DEUX CENTS PLANCHES
LE DÉCOR Planches 1 à 33
A. Décoration en général
1. Décoration régence. — Au Commencement <lu xvme siècle, on emploie fréquemment la figure comme élément principal de décoration, mais cette figure, au lieu de l'expression solennelle du siècle précédent, se pare d'une grâce aimable.
'2 cl 3. Panneaux pouiî vestibules, Décoration mythologique. — A l'époque de la Régence, lorsque le décor fit des emprunts à la mythologie, il se contenta des demi-dieux, et il voulut, par des figurations gracieuses, traduire des épisodes de la vie simple, sans aucune prétention aux évocations héroïques. Les animaux se trouvent souvent mêlés à ces compositions avec des expressions d'une très originale variété.
4 et 5. Décoration de grandes surfaces murales. — Lorsqu'il s'agissait de la décoration d'une surface assez ample, soit pour un panneau, soit pour un mur, la composition, aban damment pourvue d'éléments purement décoratifs, présentait la plupart du temps une disposition aphothéolique. On en a d'abondants exemples dans les tapisseries, panneaux peints, etc.
6. Plafond et panneau. — Au commencement du règne de Louis XV, les lignes architecturales tendent, dans les décors peints, à des caprices d'une réalisation improbable. L'élégance, voulue avec excès, amène des mièvreries d'une importance compliquée.
7. Panneaux pour doudoirs. — A côté de la décoration architecturale, les sujets des peintures, pour les pièces de réception intime, sont ou mythologiques ou purement fantaisistes.
8. Panneau décoratif. — La décoration des grands panneaux tendait à donner l'illusion soit de fontaines, soit de cascades, comme le représente la planche suivante; soit, comme le
représente la planche 8, d'un escalier aux révolutions compliquées. Cette décoration caractéristique du style rocaille est toute française, et par le goût qui y préside et par l'exécution qui ne laisse rien à désirer.
9. Panneau décoratif. — Ouand le mensonge du style rocaille s'imposa aux décorateurs, on voulut, par le trompe-l'œii, donner l'illusion d'une architecture compliquée et de paysages de rêves sur des surfaces planes. De là, sur des panneaux qui se coupaient à angle droit, ces peintures dont le décor et les lignes étaient assez adroitement combinés pour offrir à l'œil la fantaisie d'une rotonde aux arcades ajourées sur un parc aux floraisons printanières.
10. Dessus de portes et Dessus de glaces. — Le décor est asymétrique avec une volonté déterminée dont le décorateur, quelquefois, a su se servir pour une démonstration pittoresque.
11. Dessus de portes. — La symétrie s'efface derrière la précision d'une architecture exubérante : Palais à colonnades irréalisables, Escalier de parc aux balustres agrémentés de sculptures, Fontaine aux jets d'eau jaillissants, etc....
12-13. Panneaux peints. — On n'ose plus, sous la poussée du goût qui appelle les décorations, laisser aux panneaux leur blancheur sur laquelle le relief seul des moulures et des attributs sculptés faisait une ombre.
Le fond demeure encore blanc, mais, sur les panneaux, les peintres se laissent aller à une décoration formée de deux éléments très distincts: l'un par où s'affirme le style composé exclusivement de coquilles, de lignes, de courbes, empruntées aux caprices les plus excessifs de l'asymétrie ; l'autre apportant, dans les espaces réservés, soit une note de paysage finement observée, soit de petits amours aux coquetteries espiègles sans autre prétention au symbole que d'être aimables et d'avoir, sinon de la naïveté, du moins de la grâce.
14. Décoration intérieure. — Motifs de tapisseries, Dessus et panneaux de portes peints par François Boucher : Triomphe de l'amour; La pêche; Hommage champêtre; L'escarpolette; Triomphe de Pomone.
15. Décoration intérieure. — Motifs de tapisseries, Dessus et panneaux de portes peints par François Boucher: La Poésie satirique; La peinture; Triomphe d'Ariane et de Bacchus, etc.
16. Fontaines pour décoration de jardins. — On eut sous Louis XV le goût des fontaines en pyramide, dans lesquelles le volume d'eau versée était modeste, si on le compare à l'ampleur de la construction.
D'autre part, on aimait à y inscrire des pensées qui, sous une expression philosophique, cachaient un besoin irrésistible d'expansion sentimentale; de là les cartouches réservés dans les projets de construction.
17. Panneaux pour décoration de vestibules. — Le décor des fontaines de jardin avait paru si seyant dans la réalité qu'on se plut à le transporter dans les intérieurs, sous forme de panneaux peints. Il y a là un élément qui, non seulement, intéresse la décoration architecturale au milieu du XVIIIe siècle, mais encore nous fournit une indication précieuse sur l'état des esprits: un besoin d'expression sentimentale uni à une fièvre immodérée de luxe.
18. Panneaux pour décoration de boudoirs. — Vers la fin du règne de Louis XV, la relation des voyageurs revenus d'extrême Orient tourna la curiosité de quelques artistes du coté du goût chinois, mais ce fut un art chinois accommodé à la mode française. On n'y comprit ni la structure du bambou, ni l'architecture des édicules, ni la forme des jonques. La stylisation en fut arbitraire et la formule d'art qui en résulta se défend plus par le goût français qui s'en dégage que par les sujets d'une expression vraiment exotique.
B. La Forme des vases pour la décoration extérieure et intérieure
19. La forme des vases pour la décoration des jardins. — Dans la forme des vases de jardins, il y eut, à l'époque de la Régence, une manifestation précise de l'évolution traditionniste. Le nombre des formes, pour si variées qu'elles soient, n'en est pas moins limité: cl. dans l'application du décor, l'architecte ne se départit pas des lois les plus sévères de l'équilibre et de la pondération.
20-21. Vases remarquables par leur très grande variété de formes. — Vers le milieu du XVIII* siècle, on eut le goût des vases pour la décoration intérieure : on leur trouvait des places, soit sur les cheminées, soit sur des consoles, soit même sur des fûts où ils altcr-
naient avec des bustes. La forme architecturale disparaît presque complètement sous le caprice et, il faut en convenir, sous l'imagination débordante du décor. Le vase à cette époque ne doit plus être un vase, on pense lui donner un caractère précieux en faisant surtout une œuvre de sculpture ou de peinture. Le lion et autres animaux de la fable, les amours, les faunes et les naïades, toute la mythologie, dieux ou demi-dieux, sont mis à contribution pour peupler la forme des vases qui, sans le décor aux reliefs prodigieux, seraient d'une gracilité désagréable.