ANCIENS SOUVENIRS
Si l’on s'arrètait aux registres de la paroisse de Sé, Joseph de Chambly, on serait induit à croire que le prêtre catholique n'y porta les soins précieux de son ministère que vers 1706, tandisque l'histoire nous apprend que plus de 40 ans auparavant, la parole de Dieu avait été prêchée dans ce lieu même par les 22. PP. Jésuites, qui y eurent des Français pour leurs premières ouailles.—— Voici le fait.
Louis XIV résolu de châtier enfin les Iroquois d’une manière eflicace, et de les contraindre une bonne fois à la paix et à ne plus troubler sa colonie du Canada par leurs incursions journalières, envoya en 1665, à Québec, le Régt. de Carignan-Salières, avec ordre an gouverneur Daniel De Remy De Courcelle, (1) qui venait en même temps au pays, et au Marquis de Tracy qui y passait comme vice-roi, d'aller porter la guerre dans les cantons Iroquois.
Avant d'entrer en campagne, M. De Tracy crut devoir bâtir plusieurs Forts en bois sur la Rivière Richelieu et même au delà, pour échelonner ses troupes avec quelque sécurité sur cette route principale de communication (et la plus usitée) entre la colonie et les cantons Troquois.
Le ler de ces Forts fut construit à lPembouchure de la Riv. Richelieu (ou des Zroquois,) et prit le nom de Xichelieu : le 2e fut bâti au bassin de Chambly et prit le nom de Fort Pontchartrain ; nous y reviendrons : le 3e Fort fut construit à Ste. Thérèse dont il prit le nom, et le 4c fut élevé dans une île du Lac Champlain, (Te à La Motte, et nommé Fort Ste. Anne.)
Le 24 Fort que nous venons d'indiquer, bâti en 1665 par les ordres de M. De Tracy, le fut au pied du “ Sault de Richelieu.” Le capitaine De Chambly partit des Trois- Rivières, le 10 août, avec les troupes destinées à la coutruction de ce Fort, qui fut nommée par l'autorité civile 4 Fort Pontchartrain,” Ce nom ne fit point fortune et fut restreint aux dépêches des gouverneurs et des ministres du
(1) Non de Courcelles. WA VE
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roi, tandis que celui de % Jr St Louis” lui fut simultantment, mais plus généralement donné: e'était celui da vocable de Ta chapelle élevée en même tems dans son enceinte et que les missionnaires adoptèrent dans leurs actes. Néanmoins ce second nom de $4 Louis s'eFaca aussi bientôt, pour faire place chez le peuple à celui de # Crau by”, dès aumoins 1666, comme Pattestent des manuscrits de cctte date.
Le R. P. Pierre Jos. Marie Chaumonot, (4) Jés. nommé aumônier à l’armée de M. De Tracy, avait suivi à Sorel les soldats qui ÿ allaient, en juillet 1665, construire Le Fort de Richelieu. Son zèle, autant que son devoir, le porta à visiter ceux qui, en août suivant, allèrent élever celui de Chambly: demeura même avec ces derniers à peu près tout le temps de sa construction, puisqu'un journal coutemporain (1Z$.) nous dit :
1665 Oct, 3.—Le P. Chaumonot retourne du Fort de St. “6 Louys, basty au pied du Rapide de la iv. de Richelieu.”
On peut done dire que la paroisse de St. Joseph de Chamby date de 1665, que son premier patron fut $£ Louis, que son premier temple fut une modeste chapelle en bois, son premier desservant le vénérable P. Chaumonot: on pourrait même ajouter, sans trop courir risque de se tromper, que les SS. Mystères y furent célébrés en août pour la première fois.
Le P. Chaumonot en revenait, comme on a vu, le 3 oct. 1665—ct était remplacé par le P. Françs. Duperon,(2) Jésuite qui, comme son prédécesseur, étendait son ministère aux trois Forts de Richelieu, St. Louis et Ste. Thérèse.
Le P. Duperon était au Fort St. Louis (ou Chambly) le 10 nov. 1665, lorsqu'il mourut et fut apporté à Québec pour y être enterré. Un manuscrit du tems parle ainsi de cet évènement :
(1) Et non Jos, Marie François Chaumonot,—moins encore Joseph Claumont--(J, V.)
(2) Et non Duperron, moins encore Du Perron où Du Peron.--(J. V.)
1665 Nov, 15.—Un bastiment arrive de Richelieu, qui “nous aporte le corps du Pere l'rançois Du Peron, (Dupe- 6 ron), mort le 10 au Fort St. Louys, le 13e de sa ma- Jadie ; Monseigneur de Chambly, gouverneur de la place, ‘me mande qu’il est mort en bon religieux, en la maniere qu'il avait vescu:—35 seldats des le soir ont aporté le ‘ corps dans un coffre de planche, que Monsr, Sorel, gouver- “ neur de Richelieu, luy à faict faire, après l’auoir esté rece- “ voir au bord de Peau avec tous ses soldats soubs les armes ; ‘6 nous auons aussi apris qu’il l’a gardé toute la nuict avec “des cierges allumez. Nous auons faict mettre le corps ‘6 dans la congregation. Comme il estoit mort depuis 7 & jours, on ne l’a point decouvert. Nous sommes assem- “ Dlez dans la congregation (le 16), sur les 9 heures et demy ‘ du matin, nous en sommes sortis processionnellement ; “6 M. Julien Gurnier portoit la croix, deux de nos petits esco- ‘ coliers les chandeliers, deux autres l’encensoir et l’eau bénite. Nous avons dit l'office où a assisté Monseigneur De Tracy. Monsr. de Bernieres a Gict la messe presente ‘ corpore. Il a esté enterré dans le caveau de Ja chapelle ‘vers le confessional qui répond a la rue ; il ne reste plus de place que pour un corps.”
Dès le 16 nov. 1665 le P. CAs. Albanel, qui était au Cap de la Magdelaine, reçut injonction du KR. P. Le Mercier, son Supr. ‘ de monter au Fort St. Louys par la première oceasion, pour y aller tenir la place du défunct P. du Peron (Jour- Jés.)—Le 23 nov. le P. Albanel était rendu aux Trois-Rivières ‘attendant que les glaces fussent assez fortes pour aller a sa mission” (1b.)—Le 2 déc. il était encore aux Trois-Rivières, prenant soin de la cure, “ en attendant l’occasion de monter plus hault.” (1b.) Et, sans pouvoir dire quand il se rendit enfin au Fort St. Louis, on voit par le Journal déjà cité, que le P. Albanel y était au moins le 8 mars 1666, “ faisant les fonctions curiales.” (18) Il y resta jusqu’au 7 juin 1667, que le Jour. Jés. dit :—