers et éminents collègues, fidèles encore, après tant de siècles, aux règles de l'association communément appelée le Club des Beaucoup-vu^ qui, depuis le premier Exilé, compta, parmi ses membres, lous les conquérants et tous les voyageurs, tous les observateurs et tous les vagabonds, vous n'ignorez

point pourquoi vous êtes réunis ici, infatigables rcgardeurs de toute la nature et de toute la vie I Le jour est venu où^ chaque année, un prix est décerné à celui d'entre vous qui, en ses courses vers n'importe quel point de la terre, vit les plus belles et les plus extraordinaires choses. Parlant l'un après l'autre, selon le hasard des noms tirés au sort, dépeignez ce qui s'offrit à vos regards. Et, quand je vous aurai entendus, à celui qui aura vu plus et mieux que tous les autres, je décernerai, selon la fonction que vousme confiâtes, le prix qui, cette année, est d'une importance particulière, et bien propre à stimuler vos émulations ; car il consiste en un télescope, si perfectionné et si puissant, qu'on peut, à travers ses lentilles, considérer, face à face, l'éternelle et unique Vérité. — La parole est à Lord William Ilelmsford.

LORD WILLIAM HELMSFORD

Sur mon yacht, garanti contre les vagues

furieuses de la mer, ou les banquises, par des peaux jointes, et bien tannées, d'hommes verts de la Palivonie, — que j'avais reconnues, dans un précédent voyage, pour la plus résistante enveloppe qui soit, — je ne lardai pas à franchir les mers glacées, vers le Nord du Monde. Mais je ne perdrai pas le temps à décrire, car voici qu'à présent ils sont connus de tous, les mystères du Pôle Boréal. Mon yacht étant construit de façon àpouvoir devenir tout à coup (il suffit de mettre le doigt sur un bouton pareil à celui d'une sonnette électrique), de navire, aéroslat, je poussai plus loin et plus haut mon voyage, et j'ai vu, vaguement attachée à la sphère terrestre par une bande mouvante d'air compact, au-dessus de laquelle dei nuages légers avaient l'air de sauter à la corde, une île céleste, une île planante, comme ailée, où des gens habillés ainsi que vous et moi, sur une place pareille à nos places publiques, se prome-

CLl'B DES BEAUCOUP-VU 225

naiont, en écoutant la musique militaire.

Li: ru Es IDEM

La parole est à M. Gavroche.

GAVROCIli:

Pas plus tard qu'hier, en m'en allant vers les fortifs, les mains dans les poches, je suis passé devant une fenêtre ouverte, au rez-dechaussée d'un hôtel très chic, et je me suis levé sur la pointe des pieds pour voir ce qu'on faisaitdans cette maison-là. On y faisaitqu'on y était très heureux. Il y avait, dans la belle chambre, avec de la soie et des tableaux, devant une table, trois petits, des mômes comme moi, mieux mis, qui mêlaient tous leurs cheveux frisés vers un livre d'images, pendant que le papa et la maman, debout, lui la tenant d'un bras autour de la taille, regardaient, en souriant, les enfants regarder les images.

LE PRÉSIDENT

La parole est à M. Patrick, Irlandais.

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