‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 94 sur 193 · TOURS · texte numérisé non relu

TOURS

Les tours du xme siècle, plus élevées que celles de la période précédente, étaient en général soutenues par des contre-forts simples, à redans multipliés, entre lesquels étaient

de longues fenêtres réelles ou feintes; au sommet s'élevait une flèche portée par une lanterne souvent octogone; les angles de la tour quadrangulaire donnaient place, soit à de hautes lucarnes se reliant à la flèche, comme on en voyait à Saint- Denis il y a peu d'années, soit à des phiales ou pinacles en pierre. La grande saillie donnée aux contre-forts, la forme pyramidale adoptée dans l'ensemble de ces tours, provenaient du besoin d'augmenter la solidité pour porter les cloches nombreuses et pesantes qu'on introduisait alors : la façade de l'abbatiale de Saint-Nicaise à Reims en donnait un bel exemple. (Voir la planche 432, à la page suivante.)

Au xive siècle, les contre-forts qui soutenaient les tours perdirent leur simplicité première ; on leur donna dans les régions basses des formes anguleuses et saillantes pour porter des statues surmontées de dais et de pinacles; les parties hautes, ramenées à des plans droits et simples, furent ornées de rosaces, de reliefs découpés et de trèfles enveloppés sous un pignon ou un arc aigu ; de légères galeries à jour, de grandes fenêtres fermées par des meneaux, donnèrent à ces tours de riches effets d'ombre et de lumière ; de belles flèches en pierre, évidées sur leurs nombreuses faces et enrichies de feuillages sur leurs arêtes, terminèrent ces clochers.

Le xve siècle présente des tours de formes moins sévères que les deux siècles précédents; les contre-forts y sont plus contournés, les fenêtres s'ouvrent au milieu d'une ornementation compliquée, de nombreuses niches surmontées de pinacles s'y établissent à divers étages. Le toit, décoré de lucarnes en bois, se termine par des crêtes à jour. L'abbatiale de Saint- Ouen nous montre une tour surmontée de terrasses. (Voiries Instructions précédentes du comité des arts, pages 97 et suivantes, pour ce qui concerne les clochers.)

INSTBDCTIONS. III 28

N° li?>2. Farade de Saint-Nicaise, à Reims

PORTES

Les premières portes de l'architecture gothique offrent à peine, dans leurs grands arcs, la brisure qui caractérise l'art du xme siècle; elles sont ainsi à Saint-Denis, l'un des plus anciens exemples que présente l'Ile-de-France, et où se développa plus tôt et plus grandement qu'ailleurs ce nouveau style du Nord. Le portail du milieu domina généralement les deux autres; les moulures externes de la voussure offrant peu de saillie sur les murs, on les encadra quelquefois d'un pignon ayant lui-même peu de relief. De nombreuses colonnes portèrent les arrière -voussures; on plaça des statues entre ces colonnes, quelquefois même elles les remplacèrent; un vaste sujet sculpté, emprunté généralement au Nouveau Testament, occupa le tympan du milieu; ceux des portes secondaires furent consacrés soit à la vie du patron, soit à une légende locale, quelquefois aussi à l'Ancien Testament. Lorsque ce.s sujets manquaient, ils étaient remplacés par de riches combinaisons de lignes en trilobés et en roses. Un solide pied-droit isolé portant des statues du Christ, de sa mère ou d'un saint local, occupa le milieu de la porte, pour soutenir le linleau qui séparait le vide et le tympan.

Au xive siècle, l'ensemble du portail principal et de ceux qui l'accompagnent s'avance légèrement sur la façade ; de véritables pignons isolés les surmontent; les cintres, plus aigus que dans la période précédente, s'ornent de moulures plus fines, plus richement décorées; de petits dais s'y accrochent et couronnent des statuettes. L'ornementation la plus variée décore le fond des entre-colonnements.

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