‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 267 sur 343 · L Messe, pl. CLXXVII · texte numérisé non relu

L Messe, pl. CLXXVII

ÉTATS PONTIFICAUX

remarquons l’agneau, qui porte une clochette et qui regarde Agnès (pl. VIII).

Nous ferons, à propos de cette belle caractéristique que nous rencontrons peut-être ici pour la première fois et que les peintres lui ont prêtée dans tous les siècles, quelques observations historiques. Cette histoire de l’agneau d’Agnès remonte aux actes eux-mêmes. Les parents de la bienheureuse la voient avec son agneau à sa droite : « ad dexteram eius agnum stantem nive candidiorem ».

Saint Augustin, dans un de ses sermons, nous explique le jeu de mots que la pureté de notre vierge a inspiré sur son nom : « Agnes latine agnam significat, græce castam. »

Il y avait non seulement le jeu de mots, mais aussi le rapprochement du surnom du Christ que l’antiquité appelait Agnus. L’agnelle du Christ était l’épouse de l’Agneau divin. Cette pensée ressort de ces vers de Bède qui réunit les deux noms :

Intravit Agnes auream Poli triumphans regiam,

Agnique juncta dulcibus Congratulatur nuptiis1.

Cette union d’Agnès et d’Agnus se reproduit dans les vers de Roswita, au xe siècle :

i . Bartolini, p. ibi.

Inter quas (les vierges) Agnem, simili splendore niten- Conspexere suam, pro Christo martyrisatam, [tem A dextris cuius nive candidior stetit Agnus l.

La pensée traverse tout le moyen âge et se reflète avec encore plus de précision dans les vers d’Hildebert de Vendôme au xie siècle :

Agnum qui mundi peccatum sustulit, istis Virtutum titulis vindicat Agna sibi 2.

Les peintres la recueillirent précieusement, comme nous le voyons dans leurs ouvrages à Assise, Subiaco, Pérouse, etc. La coupe d’or de M. le baron Pichon la répète avec une naïveté charmante; enfin, de nos jours les agneaux qui fournissent la laine des pallia et qu’on bénit à Sainte-Agnès pendant la fête patronale en sont un souvenir encore présent.

Rien de plus touchant que ces images qui montrent la jeune fille avec cet agneau, symbole d’innocence et objet de son amour; l’agneau à nimbe crucifère la suit partout, il lui rend amour pour amour, il la regarde sans se lasser et d’un regard jaloux; elle marche, il court derrière elle, elle s’arrête, il interrompt sa course, il bondit gaîment près d’elle, il saute entre ses bras où elle le serre sur son cœur3.

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