‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 217 sur 419 · Martyrologe d’Adon, Beaugrand, LXXIV · texte numérisé non relu

Martyrologe d’Adon, Beaugrand, LXXIV

2. D'après un ms. de Troyes du xn0 siècle; c’est de ce texte que les légendes se rapprochent le plus.

SAINTE LUCIE

La page suivante figure Lucie au milieu des flammes et le bourreau qui verse sur elle pour exciter le brasier de la poix et de la résine fondues. On lit au-dessus ces mots du martyrologe : « Atl ilia in nomine Jhesu Christi stetit immobilis dicens ei : Ego rogavi dominum meum Jhesum Christian ut ignis iste non dominetur in me. »

La dernière scène du martyre s’ouvre, Lucie est représentée étendue devant le bourreau qui a coupé son corps en deux et on lit en dessous : « Tune augusti ante eum non ferentes amici ejus ( injuriant ) gladium in eius visceribus mergi fecerunt passa est autem idibus Decembris » (pl.XVII, XVIII, XIX).

C’est la première fois dans nos images que nous rencontrons cette manière de représenter la mort de Lucie, frappée dans les entrailles, tandis que généralement on la suppose atteinte d’un coup de poignard dans la gorge2 * * * * *.

1 . Dans le martyrologe, Sed; dans le manuscrit de Troyes, at et Domini, qui est supprimé à Troyes et dans la miniature beaucoup plus en rapport avec Troyes; in me au lieu de milii, etc.

2. Il est intéressant pour l’iconographie de rechercher la tradition dont les monuments écrits ou figurés nous offrent

le souvenir.

Dans le martyrologe romain, de source si antique, on lit :

gladio in gutture. Le bréviaire de Milan, dont les origines

plongent si avant dans les traditions antiques, conservait

au xvi° siècle un livre où nous lisons : gladio ejus transfixo

gutture.

Au vu0 siècle, saint Adelme (t 709) nous la montre

Les Italiens et les Orientaux crurent généralement que le coup mortel avait été porté à la vierge dans la gorge, au lieu que les auteurs de ce côté des Alpes croyaient qu’elle avait eu les entrailles traversées. S’il nous fallait choisir entre ces courants et attacher quelque importance à ces traditions iconographiques, nous suivrions plutôt la leçon italienne, comme sortie d’une source plus voisine de l’histoire réelle et plus pure pour les souvenirs.

percée dans les entrailles : rigido violavit viscera ferro.

Bède (t 735) suit la même version : gladio in viscera merso.

Adon, évêque deVienne en 858 : gladio in gutture merso percussa.

Un manuscrit de Paris du ix° siècle (Ms. latin, 5299) répète cela à peu près textuellement, dans une copie de Troyes au xn9 siècle : visceribus gladio patefactis.

Usuard, de Saint-Germain-des-Prés (t 876) : gladio in viscera.

Le ménologe de Basile (x° siècle) nous montre Lucie décapitée.

Dans les miniatures de Wallerstein (xne siècle), le corps tranché en deux parties.

Un manuscrit de Rheinau : cultrum in ejus viscera mergi.

La legende dorée, au xni0 siècle, parle de la gorge percée (Jacques de Voragine, né à Voragium, sur la côte de Gênes, t 1 292).

Un manuscrit du xm8 siècle à Paris (fr., 818) : in gladio sainti Luce p. lo ventro.

Au xiii“ siècle, à Empoli, dans une fresque de Giotto, la gorge percée.

Au xiv9 siècle, fresque de Padoue; au xv° siècle, des peintures à San-Gimignano, etc., présentent la gorge traversée.

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