FAÇADES DES ORATOIRES
Les chapelles que les premiers moines élevèrent auprès de leurs cellules ou des grottes qui en tinrent lieu dans certaines contrées, n'ont laissé aucune trace qui ait pu conserver jusqu'à nous le style de leur architecture. L'emploi de mauvais matériaux, le peu d'étendue qu'on donna d'abord à ces édifices» et le besoin de les remplacer bientôt, furent des causes qui les
' Voir les monuments anciens et modernes. Gailh. A. Lenoir. ' D. Marlenne, Voy. liu. t. I, p. aaS.
firent entièrement disparaître. Quelque peu durables cependant que fussent les matières dont firent usage les religieux constructeurs, une physionomie particulière dut s'imprimer sur leurs petits temples, auxquels, sans doute, lors même qu'ils employèrent le bois, ils cherchèrent à donner un caractère religieux, une richesse relative, qui les distinguât de leurs modestes cellules .
Isolés d'abord, et sans guides, ils durent céder à Tinstinct imitatif, et s'inspirer des édifices païens qu'ils connaissaient, en s'arrêtant toutefois aux formes simples et d'une exécution facile, puisqu'ils étaient dépourvus des ressources de tous genres dont avaient pu disposer les précédents constructeurs.
On sait que dans nos contrées, généralement boisées alors, ils employèrent la charpente, qu'ils durent couvrir d'enduits façonnés suivant des formes empruntées à Farchîtecture romaine; et, lors même que cette charpente resta visible, ils imprimèrent à l'ensemble de l'édifice un aspect qiii en indiquait le but. Les petites églises en bois de la Norwége prouvent encore aujourd'hui qu'il est possible de faire des édifices religieux avec cette seule matière.
Lorsque les moines, établis d'une manière moins provisoire , purent reconstruire leurs chapelles autrement qu'avec du bois, ils employèrent les divers modes de maçonnerie légués par l'antiquité, et bâtirent en mêlant le moellon et la brique. Les formes architecturales qu'afiectèrent les édifices monastiques se ressentirent encore, comme les faibles constructions qu'ils remplaçaient, du voisinage des monuments païens; et plus tard, quand on leur substitua de vastes basiliques, l'art ancien ne cessa , pendant quatre siècles environ, d'exercer dans toute l'Europe une influence non équivoque.
INTIÎRIEUR DES ORATOIBE8.
Les oratoires souterrains creusés par les moines n'offraient pas à rintérieur, comme les hypogées des anciens, la précision, la rectitude d'exécution que pouvaient produire des civilisations avancées. Les premiers religieux, au contraire, agirent comme les chrétiens des catacombes, sans plans arrêtés d'avance; et lorsque, dans lé courant du moyen âge, des ermites se réunirent et se taillèrent des oratoires dans les escarpements calcaires , ils suivirent la même marche indécise. Nous avons déjà cité celui de Fontgombaud, sur les bords de la Creuse; nous indiquerons aussi les curieuses églises souterraines de Sutri , dans lesquelles on reconnaît cependant une régularité aussi exacte que pouvait le permettre un si vaste travail. La plus importante et la mieux conservée de ces deux églises appartient à un monastère voisin; dans ce monument, les autels, les bancs et les autres meubles sont ménagés, comme les piliers, dans la masse du rocher. Le style d'architecture est nul : on n'y trouve même aucune intention de moulures; si quelques parties ont été décorées, c'est par de la sculpture grossière ou par de la peinture qui ne l'est pas moins.
Lorsque les moines élevèrent auprès des grottes, ou bien au milieu de leurs cellules formant des laures, les chapelles ou oratoires isolés qui furent les premières ébauches des églises monastiques, l'intérieur, formé le plus communément d'une seule nef, offrait une grande simplicité : le bois apparent leur servait de couverture; on en voyait aussi de voûtés en berceaux. L'oratoire des Bénédictins de Cividale du Frioul est de ce nombre; des stucs, employés, comme le faisaient les Romains, pour imiter des assises de pierre ou de marbre,
étaient appliqués sur les parois intérieures : Beaufort, visi* tant, il y a environ un demi-siècle, la Caramanie, vit auprès du Yanar, ou feu naturel qui brûle jour et nuit sur le mont Ghimerœa, et que mentionne Pline, les ruines d*une antique chapelle chrétienne : « L'intérieur, dit-il , en a été revêtu de stucs peints en compartiments de couleur rouge, blanche et jaune; on y voit des inscriptions peintes et accompagnées d'ornements curieux. Théodule, serviteur de Dieu, est une de ces inscriptions ^ » Ailleurs, le marbre couvrait les murs des oratoires. Celui de Cividale était ainsi orné, suivant la chronique, a percircuitum omatum tabulis marmoreis nonpaucis. « La décoration peinte fut aussi en usage, et plus fréquemment que tout autre mode.