‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 238 sur 343 · A. ANNO MCCCLLI NOBILE VIRO · texte numérisé non relu

A. ANNO MCCCLLI NOBILE VIRO

M^1' Bartolini a retrouvé dans les archives du Sancta-Sanctorum cette curieuse notice : « Anniversarium pro Paulo Bussa de regione parionis in ecclesia S. Agnetis de Agone quia eius uxor dictæ societati donavit unam domunculam cum horto sitam in parochia dictæ ecclesiæ et xxx ducatos quos promisit solvere. » On lit, ajoutés en marge, ces mots: pater beatœ Francisco.’.

Lorsque Léon X en i5iy donna la pourpre à beaucoup de personnages distingués de l’Eglise,

i . Bartolini, p. i 54.

il l’enleva à la juridiction de l’église damasienne. Sixte V (1597), à la requête du cardinal Montalto, son neveu, l’attribua à la congrégation des clercs réguliers mineurs qu’il venait d’approuver. A cette époque, l’église, qui n’avait peut-être reçu aucune restauration depuis Callixte II, était presque ruinée : nous trouvons dans les papiers des Panfili la description de son délabrement ; ses vieux murs ne soutenaient plus leurs enduits et laissaient tomber les peintures qu’on leur avait jadis confiées ; le presbytère était près de crouler.

Ce lamentable état décida probablement Innocent X (1652), qui avait une grande dévotion pour sainte Agnès et dont la maison de famille (Panfili) était voisine, et lui fit ordonner la démolition du vénérable édifice- On jeta de nouvelles fondations et la première pierre fut bénite le jour de l’Assomption 1 652*. L’œuvre fut d’abord confiée à Rainaldi, puis suspendue de 1 6 5 3 à i65q, et enfin livrée à Borromini, dont le goût baroque jouissait alors de la plus grande vogue. Rainaldi fut repris après la mort du pape et acheva la construction en 1672. Les architectes ne se firent pas faute de dépouiller les ruines du cirque de leur travertin pour élever la façade et ses deux campaniles.

Sous le fatras du xvne siècle les vieux murs ont disparu et les vénérables souvenirs, précieusement gardés pendant le moyen âge, semblent effacés ; nous aimons donc chercher la vieille église, et la rétablir autant que possible comme un des anneaux de la chaîne monumentale qui nous rattache à la glorieuse vierge. Rome antique reparaît heureusement toujours ; ses fondements, comme des souches éternellement fécondes, ont porté la cité du moyen âge, et, lorsque la Renaissance l’eut renversée, ils portent à son tour la cité de Sixte V dont les immenses bâtisses les ont encore pour racines. Ici, dans le plan de Rainaldi et de Borromini, nous distinguons des murs perpendiculaires à la place, dont les intervalles doivent signaler les murs de refend du cirque2.

Ces murailles sont les bases oü nous avons cherché à replacer l’église de Calixte. On verra l’essai de restauration que nous avons tenté (pl. I).

1. J’ai vu, dans les papiers delà bibliothèque Corsini, une notice qui rappelle que le prince Camillo obtint les colonnes des petites nefs du Latran pour orner la nouvelle église; mais je n’ai pu les retrouver sur le lieu.

2. Canina dans sa Topographie dit que plusieurs de ces travées existent encore.

SAINTE AGNÈS

dication d’Ugonio qui semble le figurer à côté de l’entrée, situation plus concordante avec les usages du moyen âge comme on peut le voir encore à S. Lorenzo-in-Lucina, S. Maria-in-Cosmedin, Saint-Chrysogone, Sainte-Cécile, etc.

Ugonio indique derrière le maître-autel un escalier avec cette épigraphe : sacellum intimum ; je ne doute pas que ce ne soit la descente aux cryptes dont l’escalier se trouve encore aujourd’hui en cet endroit et qui n’aurait pas été changé de place ; c’est par là qu’on descend pour vénérer les murs antiques témoins de l’épreuve d’Agnès. Nous en donnons le plan exact, d’après le relevé qu’a eu la bonté d’en faire pour notre ouvrage M. le professeur Busiri, que ses travaux ici et à la via Nomentana ont placé au premier rang des serviteurs de la vierge romaine. Nous avons teinté en noir les piliers antiques qui ont conservé leurs moulures d’imposte et, en beaucoup de parties, leurs voûtes.

L’escalier, après quelques marches, se détourne à gauche en s’élargissant à côté d’un pilier antique; les regards1 se reportent aussitôt sur une fresque représentant sainte Agnès gardée par un ange; on y lit l’inscription: « Ingressa Agnes turpitudinis locnm angelum Domini prœparaturn invenit. » Dans ce souterrain on montre la place où la sainte a été exposée; on y remarque un autel de i65o surmonté d’un bas-relief fait

S. Agnese, façade de la place Navone. . 1 • 2

État actuel, d'après un dessin manuscrit de la Bibliothèque nationale. pdT Algcirdl OU SU1 SCS ClCSSlllS Cl CJU1

figure Agnès sous le vêtement mira-

Le chœur était tourné vers la place Navone, de manière à dominer le lieu çonsaçré par sainte Agnès ; il y avait de ce côté une petite porte, mais l'entrée principale était sur la via dell’ Anima et accessible par trois marches. On entrait dans un portique qu’un dessin manuscrit d’Ugonio (bibl. Barberina, n° i o 5 7 1 ) indique clairement, puis dans la petite basilique. Les trois nefs étaient partagées par des pilastres de travertin soutenant quatre

arcades. Au fond se trouvaient le maître autel, l’abside et l’escalier descendant aux cryptes. Ugonio indique sur son croquis deux autres autels; peut-être Giacomo da Yicenza ( 1 45 5), qui avait sa dalle funéraire à l’entrée, fut-il l'ordonnateur de l’un d’eux2.

Il y avait un campanile, fidèlement reproduit par deux plans du xve siècle ; leur perspective fort incorrecte laisserait penser qu’il s’élevait du côté de l’abside3, mais nous avons préféré suivre l’in-

1. Nous devons à l’inépuisable obligeance de M. Busiri Je calque que nous en avons publié.

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