PORCHE, FERULA , PRONAOS, NARTHEX
Des portiques analogues à ceux que les païens plaçaient en avant de leurs édifices sacrés furent appliqués aux façades des basiliques et formèrent un de leurs principaux éléments. On voit quelle était la disposition de leurs plans aux précédents dessins placés sous les nos 69, 67 et 68; le premier, celui de la basilique de Saint-Clément, se relie par ses extrémités aux galeries latérales de Y atrium; le second et le troisième, qui appartiennent aux basiliques de Saint-Sabas et de Saint-Paul, sont clos à leurs extrémités et forment seuls la décoration de la cour sacrée.
1 Pline liv. XXXVI, c. xxvi.
iNous avons indiqué, en examinant les plans primitifs des basiliques de Saint-Laurent et de Sainte-Agnès, que dans certains cas le porche fut remplacé par un éso-narthex construit à l'intérieur. Le bibliothécaire Anastase attribue un grand nombre de fondations de portiques à des papes des vie et vnc siècles, ce qui doit faire penser qu'avant cette époque ils n'étaient pas aussi généralement en usage que dans la suite.
La belle église monastique de Sainte-Sabine h Rome, construite, au vc siècle, aux dépens d'un temple antique consacré à Junon, fut originairement dépourvue de porche; celui qu'on y voit aujourd'hui, bien que fort ancien, offre trop peu d'harmonie avec la riche décoration intérieure de la basilique et les belles colonnes corinthiennes en marbre blanc qui formenl les trois nefs intérieures, pour qu'on ne juge pas aussitôt que ce porche est une addition faite à une époque postérieure à la fondation de l'église; cependant cette basilique fut disposée de manière à ne pas olfrir, comme celles de Saint-Laurent et de Sainte-Agnès, un éso-narthex à l'intérieur.
Le porche des églises construites dans le style latin était une galerie à colonnes, placée en travers devant les portes des nefs, et se reliant, par les extrémités, aux portiques dont l'atrium était fréquemment entouré; ce porche avait assez de profondeur pour permettre à un grand nombre de fidèles de s'y arrêter, puis pour contenir i° la place des catéchumènes, statio catecliumenoram; 2" celle des énergumènes, des démoniaques, stalio dernoniacorum; enfin, auprès de la porte principale de l'église , la place des pénitents écoutants, s tatw aiiscultantium.
La décoration extérieure des porches latins se composait d une série de colonnes ordinairement en marbre ou en granit, ornées de bases et de chapiteaux imités, comme elles, des édifices païens. De grandes architraves en marbre re
1NSTRUCTIONS. II. 10
liaient ces colonnes à leur partie supérieure, et formaient le premier membre d'un entablement complet, reproduisant sur des proportions plus ou moins heureuses ceux de l'architecture antique.
Les plus anciens et les plus beaux porches latins qui se voient à Rome sont ceux des monastères de Sainte-Cécile au Transtevère, de Saint-Georges au Vélabre, et de Saint-Laurent hors les murs. Dans le premier, l'architrave est décorée de rinceaux en mosaïque se dessinant sur un fond d'or, de croix grecques accompagnées de l'alpha et de l'oméga; des portraits de saints et de papes sont mêlés aux fleurs et aux feuillages.
La sculpture et la mosaïque ornèrent aussi les frises des porches latins; lors de la reconstruction moderne de celui du monastère de Sainte-Pudentienne, l'architecte a replacé les anciennes et intéressantes sculptures qui le décoraient autrefois; et sous la corniche du beau portique de l'église de Saint-Laurent hors les murs, élevé par les ordres du pape Honorius III , se voit une frise remarquable composée d'opus alexandriniim , en porphyre rouge et vert, et de mosaïques en émail parmi lesquelles est un sujet représentant le pape placé entre saint Laurent et un personnage à genoux.
Cette mosaïque, sur laquelle des inscriptions indiquent les noms des deux principales figures, est placée au milieu du porche, au-dessus de lentre-colonnement central, ainsi qu'un autre tableau qui représente trois personnages , sans inscription. Dans notre dessin gravé à la planche 73, nous avons déplacé le sujet principal , l'agneau qui l'avoisine, ainsi que le chapiteau de la colonne , pour rapprocher sur cet ensemble tous ces objets importants; on peut les replacer exactement au moyen de la planche 70.
N° 73. Détail du porche de la basilique de Sainl-Laurent
Il arriva fréquemment que le moine architecte, dépourvu sans doute de riches matériaux pour établir l'entablement, après avoir placé des architraves en marbre sur les chapiteaux des colonnes, fit construire la frise en maçonnerie ordinaire, et plaça au-dessus de chaque entrc-colonnement un arc en briques, très-surbaissé, pour décharger l'architrave des cons-
tructions supérieures , et par ce moyen éviter sa rupture, n° 74. Le porche du monastère Cistercien de Saint- Vincent-Saint - Anastase aux trois fontaines est dans ce cas : la décoration de la frise se borne ici à une série d'arcs en briques et à des compartiments formés avec la même matière; on y a joint des cercles en terre émaillée, placés au-dessus des colonnes. La gravité de ce porche était en harmonie avec les statuts particuliers des Cisterciens, qui repoussaient toute décoration superflue. L'inscription rapportée à la page 76 est gravée sur l'architrave de ce portique.
N° nk- Vue latérale du porche de la basilique de Saint-Vincent-Saint-Anastase.
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 125 Les corniches de couronnement étaient établies avec des moulures en marbre et des modiilons très- simples en même matière; on y mêlait souvent des briques placées de manière à présenter au dehors leurs angles pour former des lignes découpées, rappelant grossièrement les denticules des entablements antiques. Les porches des églises de Saint-Georges et de Saint- Vincent sont couronnés de la sorte : le dernier présente, dans les intervalles qui séparent les modiilons, quatre briques posées de manière à former des triangles.
Le beau porche de l'église de Saint-Laurent est richement couronné : l'entablement se surmonte dune large cimaise dans laquelle de nombreuses têtes de lion, perforées et espacées également, jetaient dehors les eaux du toit, fonction qu'elles ne remplissent plus aujourd'hui. Entre ces gouttières, des ornements fort riches par leur composition , et d'une sculpture parfaitement analogue à celle des chapiteaux et de l'architrave, viennent compléter cette façade entièrement en marbre et de belle proportion; elle prouve que l'art monastique était, au xin° siècle, dans un état florissant à Rome.
Les colonnes placées sur la façade des porches latins ne portaient pas toujours des architraves disposées suivant le système de la construction antique; les architectes religieux, cherchant des combinaisons nouvelles, remplacèrent souvent, dès les premiers siècles, les architraves par des arcs en plein cintre, posant directement sur les chapiteaux de ces colonnes. Ce fut d'abord à l'intérieur des nefs qu'ils firent cette innovation, comme on le verra plus loin. D'anciens porches étaient construits de la sorte, ainsi qu'on le voit sur la façade restituée de l'église monastique de Saint-Paul hors des murs de Rome, planche 72. Celui de la basilique de Saint-Pierre de la même ville offrait des dispositions semblables, ainsi que les galeries
dont son atrium était décoré. Les façades de ces temples ayant un grand développement et une hauteur proportionnée, ce système de construction permettait de donner aux portiques une élévation plus considérable, et de les mettre en rapport avec l'ensemble du monument.
Les pénitents se tenaient sous le porche des églises pendant les cérémonies, ainsi que nous l avons dit précédemment; des voiles étaient suspendus dans les entre-colonnements pour les mettre à l'abri du soleil ou de la pluie. On voit encore sous les architraves du porche de la basilique de Saint-Georges au Vélabre les anneaux auxquels étaient suspendus les voiles.
N° y5. Détail du porche de la basilique de Saint-Georges.
Lorsque les colonnes portaient des arcs, comme aux deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, des barres de fer placées sur les chapiteaux, à la naissance des cintres, portaient les anneaux des voiles : ils sont ainsi au porche de l'église de Sainte-Marie in Cosmedin à Rome, et à la porte du monastère de Saint-Clément, dont le dessin est gravé à la page 70, au
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 127 La belle mosaïque de Ravenne, dans laquelle est représentée l'impératrice Théodora entrant dans l'église de Saint- Vital, fait voir un de ces voiles suspendu entre les colonnes du portique.
L'intérieur des porches latins était ordinairement couvert par une charpente apparente disposée en appentis. Celui de l'église monastique de Sainte-Sabine est voûté : c'est une exception. La peinture et la mosaïque décorèrent, dès les premiers siècles, les portiques placés devant les portes des basiliques. En 827, le pape Grégoire IV, après avoir fait reconstruire le porche de Saint-Georges au Vélabre, le fit peindre : « Hinc inde variis ornavitpicturis1. » Lorsque le pape Innocent II restaura le monastère de Saint- Vincent-Saint- Anaslase aux trois fontaines , pour l'offrir à saint Bernard, il y fit exécuter des peintures dont un fragment existe encore sur le pilier septentrional du porche. Honorius III enrichit de même celui de Saint-Laurent hors les murs; il fit exécuter sur les parois intérieures un nombre considérable de tableaux; peints au xme siècle, ils représentent, avec la naïveté du temps, la vie de saint Laurent et les principaux faits historiques qui se passèrent dans la basilique; les deux plus importants de ces derniers sujets font voir Honorius III devant la façade de l'église, et la communion de Pierre de Courtenay, qui fut sacré dans ce temple empereur de Constantinople.
PORTES
Au milieu de la façade des basiliques était la porte principale donnant entrée à la grande nef ou à la galerie intérieure qui la précédait dans les églises primitives. Cette porte lut
1 Anastase le bibliothécaire, Vie du pape Grégoire IV
d'abord nommée basihca, royale; puis speciosa, belle porte; mediana, du milieu, lorsqu'on en établit à l'extrémité des nefs latérales. Les grandes basiliques à cinq nefs présentaient autant de portes; le nombre s'élevait quelquefois jusqu'à sept. Les fidèles avaient une grande vénération pour les portes des églises : ce qui explique pourquoi tout le luxe de l'architecture fut employé à enrichir ces entrées des basiliques chrétiennes, et l'usage qu'on fit d'abord de belles portes antiques. L'église de Sainte-Sabine, à Rome, construite au v° siècle, aux dépens d'un temple de Junon, s'enrichit de sa porte en marbre, qui n'a rien perdu de ses proportions élégantes.
Ce transport complet de chambranles antiques et de tous leurs accessoires de décoration, tels que frises, corniches et consoles, pour orner les basiliques chrétiennes, nefutpas général; on forma aussi desimpies encadrements déportes non couronnés, avec de beaux fragments enrichis de sculpture, en combinant trois pièces de marbre, dont deux formaient les pieds-droits du chambranle, et supportaient le troisième, placé en linteau.
Les plus anciens comme les plus beaux exemples de ces fragments romains appliqués à l'entrée des basiliques se voient :
3° A la porte de l'église monastique de Saint-Laurent ; elle fut transportée sur la face latérale de l'édifice lors des changements qui s'opérèrent au moyen âge. Les deux pieds-droits ou fragments placés debout sont enrichis de détails sculptés; ils reçurent, ainsi que le linteau orné de modillons, de riches mosaïques composées de porphyre, de rouge antique et d autres matières précieuses ;
2° Un exemple non moins riche se présente à la façade de Saint-Georges au Vélabre : ce chambranle est composé de
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 129 trois morceaux de sculpture remarquables par leur belle exécution.
Dans toutes les contrées où le paganisme avait laissé de beaux fragments de son architecture, on les employa pour décorer les portes des basiliques : les moines agirent à cet égard comme tous les chrétiens placés en dehors de la société monastique. Là où ces fragments firent défaut il fallut mettre en œuvre des marbres sans ornements; en général on évita d'employer la pierre à cet usage; au vme siècle, les portes de la basilique de Sainte-Cécile au Transtevère furent formées de beaux marbres africains et de brèches orientales.
Saint Barthélémy de Niléo, fuyant la Calabre saccagée parles Sarrasins, vint s'établir, vers l'an 1000, à Grotta-Ferrata, auprès de Rome, avec des religieux grecs de l'ordre de saint Basile. On exécuta vers cette époque, sous le portique de l'église, une magnifique porte en marbre qui reçut la forme latine; la corniche est composée d'une large doucine dans laquelle de beaux feuillages sont encadrés par des oves et des perles; une frise étroite contient une inscription grecque; le large chambranle qui encadre l'entrée est décoré d'une ligne de mosaïque, et d'une moulure ornée de feuilles d'eau. Dans la partie plane , des rinceaux multipliés contiennent trois têtes de lion et des fleurs de tout genre. L'épaisseur du chambranle est aussi ornée de sculpture; une grande mosaïque à fond d'or surmonte cette porte. Le Christ, assis au centre, est placé entre la Vierge et saint Basile; une figure de petites proportions, debout, à la droite de Jésus, représente le pieux fondateur. (Voir la planche 76, à la page suivante.)