CHAPITRE PREMIER ORGANISATION DU CHANTIER
Les détails d'installation exigés par la mise en œuvre des matériaux sont Taffaire de Tentrepreneur. Cependant Tarchitecle, ayant la haute direction des travaux et la responsabilité de leur bonne exécution, doit posséder une idée générale des dispositions à prendre à cet égard. Aussi en dirons-nous quelques mots. Nous étudierons dans un premier paragraphe routillage des chantiers ordinaires ; un second paragraphe sera consacré aux engins et appareils spéciaux des chantiers rapides; enfin, nous donnerons un exposé très succinct de la comptabilité du chantier.
§ !•'. — Chantiers ordinaires
Il y a lieu de considérer le transport, le montage et la mise en œuvre sur place des matériaux.
Bardage. — Le transport du lieu d'extraction à remplacement de la construction se fait de diverses façons, que nous n'avons pas à examiner ici. Il ne s'agit que du transport d'un point donné du chantier à pied d'œuvre. Cette opération s'effectue ordinairement, pour la pierre, soit àTaide de brouettes, soit au moyen d'une civière, ou bard, que portent deux hommes : de là le nom de bardage, généralisé à tous les modes de transport des matériaux. Les mortiers sont transportés au moyen (ïauges [fig, 348) ou d'oiseaux {fig. 349).
Lorsque les matériaux solides (pierres et grosses pièces de bois) ne doivent être déplacés qu'à une faible distance, on
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les y conduit souvent à l'aide de rouleaux en bois, et on se sert pour les soulever de pinces en fer [fig. 350). II faut avoir
Fio. 348.
Fio. 349.
soin alors de ne pas placer ces instruments près des angles, afin d'éviter les épaufrures, s'il s'agit de la pierre.
Montage. — Les matériaux, amenés à pied d'œuvre, sont ensuite montés à la hauteur où ils doivent être posés. Les mortiers qu'on transporte à l'auge ou à l'oiseau peuvent être montés parles manœuvres à l'échelle. Les petits matériaux, tels que les briques, le sont souvent par plusieurs ouvriers placés à difTérentes hauteurs, qui se les jettent de la main à la main. Pour les matériaux plus lourds, il faut user d'engins plus ou moins puissants, dont les plus ordinaires sont les palans et moufles, les chèvres et les sapines.
Les palans et moufles consistent en un assemblage de poulies qui permettent de soulever de lourds fardeaux avec un effort relativement faible. Si l'on considère, par exemple, deux moufles de chacune deux poulies, sur lesquelles passe une corde, le poids attaché à l'une des extrémités de cette dernière se répartit en quatre tronçons de corde ou brins, dont chacun n'aura par conséquent à supporter que le quart de la charge totale. L'effort à exercer sur l'un d'eux, celui qui correspond à l'extrémité opposée au fardeau, sera donc quatre fois moindre que si on le soulevait directement. L'une des moufles est accrochée solidement à une poutre ou tout autre point fixe au-dessus du niveau où il faut élever la charge, et l'autre est mobile. On attache le fardeau à l'extrémité infé-
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rieure de la corde et on agit sur Taulre soit à bras d'homme, soit à l'aide d*un treuil actionné par un moteur.
Les chèvres sont de deux sortes. Les unes (fig, 351) sont à trois jambes et par cela même faciles à établir ; mais elles sont de petites dimensions et ne peuvent guère servir que pour
Fio. 3Jl.
Fio. 352.
Fig. 3:>3.
de faibles hauteurs. !,es autres (fig, 352) sont à deux jambes seulement, beaucoup plus élevées et plus puissantes, et on les maintient en équilibre dans une position convenablement inclinée au moyen de fortes cordes, ou câbles^ solidement attachées à des points fixes voisins.
Sous Tune et Tautre formes, l'appareil consiste essentiellement en une poulie pLacée à la partie supérieure et un treuil horizontal placé au pied, à la hauteur la plus convenable pour être manœuvré soit au moyen d'une manivelle, soit à l'aide de forts leviers (jue des hommes engagent alternativement dans des sortes de mortaises pratiquées sur des génératrices différentes du cylindre. Une corde solide passe sur la poulie et s'enroule sur le treuil, tandis que son extrémité libre porte un crochet en fer auquel on accroche Vélingue ou braye, qui prend la pierre sur ses quatre faces (fig. 353).
Los sapines sont également de deux sortes. L'une, dite sapine simple, se compose d'un fort montant en bois (fig, 354), portant à sa partie supérieure une pièce horizontale solidement maintenue à l'aide d'une contrefiche et munie d'une poulie à chacune de ses extrémités. Une corde passe sur ces deux poulies, et soulève le fardeau en s'enroulant sur le treuil, fixé à la partie inférieure, et qu'un homme fait tourner. Le montant est maintenu vertical au moyen des cordages,
CHANTIERS ORDINAIRES
comme il a été dit pour la chèvre à deux jambes, et peut tourner sur un pivot placé à son extrémité basse.
L'autre genre est celui qu'on emploie dans tous les chantiers ordinaires. Il se compose de quatre montants en sapin
Fio. 355.
solidement assemblés au moyen de traverses horizontales et de croisillons (fig, 355). La poulie est fixée à la partie supérieure ; un treuil à manivelle et à engrenage est établi au pied. Une forte chaîne passe sur l'une, s'enroule sur l'autre, et soulève des matériaux très pesants sous Faction d'un seul homme, dépensant relativement peu de forces.
Mise en œuvre. — Échafaads. — Pour la mise en œuvre des matériaux, les ouvriers sont placés sur des planchers provisoires appelés échafaudsy et disposés à des hauteurs convenables, à mesure que la construction s'élève. Ces échafauds s'établissent de différentes manières, selon les circonstances. Si l'on peut disposer d'un espace suffisant, on place, à 1™,50 environ en avant du mur à élever, une rangée de montants en sapin de 0"",15 à 0™,25 de diamètre et de 5 à 10 mètres de hauteur, appelés échasses ou écoperches (^g.356). On leur donne 2 mètres d'intervalle, et on les ûxc à leur base sur le sol par un empattement de petits matériaux et de plâtre appelé patin. On s'arrange, autant que possible, à les placer en face des fenêtres, dont les appuis servent de base à de petites échasses fixées comme les autres, et qui reçoivent l'une des
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extrémités des boulins ou morizets, pièces horizontales en frêne ou, mieux, en chêne, de O^jlO à 0™,15 de diamètre, qu'on attache au moyen de cordes dites troussièresy de 0™,01 à 0",015 de diamètre.
On place les boulins à intervalles de i™,75 environ en hauteur, et chaque rangée horizontale supporte un plancher formé de pièces ayant 4 mètres de longueur, de 0'",30 à 0»,3o de largeur, et de 0™,04 à 0",0o d'épaisseur.
Fio. 356.
Fio. 357.
Lorsque les trumeaux qui séparent les baies sont trop larges pour un seul intervalle d'échasses, et que le mur est en pierre de taille, ce qui ne permet pas d'y sceller les abouls des morizets, on place un nouveau rang d'écoperches contre le mur, et, dans ce cas, il est nécessaire de consolider Téchafaud par un étai à chaque montant (fig, 357).
Si les échasses ne sont pas assez élevées pour atteindre jusqu'aux parties supérieures de la construction, on les prolonge par d'autres, fixées aux premières à l'aide d'une corde plusieurs fois enroulée et fortement serrée, en ayant soin de faire reposer le pied de l'échasse supérieure sur Tabout d'un morizet.
Mais souvent on ne peut occuper l'espace en avant du mur à construire, et il faut dès le premier étage établir des échafauds en encorbellement. Il sont alors construits, comme
tlHA.NTIERS ORDIXAIBES
rindiquent les flgures358 et 359,soit sur un plancher supporté par des boulins qui s'appuient sur le mur et sont fixés à un montant vertical serré entre deux planchers existants, soit
Fio. S58.
Fio. 359.
sur un plancher dont la partie saillante est soulagée par une contrefiche inclinée reportant la charge au pied du mur.
Fio. soi.
Enfin, on se sert pour les petites réparations : 1° de la corde à nœuds, portant à sa partie inférieure une barre horizontale, sur laquelle s'assied l'ouvrier, et fixée par l'autre extrémité à la partie supérieure du mur; 2« des échafaudages volants,
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sortes do planchers mobiles soutenus par des cordages fixés de diverses manit'^res et qu'on promène le long de la façade el à des hauteurs difTérentes, selon qu'il est exigé par le travail à exécuter.
Les figures 360 et 361 indiquent deux façons de disposer ce iîenre d'échafaudage.
Des érhafauds sont également nécessaires à l'intérieur, en particulier pour l'oxécution des plafonds. Un faux plancher est établi à hauteur convenable au-dessous de ce niveau
et porté par des boulins et des
1 ^ échasses étrésillonnées (fig, 302).
*"^r"^r'""rp'^ 8 11 est bon de protéger les écha-
I n I fauds, surtout lorsqu'ils sont éle-
■ vés, par des garde-fous. Ce ne ■■■■■dHMI HmI ^^^'^^ souvent que de simples cordes tendues d'une échasse à Fio. 362. l'autre; mais il est beaucoup
mieux de les constituer par des planches légèrement espacées, douées sur les montants ou, s'ils ne sont pas à une grande hauleur, par une ou deux liarres horizontales attachées à l'aide de Iroussières.
Etais.
Dans les démolitions, il faut souvent soutenir
Fio. 3G.3.
FiG. 3()4.
certaines parties au moyen de pièces de bois solidement élablins, qu'on nomme étais» On les place de façon à s^opposer
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le plus efficacement possible à lapoussée du murqui menace de tomber. Si la composante horizontale a son point d'application entre ceux des deux pièces de l'étaiement, on les écartera plus à leur sommet qu'à leur base {fig. 363). Si le point d'application de cette composante est au-dessus de ceux des étais, on les écartera davantage à leur base {fig, 364). On réunit d'ordinaire les deux pièces de bois par des traverses autant que possible normales à la direction probable de lapoussée et on les appuie à leur pied sur une pièce également voisine de la normale à la poussée établie sur un massif de plâtre et petits matériaux. Leur sommet vient buter au-dessous d'une pierre saillante ou d'une pièce horizontale scellée dans le mur.
CheyalemenU. — Pour reprendre un mur en sous-œuvre
il est nécessaire de sou- . ,,,
tenir les parties supé- f^ i * ,,,^
rieures pendant les tra- , > ^
vaux. Pour cela on passe lifY^^;3M ' rr
au travers du mur, à la liËAA ^^gP^^i, ju j^^^S ^
base du trumeau à sou- :r g^}\ -JRIzfiw^^l
tenir deux pièces de ^^"izrA^^ yr tt Tll ip ^ j^^
bois horizontales. Gha- — ^- ^"^B M^^t ^^
cune de leurs extré- ^■-^^ - , ..- . . w g.^ .^-^ ^
mités repose sur deux p^^ 2^.
pièces iicUnées formant chevalet (fig, 365), d'où le nom de chevalement,
Baniàres. — Lorsque le chantier avoisine la voie publique, on doit y établir une barrière en planches clouées sur des longrines de sapin que soutiennent, de distance en distance, des montants plantés en terre, ou fixés par des patins sur le sol du trottoir. Cette précaution est exigée pour garantir les passants des accidents que pourrait occasionner la chute de matériaux ou de débris. Dans certains cas, pour les réparations aux murs de façade, un gardien de n/e surveille la parlie de trottoir avoisinante d'où il écarte les piétons qui risqueraient d'être atteints par les objets tombant des échafauds.
ORGANISATION DV CHANTIER
§ 2. — Chantiers rapides
Les dispositifs préc«^deminent décrits peuvent être employés en toutes rirronstances. Mais, dans certaines constnirtions très vastes, exigeant plus de rapidité pour le transport et le montage des matériaux, on a recours à quelques appareils plus compliqués et à des dispositions plus commodes. Ce sont principalement: les voies mobiles, les giiies, les treuils.
Voies mobiles. — De petits rails portatifs, fixés sur des traverses et formés de tronrons, sont ajustés pour constituer des voies ferrées allant du point servant de dépôt pour les matériaux jusqu'à l'emplacement où ils sont utilisés. Des wagonnets qu'un homme peut rouler permettent de les y transporter plus rapidement et en plus grande quantité. Ils remplacent avantageusement les bards et les brouettes. Us servent aussi à transporter les terres de déblai dans les constructions exigeant des fouilles très importantes.
Grues. — Les grues sont des appareils de montage compo-
Fio. 36G. Fio. 367.
ses essentiellement d'un triangle en fer, dont le grand côté
CHANTIERS RAPIDES
est incliné en surplomb. Au sommet, est placée une poulie ; au pied, un treuil à manivelles et engrenages, et une chaîne passe sur Tune, s'enroule surTautre, et soulève les fardeaux, qu'on attache à son extrémité libre, munie d'un crochet. I/appareil est disposé sur une plateforme qui peut tourner autour d'un axe vertical iîxe, comme dans la figure 366, ou montée sur un chariot circulant sur des rails. La figure 367
Fio. 369.
représente un appareil de ce genre ; celui-ci est, en outre, un exemple de grue à deux branches, dont l'écartement est maintenu au moyen de tiges de fer fixées aux sommets et à la base horizontale.
Enfin, on se sert aussi de peti tes grues portatives, qui peuvent être fixées au sommet d'un mur en construction, pour permettre d'y élever les matériaux {fig, 368).
Treuils. — Le treuil n'est généralement qu'un organe d'une machine. Cependant il constitue seul un appareil de levage fort commode, surtout lorsqu'il est mû par une manivelle à engrenages, qui diminue l'effort à exercer pour une charge donnée. On peut d'ailleurs établir les treuils sur des bâtis en fer roulant sur des rails au-dessus d'un échafaudage disposé à hauteur convenable, ainsi que l'indique la figure 369.
Moteurs. — Ces divers appareils, (jui peuvent être manœuvres à bras d'homme, sont souvent mus par des machintîs à
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vapeur locomobiles. Ainsi, sur la plateforme d'une grue, on établit une petite locomobile, qui, à Taide d'un dispositif convenable, enroule la chaîne sur le treuil et fait tourner l'appareil tout entier sur son pivot vertical. Les treuils de plusieui-s grues fixes ou de grandes sapines éparses sur un grand chantier pourraient être mis en mouvement par une seule machine au moyen de transmissions convenables. Mais nous n'avons pas à entrer ici dans les détails d'installation. Nous avons .^rtout cherché à faire comprendre l'emploi des appareils les plus ordinaires; quant à ceux qu'exigent des constructions de grande importance, telles que gares, théâtres, etc., leur description n'entre pas dans le cadre de ce modeste ouvrage, et nous renvoyons nos lecteurs aux traités spéciaux.
Échafaudages roulante. — Une autre question, qui ressort davantage de notre compétence, et sur laquelle nous dirons un mot, est celle des échafauds roulants. Nous avons nommé tout à l'heure les gares de chemins de fer ; ce qui les différencie des constructions ordinaires, ce sont leurs salles spacieuses et leurs vastes halls, dont les charpentes sont énormes
Fio. 370.
et exigent j)our la pose tout un ensemble de travaux provisoires, dont les principaux sont de grands échafauds montés sur roues et mobiles sur des rails, ce qui permet de les faire servir, par de simples déplacements, à la pose de plusieurs fermes. Les figures 370 et 37t représentent les deux faces d'un de ces échafaudages. Deux montants verticaux, étrésillonnés, sont reliés par deux pièces transversales moi-