ABBAYE, ABBATIA
Les religieux donnèrent le titre à' abbé, père, aux supérieurs des monastères , élus par eux : de là est venu le mot abbaye
pour désigner les maisons religieuses les plus considérables tant par leur étendue et leurs richesses, que par la prééminence qu'elles avaient sur les autres monastères. Souvent les abbés étaient des princes du sang royal, et même sans cela ils jouissaient des prérogatives des évêques, et avaient la crosse et la mitre. Dans ce cas, ces monastères étaient qualifiés à* abbayes mitrêes.
Quand une abbaye envoyait une colonie de religieux pour fonder une autre maison dans un fonds qui lui appartenait, cette dernière maison prenait le titre de fille de la précédente. Souvent les filles devenaient bien plus importantes que l'abbaye mère. Cluny, chef d'ordre, était fille de Gigny, qui descendit au rang de prieuré. Cette relation était surtout reconnue dans l'ordre de Cîteaux, où les abbayes filles étaient tenues à une certaine subordination à l'égard de leur abbaye mère.
On retrouve encore au ixe siècle, dans quelques rares abbayes, les traces des primitives dispositions des monastères en forme de laures; ainsi, en 87/i, le cloître de l'abbaye deBrioude était composé de petites habitations accompagnées de cours et jardins 1. En 889, un moine de l'abbaye de Saint-Père de Chartres possédait un terrain aboutissant au cloître de l'abbaye , et obtenait de l'évêque Aimeri la permission de le vendre à un autre religieux2.
2° PRIEURÉ, PRIORATVS.
Les prieurés étaient des monastères dépendants d'abbayes, et dont le chef, prieur , était nommé par l'abbé ou par ancienneté, au lieu d'être élu par les moines, ce qui cependant
1 Rcc. des List, de France, l. VIII, p. 644.
2 Cariai de Saint-Père de Chartres , p. 16, pars prima.
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 17 pouvait arriver aussi. Certains ordres , celui de Cluny par exemple, ne reconnaissaient qu'une abbaye, celle de Cluny même; il en résultait que les prieurés de cet ordre, comme Saint-Martin-des-Champs à Paris, Souvigny, la Charité-sur- Loire , dépassaient souvent en richesse et en importance la plupart des abbayes ordinaires.
Certains ordres n'avaient point d'abbayes , et c'était le prieuré qui avait la prééminence sur leurs autres monastères : ainsi les chartreuses, fondées au xie siècle, et dans lesquelles on retrouvait les dispositions principales des laures, les religieux vivant tous séparément dans des cellules accompagnées d'un jardin chacune, étaient dirigées par des prieurs. Un cloître ou cour centrale servait de lien commun à toutes les habitations.
Les monastères des chevaliers du Temple, de Rhodes et de Malte se divisaient en grands prieurés, ayant sous leur dépendance des commanderies.