TITRE II
SALLES D’ASILE
Les salles d’asile sont des établissements d’éducation destinés à recevoir pendant le jour les enfants des deux sexes que leurs parents, éloignés du logis par le travail quotidien, ne peuvent garder avec eux.
Cette institution essentiellement philanthropique a donné d’excellents résultats partout où elle a été organisée, mais c’est surtout dans les grands centres manufacturiers que le but qu’elle se proposait a été le plus heureusement atteint, car là, plus que partout ailleurs, le travail éloigne et occupe les mères pendant le jour, les obligeant à laisser leurs enfants privés des soins nécessaires, abandonnés à eux-mêmes, ou ce, qui est pis peutêtre, livrés au danger d’un labeur trop précoce.
Le bien produit par lessalles d’asile est incontestable, et, d’abord accueillies avec une certaine méfiance, elles dépassent maintenant le résultat qu’on en attendait ; les procédés employés développent chez les enfants le sentiment religieux et moral, préparent, sans les fatiguer, ces jeunes intelligences à l’instruction qu’elles recevront plus tard à l’école, tandis que les exercices physiques fortifient leur corps et préservent leur santé.
La salle d’asile prend l’enfant au berceau, lui inculque, dès qu’il peut les comprendre, des habitudes d’ordre, de discipline et de propreté dont plus tard il recueillera les fruits; elle tient le milieu entre la crèche, qui le prend au maillot, et l’école, où il reçoit l’instruction nécessaire.
La création des salles d’asile s’est rapidement développée dans presque toutes les villes industrielles, et nous les voyons maintenant se propager dans tous les centres de quelque importance; cependant les communes rurales, auxquelles elles rendraient de si grands secours, en sont encore souvent privées, par suite de l’impossibilité, pour les administrations locales, de faire face à une dépense qui serait relativement d’autant plus considérable que le bienfait en résultant profiterait à un nombre plus restreint d’individus.
Afin d’atteindre le but qui leur est assigné, les salles d’asile ont une organisation déterminée par certains règlements ; les premiers regardent la construction, l’établissement en lui-même, et sont à peu de choses près les mêmes que ceux qui régissent les maisons d’école; les autres, au contraire, concernent les dispositions générales du régime intérieur et l’installation qui lui est spéciale.
Ces règlements, qui cependant n’ont traitqu’aux exigences rendues absolument nécessaires au service, font, parleur application, de l’établissement d’une salle d’asile une entreprise toujours coûteuse à cause du grand développement qu’exigent les constructions nécessaires. En effet, une salle d’asile comprend d’abord la salle d’asile proprement dite, appelée salle des exercices; un préau servant aux récréations ; les services généraux,
cuisine, réfectoire, etc., et, enfin, les logements des directrices laïques ou congréganistes lorsqu’ils sont nécessaires. La salle des exercices et celle du préau ont la même surface; dans la première ont lieu les exercices pour ainsi dire intellectuels ; dans la seconde, les exercices physiques ; ce fréquent changement de place et de travail est très-nécessaire à l’enfance, toujours avide de mouvements : il permet en outre de constamment renouveler l’atmosphère et de facilement assurer la propreté du local qui vient d’être monentanément abandonné.
Les salles d’asile sont privées ou publiques, laïques ou congréganistes ; elles renferment le logement des directrices ou tout simplement des locaux ouverts le matin, fermés le soir; souvent encore elles nourrissent les enfants pendant le jour, mais dans ces différents cas, les mêmes règlements, les mêmes prescriptions les gouvernent et les régissent.
Voici ceux de ces règlements administratifs que nous avons cru utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Nous les renvoyons, en ce qui concerne les conditions générales de construction et d’établissement, aux instructions relatives aux écoles ; et nous ne nous occupons ici que de l’organisation de l’installation et de la construction spéciale des salles d’asile.
DOCUMENTS OFFICIELS
Règlement général en date du 21 mars 185b.
Article 20. Il y a dans chaque salle d asile plusieurs rangs de gradins, au nombre de cinq au moins et de dix au plus. Ces gradins doivent garnir toute l’extrémité de la salle.
Il est réservé, au milieu et de chaque côté de ces gradins, un passage destiné à faciliter le classement et les mouvements des enfants
Des bancs fixés au plancher sont placés dans le reste delà salle, avec un espace vide au milieu pour les évolutions.
Dans la salle destinée aux repas, des planches sont disposées le long des murs, et des patères ou crochets sont fixés au-dessous pour recevoir les paniers des enfants et les divers objets à leur usage. Chaque planche est divisée par une raie, en autant de cases qu’il y a d’enfants. Des numéros correspondants aux numéros des paniers sont peints au-dessous de chaque case.
Des lieux d aisances, distincts pour chaque sexe, sont placés de manière à être facilement surveillés; ils doivent etre aérés et disposés de telle sorte qu il ne résulte de leur voisinage aucune cause d’insalubrité pour l’asile. Le nombre des cabinets est proportionné à celui des enfants. Chaque cabinet doit être clos par une porte sans loquet, de 76 centimètres de hauteur au plus et retombant sur elle-même.
La cour doit être spacieuse, le sol battu et uni.
jiriidc 21. — Le mobilier des salles d’asile se compose de lits de camp sans rideaux ou de hamacs ; d’une pendule, d un boulier compteur à dix rangées de dix boules chacune, detableaux et de porte-tableaux, d’une planche noire sur un chevalet et de crayons blancs, d’un porte-dessins, de plusieurs cahiers d’images renfermés dans un portefeuille, d une table à écrire garnie d’un casier pour les registres; d’une grande armoire; de petites ardoises en nombre égal à celui des enfants; de leurs crayons; d’un poêle ; d’une grande fontaine ou d’un robinet alimenté par une concession d’eau, se déversant sur un grand lavabo à double fond ; d’autant d’éponges qu’il y a d’enfants dans
la salle d’asile; enfin de tous les ustensiles nécessaires aux soins des enfants et à la propreté du service - d‘un claquoir et d’un sifflet.
1. Titre I. Maisons d’école, renseignements généraux, page 7 et suiv.
SALLES D’ASILE
Décret du 22 mai 1855.
Article 1. Les salles d’asile publiques ou libres sont des établissements d’éducation où les enfants des deux sexes de deux à sept ans reçoivent les soins que réclame leur développement physique et moral.
Article 4. Les salles d’asile sont situées au rez-de-chaussée, elles sont planchéiées et éclairées autant que possible des deux côtés par des fenêtres fermées avec des châssis mobiles.
Les dimensions des salles doivent être calculées de façon à ce qu’il y ait au moins deux mètres cubes d’air par chaque enfant admis.
A côté de la salle d’exercice il y a un préau destiné aux repas et aux récréations.
Article 5. Nulle salle d’asile ne peut être ouverte avant que l’inspecteur d’académie n’ait reconnu qu’elle réunit les conditions de salubrité ci-dessus prescrites.
Article 6. Il y a dans chaque salle d’asile publique du culte catholique un crucifix, une image de la Vierge, un portrait de l’Impératrice.
Article 8. Le titre de salle d’asile modèle peut être conféré par le ministre de rinstruction publique sur la proposition du Conseil central de patronage, à celle des salles d’asile qui auraient été signalées, par les déléguées spéciales, pour la bonne disposition du local, l’état satisfaisant du mobilier, les soins donnés aux enfants, ainsi que pour l’emploi judicieux et intelligent des meilleurs moyens d’éducation et de premier enseignement.
La circulaire ministérielle en date du 12 juin 1838 faisait connaître quelles sont les conditions que doivent remplir les salles d’asile pour mériter le litre de salle d’asile modèle.
Comme une administration municipale peut désirer que la salle d’asile qu’elle projette remplisse ces exigences, nous croyons pouvoir reproduire ici ce programme dont les indications seraient, dans ce cas, très-utiles à l’architecte.
1° Local. Doit être en tous points conforme aux prescriptions du règlement général et à celles du décret du 22 mars 1855 ; il faut en outre des conditions énumérées dans les articles de ces documents, porter son attention sur les points suivants
Le vestibule est-il fermé par une barrière destinée à empêcher le public d’entrer dans la salle d’asile? Dimensions des classes (art. 4 du décret). Sont-elles proportionnées au nombre des enfants que l’asile doit recevoir? Quelle est la forme des gradins? Quelle est la hauteur et la largeur des marches? Quel est l’appareil de chauffage? Comment estil pourvu à l’aération et à la ventilation? Où est placé le lavabo? comment est-il organisé?
Le préau est-il d’une dimension au moins égale à celle de la salle d’exercices?
La cour est-elle .spacieuse, de plain-pied, attenante aux salles? Le sol est-il uni et battu?
Les lieux d’aisances sont-ils situés de manière à être facilement surveillés? sont-ils bien aérés ? peut-on y arriver à couvert? Quel est le nombre des compartiments? Se conforme-t-on exactement aux diverses prescriptions de l’article du règlement général?
2° Mobilier. La salle d’asile est-elle munie de tous les objets désignés dans l’article 21 du règlement du 22 mars 1855, et tous les objets sont-ils en bon état de conservation? Comment est-il pourvu aux soins de propreté?
La circulaire ministérielle en date du 18 septembre 1861 accompagnait l’envoi fait aux préfets d’un exemplaire d’un ouvrage renfermant un certain nombre de plans modèles et de devis concernant la construction des salles d’asile.
Ces projets, très- discutables dans la forme, ne pourraient recevoir leur exécution que dans un petit
nombre de cas assez restreints ; ils devraient forcément subir partout ailleurs des modifications exigées par les différences de climat, de pays, d’habitudes locales, par la nature des matériaux et leur mode d’emploi. Ils ne sortent donc pas de ceux des essais de ce genre dont nous avons déjà parlé, et par suite nous croyons inutile de nous y arrêter de nouveau.
SALLE D'ASILE A ANCENIS (loire-inférieure)
(Planches LUI et LIY)
La salle d’asile d’Ancenis est importante, elle comprend deux bâtiments en aile hauts d’un rez-de-chaussée seulement et séparés par un bâtiment central élevé d’un premier étage. Dans les ailes sont installées les salles, distinctes pour les garçons et pour les filles. Le logement des sœurs est au premier étage, et, comme les enfants ne sont pas nourris pendant le jour, on a pu supprimer le grand réfectoire et la cuisine; les salles sont accompagnées de leur préau et précédées d’un vestibule.
La construction est très-simple; la différence d’aspect des bâtiments destinés à l’habitation ou aux salles fait bien sentir leur destination respective.
Le mètre carré de surface de construction couverte a coûté 62 francs environ.
ÉVALUATION DES TRAVAUX
QUANTITÉ
PRIX
TOTAL
Terrasse.
Maçonnerie de moellons .
Pierre de taille (granit) .
» (gabarion). . .
Charpente (chêne).
Couverture (ardoises) ....
Plomberie
Menuiserie ,
Serrurerie »
Gros fers ,
Plâtrerie plafonds 480,00
— Cloisons . 160,00
Peintures 1800,00
Vitrerie 50,00
Travaux divers. . . .
Honoraires de l’architecte, 5 p. 100.
Total général.
SALLES D’ASILE
SALLE D’ASILE A L’HOPITAL (aubussqn, creuse)
(Planches LY et LVJ)
Le faubourg de l’Hôpital dépend de la ville d’Aubusson ; sa population est entièrement industrielle ; les parents, occupés tout le jour dans les fabriques de tapis, laissent leurs enfants seuls au logis; dans de telles conditions, une salle d’asile devient un véritable bienfait. Les ressources communales étant limitées, afin de diminuer les charges qu’eussent entraînées l’établissement et l’entretien d’une salle d’asile isolée, indépendante et administrée par une communauté religieuse ou une directrice spécialement occupée de ce soin, l’administration municipale a réuni cette salle d’asile à l’hôpital, mais en les séparant toutefois par une assez grande distance, une cour et des jardins. Aussi les bâtiments ne contiennent-ils que l’asile proprement dit : le logement des sœurs, devenu inutile, est tout à fait supprimé. Le service se fait par les religieuses chargées de l’hôpital, avec lequel l’asile est en communication au moyen d’une galerie qui sert en même temps de salle de récréation et de préau couvert.
Le bâtiment est élevé dans une rue solitaire. A l’entrée, un grand vestibule servant au dépôt des paniers de salle d’attente et d’entrée pour les mères qui conduisent ou viennent chercher leurs enfants; à gauche, la salle des exercices, pouvant contenir 150 enfants; à droite le réfectoire, très*important parce que les deux sexes étant réunis, ils prennent ensemble leur repas du milieu du jour. Ces trois pièces communiquent au moyen de quatre larges portes, permettant aux institutrices de faire développer le plus possible les promenades qui constituent un des exercices les plus fréquents de la salle d’asile ; en outre, une partie libre au-dessus des cloisons de séparation rend plus complète l’aération de ces trois salles et répartit dans chacune d’elles une plus grande quantité d’air et de lumière.
La construction est entièrement en granit, pierres et moellons; les voussoirs des ouvertures sont en briques, dont la couleur tranche sur le ton gris des enduits; la charpente et le plancher sont en chêne, la couverture est en zinc. L’aspect de l’asile d’Aubusson est non pas luxueux, mais confortable. L’architecte s’est, on le voit, surtout préoccupé de bien installer les services de l’iniérieur, de les rendre commodes, de prévoir tout ce qui pouvait être utile et compléter les dispositions qu’il adoptait.
La dépense, non compris la galerie, s’est élevée à la somme de 12,705 francs, ce qui fait revenir à 03 francs le mètre carré de surface couverte.
ÉVALUATION DES TRAVAUX
Maçonnerie 5350,00
Charpente et couverture 3600,00
Zinguerie et plomberie 300,00
Menuiserie parquets 1400,00
Serrurerie 350,00
Peinture et vitrerie 600,00
Travaux divers 500,00
Honoraires de l’architecte, 5 p. 100 605,00
Total général 12705,00