Archaeologie égyptienne. Scarabées. Système numériqueC.F
Non» venons d’apprendre qn’on a distribné à Turin, avec' qoelque réserve, et partout aÜlenrs qne dans le monde sav.mt, deux mémoires , peu considérables , Sur deux points importaas d’archaeologie égyptienne. Le premier est relatif aux scaralwes, et le second au système numérique; tons deux sont l’ouvrage de M. le cLcvalier de Sainÿ-Quentin, conservateur do Musée cgyp- .tien, et le but évident de l’auteur est de prendra pacifiquement , possession, à date fixe, de deux découvertes qui ne sont p.is sans quelque intér^. M. fihatnpollion le jeune peut y prétendre aussi ; venons aux faits et aux dates. , . ’ ■
Préliminairement je dirai que, d’après mon observation insérée sons le n°.i8o, au Bulletin dç février i 8 a 5 , à propos de la facilité avec laquelle M. de Saint-Quentin s’appropriait dans un mémoire daté du mois d’août i8»4,et publié en janvier’ i8a5, la lÉte chronologique des Pharaons de la XV 1 U«. dynastie, que j’avais mise an jour anmob de novembre précédent, je me flattais de l’espoir et du désir qne l’arcbaeologue piémonuis serait plus^discret dans ks emprunts forc& de ce genre, et surtout qu'il me saurait quelque gré de ma politesse à ne pas pousser mes reprises à fond, et à m’étre abstenu alors de dire que tout ce qu’il a imprimé sur les papyrus historiques ‘du Musée, dans les notes de ce mémoire, (que j’ai annoncé avec empressement et sans restrictions, an cahier de janvier, n®. 28 ), était pris, qnoiq.i’ü ne le dit pas,’ du dépouillement de ces mannscriu fait par M.Champollion le jeune le premier et le seul, M. de Saint-Quentin le sait bien, qui les lise’ et qui en ait donné la notice avec les noms et les dates sur les cn-'
* Eilràit du BulUHn universel des Sciences et de V Industrie , p„J,lirf tant la direction de M. le baron de Férussac. Vil». Section, mai’iSaS
Tfloppps érrites de m main pottr le Miis^e. M. de Saint-Qaenttn les a transcrites dans son mémoire sans nommer leur auteur; il a étonné beaucoup de monde par ces procédés, surfont les personnes qui ont suiti jour par jour les travaux de M. Charapol* lion le jeune, à Turin; car, de deux clioses l’une, on M. de Saint*- Quentin a découvert la théorie même de Ctcriture hiératique, qui est celle de ces papyrus, et dans ce cas pourquoi ne s’en fait-il pas honneur ? ou bien il s’est servi des notes écrites sur les enveloppes par M. Champollion, qui n’a pas encore rendu publique sa théorie hiératique, quoiqu’imprimée et communiquée à l’Institut de France, en i8ai;et, dans ce cas, pourquoi- M. de Saint- Quentin donne-t-il si commodément comme sien ce qui appartient à un antre? Ceci me rappelle une anecdote qui va à mon sujet, et dont j’ai été le témoin impassible. Cet hiver, dans une réunion littéraire, un chevalier piéraontais exaltait les travaux archéologiques de M. de Saint-Quentin , ajoutant que , depuis quelques mois , il étonnait tout le monde et se montrait homme de génie; cela est vrai, répondit un autre Piémontais, et depuis que M. Champollion està Turin, Mais venons aux deux nouveaux mémoires.
Dans le premier, M. de Saint-Quentin distingue deux classes Ae scarabées, ceux de gros volume qui étaient funéraires, et les petits qui doivent avoir servi de monnaie. Quoique la plupart des raisons que l’auteur avance pour soutenir cette seconde proposition prouvent quelquefois le contraire , il n’en est pas moins vrai que, dans ce qu’il y a de bon, il s’affuble encore du bagage de M. ChampollioiK, et cette idée nouvelle date aussi, pour M.de Saint-Quentin, de l’époque où il est devenu tout à coiq> un homme de génie. Avant cet événement mémorable, il soutenait publiquement , et il ne le niera pas , qne les scarabées étaient de véritables cadenas à valise , et avec une telle ardeur, que , ponr perpétuer l’origine légitime de cette découverte, le nom de M. des Cadenas fut substitué i cehii de M. de Saint-Quentin. Ce fut au milieu de ce triomphe, qnel’arrivéc du savant Français obscurcit un peu cette illustration récente. Il parla publiquement des scarabées, les uns funéraires comme il l’a dit dans plusieurspassages de ses livres, les mires ayantpeut-étre servi de monnaie, et il en donnait quelques raisons ; il avait dit cela partout à Paris; la belle collection de scarabées du cabinet de M. Durand était classée depuis un an selon ces vues et ces distinctions; la
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riche collection d’empreintes tirée par M. Champollion de tous • les grands cabinets de l’Europe, est rangée aussi chez loi dans ce même ordre et intitulée numismatique des Pharaons \ il faut donc revenir à l’idée que M. de Saint-Quentin découvre beaucoup de choses depuis que M. Champollion les dit publiquement à Turin, et U est juste d'ajouter que l’arcbarologue de Turin n’a publié son mémoire que depuis que le savant Français a quitté momentanément cette capitale. »
Quant au second mémoire, relatif aux chiffres hiératiques et démotiques, d’où résulte le système numérique des Égyptiens, la chose est un peu plus importante. Les manuscrits hiératiques en ont fourni les élémens, M. de Saint-Quentin le déclare luiméme , page %. Où et comment M. de Saint-Quentin a-t-il appris â les lire? C’est donc encore M. Champollion qu'il vent lestement dépouiller; et si on lui annonçait que, comme un innocent préservatif contre les incursions et le génie butineur des moustiques littéraires, on a vicié à dessein la cote historique des manuscrits, et l'indication des nombres et des dates , comment rOEdipe des Alpes nous montrerait-il qu’il n’est pas enlacé dan» les énigmes du Sphynx cllramonlain?Venons au fond de» choses.
Ou le tableau des chiffres, publié sf vite par M. de Saint- Quentin après le départ de M. Champollion , ressemble exactement à celui que le savant Français a tiré si difficilement de ses longues études , ou il ne lui ressemble pas. Dans le premier CBS, qu’il ne faut supposer qu’un moment, voyons les époques.
M. de Saint-Quentin date son mémoire du i5 janvier lâaS, annonce l’avoir lu deux jours auparavant, le i3 , à l'Académie, et il le donne comme nuove osservationi e ScoexaTS, un saggio sul sistema e suUe e\fre tle' numeri altrevolte adoperati neltantico Egitto , comme dei observations et des découvertes nouvelles, un essai sur le syslême et sur les chiffres numériques autrefois usités en Égypte, sujet important, ajoute-t-il, sur lequel nulia è stato detto o puhblicato , rieu n’a été dit ni publié , et dont on connaissait à peine trois ou quatre élémens, avouant toutefois , page 3 , que M. Champollion a été le premier à voir et à faire connaître les papyrus qui ont fourni ces renseignemens nouveaux. • *
Ainsi l’époque de la découverte de M. de Saint-Quentin, postérieure toutefois aux déchiffrcmens faits de son aveu par M. Champollion , serait des premiers jours de janvier i8a5.
Or, 1 °. M. CbampoUion le jeune a donné, en i8i3,pow ta collection publiée à Londres sous le titre de Hiéroglyphict , un fragment de papyrus hiératique^ contenant les signes numériques I à ao par lui déterminés, et insérés avec son nom dans la planche 3y de cc recueil (i).
a”. II avait ajouté encore' à ces recherches qudques faits sur k combinaison de ces signes , et sur les chiffres démotiques , et ces résultats avaient été communiqués, entre autres savane illustres , à M. le baron de Humboldt qui s'occupe depuis longtemps de l’origine des chiffres et des systèmes divers de numération. Tout ceci était connu de beaucoup de personnes à Paris, lorsque M. Champollion se rendit à Turin.
3°. Au milieu des inappréciables richesses archéologiques réunies dans celte ville par la mémorable munificence de S. M. le roi de Sardaigne, M. Champollion signala publiquement à l'Europe, dès le mois d’octobre i8a4i lea nombreux manuscrits Insloriques qu'il avait reconnus le premier , et donna dès ce moment un certain' nombre de dates historiques tirées des chiffres de ces manuscrits ; les journaux répétèrent à l’envi l'annonce de ces découvertes et ces dates ; M. de Saint-Quentin serait-il le seul qui n’y eût fait aucune attention?
4°. Le savant Français s'occupa dès-lors à compléter le tableau des chiffres hicraliqucs et démotù|ues ; et des dessins . reçut en même temps, par un heureux hasard , de M. d’Anasfay et de M. Sait, consuls de Suède et d'Angleterre en Egypte, lui tf ayant fourni les élémens qui pouvaient lui manquer, il fut en état, dès le mois de novembre. i8x4 , de présenter au monde savant . le tableau complet des chiffres et du système numérique des Figyptiens ; il l’envoya de Turin à Paris avec sa lettre du s3 du même mois de novembre. Ce travail fut communiqué dès son arrivée à vingt’membres de l’Institut , et à toutes les personnes qui voulurent le voir; il fut annoncé textuellement dans le Bulletin , cahier de dccembre n°. 3a» , et à sa date du a3 novembre ; dans le Globe , n". du janvier, et dans le Moniteur du 8 du même mois. Les dates prouvent donc que M. de Saint- Quentinserait arrivé trop tard.
On sait par quelle facilite de communications M. Champollion
(i) X iinoraU, from a hier.ilic maniiscript ; commiioicated by M. Champolliuii.
s’est efforcé de répondre aux nombreux témoignages de bienveillance dont il a été comblé à Turin. II annonçait chaque jour, et notait pour tout le monde, les faits nouveaux qu’il retirait de ses pénibles recherches ; il pari* des chiffres comme de toute autre chose; il en Pressa le tableau, il rédigea l’introduction au mémoire dont ils doivent être l’objet, laquelle est encore, depuis cette epoque, entre les mains d’un savant de Turin, et il ,
communiqu.i le tout mis en ordre , suivi des démonstrations sur les mnnumens originaux , à plusieurs académiciens de Turin , et AI. de Saint-Quentin était de ce nombre. S'il le niait , on lui dirait le lieu, le jour et les témoins; c’était au mois de novembre i8a4. , ,
On s’expliquera donc très-bien comment , deux mois après ,
M. de St.-Quenlin ayant eu l’innocente bonhomie de venir lire à l’Académie de Turin , et devant les mêmes témoins , un mémoire sur les chiffres, et le système numérique des Égyptiens, il excita une si grande surprise parmi ses confrères, les rumeurs ^
de quelques-uns, et s’attira une décision qui jugea solennellement ses prétentions: l’Académie rejeta ce mémoire, et déclara qu’il ne serait pas inséré dans sa collection. En l’imprimant à part et dans le format académique, M. de SL-Quentin ne proclame-t-il pas lui-ftiémf un véritable plagiat, fait avec discernement , volontairement, et à dessein de nuire, comme dit le Code pénal , à moins que M. de St.-Quentin n’entende se débarrasser de sa responsabilité morale sur son Sosie AI. des Cadenas?
Il nous le dira peut-être un jour.
Passe encore s’il n’avait pas gété la matière! Et ici on peut croire à son innocence, et qu’il ne l’a fait ni volontairement ni à dessein de se nuire. La question de priorité déjà jugée devient >
même presque oiseuse, puisque les résultatade M. de St.-Quentin diffèrent, malheureusement pour lui, très-essentiellement de ceux de M. Champollion le jeune; il n’est donc plus possible de lui appliquer que la question intentionnelle , mais l’on peut faire valoir en sa faveur le défaut de discernement.
Son tableau gravé est la véritable pièce du procès; c’est je corps do délit. Que présente-t-il? d’abord ce titre : Sistema de' numeri nelle scritture egiziane; et au-dessous, Elementi del sis- tema numérale geroglijico', élémens qu’il borne à deux, la ligne droite ou angulaire , et le fer à cheval. MM. Jomard et Young en ont fait connaître d’autres encore; reste à savoir si M. de St.- ' . ■-
Quentin veut bien les admettre. Vient ensuite 1a grande question
lies autres systèmes de chiffres. M. de .St.-Quentin les comprend sons une seule rubrique et en grosses lettres : .Sistems KimamALB lEBATico E DEMOTico, et c’cst ICI qu6 l’absence de discernement milite en faveur du pèclieur; car M. de St.-Qiientin ne s'est pas souvenu que M. Charapnilion, outre la distiffetion entre la forme des chiffres hiératiques et la forme des chiffres demotiques , lui av.iit dit et démontré : i®. que ces deux classes distinctes de chiffres, les hiératiques et les démotiques , se divisaient encore chacune en -X genresnon moins distincts, i“, cairraES uiébatiqdes, signes pour les dates des Jours du mois (a), et signes pour exprimer tout autre nombre qui n’est pas une datedejour(i); a». cBir- FBEs uÉMOTiQUEs , pour les jours du mois^a) , et pour tout autre nombre [b]. On comprend donc très-bien que le tableau dressé avec l'onbli de celte distinction fondamentale ne présente que désordre et confusion, et le mélange inextricable des quatre espèces de signes réduites à deux ; que la série soit incomplète , l’auteur empressé ne donnant point les formes des nombres ilémotique.s, 5 o, 6o, 70 , ni en aucune écriture les nombres 3 oo, 4oo, 700, 800, ÿoo et iqoo a 10,000 , qui ne sont pas moins intéressans à recueillir , mais qu'il n’a pu découvrir ne les connaissant pas d avance. La colonne des cbiffrcsifemotA^es donne les ligures de 1 à 3 o , selon les chiffres des dates-, et le reste jusqu’à 600 , selon les chiffres généraux pour les autres sortes de nombres. Heureux encore si les formes ne laissaient rien à désirer ! Aussi , l’auteur ajoutant des exemples de nombres à son tableau , met il aussitôt des points de doute à quelques-unes de ses traductions en chiffres vulgaires I aussi encore pourrait-on le prier de montrer quelque part le signe qu’il donne comme la forme démotique du nombre 4 , et qui est au contraire celle du nombre 5 dans ce système d’écriture. Voilà en gros et au vrai la Mla scoperta de M. de St.-Quentin, cellequi prouve, selon lui, qu’on n’a pas besoin des ultramontains pour compléter les travaux sur les écritures l’gypticnnes. M. de St.-Quentin vient de prouver en effet qu’il suffisait des decouvertes qu’il fera, pourvu qu’un autre veuUle lui prêter les siennes. *
Il parle , mais en passant , des signes hiéroglyphiques du Calendrier égyptien ; ce qu’il a déeoiuvrt là-dessiis est fort innocent , on ne lui en avait pas dit davantage. Les journaux déjà’ cités ont annoncé ,. et les savans qui ont voiiliL le voir U ignorent pas tjuc la. restitution entière du Calendrier hiéroglyphique est encore due à M. Champollioii.
En r^snmc, l’archænlogne de Turin conviendra donc, i". sur la question de priorité , que sn mémoire le servait mal quand il écrivait que, jusqu’au i5 janvier i8i5 , rien n’avait été dit ni publié snr le système numérique des Égyptiens , Jinora , nulla è stato detto o pubblicato, puisqu’on vient de lui rappeler ce qui avait été publié , ce qui avait été dit, et dit à lui avant ses découvertes , et le sévère jugement dont il a été gratifîé en est la conséquence; a°. sur le mérite et la vérité de son tableau des nombres , qu’il aura encore de nouvelles découivrtes à faire sur ce sujet , quand M. Cliampollion aura publié les siennes.
On peut donc engager M. de Saint-Quentin , s’il veut prendre son rang parmi les archæologues égyptiens par des idées originales et vraiment à lui , de s’en tenir, pour les scarabées , à ses cadenas de valise , et pour les cliiffres , de les laisser à ceux qui les ont trouvés ; le tout , sans ternir par de malicieuses ratiocinations et des suppositions insidieuses, le plus brillant .sujet de recherches qui se soit jamais offert aux savans de l’Europe." Il doit laisser è M. François Ricardi feu Charles d’Oneille , le triste honneur de dénoncer les Pharaons, et lui , se contente de les empailler (Cj. C. F.
i (i) La belle statue d'Osyinamlyas , de i6î pi- de hauteur , qhi est dans la cour du musée do Turin, a été empuillee comme un arbre aün qu’on ne la gilUt pas. Toute la ville s’est amusée , cet hiver , de la pétition adressée i et sujet par le pharaon Osymandyas à S. M. le roi de Sardai;;ne ; le monarque égyptien n’en a pas moins passé son hiver sous la paille.
PARIS. — IMPRIMERIE DE FAIN, RUE RACINE, N”, h ,
PLACE DE L’onÉOK.